CAS DE POLIOMYELITE INFECTIEUSE AIGUË
Société médicale des hôpitaux, M. Vaillard et nous-mème avions également signalé ce fait que rinoculation du streptocoque dans le sang du lapin amène quelquefois une paraplégie flasque du train postérieur suivie de la mort plus ou moins tardive de Tanimal.
M. Bourges ^ a encore réalisé expérimentalement, chez le lapin, en inoculant un érysipélocoque à virulence très atténuée, une myélite aiguë avec paralysie complète du train postérieur, des sphincters et atrophie musculaire à marche rapide.
Enfin, ainsi que Tout constaté MM. Gilbert et Lion', le Bac, coli c(?;72m«/m^ peut provoquer, chez le lapin, une affection de la moelle avec altération des cellules des cornes antérieures, atrophie progressive des éléments musculaires, en tout comparable à la myélite aiguë observée chez Thomme.
Or, on sait que, parmi les processus infectieux susceptibles de déterminer des troubles plus ou moins caractérisés du système nerveux central ou périphérique, la fièvre typhoïde est un de ceux qui exercent ce rôle avec le plus de fréquence. Depuis le mémoire de Gubler^ les altérations de la sensibilité, les paralysies bmsques ou progressives sous la forme hémiplégique ou paraplégique, les troubles moteurs compliqués d'atrophie musculaire, ont été signalés à maintes reprises, le plus souvent au décours ou même après laguérison de la dothienenterie.
Mais, en ce qui concerne l'empoisonnement typhoïdique et son action si remarquable sur le système nerveux central, la sanction expérimentale lui a fait, jusqu'ici, défaut. C'est à ce titre qu'il peut paraître utile de relever un cas de myélite ascendante observée chez un lapin à la suite de l'inoculation du bacille d'Eberth associé lui-môme à un microbe pathogène d'espèce indéterminée isolé post mortem de la rate d'un typhoïdique.
1. Bourges, Myélite diff'. expërim, prod. par Véi*ysipélocoque (Soc, de biol., «2 férr. 1893).
2. Gilbert et Lion, Des paraL prod, par le bac. d'Escherich [Soc, de biol,, 13 février 1892).
3. QuBLER, Des parai, dans leurs rapp, avec les malad, aig, [Arch, gén, de inécf.,1860).
lo., de la parai, amyotr, conféc, aux mal. aig, {Soc, de biol,, 1861).
Le bacille typhîque qui a servi à cette inoculation avait été retiré 38 jours auparavant du ciKlavre et était, par conséquent, déjà un peu ancien.
Le microbe associé est un bacille isolé de la rate du même sujet. Ce bacille est immobile et transforme le bouillon en un liquide fortement visqueux. 11 ne liquéfie pas la gélatine, développe sur la gélose une traînée blanche opaque, sur la pomme de terre une culture épaisse et brune. Il est très virulent pour le cobaye et le lapin. Inoculé seul à plusieurs reprises, il n a jamais produit de phénomènes nerveux paralytiques.
Expérience (19 octobre 1892).
Un fort lapin mâle, très vigoureux, da poids de 2^**,460, a été inoculé dans la veine marginale de Toreille avec un mélange de trois quarts de centimètre cube du bacille typhique, et d'un tiers de centimètre cube du bacille visqueux, tous deux réensemencés depuis vingt-quatre heures.
Pendant les jours qui suivirent cette inoculation, l'animal fut très malade. U présenta une diarrhée intense, de la stupeur, une anorexie complète, une Bèvre élevée (41«,9 le troisième jour). Très triste, très abattu, le lapin commença seulement à se rétablir à partir du dixième jour. Il paraissait complètement guéri au commencement du mois de novembre.
C'est alors qu'on vit apparaître un afTaiblissement progressif et rapide du train postérieur accompagné d'une atrophie de plus en plus prononcée des muscles. Les fonctions digestives restèrent normales au début.
Examiné le 12 novembre, le lapin marchait déjà avec une grande difQculté. Renversé sur le flanc, il se relevait avec peine en s'aidant uniquement de ses membres antérieurs. Placé sur le bord de sa cage, le train postérieur pendant, il était incapable de se hisser. Lorsqu'on l'effrayait ou qu'on le piquait, il se mettait péniblement en marche après avoir oscillé quelque temps sur ses pattes de derrière, et ne tardait pas à s'arrêter, atteint de dyspnée intense.
L'atrophie musculaire gagnait cependant peu à peu les muscles de la région dorsale et ceux de la région antérieure du tronc et des membres antérieurs. Les muscles des fesses, ceux des gouttières sacrolombaires avaient beaucoup diminué de volume au point que l'on percevait assez facilement, par la palpation, le squelette osseux dans presque toute son étendue. Pesé le 12 novembre, l'animal avait perdu 1 05 grammes de son poids primitif.
La sensibilité au pincement, À la piqûre, semblait très affaiblie.