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PRÉVENTION

Le département de TAgnculture a ordonné l'isolement complet, absolu, de tous les bestiaux provenant des territoires infectés, de mars à décembre. La litière même doit être désinfectée.

On a proposé la désinfection des animaux par des bains antiseptiques. Il est plus simple d'employer le moyen suivant : Dans un territoire indemne, on réserve deux larges champs pour le pâturage des bestiaux venant du Sud. On place les bestiaux infectés dans le premier .des deux champs pendant quinze jours, puis on les conduit dans le second, où ils restent le même laps de temps. Trente jours après le début de leur isolement, on peut considérer ces animaux comme non dangereux, car toutes leurs tiques sont tombées.

Mais ces champs seront dangereux, même après tout un hiver. Quant aux bestiaux introduits dans les territoires endémiquement mfectés :

1<^ On peut les confiner dans des étables ou des pâturages indemnes de tiques, mais l'introduction accidentelle des tiques est toujours à craindre ;

2'^ On peut les exposer à l'infection, comme nous l'avons dit plus haut. L'eau bouillante ou additionnée d'une forte solution d'un acide minéral suffira pour désinfecter les étables.

Traiîement. — Isoler les bestiaux malades, s'efforcer de chercher les tiques et les enlever.

Aucun remède spécifique, pourtant les préparations de quinine ii^ectée sous la peau, ou les préparations de bleu de méthylène paraissent rendre des services.

Les bestiaux malades seront laissés au repos, on cherchera à diminuer la chaleur, et toute espèce d'effort sera évité, car il peut amener des ruptures vasculaires.

Donner beaucoup à boire, et de l'eau pure. Distribuer des aliments faciles à digérer.

La désinfection des champs contaminés sera laissée à la nature, et c'est l'hiver qui est le meilleur désinfectant.

Ces champs peuvent d'ailleurs être utilisés comme pâturages pour d'autres animaux, car la fièvre du Texas n'a été observée que sur les bovidés.

FIÈVRE DU TEXAS OU nÈYRE DES BESTUUX DU SUD. 427

CONCLUSIONS

1® La iièvre du Texas est une maladie du sang caractérisée par la destruction des globules rouges.

Les symptômes sont dus en partie à l'anémie et en partie à Taccumulation des détritus des globules rouges détruits, qui sont difficilement excrétés et causent des désordres dans les organes chargés de cette excrétion ;

2" La destruction des globules rouges est due à un micro-organisme qui vit dans l'intérieur des hématies. C'est un protozoaire qui passe par divers stades dans le sang ;

2^ Les bestiaux des territoires où la maladie est endémique peuvent, malgré leur bonne santé apparente, porter le microbe dans leur sang;

4» La fièvre du Texas peut être prodaite chez les animaux susceptibles par inoculation directe du sang contenant le micro -parasite ;

o^ La maladie est transmise par la tique (Bo5philus bovis) ;

6» L'infection est inoculée par les tiques directement dans le san^ ;

1^ Les bestiaux indigènes du Nord peuvent devenir eux-mêmes une source d'infection s'ils portent des tiques ;

S^ La fièvre du Texas est plus fatale pour les bestiaux adultes que pour les jeunes ;

9« Deux attaques atténuées ou une attaque sévère préviennent d'ordinaire d'autres attaques ;

10*» Les lapins, les moutons, les cobayes, les pigeons ne sont pas inoculables ;

i4« L'examen du sang joue le premier rôle dans le diagnostic.

Le très intéressant mémoire de MM. Smith et Kilbome est suivi d'un appendice de 142 pages dans lequel sont minutieusement décrites toutes lenrs expériences.

Dix planches coloriées sont incluses dans le mémoire et représentent les lésions des organes et des globules rouges, les aspects divers du parasite libre ou inclus dans les hématies, enfin une dernière planche montre la tique à diflférents âges, ses œufs, son aspect quand elle est fixée k la peau.

Malgré les lacunes qui existent encore dans l'histoire de la maladie et que signalent les auteurs eux-mêmes, nous n'insisterons pas pour montrer l'importance de ce document au sujet de l'histoire oes parasites intra-globulaires, encore si mal connue actuellement.

Gatrin.

Thérapeutique physiologique du cœur, par le professeur 6. Sée, in-8, de 472 p., Paris, 4893.

Ce nouveau livre n'est pas seulement, comme le titre l'indiqae, un traité de thérapeutique cardiaque ; c'est aussi un exposé de physiologie pathologique et de pathologie générale de l'appareil cardio-vasculaire*

42a BIBLIOGRAPHIE.

Il s'agit là du reste d'un sujet de prédilection pour l'éminent professeur de clinique et qu'il a déjà abordé, à diverses reprises, dans ses publications antérieures ; nulle part assurément avec autant d'originalité dans la conception, d'abondance dans l'érudition, de fougue et de vigueur dans l'exécution que dans le présent volume.

M. G. Sée continue à demeurer an esprit d*avant'-garde ; il ne se défend pas d'une confiance entière dans les enseignements, même encore problématiques, de la physiologie et de la pathologie expérimentale. Il proclame la prédominance des vues physiologiques sur les données purement anatomo-pathologiques ; u c'est le fonctionnement vital du cœur malade qu'il Importe surtout au médecin de connaître ; c'est la force du travail cardiaque qui doit servir de Ûl conducteur... Au risque d'être traitée d*empirîque, c'est aux symptômes et non aux lésions que la thérapeutique doit s'adresser ».

L'ouvrage, en conséquence, débute par une étude de la physiologie du cœur normal, telle que l'ont remaniée les récentes recherches portant surtout sur le rôle des ganglions intra-cardiaques ; les résultats des expériences récentes de Wooldridge, de Tigerstedt, de His etRomberg, de Krehl et Martius,etc., sont résumés et discutés, recherches tendant à. restreindre, dans une large mesure, le rôle des ganglions au profit de l'autonomie du muscle cardiaque lui-même. Chez les mammifères. Le ventricule, soustrait à l'infiuence des ganglions du cœur, continue abattre d'une façon rythmique; le muscle cardiaque jouit de propriétés motrices intrinsèques, automatiques, indépendantes des ganglions et des nerfs. « Le point d'attaque » des poisons du cœur, de la muscarine notamment, de l'atropine, est le myocarde lui-même et non l'appareil nerveux du cœur. De là <c une véritable réforme de la physiologie normale et pathologique du cœur », et dont on trouvera des exemples à chaque pas dans le cours de l'ouvrage.

Des chapitres spéciaux sont consacrés à la physiologie du pouls et de la pression artérielle, à l'étude de la compensation et des défaillances de la compensation dans les lésions cardiaques, à la nutrition du cœur, au travail mécanique qu'il accomplit à l'état normal et à l'état pathologique. De là des indications pour le régime alimentaire des cardiaques et une étude des effets de la cure d'amaigrissement, de la réduction des boissons, des avantages et des dangers du travail musculaire, en un mot, un résumé lumineux de l'hygiène alimentaire et générale chez les cardiaques et les obèses.

La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à la thérapeutique cardiaque proprement dite. L'auteur tente une classification à la fois physiologique et pratique des médicaments cardiaques selon leurs effets vaso-dilatateurs, vaso-constricteurs, cardiaques proprement dits ou bien encore régulateurs par action diurétique (le type de ces derniers est la caféine). Après ces médications essentielles, il étudie ce qu'il appelle «. les médications auxiliaires », les auxiliaires respiratoires (iodures, oxy-

BIBU06BAPHIE. 429

gène, etc.), les auxiliaires calmants (anesthésiques, hypnotiques), les auxiliaires dits fortifiants (fer, quinine, arsenic) et enfin les auxiliaires évacuants ou dépresseurs (saignées, purgatifs, sudorifiques, etc.).

Cette classification établie, vient l'étude spéciale des principaux médicaments, dans le détail de laquelle il ne nous est pas permis d'entrer ici. Mentionnons seulement les chapitres si complets consacrés à l'étude des iodures, du nitrite d'amjle, de la digitaline|etdes « antîdigitaliques » (atropine, opium) et enfin de la série diurétique ou caféique. Le même soin est apporté à l'exposé des médications et des divers médicaments dits auxiliaires ; nous signalerons surtout le chapitre consacré à la médication calmante et à l'emploi des bromures dans les affections cardiaques ainsi que celui qui a trait à la médication purgative.

La troisième partie du livre passe en revue le traitement des principaux symptômes que l'on observe dans les maladies du cœur (arythmies, tachycardie, ralentissement du pouls, palpitations, dyspnée cardiaque, troubles digestifs, hépatiques et rénaux d'origine cardiaque ; anémies et troubles cérébraux de même origine). Enfin, la [dernière partie de l'ouvrage est consacrée & l'exposé didactique du traitement des principales maladies de l'appareil cardio-vasculaire (diverses lésions valvulaires, maladies du myocarde, cœur gras, sclérose coronaire, angine de poitrine, etc.).

Tel est, en substance, le contenu du nouveau livre dont le professeur G. Sée vient d'enrichir notre littérature. On pourra ne pas partager toutes les opinions qui y sont émises ; on pourra trouver discutable, tant au point de vue de la clinique que de la physiologie, telle ou telle de ces propositions hardies et comme provocantes qu'il se platt volontiers à semer dans ses écrits. Mais ce qu'on sera unanime à reconnaître et à admirer, c'est le sonflle jeune et militant qui anime tout l'ouvrage, c'est la foi et le culte du progrès, la vie et le relief dans l'expression, la sûreté d'érudition et, par-dessus tout, l'inépuisable fécondité de l'auteur. Straus.

VICTOR PELTZ

Le professeur V. Feltz vient de mourir à Nancy, à l'âge de 58 ans ; il avait été agrégé à l'ancienne Faculté de médecine de Strasbourg; en 1871, il fut nommé professeur d'anatomie et de physiologie pathologiques à la Faculté de médecine de Nancy, chaire qu'il occupa jusqu'au moment de sa mort. Son activité scientifique s'est surtout exercée dans le domaine de la pathologie expérimentale. Son Traité clinique et expé^ rknental des embolies capillaires, paru en 1870, renferme des documents intéressants, et a su se faire une place même à côté des mémoires initiateurs de Virchow et de la grande monographie de Gohn. Feltz a été moins bien inspiré dans ses recherches de contrôle sur la tuberculose

430 V. FELTZ.

expérimentale, ou il combattit la doctrine de Villemin, ne voulant voir dans la transmission par inoculation du tubercule de l'homme aux animaux que des métastases et des lésions emboliques. On lui doit des travaux expérimentaux importants, faits en commun avec le professeur Ritter, sur l'action de la bile, des sels biliaires et de leurs dérivés, des matières colorantes de la bile, et sur la physiologie pathologique de l'ictère. En collaboration avec le même savant, il fit paraître, en 1881, un remarquable travail sur VUrémie expérimerUale, où la toxicité des urines normales est signalée pour la première fois et étudiée systématiauement. Des phénomènes se rapprochant beaucoup de ceux que l'on observe dans 1 urémie peuvent être provoaués en injectant, en quantité suffisante, dans les veines des animaux, ae l'urine normale et fraîchement recueillie. Pour Feltz et Ritter, la toxicité de l'urine normale relèverait, non pas des substances organiques, urée, matières extractives, mais surtout des sels potassiques qu'elle contient.

Mais les plus connus des travaux de Feltz sont ceux qu'il a faits, soit seul, soit en collaboration avec le professeur Goze, sur les septicémies et les maladies infectieuses. Dès 1864, dans une série de mémoires publiés dans la Gazette médwale de Strasbourg et réunis plus tard en volume *, Coze et Feltz ont cherché à établir, dans différentes infections, la présence dans le sang de ferments figurés. L'éclat des récentes découvertes bactériologiques a totalement éclipsé ces premières tentatives, faites sans le secours des méthodes si pénétrantes et si sûres introduites dans la science par Pasteur et par Koch. Mais malgré leurs imperfections et leurs erreurs, ces essais conserveront leur valeur historique, comme comptant parmi les premiers entrepris dans une voie destinée à devenir si léconde. Du reste, même avec tes moyens technloues si restreints dont il disposait, Feltz a trouvé un fait expérimental de premier ordre. Dans ses recherches sur les effets produits par l'injection du sang putréfié, il constata oue le sang des animaux inoculés était plus virulent que le sang putriae injecté, et que la virulence de ce sang allait en croissant, dans les inoculations successives, au point de développer des efTeU mortels à des doses presque infinitésimales. «< Le sang septique, conclut Feltz, agit plus énergiquement que le sang putréfié. La septicité auf^ente par la culture du ferment dans les organismes vivants'. » L'exaltation de la virulence par le passage répété du virus chez les animaux réceptifs était ainsi établie pour la première fois : c'est là une notion capitale en pathologie infectieuse, que ûavaine et Pasteur devaient bientôt mettre pleinement en lumière. Le nom de V. Feltz demeurera attaché à cette découverte.

Stracs.

1. CozB et Feltz, Recherches cliniques et expéritnentaJes sur les maladies infectieuses étudiées spécialement au point de vue de l'étal du sang et de la présence des ferments, V^^vis y 1872.

2. Études expérimentais des effets déterminés par des doses infinitésimales de sang putréfie et de sang septique. (C. R, de l'Acad, des Sciences, 1874, 2« semestre, p. 1268.)

RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE M. JOSEPH LISTER (Sir Joseph)»

Par M. GHARGOT >

(La à l'Académie dek Kleneet, le 87 février 1893.)

M. Joseph Lister (Sir Joseph), que votre Commission présente en première ligne pour obtenir le titre de Membre associé étranger de l'Académie des Sciences, est Tun des professeurs les plus éminents du « King's Collège » de Londres ; il est chirurgien consultant delà reine d'Angleterre, qui Ta nommé baronnet. Mais le titre qui nous le désigne et qui lui survivra est celui de créateur de la méthode antiseptique et de rénovateur de la thérapeutique chirurgicale.

Personne, non seulement en Europe, mais dans tout le monde civilisé, n'ignore la transformation profonde, radicale, qui s'est accomplie de nos jours dans cette branche de la science médicale,

1. Dans la séance du 6 mars dernier, M. Lister a été élu membre associé étranger de l'Académie des Sciences, en remplacement de Richard Owen, à la suite du travail d'une commission dont M. Charcot était le rapporteur. Ce rapport sur l'œuyre de l'iUustre chirurgien anglais, dû à la plume de M. Charcot, constitue un document que nous sommes heureux de pouYoir mettre sous les yeux de nos lecteurs,

(Note de la Rédaction.)

2. Je tiens à remercier vivement mon collègue et ami M. le professeur Guy on d'avoir bien voulu mettre à ma disposition, concernant les travaux de M. Lister, toute une série de documents et d'aperçus critiques très précieux, dont j'ai usé largement pour la rédaction de ce rapport.

pour le plus grand bien de rhiimanité. C'est une notion qui est devenue populaire et dont la justesse se vérifle chaque jour.

La Gondamine, autrefois, comparant la petite vérole naturelle et la petite vérole inoculée^ s'écriait avec raison : « La nature nous décimait, Tart nous millésime. » Quels nombres eût-il imaginé d'opposer l'un à l'autre pour accuser le contraste qui s'est produit entre la chirurgie toute-puissante d'aujourd'hui, telle qu'elle s'est constituée depuis la grande réforme, et la chirurgie hésitante et meurtrière d'autrefois I Cette transformation, cette révolution bienfaisante, c'est aux créations de M. Lister, c'est à l'impulsion puissante et à la sécurité absolue qu'il a su imprimer aux interventions opératoires, qu'elle est due presque exclusivement.

Dans l'exposé de l'œuvre de ce chirurgien, Il est à la fois équitable et logique de relever tout d'abord que ses travaux se rattachent par une filiation directe aux découvertes successives de M. Pasteur; en réalité, si ce qu'on appelle volontiers la chirurgie listérienne a pris naissance en Angleterre, on pourrait dire qu'elle a été conçue en France. Les premiers travaux de notre illustre confrère venaient à peine de paraître, lorsque M. Lister — il n'a jamais du reste manqué de le reconnaître et de le proclamer hautement — s'en inspira et y trouva le point de départ de sa méthode K Jusque-là, il avait lutté en vain contre l'insuccès

1 . c La méthode antiseptique consiste à traiter un cas chirurgical de manière à prévenir efficacement la putréfaction de la partie intéressée. Ce point assuré, ' la chirurgie devient une chose toute différente de ce qu'elle était autrefois, et

; des blessures et des maladies considérées jadis comme très graves ou mémo

I désespérées marchent tranquillement dès lors vers une guérison assurée. Pour

I l'application de cette méthode, la théorie des germes est l'étoile polaire qui doit

1 vous conduire sûrement, dans une navigation qui serait, sans elle, désespéré-

f ment difficile. Cette théorie a été établie par les travaux de Cagniard-Latour»

' de Schwann, et surtout par les admirables découvertes de M. Pasteur. » (Listbr,

i Discours d*ouverture prononcé à C Université d'Edimbourg^ le 8 novembre 1869.)

I — Ailleurs M. Lister s'exprime ainsi : « Prévenir la suppuration avec tout son

cortège de dangers était un sujet enviable, mais jusqu'en ces derniers temps [ apparemment irréalisable, puisqu'il semblait impossible d'exclure Toxygèno

I considéré universellement comme l'agent de la putréfaction. Mais lorsqu'il eut

î été démontré par les expériences de Pasteur que l'air tient ses propriétés délé-

tères, non de l'oxygène ni d'aucun élément gazeux, mais de certains organismes inférieurs en suspension, l'idée me vint qu'il serait possible d'éviter la putré-

RAPPOAT SUR J. USTER^ 433

dans rhôpital infecté de Glasgow, où il exerçait la chirurgie. La pyoémie, Térysipèle et la pourriture d'hôpital y régnaient en permanence. Quand la lumière se fut faite dans son esprit, quelques mois à peine s'étaient écoulés que déjà, dans ce même lieu, le succès devint la règle ^ Rien n'avait été changé cependant, si ce n'est la manière de soigner les opérés et les blessés , et bientôt ces succès, — car la pratique nouvelle se propagea rapidement, — tous les chirurgiens furent mis à même de les obtenir. Je n'oublierai jamais, pour mon compte, comment il y a une douzaine d'années, lors d'une visite que je fis dans les hôpitaux de Saint- Pétersbourg, je fus conduit par mes collègues de la chirurgie en présence de nombreux malades ayant subi avec succès des opérations qui autrefois étaient considérées comme éminemment graves ou même condamnables. « Voilà, me disaient-ils, ce que nous osons et savons faire aujourd'hui, et nous réussissons pour ainsi dire à coup sûr. Cela, nous le devons à Lister, et aussi, par conséquent, ajoutaient-ils en dirigeant vers moi un regard significatif, à votre grand compatriote Pasteur. » — Ce n'était là, en somme, que justice rendue à qui de droit.

Ainsi, toujours inspirées ou éclairées par les découvertes de M. Pasteur, et fondées en conséquence sur des assises scientifiques, les recherches de M. Lister devaient le conduire à la création d'une méthode que l'on peut qualifier, elle aussi, de rigoureusement scientifique. En effet, il importe de le relever, ce n'est pas seulement l'invention d'un pansement efficace et devenu célèbre à juste titre que nous lui devons : il a créé de toutes pièces une méthode qui prévoit tout et ne laisse rien dans l'ombre, à laquelle on n'a rien pu ajouter depuis qu'elle a été conçue, malgré les travaux innombrables qu'elle a suscités, et dont on a retranché tout au plus certaines pratiques jugées superflues par l'inventeur lui-même.

faction dans les blessures sans en exclure l'air, en les pansant à l'aide d'une substance capable de tuer les particules flottantes de l'air, n (Listbr, Le principe antiseptique dans la pratique chirurgicale. British médical AsaociatUm, Dublin, 9 août 1867.)

4. Listbr, De l'influence du traitement antiseptique sur la salubrité d'un hôpital de chirurgie, brochure, 1870.

La méthode de Lister consiste sommairement en mi ensemble de mesures poursuivant un but bien précis et l'atteignant à coup sûr. Il s'agit d*abord d'éviter la souillure de la plaie par les germes de l'air et par ceux qui existent à la surface de tous les objets. De là le précepte de désinfecter les mains de l'opérateur, les instruments et la région opératoire ; par une précaution reconnue depuis comme excessive, la plaie était garantie pendant l'opération des germes de l'atmosphère par l'emploi du spray. Tous ces préceptes dérivent logicjuement d'une notion directrice unique : le rôle des germes dans la genèse des infections chirurgicales. D'autres pratiques viennent s'y ajouter, destinées à assurer des résultats rapides et parfaits : on doit rechercher la réunion immédiate^ cet idéal sans cesse poursuivi par l'opérateur ; pour cela il importe d'éviter l'excès de tension résultant de l'accumulation des liquides : de là, le drainage perfectionné par Lister, c'est-à-dire rendu aseptique. H faut aussi diminuer l'irritation provoquée par les ligatures : Uster les rend aseptiques, elles aussi, et imagine l'emploi du catgut. Telle est la méthode, dans ses grands traits fondamentaux ^

On peut dire que ce pansement fameux représente, dans les détails de son application, la synthèse des longues et patientes recherches de l'inventeur. Ce qui le distingue particulièrement, c'est qu'il permet à la plaie de vivre et de se réparer & l'abri des agents pathogènes qui incessamment menacent de l'infecter, sans qu'elle soit troublée, d'autre part, dans son évolution physiologique, par l'action même de l'antiseptique. Celui-ci, en effet, dans la méthode de Lister, il importe de le remarquer, n*agit que médiatement, maintenu qu'il est & distance, par une ingénieuse et fort simple combinaison de moyens protecteurs ; et c'est ici le lieu de rappeler qu'un antiseptique, quel qu'il soit, peut se révéler meurtrier, aussi bien pour l'élément anatomique que pour le germe morbide. L'emploi purement empirique qu'on en faisait autrefois pouvait donc se montrer et s'est montré, en effet, trop souvent nuisible. Ces tâtonnements dangereux ne devaient cesser qu'après les créa-

1. LisTBR, Traitement antiseptique des moignons dramputation, in Houus, A System ofsurgery. S» édition, 1871. — Perfectionnements [récents des détails de la chirurgie antiseptique {The Lancet, 1875). — Consulter en outre : Listbr, Sur les principes de la chirurgie antiseptique^ in R, Virchow's Pestschriftf Berlin, J 891, Bd III, p. 261.

tions de la méthode de Lister, réalisée, nous le répétons, sous rinfluence d'une doctrine reposant sur Texpérimentation.

Voici, cités comme exemples, quelques-uns des résultats obtenus : désormais les règles de la préservation des plaies sont fixées, formulées d'une façon précise, absolue; de telle sorte que nulle fissure, si ces règles sont rigoureusement observées, ne saurait permettre leur contamination par les germes. La réunion des plaies est obtenue dans des délais prévus, à l'abri de tout accident fortuit; en conséquence, les actes opératoires acquièrent un caractère de précision, de certitude vraiment inespéré, et ainsi, s'inspirant incessamment des données scientifiques, la pratique chirurgicale se soustrait définitivement à l'empirisme.

II est rare qu'une grande découverte ne soulève pas des querelles de priorité : celles-ci ont été résolues, d'une façon unanime, en faveur de M. Lister. De tout temps on a essayé des pansements protecteurs destinés à mettre les plaies à l'abri de Tair, regardé comme l'agent déterminant de la putréfaction; depuis longtemps aussi, pour prévenir cette putréfaction du pus, divers chirurgiens recoururent à des substances antiseptiques, l'alcool, la glycérine, le coaltar, l'acide phénique. Mais l'emploi de tous ces agents était purement empirique; il n'était pas accompagné des autres précautions indispensables à la réussite certaine. Les succès étaient l'exception, et l'on continuait à rester désarmé en face des calamités qui suivent les opérations. La tentative originale d'Alphonse Guérin, le pansement ouaté imaginé par lui, réalisèrent un progrès incontestable; mais la solution définitive et victorieuse appartient exclusivement à M. Lister. Le fil conducteur qu'il n'a jamaia perdu de vue et qui lui a permis de mener à bonne fin sa grande entreprise, c'est « la théorie des germes », à laquelle lui-môme, après Pasteur et Tyndall, avait apporté un contingent de nouvelles et intéressantes preuves expérimentales.

En effet, l'un des caractères fondamentaux des travaux de M. Lister est qu'ils ont été toujours poursuivis à la fois dans le laboratoire et dans la salle d'hôpital. C'est ainsi que ses importan-

tes recherches sur la fermentation du lait S sur la fermentation de Turine^*, sur Taction des antiseptiques à Tégard des caillots sanguins, ont été menées parallèlement avec des travaux de chirurgie proprement dite. Ces recherches suffiraient à elles seules pour établir la réputation d'un savant. Partout se retrouvent le même souci de Texactitude, la même recherche d'une règle de conduite et l'on pourrait ajouter le culte de la même théorie directrice. C'est pourquoi la méthode de Lister n'est pas restée limitée à la démonstration de tout ce que l'on peut attendre de l'emploi raisonné d'an antiseptique : elle a engendré Vantisepsie chirurgicak elle-même, considérée dans son acception la plus large, dans ses applications les plus variées. Nos tissus divisés par im traumatisme, on le sait maintenant de science certaine, se réparent toujours réguUèrement et promptement, pour peu qu'ils soient soustraits à l'influence des germes. Peu importe d'ailleurs le contact qu'ils subissent: il suffit qu'ils soient aseptiques, l'œuvre de réparation ne sera ni troublée ni retardée*.

Ces conceptions si nettes et si vraies de M. Lister devaient le conduire à une découverte qui, de l'aveu de tous les chirurgiens, eût suffi, seule, à illustrer son nom : je veux parler de la démonstration, faite par lui, de la tolérance par nos tissus des corps étrangers, dans de certaines conditions. Purifiés, les fils ne sont plus éliminés par nos tissus ; au contraire, ils sont acceptés, pour ainsi dire adoptés et protégés par eux : le catgut s'assimile et se résorbe *.

La découverte de ces faits fondamentaux a véritablement révolutionné sur plusieurs points importants la pratique chirurgicale. Entre beaucoup d'exemples qui s'offrent à nous, rappelons que les ligatures des gros troncs artériels s'opèrent actuellement sans section de leurs tuniques et que l'hémorragie secondaire à laquelle

i. De la fermentation lactique et de sa portée pathologique. {Transactions of thepatholog. Society ofLondon, 18 décembre i877.)

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