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STREPTOCOQUE A CULTURE APPARENTE SUR POMME DE TERRE

A la suite des travaux remarquables qui établirent que le streptocoque de l'érysipèle pouvait produire du pus, que le streptocoque pyogëne pouvait donner lieu à de Térysipèle, que le streptocoque puerpéral pouvait amener la production d'érysipèle, de pus, et même de fausses membranes, on en vint à penser que la lésion n*avait aucune spéciBcité, dépendant de la résistance de l'organisme attaqué et du degré de virulence du micro-organisme infectant, et que l'on avait là simplement des variétés d'une seule et même espèce.

Il parut alors suffisant de constater au microscope la présence de coccus en chaînettes : c^était « le streptocoque ».

N'y avait-il pas là cependant une exagération? Ne pouvaiton pas confondre ainsi des espèces réellement différentes, ou tout au moins des variétés notablement différenciées — car il est bien difficile de déterminer où commence l'espèce pour des organismes monocellulaires, infiniment modifiables suivant les milieux dans lesquels ils vivent? N'était-il pas possible enfin, ne fût-ce que pour mettre un peu d'ordre dans les connaissances sur ces organismes, de trouver, en dehors de la virulence — si contingente, si variable, surtout chez les streptocoques, — un caractère plus simple pouvant servir de base à une classification plus naturelle?

C'est ce que, un des premiers, M. von Lingelsheim avait cherché à établir [Zeitschrift fur Hygiène^ 1891). Pour lui on devait diviser les streptocoques en deux grandes classes :

STREPTOCOCCUS

NON PATHOGENE PATUOQBNB

Streptococcus brevis. Strepiococcus longus»

Pathogènes Pathogène

pour la souris pour le lapin, et le lapin.

a) Streptococcus Streptococcus murisepticus. erysipelatis.

à) Streptococcus pyogenes

La morphologie, la longueur des chaînettes, servait de base à la classification. De plus, le streptocoque court n'était pas pathogène, troublait le bouillon, amenait une très légère

»t F. mkBOT.

liquéfaction de la gélaiiae, enfin donnait sur pomme de terre une culture visible à l'œil nu.

Dans un travail récent [Centraib. /. BaiL^ XII, 6) M. Beh^ ring a cherché à subdiviser, d'après les caractères des cultures en bouillon, la classe du streptococcus longus. Il établit deux groupes :

l"" Ceux qui troublent le bouillon (streptocoque de l'éry^ sipèle, des angines, des phlegmons);

i"* Ceux qui ne le troublent pas, qui comprennent trois espèces :

a) Ceux qui forment un dépôt muqueux (streptocoques de certains phlegmons), des pneumonies, des affections puerpérales, des maladies des séreuses) ;

6) Ceux qui forment des grumeaux (scarlatine , streptococcus conglomeratus, Kurth, cas grave de pyémie);

c) Ceux qui forment de gros amas et tendent à adhérer aux parois du tube (pneumonie du cheval, seule).

Toutes ces variétés seraient virulentes pour la souris blanche. M. Behring ne se croit pas autorisé à les différencier en espèces, un animal vacciné pour Tun de ces streptocoques Tétant pour tous les autres.

M. H. Barbier, en étudiant les angines de diphtéritiques, a pu, d'après les caractères de culture et la morphologie, différencier quelques espèces : les streptocoques A et B {Arch. de méd, expér., mai 1891), ce dernier paraissant jouer un rôle important dans les formes infectieuses (Grancher) de la diphtérie; un diplo-streptocoque {Arch. de méd. expér. ^ novembre 1892).

MM. d'Espine et de Marignac {Arch. de méd. ex/)^r., juillet 1892) ont aussi reconnu certains caractères particuliers à des streptocoques qu'ils ont étudiés en même temps qu'un streptocoque d'une espèce particulière trouvé dans le sang d'un scarlatineux.

Au début de nos recherches sur les angines (décembre 1 891 janvier 1892) nous avions été amené à nous poser les questions suivantes :

Le — ou les — streptocoque que Ton trouve si souvent

STREPTOCOQUE A CULTURE APPARENTE SUR POHME DE TERRE. 55i

dans la bouche — à un simple examen microscopique de la salive — est-il le même que le streptocoque de Térysipële? et^ sinon, peut-il jouer un rôle dans la pathologie humaine et, en particulier, dans certaines formes d'angine?

Dès le principe nous avons pensé qu'il fallait chercher ailleurs que dans les variations de virulence, pour résoudre la première de ces questions. On pouvait en effet être amené ainsi à différencier des variétés simplement atténuées ou exaltées de la même espèce, ou à confondre, comme donnant une réaction analogue (en somme peu caractéristique), des espèces réellement distinctes. Des milieux moins complexes, plus fixes dans leurs propriétés que le milieu animal, pouvaient peut-être fournir un sujet d'études plus avantageuses, à condition de ne s'arrêter qu'à des caractères assez grossiers et suffisamment constants.

Nous fûmes ainsi amenés à essayer différents milieux de culture. Dès le début \ nous eûmes la surprise de voir un streptocoque retiré de notre bouche, donner, sur pomme de terre, des cultures très spéciales, en petits grains blancs séparés. Ayant vérifié la constance de ce caractère, aussi bien pour ce streptocoque que pour d'autres étudiés par la suite, nous fondant, d*autre part, sur ce que, pour le streptocoque de Térysipèle, on n'avait jamais constaté de cultures apparentes sur la pomme de terre, nous avons été conduit à penser qu'il y avait peut-être là une base de différenciation.

La classification de M. von Lingelsheim, actuellement acceptée en Allemagne, ne nous a pas paru, en effet, suffisamment justifiée. Certes, d'une façon générale, les chaînettes de coccus sont plus longues, plus ondulées, pour le streptocoque de l'érysipèle et les variétés voisines, que pour les streptocoques de la salive par exemple. Mais ce n'est point là, semble-t-il, un caractère bien spécifique. Nous avons pu étudier un streptocoque, provenant d'un érysipèle de la face chez l'homme, qui ne donnait que des chaînettes de six à

1. Janvier* fëvrior 1892 (nous avons encore des cultures sur pommes de terre datant de cotte époque). N*ayant pas encore fait alors des recherches bibliographiques, nous n'avons eu connaissance du travail de M. von Lingelsheim que par celui de BIM. d'Espine et de Marignac (juillet 1892).

douze éléments, et, d'un autre côté, nous avons pu compter jusqu'à soixante-dix éléments chez un streptocoque à culture apparente sur pomme de terre.

D'autre part, la longueur des chaînettes, même la disposition en chaînette, dépend beaucoup du milieu de culture et du mode de préparation microscopique.

Aussi ce caractère morphologique est-il de faible secours pour le diagnostic bactériologique, au contraire du mode de culture sur pomme de terre, très commode, en outre, pour la séparation des colonies.

Il nous a paru, par suite, avantageux de remplacer les deux classes de M. von Lingclsheim par les deux suivantes :

Streptocoques ne donnant pas de culture apparente sur la pomme de terre * ;

Streptocoques à culture apparente sur la pomme de terre.

STREPTOCOQUES NE DONNANT PAS DE CULTURE APPARENTE SUR LA POMME DE TERRE

Le contrôle de la pomme de terre n'ayant point été fait pour toutes les variétés, il est assez difficile de dire, quelles appartiennent à cette catégorie, quelles à cette autre. Il semble cependant que Ton puisse avoir quelques données générales.

Le streptocoque deFérysipèle ou de Fehleisendoitêtre mis en tête de cette classe (obs. XV). Tous les auteurs sont d'accord pour dire qu'il ne donne pas de culture apparente. Achalme (th. de Paris, 1892) dit : « Sur pomme de terre le streptocoque ne donne lieu à aucune colonie visible à l'œil

1. Nous n'avons pas touIu préjuger s'ils y cuItÎTaient réellement, ou non, ce qui nous a paru assez difficile à établir. Avec le bacille typhique, quelque peu apparente que soit la culture, il est facile de Toir si elle existe réellement : il suffit, ayant fait une simple strie au milieu de la tranche de pomme de terre, de faire une prise pour la préparation sur un des bords de la tranche. Pour les streptocoques, qui poussent très discrètement le long des stries, on est iorcé de faire les prises ^u niveau des stries, et peut-être ne recueille-t-on ainsi que les organismes que' l'on y avait portés par rcnsemenccmcnt.

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nu. » Eisenberg {Bakt. Diagn,, p. 228) : aucune croissance {Kein Wachsthtim).

Viennent ensuite les streptocoques qui ne sont sans doute que des variétés de celui de Térysipële:

Le streptocoque de Tinfection puerpérale, pour lequel nous avons fait le contrôle dans quatre cas (obs. III, lY, IX, X);

Le streptocoque pyogène de Rosenbach;

Le streptococcus murisepticus ;

Les [différents streptocoques, A, B, diplostreptococcus de H. Barbier;

Le streptocoque scarlatineux de d^Espine et de Marignac ;

Les streptocoques de certaines angines phlegmoneuses, de certaines angines à fausses membranes (obs. I, II, IV, VIII, XVI);

Probablement les streptocoques "de certaines bronchopneumonies, analogues à celui de Térysipèle d'après Mosny (th. de Paris, 1891);

Probablement aussi le streptocoque trouvé par Beck dans une infection simulant le choléra {Deuts, niedic. FFocA., n** 40, p. 902, 1892).

Le pneumocoque de Talamon-Fraenkel (streptococcus Pasteuri) est, par certains caractères, si voisin des streptocoques, que nous avons aussi essayé de le cultiver sur pomme de terre : nous n'avons pas constaté de culture apparente (obs. XI, XII, XIV).

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