V. BASES
Dans les ensemencements successifs le bacille pousse plus facilement qu'au commencement.
Les inoculations aux animaux, ainsi qu'il a été dit, ont été souvent positives, en ce qu'elles en ont amené la mort à la suite d'hémorragies étendues. Dans l'organisme des animaux, outre le bacille caractéristique qui a produit sans aucun doute les hémorragies, on en trouve un second qui par ses cultures, par l'expérimentation et par sa coloration se comporte à la manière du bacille de la septicémie des lapins.
D'autres lapins et souris, inoculés à leur tour avec les organes de ces deux lapins, ont succombé au bout de un à trois jours avec tous les symptômes de la septicémie des lapins, et dans leurs organes on ne retrouvait que le microbe de cette dernière maladie. Les cultures des organes étaient de même composées par des colonies de cette bactérie facilement cultivable.
Nous devions donc renoncer à transmettre la maladie de l'homme à plusieurs générations d'animaux, et il était à craindre que le bacille, si difficile à cultiver, ne perdît, en même temps que sa vitalité, aussi son pouvoir d'engendrer chez les animaux les symptômes caractéristiques de la maladie.
Bien que les deux inoculations positives fussent démonstratives quant à la production des hémorragies, il était néanmoins à désirer de contrôler le pouvoir du bacille en culture pure.
Dans ce but, nous avons répété avec des cultures pures tous les essais d'infection avec un résultat assez satisfaisant.
Il est vrai que nous n'obtenions pas de grandes ecchymoses, même en injectant de plus grandes quantités de cultures sur bouillon, mais parfois les animaux sacrifiés après cinq àseptjours présentèrent des ecchymoses sous-cutanées ou bien profondes et un lapin mourut cinq jours après l'injection sous-cutanée avec 2 gr. de culture, avec un abcès entouré d'un œdème hémorragique, engendré par le bacille caractéristique.
Nos recherches avec des animaux mis dans des conditions
particulières, de même que celles faites avec des cultures mixtes ont donné des résultats plus sûrs. Ainsi des animaux qui ont jeûné 1-3 jours et d'autres inoculés avec le bacille mêlé avec le streptococcus décrit succombaient plus fréquemment après 5-8 jours avec une espèce de septicémie hémorragique.
Gomme dans tous les cas typiques de scorbut que j'ai observés, j'ai trouvé dans la muqueuse des gencives un bacille, toujours le même, en rapport de causalité avec les modifications caractéristiques des gencives; comme ce même bacille a le pouvoir de produire chez les lapins des hémorragies intenses, et comme enfin dans des conditions particulières il est cultivable, je me crois en droit d'attirer là-dessus l'attention des investigateurs.
Je crois même qu'on peut considérer ce bacille comme le bacille du scorbut. Une fois obtenu en culture pure il sera facile d'établir son rôle à différents points de vue.
Sans doute, comme les symptômes morbides eux-mêmes, le microbe n'est pas très résistant, et de plus il est difficile à cultiver.
Il provoque la nécrose et des pertes de substance des gencives et une prolifération particulière des éléments fixes et surtout des parois vasculaires sans venir en contact intime avec elles. Et de fait, on n'a réussi ni à cultiver le bacille du sang des malades ni à provoquer, en inoculant le sang des malades, aucune maladie chez les animaux; de sorte que, comme dans la diphtérie et le tétanos, les bacilles, qui existent en si grand nombre dans les gencives, provoquent par leurs produits chimiques une maladie générale, consistant surtout en une altération des parois vasculaires.
En même temps, il s'y associe une altération des hématies et des leucocytes, qui a été observée aussi bien chez l'homme que chez les animaux et qui est due à l'action toxique du bacille.
Nous devons nous demander par quelle voie ce bacille pénètre dans l'organisme et comment il se fait qu'il exerce son pouvoir dans un rayon si limité, comme par exemple sur un navire.
618 Y. BABES.
Je crois que nous avons affaire à un bacille qui habitait déjà la cavité buccale. Et de fait, j'avais souvent trouvé de semblables bacilles, dans le dépôt dentaire. De tels bacilles ont été encore décrits par Miller mais ils n'ont pu être obtenus jusqu'à présent en culture pure.
II serait possible que chez les individus débilités et surtout soumis à un régime alimentaire exclusif, le pouvoir de résistance deTorgauisme faiblît d'une manière ou d'une autre et que les sucs organiques fussent modifiés de manière à procurer aux bacilles des conditions favorables à sa pénétration dans les gencives.
II ressort sans aucun doute de cette recherche, que les modifications particulières des gencives, ainsi que les épanchements sanguins non moins caractéristiques dans nos cas de scorbut, sont en rapport de cause à effet avec notre bacille.
EXPLICATION DES PLANCHES VII ïf^ VIII
Fig. 1.
Section du bord de la perte de sabstance des gencives atteintes de scorbut, coloration avec le bleu alcalin de LOffler, gross. 400 envir. âc. couche cornéo.
H. couche de Malpighi nécrosée, c. couche superficielle, embryonnaire do la muqueuse, u. perte do sabstance.
m. psoudo-membraae oouvraot la base de l'ulcère.
b. masses des bacilles.
e. colonies de» bacilles pénétrant au-dessous des parties non ulcérées.
c. masse de cellules embryonnaires au-dessous de la couche bactérienne, parsemée de bacilles, qui pônôtrent dans la profondeur do la muqueuse.
b. cellules fixes, fusiformes, au protoplasme réticulé.
d. vaisseaux sanguins dilatés avec paroi proliférée, renfermant beaucoup de leucoc3rte8 et par places des cellules plasmatiques d'Bhrlich.
Fig. 2.
Lésions des gencives dans un deuxième cas. Coloration avec bleu de méthylène, gross., envir. 500. La coucheépithéliale est remplacée par une exsudationressemblant à une membrane diphtéritique, parsemée des bacilles caractéristiques en groupes denses (6) ou bien isolés, pénétrant le long des trajets cellulaires dans la profondeur do la muqueuse. On y voit auprès de Texsudation fibrineuse des cellules migratrices souvent avec des noyaux en fragmentation de même que des vaisseaux dont les éléments constituant la paroi sont prolifères, (l). On y voit surtout une tuméfaction évidente des ceUules endothéliales.
Aitihives de médecine, expérimentale.
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Fig. 3, Les bacilles caractéristiques avec un plus fort grossivement.