A. JOFFKOT ET CH. ACHARD
sialogique. Mais aucune de ces hypothèses n'est actuellement susceptible d'une démonstration. La méthode expérimentale n'a fourni jusqu'à présent aucune solution satisfaisante. Les lésions nerveuses provoquées dans le bulbe chez les animaux n'ont reproduit que d'une manière bien imparfaite les troubles de la maladie de Basedow et n'apprennent rien d'ailleurs sur le point de départ du processus. D'autre part les expériences entreprises sur le corps thyroïde, et en particulier les ablations de cet organe, montrent bien qu'il est utile à l'économie, mais ne fixent nullement le mode précis de ses fonctions. C'est donc, en somme, à l'observation sur l'homme, à l'observation anatomo-clinique, qu'il faut encore, pour cette question comme pour tant d'autres en médecine, demander les renseignements les plus sûrs.
D'ailleurs, après une période de tâtonnements et d*insucces, l'observation s'est engagée, depuis quelque temps surtout, dans la double direction qu'indiquaient les deux théories fondamentales de la maladie. On a recherché avec grand soin, grâce aux procédés nouveaux de coloration du tissu nerveux, l'état du bulbe, et l'on a quelquefois rencontré des altérations fournissant matière à discussion. On a aussi exploré histologiquement l'état du corps thyroïde et obtenu encore de ce côté des résultats dignes d'attention.
C'est pour apporter à cette enquête anatomo-clinique quelques documents de plus que, sans entrer actuellement dans tout le détail des discussions pathogéniques, nous publions les faits de maladie de Basedow, suivis d'autopsie, qu'il nous a été donné de recueillir dans ces dernières années. Quelques-uns ayant été déjà l'objet de travaux antérieurs, nous n'en donnerons ici qu'un résumé.'
Ob8. I. — Elisabeth Dub..., âgée de 52 ans, entrée le 18 novembre 1890, salle Barth, n« 4, à rinûrmerie de la Salpêtrière, dans le service de M. JofTroy.
Antécédents héréditaires. — Un de ses frères, sa mère, deux tantes et trois oncles maternels sont morts de tuberculose pulmonaire, ainsi qu'une tante et un oncle paternels. Son père est mort d'apoplexie.
Antécédents personnels, — Dans son enfance, cette femme a eu plusieurs maladies : croup, rougeole, coqueluche. A 7 ans, elle a commencé
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à avoir des attaques de nerfs, provoquées par la moindre émotion» annoncées par une aura (sensation de boule, chaleur du visage, batte* ments aux tempes) et caractérisées par un cri initial, des convulsions cloniques, l'incurvation do tronc en arc de cercle. A 13 ans, ces attaques convulsives cessèrent brusquement et furent remplacées par des évanouissements. La malade était fréquemment prise de tremblement.
A l'âge de 9 ans, à la suite d'un choc violent sur la partie inférieure du rachis, elle ressentit des douleurs longtemps persistantes, et on remarqua Tapparition d'une scoliose qui s'accentua plus tard.
Réglée à 18 ans seulement, la malade éprouvait fréquemment des douleurs abdominales aux époques menstruelles. Vers cet âge, â la suite d'une variole, les attaques de nerfs reparurent. En même temps se montrèrent des palpitations violentes, qui la firent soigner pendant deux ans pour une hypertrophie du cœur.
A 30 ans, douleurs articulaires, douleurs rachidiennes fréquentes, augmentation de la déformation rachidienne, malgré le port de plusieurs appareils, diminution de l'ouïe et de la vue.
Vers l'âge de 36 ans, pendant un séjour en Russie où elle contracta ie typhus, et à la suite d'émotions, de chagrins et de privations de tout genre, elle éprouva un redoublement de ses douleurs rachidiennes et en ceinture, et des symptômes de maladie de Basedow apparurent. Elle dut alors s'aliter pendant vingt-deux mois, et on lui dit qu'elle était atteinte d'une maladie de la moelle épinière et de goitre exophtalmique. C'est à cette époque qu'où commença à loi faire des piqûres de morphine : rapidement elle devint morphinomane.
D'après les renseignements donnés par la malade, la tuméfaction thyroïdienne atteignit au côté droit du cou le volume d'une grosse orange, tandis qu'à gauche elle était encore plus développée : la circonférence du cou mesurait 62 centimètres.
L'exophtalmie suivit une évolution parallèle à celle du goitre : les yeux devenus énormes ne pouvaient plus être recouverts complètement par les paupières. U y eut en outre des troubles oculaires; la malade voyait trouble comme au travers d'un brouillard ; elle louchait, mais sans voir double. Ces troubles oculaires ont persisté pendant trois mois.
A cette époque aussi le tremblement était très marqué, au point d'empêcher la malade d'écrire et de faire aucun travail manuel. Les palpitations étaient très violentes; on aurait observé à la poinle du cœur une sorte de tremblement de la paroi thoracique, au dire de la malade. Elle ajoute qu'il y avait aussi des battements intenses dans la tumeur thyroïdienne et qu'on avait constaté à l'ophtalmoscope des battements des vaisseaux rétiniens. Il y eut encore à cette époque des troubles urinaires et digestifs : rétention d'urine fréquente, vomissements continus pendant six mois et même trois hématémèses. La sensibilité était aussi très atteinte ; il y eut d'abord une anesthésie générale portant aussi sur les sens spéciaux, puis de l'hyperesthésie cutanée.