LE JUBILÉ DE M. PASTELR
M. Joseph Bertrand et M. Daubrée parlèrent au nom de TAcademie des sciences,M. Bergeron au nom de l'Académie de médecine.
Sir Joseph Lister, le célèbre chirurgien anglais, présenta à M. Pasteur une adresse de la Société Royale de Londres, écrite de la main de son président, et prononça le discours suivant :
Monsieur Pasteur,
Le grand honneur ro*a été accordé de vous apporter Thommage de la médecine et de la chirurgie. Vraiment, il n'existe dans le monde entier aucun individu auquel doivent plus qu'à vous les sciences médicales.
Vos recherches sur les fermentations ont jeté un rayon puissant qui a illuminé les ténèbres funestes de la chirurgie et a changé le traitement des plaies d'une affaire d'empirisme incertain et trop souvent désastreux, en un art scientiflque sûrement bienfaisant.
Grâce à vous la chirurgie a subi une révolution complète qui l'a dépouillée de ses terreurs et a élargi presque sans limites son pouvoir efïlcace.
La médecine ne doit pas moins que la chirurgie à vos études profondes et philosophiques.
Vous avez levé le voile qui avait couvert pendant les siècles les ma* ladies infectieuses. Vous avez découvert et démontré leur nature microbienne. Grâce à votre initiative, et, dans beaucoup de cas, à vos propres travaux spéciaux, il y a déjà une foule de ces désordres pernicieux dont nous connaissons complètement les causes : Félix qui potuit rerum cognoscere catisàs.
Cette connaissance a déjà perfectionné d'une façon surprenante le diagnostic de ces fléaux du genre humain et a indiqué la route qu'il faut suivre pour leur traitement prophylactique et curatif.
Dans cette route, vos belles découvertes de l'atténuation et du renforcement des virus et des inoculations préventives servent et serviront toujours comme étoile conductrice.
Comme illustration éclatante, je puis signaler vos travaux sur la rage. Leur originalité était si frappante, aussi bien dans la pathologie que dans la thérapie, que beaucoup de médecins se sont d'abord méfiés devons. « Est-il possible, se disaient-ils, qu'un homme qui n'est ni médecin, ni biologiste, puisse nous instruire d'une telle façon sur une maladie sur laquelle se sont exercées en vain les plus belles intelligences de la médecine ? Quis novus hic nostris successit sedibus kospes? »