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LE JUBILÉ DE M. PASTEUR

obstacles et des difficultés de toute sorte. 11 y a peu d'années encore, avant que les pouvoirs publics et le Conseil municipal eussent donné i la science de magnifiques demeures, un homme que j'ai tant aimé et admiré, Claude Bernard, n'avait pour laboratoire, à quelques pas d'ici, qu'une cave humide et basse. Peut-être est-ce là qu'il fut atteint de la maladie qui l'emporta ? En apprenant ce que vous me réserviez ici, son souvenir s'est levé tout d'abord devaut mon esprit : je salue cette grande mémoire.

Messieurs, par une pensée ingénieuse et délicate, il semble que tous ayez voulu faire passer sous mes yeux ma vie tout entière. Un de mes compatriotes du Jura, le maire de la ville de Dôle, m'a apporté la photographie de la maison très humble où ont vécu si difficilement mon père et ma mère.

La présence de tous les élèves de l'École normale me rappelle l'éblouîssement de mes premiers enthousiasmes scientifiques.

Les représentants de la Faculté de Lille évoquent pour moi mes premières études sur la cristallographie et les fermentations qui m'ont ouvert tout un monde nouveau. De quelles espérances je fus saisi quand je pressentis qu'il y avait des lois derrière tant de phénomènes obscurs !

Par quelle série de déductions il m'a été permis, en disciple de la méthode expérimentale, d'arriver aux études physiologiques, vous en avez été témoins, mes chers confrères. Si parfois j'ai troublé le calme de nos académies par des discussions un peu vives, c'est que je défendais passionnément la vérité.

Vous enfin, délégués des nations étrangères, qui êtes venus de si loin donner une preuve de sympathie à la France, vous m'apportez la joie la plus profonde que puisse éprouver un homme qui croit invinciblement que la science et la paix triompheront de l'ignorance et de la guerre, que les peuples s'entendront non pour détruire, mais pour édifier, et que l'avenir appartiendra à ceux qui auront le plus fait pour l'humanité Souffrante. J'en appelle à vous, mon cher Lister, et à vous tous, illustres représentants de la science, de la médecine et de la chirurgie.

Jeunes gens, jeunes gens, confiez-vous à ces méthodes sûres, puissantes, dont nous ne connaissons encore que les premiers secrets. Et tous, quelle que soi l votre carrière, ne vous laissez pas atteindre parie scepticisme dénigrant et stérile ; ne vous laissez pas décourager par les tristesses de certaines heures qui passent sur une nation. Vivez dans la paix sereine des laboratoires et des bibliothèques. Dites-vous d'abord : Qu ai-je fait pour mon instruction? Puis, à mesure que vous avancerez :

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Qu'ai-je fait pour mon pays? Jusqu'au moment où vous aures peut-être cet immense bonheur de penser que vous avez contribué en quelque chose au progrès et au bien de l'humanité. Mais que les efforts soient plus ou moins favorisés par la vie, il faut, quand on approche du grand but, être en droit de se dire : J'ai fait ce que j'ai pu.

Messieurs, je vous exprime ma profonde émotion et ma vive reconnaissance. De même que sur le revers de cette médaille, Rotj, le grand artiste, a caché sous des roses la date si lourde qui pèse sur ma vie, de même vous avez voulu, mes chers confrères, donner à ma vieillesse le spectacle qui pouvait la réjouir davantage, celui de cette jeunesse si vivante et si aimante.

Telle fut cette journée glorieuse qui restera comme une date historique. L'acclamation unanime de la nation et des savants du inonde civilisé a consacré, une fois de plus, le génie de M. Pasteur. Les hommages s'adressaient à la fois au chimiste, au minéralogiste, au physiologiste, au philosophe et au médecin; mais il est manifeste que le tribut le plus large d*admiration et de reconnaissance revenait à la phase la plus récente de son œuvre prodigieusement variée : les applications de la doctrine des germes aux choses de la médecine. Le témoignage, significatif entre tous, de M. Lister est particulièrement précieux à enregistrer; nul n'était mieux qualifié pour attester, dans cette solennité, ce. que la médecine et la chirurgie doivent aux découvertes de M. Pasteur. De ces découvertes est sortie une révolution telle, qu'on n'en retrouve pas de semblable dans l'histoire de notre science.

C'est là le côté le plus actuel, le plus populaire de l'œuvre du maître; nous aurions mauvaise grâce, nous médecins, d'y trouver à redire : toute conquête scientifique qui [intéresse immédiatement la vie et la souffrance humaines acquiert du premier coup une portée et un prix inestimables. Sachons toutefois reconnaître que si les travaux de M. Pasteur ont préparé et accompli toute une révolution dans le domaine de la médecine et de la biologie, ils en ont provoqué une aussi profonde dans l'ensemble des sciences de la nature. En nous révélant que les grands phénomènes de mutations de la matière organisée, la fermentation, la putréfaction relèvent, non pas d'actes purement chimiques, mais de l'intervention et de la vie de germes mi-

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