DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG DANS CETTE MALADIE
Par MM. V. BASES et D. GHBORGHnT
(TBATAIL 01 L'iNSnTUT DB PâTHOLOQ» BT DB R4CTÉUOLOOIB DB BDCâRBST)
Planches IV et V
Les fièvres paludéennes sont liées à la présence de certaines formations amœboïdes dans le sang et notamment dans les globules rouges. Dans chaque cas de maladie on trouve ces corpuscules, qui diffèrent beaucoup comme forme dans les différents cas examinés. De même on trouve dans le sang de différents animaux des formations plus ou moins semblables. Dans un groupe de maladies des bœufs et des moutons observées en Roumanie de même qu'en Amérique, avec des symptômes qui diffèrent de ceux de la malaria, l'un de nous a trouvé dans les globules rouges du sang des parasites, qui diffèrent essentiellement de ceux qu'on trouve dans la malaria, en se rapprochant des bactéries*.
1. Babbs, Comptes rendus de TÂcad. des sciences, noy. 1888, mai 1890 et août 1892.
On s'est habitué ensuite à regarder toutes les maladies dans lesquelles on trouve des parasites dans les globules rouges comme des formes de malaria, procédé peu justifié et qui pourra facilement donner lieu à des confusions.
De même qu'on n'a pas le droit de confondre toutes les maladies dans lesquelles on trouve des parasites dans un certain tissu ou dans certaines cellules, on n'a pas le droit de confondre les différents états dans lesquels on trouve des parasites dans les hématies.
11 me semble d'autant plus prudent de réserver le nom de malaria à la maladie humaine liée à la présence d'un certain parasite, qu'on ne réussit pas à transmettre cette maladie aux animaux, et de désigner par des noms distincts les parasites bien diflFérents qu'on trouve chez les animaux, surtout en considérant que les animaux à parasites ne manifestent souvent aucun signe de maladie.
On pourra former un groupe de ces parasites animaux, en les distinguant pourtant d'un second groupe de parasites endoglobulaires découverts par l'un de nous dans l'hémoglobinurie du bœuf, dans la fièvre du Texas et dans le « cârceag » des moutons, et qui diffèrent absolument des parasites du premier groupe. Dans cette étude nous ne nous occuperons que des parasites de la malaria, c'est-à-dire de la maladie propre à l'homme.
Laveran (Acad. de méd., 23 nov. 1880) a le mérite d'avoir décrit le premier le parasite de la malaria. Par des recherches méthodiques sur un grand nombre de cas, cet auteur trouva dans le sang des formations protoplasmatiques pigmentées qu'il considère comme différentes formes du même parasite. Tandis que Laveran croit que le parasite est seulement accolé aux globules rouges, Richard a constaté son siège intraglobulaire. Sans entrer dans les premières recherches de Marchiafava et Celli, nous passons aux observations de Golgi (Acad. de méd. de Turin, nov. 1885), qui avait donné non seulement le cycle de développement du parasite, mais qui avait fait une distinction nette entre les différentes formes du parasite d'après la forme de la maladie. Dans un travail plus récent Marchiafava et Celli (Atti délia Acad. med. di Roma,
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an XVI, vol. v) ont décrit une forme particulière du parasite dans les fièvres estivo-automnales, et Marchiafava et Bignami ont trouvé des différences constantes entre les formes trouvées dans la fièvre quotidienne et tierce.
Laveran distingue quatre formes principales du parasite :
l**Les corps sphériques incolores, hyalins, doués de mouvements amœboïdes de i-Sp^ ou même plus grands. Dans leur intérieur on trouve du pigment souvent en mouvement, et qui augmente avec Taccroissement du corpuscule. Ces formations sont tantôt libres, tantôt accolées aux hématies, qui leur servent de nourriture. — La question du noyau et du mode de développement de ces corps n'était pas résolue par cet auteur.
2** Les corps flagellés sont des corps semblables toujours iibres, munis de filaments longs, ondulés, mobiles, terminés ordinairement par une petite nodosité. Leur nombre est variable de 1-4. Ils se détachent à un moment donné du parasite pour devenir libres.
3° Les corps semi-lunaires, amincis aux extrémités.
Leur substance est transparente, incolore, avec des granulations pigmentées vers le milieu. Ils n'ont pas de noyau et leur diamètre est de 2 à 8-9 [i..
Ils présentent un contour précis, qui se présente en ligne double dans les préparations desséchées et colorées. Du côté concave on voit souvent une ligne fine concave qui relie les extrémités. Souvent libres, ils sont parfois attachés aux globules rouges. Ces formations sont immobiles, jamais flagellées. On les trouve le plus souvent dans des formes cachectiques ou de récidive.
4*» A côté de ces corps on trouve encore des éléments ovales, descendants des corps semi-lunaires et qui se transforment en corps sphériques.
B'^Les corps en rosace, segmentés, sphériques, nagent librement dans le plasma sanguin. Le pigment se trouve au centre de la rosette, formée de plusieurs corpuscules ronds ou ovales.
D'après Laveran, le cycle de développement du parasite commence par les plus petits corpuscules attachés aux globules et ne renfermant pas encore de pigmenta
Laveran ne trouve de rapport ni entre les différentes formes de la malaria et entre les différentes formes du parasite, ni entre les parasites trouvés dans les différentes périodes de la maladie.
Nous avons vu que les auteurs italiens au contraire admettent un tel rapport.
Ainsi Marchiafava et Bignami admettent quatre variétés de parasites et deux grands groupes de fièvres palustres:
1* Les fièvres légères d*été et de printemps avec : a) le type quarte, lié à l'évolution d'un parasite qui se développe en trois jours ; b) le type tierce avec l'évolution du parasite en deux jours, 2* les fièvres graves estivo-automnales avec deux subdivisions : a) quotidienne, b) tierce maligne ; 3° fièvres pernicieuses et subcontinues.
Les points principaux du remarquable travail de Golgi en ce qui concerne le rapport des parasites avec le type fébrile sont les suivants :
1* Chaque accès fébrile est en rapportintime avec le cycle de développement d'une génération de parasites ; 2° Taccès coïncide avec la maturité d'une génération des parasites.
3* L'intensité de l'accès est en rapport avec le nombre des parasites.
En examinant par exemple le développement du parasite de la quarte, on trouve, le matin du premier jour de l'apyrexie, dans les globules rouges, des formes pigmentées d'un volume égal à la cinquième ou sixième partie d'un globule rouge, granulées à la périphérie et peu mobiles. 6-10 heures avant le nouvel accès commence la réproduction du parasite, qui à cette époque remplit à peu près le globule rouge, avec du pigment distribué irrégulièrement dans son protoplasma.
Peu à peu le pigment se ramasse au centre, constituant des masses irrégulières ou étoilées, qui se confondent à la fin en une masse uniforme.
En même temps le protoplasma du parasite se divise dans une direction radiale, formant autour du centre pigmenté 8-10 corpuscules ronds ou piriformes sous forme d'une rosette.
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Enfin les feuilles de la rosette s'éloignent, se dispersent, deviennent libres et disparaissent à peu près à l'époque du frisson et de la période fébrile; c'est maintenant qu'apparaissent les petites formations non pigmentées, intra-globulaires, qu'on rencontre encore dans les premières heures de l'apyrexie.
Le développement du parasite de la fièvre tierce ressemble à celui qui vient d'être décrit ; seulement les petits corpuscules intraglobulaires ont des mouvements beaucoup plus énergiques. Peu à peu apparaissent dans ces formations des grains de pigment, tandis que le globule rouge reste peu altéré.
Le lendemain de l'accès, les parasites sont agrandis, en occupant 1/2-2/3 d'une hématie; ils sont granulés, pigmentés, à limites précises et à mouvements plus faibles. — En môme temps, les globules rouges se décolorent à ce point, qu'au commencement du nouvel accès le parasite se segmente sous forme d'une rosette : cette segmentation coïncide avec le nouvel accès et se termine trois heures après sa terminaison.
Golgi distingue trois formes de segmentation dans cette forme de malaria : ou bien le parasite prend rapidement la forme d'une rosette, avec une masse pigmentée au centre, isolée comme par une membrane de la partie périphérique, qui se divise en 10-18 petits corpuscules périphériques, disposés comme les feuilles d'une marguerite ; ou bien le pigment ne s'amasse pas au centre et la segmentation se passe d'une manière plus irrégulière ; ou bien, dans le corpuscule devenu libre, le pigment se concentre à une partie périphérique du parasite, tandis que dans le reste se produit une vacuole dans laquelle naissent deux globules analogues aux segments. Golgi ne nie pas la possibilité d'un rôle quelconque de la masse pigmentaire dans le développement du parasite. D'après d'autres auteurs, le dernier mode de développement supposé par Golgi n'existerait pas et notamment d'après Antolisei [Riforma medica 1890, 26-27) ce procédé de vacuolisation serait un phénomène de mort du parasite. On voit en effet paraître au milieu du parasite extra-globulaire de petites sphérules homogènes entourées d'une vacuole. On peut
suivre sous le microscope le développement de cette sphérule, de même que d'autres qui remplacent peu à peu le protoplasma vivant du corpuscule. Les mêmes corpuscules deviennent ensuite flagellés.
De plus, cet auteur constate la difi'érence de volume entre le parasite quart et tierce : ce dernier seulement dépasse le volume des globules rouges , arrivant souvent jusqu'à le doubler.
La sporulation des parasites se produirait dans les organes internes, taudis que les formations libres dans le sang n'y trouveraient pas des conditions favorables pour leur développement progressif; hypothèse qui se trouve confirmée par l'étude parallèle du sang du doigt et de la rate dans les différentes phases de la fièvre tierce. Cependant, il semble que le parasite de la fièvre quarte se développe uniquement dans le sang (Bignami).
D'autres formes de malaria, signalées par Marchiafava, AUi, Ântolisei, Golgi, Canalis, et dominant surtout pendant l'automne, se distinguent par leur gravité, par leur longue durée jusqu'à 24 heures, par le manque d'une périodicité stricte, par des phénomènes cérébraux, par la fréquence des récidives et par l'anémie profonde qu'elles produisent. Elles guérissent spontanément et il y a des formes sans élévation de température ou môme présentant une température audessous de la normale.
Dans cette forme de malaria on trouve ordinairement des parasites amœboïdes à côté des formes semi-lunaires. D'après Canalis {Arch. per le Se. med., XIV, 1890, 8) il faut distinguer un type rapide et un type lent de développement de ce parasite. Dans la première phase du type rapide on trouve pendant l'accès les petits parasites amœboïdes à l'intérieur des globules rouges contractés. Ils possèdent des mouvements lents sans changer de forme; souvent un globule renferme plusieurs parasites; plus souvent ceux-ci sont libres.
Plusieurs heures après l'accès, les parasites croissent et présentent des mouvements amœboïdes vifs. Dans la zone périphérique apparaît du pigment. La deuxième phase commence quelques heures avant le nouvel accès. On y trouve