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Archives de neurologie

QUELQUES FATTa MgTHCO-LÉGAUX; Pai le Dr H. MAB[LLE, directeur roédccin en Clicf de Tasile de Lafond.

Parmi les experlises médico- légales- dont nous avons été chargé par la justice depuis plusieurs années, quelques-unes d'enlre elles nous ont paru mériter d'être relatées au moins succinctement, en raison même de la difficulté qu'elles ont pu présenter.

I. — Le nommé X..., âgé de quarante-cinq ans, avant des habitudes d*alcooIisme, se poste un jour sur une route et tire un coup de revolver sur un huissier, sans l'atteindre, d'ailleurs.

C'est un homme irascible, manifestant sa volonté avec énergie; il présente du tremblement des mains, sans embarras de Ja parole ni hallucinations de la vue et de Touïe; ses pupilles sont égales et on ne note pas chez lui de troubles de la sensibilité {générale.

Quand on Tinterroge sur les actes'qu'on lui reproche, il répond : « Je voulais éveiller Tattention de la justice. Je suis ruiné par le fait d'un jugement. Le juge de paix n'a pas voulu m'écouler. On me devait de l'argent, et au lieu d'être payé, j'ai été condamné à payer; on a saisi mes biens, on m'a forcé à vendre mes récoltes; j'ai été ruiné, et ma famille est dans la misère. »

Quand on objecte à X... qu'il n'a pas ainsi le droit de se faire justice soi-même, il répond :

c Ne pouvant faire appel d'un jugement de simple police, j'ai tiré sur l'huissier pour que ma cause puisse être reprise à nouveau. Qu'on me rende ce qu'on m'a pris, je ne dirai plus rien. Ils ont été inhumains à mon égard et m'ont forcé & être plus

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Z MEDECINE LfiOALB.

inhumain qu'eux. L'huissier avait saisi ma récolte, je ne pouvais plus payer le boulanger; mes vignes étaient phylloxérées, j^étais ruiné. Je pensais à mon malheur nuit et jour.

« Mais je ne suis pas fou ; je me rends fort bien compte de ce que j'ai fait. Je savais fort bien ce que je faisais. Si j'avais voulu véritablement tuer Thuissier, je n'aurais pas mis du plomb dans mon arme. Je voulais qu'on me rendit justice, qu'on me restituât les choses prises indûment. On m'a fait manger ce qui revenait de mes vieux parents. C'était tout mon bonheur, ce que j'avais de plus précieux au monde, et quand on est jugé comme cela, il prend envie de se faire justice soi-même. Maintenant, on veut me faire passer pour fou, je ne le suis pas. > Il est difficile de le faire sortir de cet ordre d'idées qu'il exprime sans incohérence, d'ailleurs.

L'information révèle que X... se grisait souvent, qu'il a été condamné pour vol deux fois et soupçonné d'avoir mis le feu.

Mais tous les témoins affirment qu'il n'a jamais donné de preuves d'aliénation mentale. On ne note pas non plus d'hérédité dans sa famille.

Nos conclusions furent les suivantes: X... est un homme irritable chez lequel les contrariétés ont agi peut-être avec plus d!intensité que sur une autre personne. Les pertes d'argent paraissent avoir tourmenté vivement l'inculpé qui songeait continuellement à sa ruine; à ces chagrins s'ajoutèrent des habitudes d'intempérance qui accrurent encore son irritabilité nerveuse et cérébrale. Mais X... n'a jamais eu de visions d'animaux; il n'est pas atteint d'alcoolisme chronique. Il n'a pas commis l'acte qui lui est reproché sous l'influence d'une impulsion, mais en connaissance de cause. Mais les habitudes d'intempérance ont exagéré les chagrins et siX... n'est pas aliéné, il n'en demeure pas moins certain que sa responsabilité doit être atténuée. Le jury de la Charente-Inférieure rendit un verdict condamnant X... au minimum de la peine.

II. Le cas du nommé R .. se rapproche en plus d'un point du précédent.

QUELQUES FAITS MBDICO-LBGAUX. 6

R..., aiicieu çardlcu de prison, d*une forle laille, à la tête régulièrement conformée; on ne trouve pas chez lui de stigmates d'hérédité et on ne connaît pas d'antécédents fâcheux dans sa famille au point de vue mental.

Il est accusé d'avoir adressé des menaces de mort à M. le président du tribunal civil de la Rochelle : u Si vous ne me rendez pas justice, a-t-il écrit, je vous brûlerai la cervelle. »

R... prétend être victime de calomnies. On Ta rendu responsable de faits commis par d'autres, alors qu'il était gardien de prison. 11 a été déplacé.

On Taccusait, prétend-il, d'avoir excité les hommes à réclamer au sujet de la nourriture. Ce n'est pas sa faute si la quantité de légumes verts allouée par les règlements aux prisonniers n'était pas donnée par le gardien-chef; de même, on lui devait le chauffage, et il prétend qu'on lui a fait payer indûment une somme de 30 fr. pour bois et éclairage.

C'est à la suite de ces difficultés qu'il a été déplacé, qu'il a quitté son poste. Alors l'administration l'a considéré comme démissionnaire et lui a refusé sa retraite qui allait pouvoir lui être accordée.

S'il a quitté l'administration, c'est pour se faire rendre justice; il voulait prouver que des faux rapports avaient été faits contre lui ; il reproche au président du tribunal de la Rochelle de n'avoir pas voulu l'écouter, alors que ce magistrat, à maintes reprises, est intervenu en sa faveur pour lui faire obtenir sa retraite. Il prétend d'ailleurs n'avoir pas eu l'intention de tuer M. le président, et si, dit-il, j'avais eu l'intention de le faire, je ne l'aurais pas écrit. Mais il ne cessera de menacer jusqu'au jour où justice lui sera rendue.

R... s'obstine à répéter les mêmes choses, il se meut toujours dans un même cercle d'idées, cercle fort restreint, poursuivant ses récriminations toujours les mêmes. 11 a d'ailleurs une foule de placards qu'il se propose d'afficher sur les murs de la ville pour dénoncer l'injustice.

11 ne comprend pas qu'on veuille le faire passer pour fou. Ses écrits sont d'ailleurs l'écho de ses récriminations verbales» mais ne présentent ni incohérence ni idées de grandeur. On ne note pas de troubles de la sensibifité générale ou spéciale chesS le nommé R..., qui est sobre.

Nous crûmes pouvoir, après un examen très prolongé, tirer de notre étude de l'inculpé les conclusions suivantes : a R... est, à notre avis, un de ces individus ressemblant, à s'y méprendre, au type décrit sous le nom de persécutés persécuteurs. Cette tendance aux

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