‹ Archives de neurologie (volume 2)Chapitre 2 sur 87 · MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

MÉDECINE LÉGALE

idées de persécution sans hallucinations de toute se rencontre, en général, chez les personnes entachées d'hérédité. (Voir Polhier. Les aliénés persécuteurs^ Paris, 1886.) Dans le cas de R..., on n'a pas trouvé d'hérédité nerveuse ou mentale. Et on peut toujours objecter qu'il y a une part plus ou moins grande de vérité dans les assertions de ces persécutésy que beaucoup d'hommes à l'état normal se font illusion sur la valeur de leurs griefs.

Néanmoins chez R..., la conduite et les actes sont absolument dirigés par l'idée dominante qu'on a commis à son égard des injustices. Rien ne lui coûte pour poursuivre le but incessant de ses efforts; il ne tient compte d'aucune considération, malgré la multitude des échecs qu'il a éprouvés; il veut arriver à son but, s'élever contre l'injustice de l'administration et il envisage avec satisfaction le moment où on pourra lui accorder une retraite avec une petite indemnité. Il est donc difficile de faire la part exacte des manifestations diverses de sou intellect, de ce qui se rapproche de l'idée fixe et de ce qui, à un moment donné, pourrait faire croire à une tentative de chantage.

Nous considérons donc que le nommé R..., sans être un persécuté ordinaire, puisqu'il n'a pas d'hallucinations de l'ouïe et que d'autre part il n'est pas non plus un héréditaire, n'en présente pas moins un état mental particulier qui le place sur les frontières de l'aliénation et par conséquent, sur les frontières de l'irresponsabilité. La responsabilité de R... nous parait donc devoir être très atténuée.

Le tribunal de La Rochelle, adoptant ces conclusions, condamna R... à une peine très minime.

QUBLQUB8 FAITS MBDICO-LBOAUX. 5

III. — M""* X..., âgée de vingt-neuf ans, pâle, anémiée, très maigre, est accusée de vols multiples.

Depuis une fausse couche faite il y a trois ans, elle est prise à chaque instant d'hémorragies utérines très fréquentes. Elle rend des caillots de sang énormes et ses règles viennent plusieurs fois par mois, suivant son expression.

De plus, son mari déclare que, depuis près de trois ans, il lui a été impossible d'avoir aucun rapport sexuel avec sa femme, ce le canal étant comme bouché ».

Plusieurs médecins ont tenté vainement de Tezaminer et nous constatons nous-mêmes l'existence du vaginisme. Cependant, après un badigeonnage et une injection de cocaïne, nous parvenons à introduire un petit spéculum de Fergusson dans le vagin. La muqueuse vaginale est rouge, boursoufflée; granulations sur le coi utérin avec petites ulcérations.

M"*^ X... a des constipations opiniâtres, et vers la dixième côte elle porte une zone très sensible qui amènerait facilement une crise nerveuse par la pression. Cependant elle n'a ni hémianes- Ihésie, ni anesthésie disséminée. £lle est prise souvent d'étoufféments et de syncopes consécutives. La grand*mère maternelle est morte aliénée; un de ses frères a un tic nerveux de la face; une tante est considérée comme bizarre, elle est somnambule; une autre tante est morte privée de sa raison à l'âge de vingt-neuf ans. M"** X... est triste depuis longtemps, se lamente, fait des scènes à tout le monde. Elle est poursuivie sans cesse par l'idée qu elle deviendra folle comme sa tante à vingt-neuf ans et qu'elle mourra à cet âge.

L'information relève contre M*"*^ X... les faits suivants : depuis trois mois, elle se livre à des vols répétés, s'emparant des objets les plus disparates : côtelettes^ morceaux de sucre, dentelles, velours, serviettes, pastilles de gomme, etc.

Ce n'est qu'à la longue qu'elle se souvient d'avoir pris tel ou tel objet dans tel ou tel endroit, et pendant la nuit, elle dit plusieurs fois à son mari avec désespoir : a Mais aide-moi donc ! J'ai idée d'avoir pris quelque chose. » C'est ainsi qu'elle arrive peu à peu à à savoir où elle avait pris les objets qu'on lui réclamait et comment elle les avait pris.

Elle entrait dans un magasin, voyait un objet, le touchait, le mettait sous son manteau ou le replaçait après l'avoir touché. Elle plaçait les objets emportés dans une armoire, n'importe où, ne s'en occupait plus, ou s'en servait en travailiint devant sa porte. Un jour, elle prit de l'argent sur un comptoir et retourna chez elle avec l'argent dans sa maiu, sans se cacher. Au moment des vols, M"^ X... avait des hémorragies utérines abondantes et presque continuelles, cela depuis plusieurs mois.

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