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I. — SYPHILIS BT TABBS

La coïncidence excessivement fréquente du tabès avec l'existence de la syphilis dans le passé du malade a été reconnue par les médecins, grâce à une longue série d'observations consciencieuses, et importantes et

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par la voie de la statistique. Selon quelques auteurs, cette coïQcidence se rencontre dans 90 p. 100 des cas de tabès ^ Il n'est donc pas surprenant que, se basant sur ce fait, la plupart des neuropathologistes aient acquis la certitude de l'existence d'un rapport intime entre la syphilis et le tabès ; cette certitude est encore renforcée chez les neuropathologistes par de petites statistiques de cas de tabès dressées personnellement par chacun d'eux, statistiques qui sont relativement faciles à établir grâce à la fréquence de cette maladie. Parmi les statistiques de cette espèce, M. Moebius a parfaitement apprécié la juste valeur de celle des cas de tabès chez des femmes.

Et cependant, malgré cette masse de données statistiques, la question du rôle étiologique de la syphilis dans le tabès est loin d'être résolue, même en ce qui concerne le point capital, c'est-à-dire l'admissiou même de l'existence de ce rapport, et je ne crois pas me tromper en citant au nombre des auteurs qui sont loin d'être d'accord avec les conclusions de MM. Fournier, Erb et Strùmpell, les noms d'autorités médicales comme MM. Charcot et Lancereaux, en France, Westphal en Allemagne et Nothnagel et Leyden à Vienne.

Vu cet état de la question, il nous semble que de nouvelles données statistiques, et surtout des données qui peuvent fournir de nouveaux points de départ pour la solution de cette question, ne peuvent être regardées comme superflues et inutiles pour l'éclaircissement de contradictions si fondamentales.

♦ Voir Striimpell. — NeuroL Centralùiait. n«19, p. 439.

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Cest en me fondant sur ce point que je me permets de présenter ici quelques données concises sur l'histoire de huit cas de tabès observés par moi sur des femmes pendant ces deux dernières années, soit dans ma clientèle privée, soit à Thôpilal.

Observation I.

M*^® A. S..., cinquante ans. Tomba malade à Tàge de trentehuit ans environ. Chronologiquement, les premiers symptômes furent dés constipations et, de temps à autre, des rétentions d*urine ; à Tâge de quarante et un ans, se produisirent des accès ressemblant à des crises gastriques; Tannée suivante, un vacillement à yeux clos; à quarante-cinq ans^ douleurs lancinantes dans les jambes et hyperesthésie cutanée très prononcée ; la même année, arthropathies tabétiques caractéristiques accompagnées de vomissements violents et d'un redoublement des douleurs lancinantes.

En 1886, outre les phénomènes indiqués plus haut, j*ai constaté Tabsencc du réflexe rotulien dans une jambe (dans Tautre l'examen était impossible à cause de l'arthropathie). Force normale dans les membres inférieurs; diminution notable de la sensibilité, tant dans les parties profondes des articulations atteintes qu'à la surface des jambes (dans ces dernières, la sensibilité à la température et la sensibilité farado-cutanée ont surtout baissé). Myose très prononcée dans les deux yeux et symptôme d'Argyi-Robertson.

Antécédents. — Il n'a pas été possible de trouver d'hérédité de famille. A l'âge de vingt-deux ans et en parfait état de santé, la malade épousa un ivrogne atteint peu avant le mariage de syphilis; plus tard, la malade eut des maux de porge, fut atteinte d'ulcères dans le pharynx, mais, à part cela, elle ne peut indiquer aucun autre symptôme qu'on puisse rattacher à une infection syphilitique antérieure.

Obsbevation II.

A. S..., trente ans, femme de cbambro, célibataire; a eu un enfant. Entrée le 20 octobre 4885, à l'hôpital pour les ouvriers^ section de la Basmannaîa. Une année et demie avant d'être admise à l'hôpital, la malade souffrait de froid et de douleurs lancinantes dans les jambes, et d'une sensation de ceinture très marquée. Plus tard parurent encore un engourdissement dans les fesses et lesrejns et un vaciJlement à yeux clos. De temps à autre.

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les doulears lancinantes étaient accompagnées de vomissements de masses bilieuses et de masses acides. Pendant son séjour à rhôpital, la malade fut alteinte à plusieurs reprises de diplopie.

Etat actuel (examen fait par moi, en août 4887). — Outre les symptômes déjà indiqués, la malade présente les suivants : affaiblissement de l'ouïe dans les deux oreilles; mjose marquée et symptôme d*Argyi-Robertson ; de plus, certaine faiblesse dans le bras droit remarquée depuis peu; ataxie très prononcée dans les membres inférieurs pendant la marche et pendant les mouvements au lit. Lorsqu'elle ferme les yeux, la malade tombe à l'ins* tant. Force des jambes parfaitement normale; pas d'atrophie.

Sensibilité à la douleur très diminuée, surtout à la plante des pieds où une piqûre lui fait l'effet d'un simple contact. Retard dans la transmission des sensations et polyestbésie (S. ressent deux ou trois fois la môme piqûre). Confusion dans restimalion de la place où se produisent les sensations tactiles (elle prend souvent lajambe gauche pour la droite et vke versa). Sens musculaire assez normal. Réflexes rotuliens totalement abolis dans les deux jambes. (Je crois nécessaire de faire remarquer que tous les examens ont été faits dans ces huit cas avec beaucoup de soin et par moi-même, les réflexes rotuliens, dans les huit cas, ont été examinés soit simplement, soit par le procédé de Jendrassik).

Je ferai remarquer un fait intéressant survenu dans le cours de la maladie ; c'est une amélioration considérable dans les douleurs lancinantes après un état de fièvre assez aigu que la malade eut k supporter pendant son séjour à l'hôpital (à en juger parles remarques du médecin qui la soignait alors, il s'agissait probablement d'une érésypèle de la face).

Antécédents, -— Les parents, les frères delà malade jouissent tous d'une santé excellente; une de ses sœurs était autrefois anémique, mais actuellement elle se porte bien. La malade n'a ni abusé, ni même usé de boissons alcooliques ; elle ne se souvient pas d'avoir jamais été atteinte de quelque affection nerveuse ou de quelque autre maladie grave.

11 y a dix ans, elle eut des ulcères aux organes génitaux après le coït; les médecins y reconnurent la syphilis et la malade entra à l'hôpital de la Miassnitzkaja (réservé spécialement aux syphilitiques). Elle y fut soignée au moyen de frictions mercuri^UeSy but une décoction et se fit des injections dans le vagin, «parce que, dit-elle^ il y avait irritation dans la matrice». Une année plus tard, renouvellement de la maladie (éruptions sur tout le corps) : elle rentra à l'hôpital des syphilitiques, y passa trois semaines et, à l'expiration de ce terme, en sortit soulagée. Depuis ce moment apparurent et disparurent de temps en temps des ulcères sur les grandes lèvres et pendant longtemps la tôte fut couverte de croûtes. Quatre ans après l'apparition de cette maladie, S. • . ressen*

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lit de violents roaaz de tôte qui durèrent environ une année, puis tout alla bien jusqu'au moment où se déclara Taffection dont elle est actuellement atteinte.

Observation III,

A. J..., paysanne, trente*cinq ans, environ, entra le 31 mars 4887 à rhôpital pour les ouvriers, section de la Yausa, et en sortit le 10 mai de la môme année. Souffre, depuis un an, d'après son dire, d'un malaise dans les jambes et depuis trois mois ne les meut qu'à grand'peine.

EUU actuel. — Ozèae prononcée (syphilitique?), voix rauque« Vue affaiblie dans l'œil gauche (il n'a pas été fait d'examen ophthalmoscopique) ; paralysie presque complète dans la région du nerf oculomoteur de l'œil gauche; ptosis, strabisme divergent, absence des mouvements en haut, en bas et en dedans ; les autres nerfs crâniens et les extrémités supérieures sont dans un état normal* Dans les jambes, douleurs lancinantes et térébrantes, sensation subjective de rigidité. Quand on exerce des mouvements passifs on peut constater une flaccidité complète de toutes les articulations. Sensation de froid et engourdissement dans la plante des pieds. Parmi les diverses espèces de sensibilité, la plus atteinte est le sens musculaire (la malade ne peut se rendre compte de la position d'un membre dans l'espace) ; les autres espèces de sensibilité n'ont que peut souffert. La malade peut à peine se tenir debout avec les yeux ouverts; elle tombe dès qu'elle les ferme. Quoique la force soit parfaitement intacte dans les jambeSf la malade peut à peine marcher quand on la soutient sous les bras, et cela, grâce à une ataxk typique très forte. Les réflexes rotuliens sont abolis dans les deux jambes.

Antécédents. — La malade est mariée. Sept ans avant l'apparition de la maladie, le mari attrapa la syphilis avec une autre femme ; peu de temps après, la malade vit apparaître des ulcères aux organes génitaux et sur le corps se produisit une éruption qui dura deux mois. Dès 4882, la malade ne fut pas atteinte d'au* très symptômes morbides. Pas d'abus de spiritueux, pas de refroidissements. Malgré un interrogatoire minutieux, le sujet ne peut indiquer aucune cause héréditaire.

Observation IV.

H. P..., cuisinière, quarante ans. Mariée depuis vingt ans. Entra le 21 mai 1887 à l'hôpital des ouvriers, section de la Yausa. Malade depuis trois mois, à ce qu'elle dit.

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Etal actuel. — Douleurs très vives dans les deux épaules, surtout la nuit. Dans les membres inférieurs, douleurs lancinantes sur le parcours du nerf scialique ; ces douleurs se firent d'abord sentir dans la jambe droite seulement ; parfois douleurs fulgurantes et térébrantes dans le bras droit ; douleurs et lourdeur dans le creux de Testomac, parfois, nausées et vomissements. Constipations persistantes; pas de règles depuis plus de deux ans. Organes intérieurs normaux. En ce qui concerne les nerfs crâniens, je relèverai le fait que la réaction à la lumière et la conservation des yeux sont intactes. Depuis un mois, l'ouïe et Todorat se sont affaiblis. Dans les membres supérieurs, il faut remarquer l'absence complète du rétlexe du tendon du muscle triceps dans le bras droit et la conservation de ce réflexe dans le bras gauche (les articulations des deux coudes sont normales). La démarche qui, lorsque les yeux sont ouverts, semble parétique, devient, quand ils sont clos, ataxique, surtout en ce qui concerne la jambe gauche et la malade chancelle ; le même fait se remarque lorsque la malade, couchée dans son lit, remue les jambes ; elle ne peut arriver à poser son talon gauche sur son genou droit et pe peut pas non plus exécuter les divers mouvements que, dans le but de faire ressortir Tataxie, nous lui avons dit de faire. la force mmculaire des jambes est intarle, La sensibilité, en toutes ses branches, semble normale. Les réflexes rotuliens manquent absolument dans les deux jambes.

Antécédents, — Le père et la mère de la malade étaient parfaitement bien portants ; la malade a accouché à terme, de 42 enfants, dont 4 sont vivants. Elle fut infectée de la syphilis, en i884 : ulcères aux organes génitaui, éruption sur la peau, maux de gorge et chute du nez. Elle fut soignée à Thôpilal. Peu de temps après une guérison apparente, elle devint enceinte et flt une fausse couche. Depuis lors, pas de règles ; la malade nie tout abus de spiritueux, refroidissements, etc«

Observation V.

C. J..., trente-cinq ans, dévideusa dans une fabrique de drap, célibataire, entra à Thôpital de la Yausa, le 28 octobre 4886. Se sent malade depuis deux ou trois mois au plus; ressentit d*abord des douleurs térébrantes dans les fesses et les reins et des douleurs déchirantes dans les jambes ; dans ces dernières, se fait remarquer une sensation d'engourdissement et des fourmillements; quand elle marche, la malade a sous les pieds l'impression d'un tapis moelleux.

Etat actuel. — Comme désordres dans les organes internes, nous ne relèverons que la descente de l'utérus. Dans l'œil droit,

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•elrabisme divergent d^aocieime date et leucome (d*ori^ine traumatique); dans Toeil gauche, mvose prononcée et symptôme d*Ar* gyl-Roberlson. L*examen ophtalmoscopique, fait par notre honoj-abie confrère, M. le D** K. Adelheim, démontre dans cet œil rétat normal des papilles des nerfs optiques.

Les bras sont normaux ; dans les extrémités inférieures, la force musculaire est parfaitement intacte (contractilité électrique normale, absence complète d*atrophie), démarche ataxique typique très prononcée lorsque les yeux sont ouverts; quand elle les -ferme, la malade tombe. La jambe gauche est la plus atteinte ; dans la droite, la sensibilité tactile a beaucoup diminué dans la région du nerf culaneus lateralis, du nerf ilio-inguinalis, du nerf cutaneus posterior et dans la peau des fesses, où elle est réduite à zéro. Uypereslhésie dans la jambe droite ; dans la gauche, anesthésie tactile dans la région du nerf cutaneus posterior. Anesthésie, mais moins prononcée dans la fesse gauche ; dans les endroits indiqués, et dans les deux jambes, analgésie ; une piqûre fait l'effet d'un simple attouchement et il y a retard dans la transmission des sensations. La sensibilité à la pression est très émoussée dans les deux membres inférieurs et eàt presque réduite à zéro dans la région des nerfs sciatiques. Exagération marquée de la sensibilité au froid dans les deux jambes. Les réflexes rotuliens manquent absolument.

Antécédents. — La malade ne peut évoquer aucune hérédité nerveuse, nie tout abus de spiritueux, refroidissement, etc. Il y a ,douze ans, fut atteinte de la syphilis et soignée à l'hôpital de la Mianitzâkaia (pour les syphilitiques).

Observation VI.

Ifme **«^ Juive, cinquante ans, ressentit il y a quatre ou cinq ans de très violentes douleurs « rhumatismales » dans les jambes. Bientôt après l'apparition de la maladie, l'absence du réflexe rotulien fut constatée par les médecins.

Etat actuel. — Dans les jambes douleurs lancinantes terribles ne permettant pas à la malade ni d'être assise, ni d'être couchée, ni de manger, ni de dormir. Myose et symptôme d' A r^L'yl- Robertson dans les deux yeux. Ataxie lors des mouvements des jambes, la malade étant au lit; cette dernière tombe lorsque, étant debout, elle ferme les yeux. Force des muscles excellente. jCoutraetilité électrique normale. Sensibilité très exagérée dans les membres inférieurs et la moitié inférieure du tronc, mais, par endroits, Ilots d'anesthésie complète. Sensibilité à la douleur et à la pression particulièrement diminuée. Hyperesthésie au froid. Là malaJo ne sent pas les objets chauds appliqués aux endroits atteints d'anes-

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thésie. Sens musculaire aboli. L'urine et les excréments s*échap« pent souvent involonlairement ; il est probable que cela provient surtout de Tanesthésie de la muqueuse du canal urinaire et da rectum. Dans les deux jambes, absence totale des réflexes rotuliens^ Antécédents, — La malade, d'excellente constitution, nie absolument toute hérédité dans la famille; les conditions de sa vie ont toujours été bonnes. Impossible de trouver dans sa vie des refroidissements, excès de travail ou phases particulières, ni abus, ni même usage de spiritueux. Etant très bien portante a épousé un homme jouissant aussi d'une excellente santé et en a eu de robus* tes enfants. Douze ans avant la maladie actuelle, le mari de la ma« lade reçut la syphilis d*une autre femme, se soigna attentivement et régulièrement, mais seplaintcependantfréquemment, encore maintenant, de diplopie et de ptosis passagère dans un œil. Il transmit la maladie à sa femme, ce qu'il me déclara lui-même. Bientôt après des spécialistes reconnurent chez elle la syphilis, la traitèrent an moyen de frictions mercurielles et plus tard, l'envoyèrent à Tepiitz. Elle parut guérie, mais dans la suite fit, semble-t-il, deux fausses couches. Depuis ce moment jusqu'à la maladie actuelle, rien de particulier*

Observation VIL

U^^ N..., Russe, cinquante-sept ans, dans la quarante-septième année de sa vie, ressentit des douleurs « tiraillantes » dans le» membres inférieurs, « comme si les nerfs se tendaient et se relâ« chaient ». Ces douleurs ont persisté jusqu'à maintenant, sont devenues plus fréquentes et durent plus longtemps. En septembre 1882, se déclara une ataxie qui se développa si rapidement que, depuis lors, la malade est alitée.

Etat actuel. — - La malade a excessivement maigri, mais cependant la force est normale dans les bras comme dans les jambes. Contractilité électrique intacte. Ataxie très prononcée dans les mouvements au lit. Se tient debout tant bien que mal et en vacillant lorsque les yeux sont ouverts et tombe dès qu'elle les ferme. Myose spinale et symptôme d'Argyl-Robertson dans les deux yeux; par places^ plaques d'anesthésie dans les jambes (analgésie surtout); dans d'autres endroits, au contraire, hypereslhésie. Dans les membres supérieurs, sensation d'engourdissement dans les trois derniers doigts et du côté cubital des deux bras. On peut y observer, même objectivement^ une anesthésie incomplète.

Ces derniers temps, se sont fait sentir de temps à autre des douleurs lancinantes dans la moitié gauche du visage, et parfois des accès d'engourdissement complet dans toute la face, à ce que dit la malade; chaque crise est accompagnée d'un trismusqui dure jusqu'à dix minutes.

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J'ai assisté à Tun de ces accès; j'ai pu constater une anesthésie totale dans la région des deux nerfs trijumeaux et un trlsnius très violent qui passa au bout de trois ou quatre minutes après l'introduction derrière les joues d'une petite quantité d*eau avec des gouttes de valériane et une friction énergiqu e opérée sur les deux joues, dans la région des masséters. La malade craint excessivement ces attaques. Catarrhe très violent de la vessie avec rétention de l'urine; grâce à ce dernier phénomène, le docteur qui la soignait auparavant lui apprit à introduire elle-même son cathéter, ce qu'elle fait maintenant au moindre désir d'uriner, c'est-à-dire trois fois au moins par jour ; il est bien possible que le catarrhe de la vessie en soit le résultat. Les accès de douleur dans la région de la vessie rappellent tout à fait les crises vésicales; la malade a ressenti en ma présence des douleurs ressemblant beaucoup aux crises néphrétiques. Réflexes rotuliens abolis dans les deux jambes.

Antécédents. — La patiente appartient à la classe aisée. Sou père est mort, déjà âgé, d'une affection pulmonaire ; sa mère, d'une hydropisie. Pas de maladie nerveuse dans la famille. La malade s'est toujours bien portée, n'a pas eu de refroidissement et ne buvait pas; elle s'est mariée à l'âge de vingt-sept ans et a eu une fille. Elle a été en parfaite santé jusqu'à l'âge de trente-neuf ans; il n y a que deux ans qu'elle a commencé à se plaindre de douleurs dans le dos. A l'âge de trente-neuf ans, elle acquit une syphilis très grave, ce qui fut constaté par des spécialistes. Entre autres symptômes, je relèverai des ulcères aux organes génitaux^ des condylomes à l'anus^ une éruption sur la peau, des ulcères dans la bouche et la gorge, sur la langue, des croates (rupia syphilitica) à la plante des pieds et dans la paume de la main, couronne de Vénus au visage, etc.

Grâce à l'opiniâtreté de la maladie, un traitement très énergique fut suivi pendant deux ans et se termina au Caucase par une série de bains sulfureux et des frictions mercurielles. Depuis ce temps jusqu'à Tâge de quarante^neuf ans, moment où apparurent les douleurs c tiraillantes » dans les jambes^ la malade ne se plaignit de rien.

Observatio» Vin.

M™*Z..., Juive, trente-six ans. En 1883, ressentit pour la première fois dans les jambes de violentes douleurs lancinantes typiques qui durent encore maintenant; de temps à autre, elle commença à remarquer que l'urine s'échappait involontairement pendant la marcbe.

Etat actubl. — Outre les symptômes que nous venons d'indiquer, nous remarquons chez la malade : myose prononcée et

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symptôme d^ArgyURoberlson dans les deux yeux; lorsque les yeux sont fermes, léger vacillement et peut-être légère apparence d'àtaxie ; à part cela, elle marche bien. Quelquefois elle ressent dans les jambes, en même temps que les douleurs lancinantes, des tiraillements ayant le caractère de crampes. Extrémités supérieures normales. Dans les hanches, et en partie dans la peau du dos, plaques d^hyperesthésie, et paresthésies de divers genres. Dans les deux jambes, analgésie extrême, retard dans la transmission des sensations. La sensibilité à la température est aussi très affaiblie, la malade sent à peine le contact des objets chauds. Force dans les jambes excellente. Réflexes rotuliens totalement abolis.

Antécédents, — La malade appartient à la classe aisée de la société; Tinterrogatoire le plus minutieux ne fait découvrir aucune trace d'hérédité morbide dans la famille. Le père de la malade, qui a soixante-quinze ans, est en excellent état de santé; sa mère est morte à Tâge de soixante-deux ans. Elle ne s'est jamais plainte de refroidissement ; abus d'aucune espèce et, en particulier, pas d'abus de spiritueux.

Il y a quinze ans, étant en bonne santé, elle épousa un homme également bien portant et en eut un enfant robuste et sain ; un an et demi plus tard, elle accoucha de nouveau d'un enfant en bonne santé, qu'elle nourrit elle-même ; en même temps elle engagea une bonne pour Tenfant ; vers la fin de Taliaitement, elle s aperçut tout à coup qu'un ulcère s'était formé sur le mamelon de son sein droit. En même temps (la malade ne se souvient pas si cela apparut avant ou après), on constata chez l'enfant des condylomes situés à l'anus. Le médecin à qui elle s'adressa, lui annonça, qu'elle et son enfant étaient atteints de syphilis ; à ce qu'elle dit, l'examen minutieux des organes génitaux ne fit constater aucun vestige d'infection ; ce ne fut qu'un mois après l'apparition de l'ulcère au sein que parurent des ulcères aux grandes lèvres. Les médecins la traitèrent de la syphilis (quoique la malade dise qu'elle était parfaitement exempte d'éruption, d'inflammation des amygdales, de douleurs dans la gorge et autres symptômes). Trois mois après la guérison apparente de lajxialade, cette dernière devint enceinte ; dans le septième mois de la grossesse, elle mit au monde un enfant vivant qui mourut au bout d'une semaine; quelques mois plus tard, nouvelle grossesse et avortcment dans le troisième mois ; six mois après, elle devint de nouveau enceinte, mais malgré les plus grandes précautions (elle resta alitée presque tout le temps), elle avorta encore, dans le sixième mois de la grossesse. Enfin, elle fll une quatrième et dernière fausse couche, au sixième mois également. Depuis ce moment, elle n'enfante plus, il est diflicile d'en dire la raison exacte, la malade recourant mais depuis lors à divers moyens pour éviter la grossesse. En 1881, la malade se rendit au Caucase, où elle se soigna par

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des frictious mercurielles et des bains sulfureux. Depuis l'époque de sa dernière fausse couche environ, la malade commença à souffrir de constipations opiniâtres persistant parfois toute une semaine ; dans le but de se débarasser de cette pénible affection, elle se rendit à Franzensbad et à Marienbad, et c'est à son retour, en (883; qu'elle ressentit les premières douleurs lancinantes.

Tel est le petit groupe de femmes atteintes du tabès que j'ai eues (et que j'ai eu partie encore) sous ma surveillance dans le courant des deux dernières années. Outre ces cas, je n'en ai observé qu'un seul autre, observation suivie d'autopsie; dans ce cas aussi rinfection syphilitique était indubitable; je me réserve de parler ailleurs de ce cas. Quant à la colléetion que j'ai décrite, il est vrai qu'elle n'est pas considérable; mais, à mon avis, elle n'en est pas moins instructive.

Pour ce qui se rapporte à l'exactitude du diagnostic du tabès dans les cas décrits plus haut, c'est à peine s'il peut naître le moindre doute après la lec* ture du résumé concis de la description de ces maladies; parmi toutes mes malades, il n'y en avait pas une seule qui présentât les symptômes douteux que Ton regarde actuellement trop fréquemment, et souvent mal à propos, comme le tabès incipient; toutes étaient visiblement et sans doute possible atteintes de tabès. le n'aurais pas regardé l'abolition du réflexe rotulien, remarquée chez tous les sujets, comme un argument suffisant pour le diagnostic du tabès, puisque comme on le sait, ce phénomène s'observe dans une quantité d'autres tableaux pathologiques. Dans les cas décrits, le diagnostic a toujours été basé sur l'ensemble des symptômes : il suffit de rappeler que, d'après les résumés des histoires des maladies, il

ÀRcmvES, l, XVil. 13

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n'y avait d'amyotrophie dans aucun des huit cas; la conlractilité électrique était partout normale; dans tous les huit cas, se rencontraient les caractéristiques douleurs lancinantes et déchirantes et parfois aussi d'autres désordres subjectifs de la sensibilité; presque dans tous les cas se rencontraient aussi, à différents degrés, les désordres objectifs de !a sensibilité (anesthésie et hyperesthésie) qui sont si caractéristiques en ce qui concerne le tabès.

Dans sept cas sur huit, il y avait vacillement visible lorsque les yeux étaient fermés et dans six cas, il y avait une ataxie fortement prononcée. Dans le premier cas où, semble-t-il, il n'y avait pas d'ataxie, le vacillement à yeux clos se retrouvait. Dans six cas il y avait symptôme d'Argyl-Robertson très marqué et myose spinale. Dans un cas (le troisième), il y avait paralysie du nerf oculo-moteur; dans un cas, arthropathie tabétique.

Faut-il encore ajouter que les cas que nous avons étudiés dans notre clientèle privée ont été observés, soit avant moi, soit en même temps que moi, par d'autres spécialistes de Moscou et de l'étranger et que tous, sans exception, ont reconnu dans ces cas-là l'existence du tabès ?

Passons maintenant à la question qui nous intéresse tout particulièrement dans cette élude ; c'est-àdire l'étiologie. Dans tous ces cas, cette dernière a été étudiée aussi minutieusement que possible, sans aucun désir de trouver à tout prix la syphilis et, nous pouvons dire que le résultat de ces recherches est éloquent, malgré le petit nombre de ces observations. Tandis que dans aucun cas il n'a été trouvé ni abuçde

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spiritueux (il est durestepresqueimpossible derépoudre de Tabstinence complète des sujets traités à l'hôpital), ni refroidissement; tandis que dans tous ces cas (nous attirons particulièrement Tattention sur ce point), Thérédité nerveuse était niée ou impossible à retrouver, dans sept cas sur huit (c'est-à-dire plus de 87 p. 100 nous avons trouvé l'existence indubitable de là syphilis dans l'anamnèse et dans le premier cas, elle était au moins très probable.

Outre l'aveu spontané des malades et l'interrogatoire détaillé que je leur ai Tait subir sur les symptômes qui les avaient frappés et sur le mode de traitement, nous pouvons ajouter que dans les cas YI, VII et YIII, la syphilis a été constatée par des médecins spécialistes, que les cas II et Y ont été soignés à l'hôpital pour les syphilitiques (Miasnitzskaïa), et que dans les cas II, les signes de Tinfection syphilitique existaient encore en môme temps que le tabès.

Pour résumer, nous répétons que, de même que dans aucun des cas il ne pouvait y avoir de doute sur l'existence du tabès, à notre avis du moins, de même dans sept cas sur huit, il ne pouvait y avoir l'ombre d'un doute sur l'existence antérieure de la syphilis.

L'âge de mes malades était, par ordre descendant : cinquante ans (deux cas), quarante-neuf, quarante, trente-six, trente-cinq (deux cas) et trente ans. Par conséquent, le tabès commença chez elles entre U trentième et la cinquantième année. Le temps écoulé entre l'infection syphilitique et l'apparition du tabès était : dans un cas de trois ans ; dans un cas de sept ans; dans un cas, de huit ans, dans un cas, de neuf ans; dans un cas, de dix ans; dans deux cas, de douze

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ans et dans un cas de seize ans. Par conséquent, les signes de tabès visibles pour les malades se sont produits entre la troisième et la seizième année après Tiufection.

La question du rapport entre la syphilis et le tabès a été étudiée avec tant de minutie pendant ces dernières années et on a rassemblé tant de données statistiques, que la comparaison des petits détails de ma statistique avec ceux des cas de tabès observés chez des hommes et des femmes et déjà décrits dans la littérature, peut à peine être de quelque utilité. . L'importance de ma petite collection découle clairement de ce qui précède et il est indubitable que mes huit cas de tabès témoignent en faveur du rapport qui doit exister entre le tabès et la syphilis. Je ne sais pas si j'ai le droit d'affirmer aussi catégoriquement, en me basant sur mes observations, que l'hérédité ne joue aucun rôle dans le développement du tabès et d'attaquer ainsi Topinion de ceux qui accordent une si grande importance à ce rôle de l'hérédité dans l'évolution du tabès. le crois que je ne puis le faire par la raison que les données négatives ont toujours moins de valeur que les données affirmatives.

Le fait que les malades que j'ai soignées à l'hôpital pour les ouvriers niaient toute hérédité nerveuse, ne peut être pour moi une preuve suffisante de l'absence complète de cette hérédité, et cela en raison du niveau intellectuel peu élevé de cette classe de malades, et à cause du peu de renseignements que ces malades peuvent fournir sur l'état de santé, non seulement de leurs frères et sœurs, mais encore de leurs père et mère. Mais ce qui est beaucoup plus éloquent, c'est le

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fait que les sujets pris dans ma clientèle privée ont nié toute hérédité nerveuse ; leurs dépositions doivent absolument être prises en considération dans la question du rôle de l'hérédité dans le tabès. Gomme nous l'avons fait voir, nos observations ne parlent pas du tout en faveur de ce rôle; il me semble au contraire (en vertu de quelques considérations dont le lecteur prendra connaissance plus loin), qu'elles parlent contre l'importance particulière de l'hérédilé dans le labes

Ce n'est qu'en s'appuyant sur ces cas que même les données négatives au sujet de l'hérédité fournies par les malades soignées à l'hôpital acquièrent un certain poids.

Outre l'importance que cette petite collection peut avoir en tant qu'adjonction à la statistique des cas de tabès chez des femmes, je me permettrai d'y relever encore un fait, savoir que deux de mes malades, atteintes de tabès, étaient des juives appartenant à la classe riche de la société.

Dans ces deux cas il n'y avait absolument pas d'hérédité nerveuse ; il ne pouvait être question d'abus de spiritueux (abus qui, on le sait^ est excessivement rare chez les juifs) ; il n'y avait influence ni de refroidissement ni de travail excessif, mais par contre l'existence de la syphilis dans l'anamnèse des deux cas était indubitable. Ce fait m'a conduit à l'idée de l'importance des différences de nationalité dans l'évolution du tabès.

En examinant la littérature au sujet des tableaux étiologiques dressés par divers a^iteurs, nous voyons que ces derniers ont pris en considération les données les

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plus diverses pour arriver à résoudre la question de Tétiologie du tabès. Au premier plan figure la syphilis chez les malades; on compare la fréquence de la syphilis dans l'anamnèse d'autres maladies, dans la phthisie, par exemple; on prend en considération la syphilis héréditaire (voir le beau cas de StrQempell, dans la Centralblati de Mendel, 1888, n** 5); puis vient la question du sexe (ici se rattache la statistique du tabès chez les femmes), la position sociale, les conditions de famille (on peut rattacher ici les cas de l'apparition simultanée du tabès chez le mari et la femme — tous deux syphilitiques — que vient de décrire Strùempell), Tâge (par exemple, le cas de Berger : tabès chez un vieillard de soixante-dix ans, atteint peu auparavant de la syphilis), la profession, les fatigues de la vie militaire, les excès vénériens, l'hérédité (très important travail de Ballet et Landouzy). Quelques-uns vont même, dans la question de Tétiologie du tabès et de la paralysie progressive, qui s'y rattache si intimement, jusqu'à discuter sur l'influence du thé, du tabac, de la station fréquente vers un poêle chauffé, le dos étant appuyé au poêle.

Cependant, je n'ai trouvé nulle part dans les statistiques ni les réflexions ni même une mention au sujet de la nationalité des individus examinés; et pourtant il me semble que c'est une question intéressante. En effet, si nous faisons une analyse critique de mes deux cas de tabès chez les juives, nous devons bon gré mal gré nous y arrêter. A peine pourrâit-on trouver dans toute l'Europe un peuple chez lequel la syphilis se rencontre comparativement aussi rarement que chez les Juifs ; ce fait nous semble au moins vrai

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