‹ Archives de neurologie (volume 2)Chapitre 22 sur 87 · ÉTUDE DE LKTIOLOGIE DU TABES · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE LKTIOLOGIE DU TABES

pour la Russie où les juifs vivent en général assez à part et ont conservé leurs traditions religieuses et nationales. Les Juifs qui habitent la région orientale de rAlleinagne et de TÂutriche offrent les mêmes particularités, se distinguant en cela d'une manière assez marquée des luifs français, par exemple, qui, grâce à certaines conditions particulières, se sont presque assimilés à la population ambiante, du moins en ce qui concerne le genre de vie.

Quant aux femmes juives, il est indubitable que la syphilis est chez elles un fait rare. D'un autre côté^ à peine pourrait-on trouver une autre nationalité dans laquelle l'hérédité nerveuse soit aussi fréquente qu'elle Test chez les luifs. Etant donnés ces deux faits, je n'ai pu ne pas être frappé du cas de mes deux Juives atteintes de tabès, cas dans lesquels Y hérédité nerveuse n'existait justement pas, mais dans lesquels la seule affection grave formant époque dans les antécédents des malades, était la syphilis.

Ayant fixé mon attention sur ce point et examiné mes notes sur les malades que j'avais soignés, je suis arrivé à la persuasion que sur un nombre égal d'individus russes et juifs atteints de maladies nerveuses, le nombre des juifs frappés de tabès ou de paralysie progressive était considérablement moindre que celui des Russes atteints des mêmes affections.

Voulant être encore plus exact dans mes conclusions, j'ai dressé une petite statistique d'après mon journal en ne prenant, pour plus d'exactitude, que les cas dont il était dit « la syphilis a existé sans faute » ou a il n*y a absolument pas eu de syphilis »; quant aux cas où la syphilis était indiquée comme très douteuse

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et ceux dans lesquels il u'eu était pas parlé, je ne les ai pas pris en considération; j'ai marqué d'un signe particulier ceux où la syphilis était probable. Grâce à la sévérité que j'ai ainsi apportée dans ce choix, je n'ai pu prendre dans mon journal que 383 sujets atteints d'affections nerveuses, se divisant eu 260 luifs et 123 Russes.

Les données et le p. 100 que j'ai trouvés par cette étude m'ont frappé et ce résultat me semble tellement réussi que je dois croire que dans ce rapport le hasard joue probablement un certain rôle. Voici les faits fournis par ma statistique :

Sur 260 Juifs, il y avait 5 hommes et 3 femmes atteints indubitablement de la syphilis, c'est-à-dire 3,07 p. 100. Si Ton ajoute à ce chiffre, 3 cas, dans lesquels la syphilis était très probable (avec chancre seulement), nous aurons 11 syphilitiques, soit 4,23 p. 100.

Sur 123 Russes, il y avait 20 personnes atteintes sans doute possible de la syphilis, soit 16,2 p. 100. Si Ton y ajoute encore 6 cas dans lesquels la syphilis était très probable (avec chancre seulement), nous aurons 26 personnes syphilitiques, soit 21,1 p. 100.

Ainsi par ce p. 100 tiré de ma clientèle privée, nous voyons qu'en chiffres ronds ^ la syphilis était cinq fois plus fréquente chez les Busses que chez les Juifs.

Sur 260 Juifs, 2 cas seulement de tabès, soit 0,7 p. 100 (un homme et une femme).

Sur 123 Russes, 4 cas de tabès, soit 3,25 p. 100.

Nous voyons par ces chiffres qu'^n chiffres ronds ^ la fréquence proportionnelle du tabès est aussi de cinq fois plus grande chez les Busses que chez les Juifs.

Enfin, sur 260 Juifs, il y avait 2 paralytiques, soit 0,7 p. 100.

Par conséquent, la paralysie progressive s'est aussi

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rencontrée six fois {6,8) plus fréquemment chez les Basses que chez les Juifs.

De cette statistique, très étrauge par les coïucidences qu'on y trouve, découlent des faits très simples :

/). Parmi les malades atteints d affections nerveuses^ le tabès et la paralysie progressive se rencontrent avec une égale fréquence (chez les Juifs : tabès = 0,1 p. ^00; paralysie progressive = 0,7 /?. 100; chez les Busses: tabès = 3,25/). im; paralysie = 4,8/). 100.

5). Chez les Russes^ la syphilis se rencontre cinq fois plus fréquemment que chez les Juifs.

3). he tabès et la paralysie progressive se rencontrent aussi cinq fois plus fréquemment chez eux.

En examinant cette statistique, c*est à peine si Ton peut douter que celte fréquence indubitablement plus prononcée du tabès et de la paralysie progressive chez les Russes ne provienne que de l'existence plus fréquente de la syphilis chez eux et non d'autres causes (par exemple la nervosité innée des Juifs joue un certain rôle dans l'apparition chez eux de graves afTeclions nerveuses).

Pour mettre de côté ces propriétés de nationalité possibles et non prises en considération, propriétés qui peuvent avoir une influence sur la fréquence plus ou moins grande du tabès, je me suis posé la question suivante : c Si la cause de la fréquence plus grande du tabès chez les Russes que chez les juifs provient non pas de quelques particularités anthropologiques de race, mais d'une cause extérieure, comme, par exemple, la syphilis, sur cent luifs atteints de maladies nerveuses et ayant eu auparavant la syphilis, il doit se

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trouver autant de sujets frappés de tabès que sur cent Russes qui se trouvent dans les mêmes conditions.

J'ai reçu de nouveau une réponse concluante : Sur huit luirs atteints indubitablement de syphilis, il y avait deux cas de tabès, soit 25 p. 100.

Sur onze Juifs syphilitiques (en comptant ceux chez lesquels la syphilis était probable) il y avait deux malades atteints de tabès, soit 18,18 p. 100. Sur vingt Russes atteints pour sûr de syphilis, il y avait quatre cas de tabes^ soit 20 p. 100. Sur vingt-six Russes syphilitiques (en comptant les cas probables), il y avait quatre cas de tabès, soit 15,4 p. 100.

Pour prouver que ces p. 100 sont en tout vrais et ne sont absolument pas accidentels, il suffit de les comparer aux intéressantes données, fournies par M. Reumont. Il a justement examiné 3,400 cas de syphilis; dans le nombre se trouvèrent 290 cas de maladies nerveuses et parmi ces derniers 40 cas de tabès, soit 14 p. 100. Mais ces données ne se rapportent cependant pas exactement à notre question en ce qu'il s'agit de syphilis dans Vétai actuel et que nous avons relevé l'existence de cette maladie dans les antécédents des malades.

En admettant un écart de 4, 5 p. 100 comme faute possible dans une statistique aussi petite que la nôtre et nous souvenant que le syphilis se retrouve non seulement dans l'anamnèse du tabès, mais aussi dans celle d'autres affections nerveuses comme, par exemple, rhémiplégie, nous devons admettre que sur cent Juifs atteints de maladies nerveuses et ayant eu auparavant la syphilis, il se trouve autant de cas de tabès et de paralysie progressive que sur cent Russes dans les

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mêmes conditions : cela fortifie Tidée qui ressort de ma statistique, c'est-à-dire que le tabès et la paralysie progressive ne se rencontrent plus rarement chez les luifs que parce que chez eux la syphilis est plus rare que chez les Russes.. Ce fait a une immense importance pour ta question de Tétiologie du tabès : il est une nouvelle preuve que la syphilis joue un rôle capital dans cette étiologie.

Malgré l'éloquence des données que nous ont fournies nos 383 cas, nous ne nous serions cependant pas décidé à les communiquer par la voie de la presse si nous n'avions pas été fortifié dans les convictions que nous avons puisées dans notre pratique par d'importantes données statistiques qui nous ont été obligeamment fournies par d'autres spécialistes.

Désirant vérifier les faits qui nous avaient frappé sur un nombre de cas beaucoup plus grand, nous nous sommes adressé à notre très honoré maître M. le professeur Kojewnikoff et à notre estimable confrère M. le docteur KorsakofT, en les priant de faire pour nous des extraits statistiques, semblables au nôtre au point de vue de la nationalité, et tirés des matériaux qu'ils ont recueillis.

Les personnes sus-indiquées ont accueilli ma prière avec la plus grande complaisance et je considère comme un agréable devoir de leur exprimer ici ma sincère reconnaissance pour les abondants et, à tous égards, précieux matériaux qu'ils m'ont fournis. Voici les renseignements que m'a donnés M. le professeur Kojewnikoff :

Dans les trois dernières années, il a inscrit dans son journal 2,403 malades (1,364 hommes et 1,039

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femmes). Diaus ce nombre il y a 347 luifs (159 hommes et 188 femmes). Le nombre des cas de tabès était 67, dont 60 cas indiscutables (55 hommes et 5 femmes), et 7 cas douteux.

Sur ]cs 55 hommes alteinis de tabès :

Dans 31 cas, il y avait eu syphilis, sans aucun doute; Dans 2 cas, la syphilis était probable ; Dans 6 cas, il y avait eu chancre ; Dans 6 cas, il n'y a pas eu de syphilis, semble-t-il ; Dans 7 cas, il n'y a pour sûr pas eu de syphilis; Dans 3 cas, la question sur la syphilis était restée sans réponse.

Maintenant, si nous excluons ces trois derniers cas et que nous admettions qu'il y ait eu syphilis dans la moitié des cas avec chancre et des cas douteux, nous voyons que dans les cinquante-deux cas de tabès indiqués, la syphilis se retrouvait dans l'anamnèse dans une proportion de 73 p. 100. Mais si nous n'admettons que les trente-un cas où la syphilis était indiscutable, nous aurons encore environ 60 p. 100 des cas avec syphilis dans l'anamnèse. Il y avait 5 femmes atteintes de tabès. Dans un cas, la question sur l'existence antérieure de la syphilis était restée sans réponse; dans deux des quatre autres cas, la syphilis était indiscutable, c'est-à-dire dans 50 p. 100 des cas. — Parmi ces cas indubitables de tabès, il n'y avait pas un seul fui/.

Il y avait en tout cinquante-trois cas de paralysie progressive, dont quarante-huit indubitables et cinq douteux. Dans seize de ces quarante-huit cas (47 hommes et une femme), il n'a pas été possible d'obtenir des renseignements sur l'existence antérieure de la syphilis; il reste donc en tout trente-un cas avec anamnèse. Sur ce nombre :

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Dans 14 cas, la syphilis était prouvée ; Dans 1 cas, la syphilis était probable ; DaDs 3 cais, il y avait eu chancre ; Dans 7 cas, la syphilis était douteuse ; Dans 6 cas, elle n'avait pas existé.

Par conséquent, dans les cas de paralysie progressive, la syphilis se trouvait dans une proportion de 45,16 p. 100, et si l'on admet les cas probables, dans une proportion de 60 p. 100. Il y avait trois juifs atteints de paralysie progressive, soit deux hommes et une femme, la seule qui soit indiquée dans cette statistique. Chez un des deux hommes malades, il y avait eu syphilis; chez l'autre, elle n'avait pas existé. Pas de données sur la femme atteinte de paralysie progressive. Nous voyons ce qui suit dans cette intéressante statistique :

1). Le tabès et la paralysie progressive se rencontrent à peu de chose près avec une fréquence égale chez les malades atteints ^affections nerveuses (sur le même nombre de malades, soixante cas indubitables de tabès et quarante-huit de paralysie).

2). La syphilis se rencontre dans une proportion égale dans lanamnèse du tabès et de la paralysie progressive; et cela, dans 60 p. 100 des cas (en n'admettant que les cas certains).

3). Enfin, tandis que sur 2^056 Russes, il se trou* vait un nombre assez grand de cas de tabès et de paralysie, sur 347 Juifs^ il n'y avait aucun cas de tabès et trois cas seulement de paralysie. Cette dernière conclusion confirme entièrement noire observation sur la rareté relative du tabès et de la paralysie chez les Juifs.

Examinons cependant les données que nous a obli-

ma PATHOLOGIB NERVEUSE.

geamineot fournies M. le D** KorsakoiT. Pendant les trois dernières années, il a noté 2,610 malades (2,041 ambulataires et 569 soignés chez eux); ce nombre se divise en 1,196 hommes et 1,414 femmes. Parmi ces malades il y avait 89 juifs (32 hommes et 57 femmes). Les cas de tabès atteignaient le chiffre de 66 (58 hooi* mes et 8 femmes) et parmi ces malades se trouvaîeni 4 juifs (3 hommes et 1 femme); mais au nombre des 3 juifs malades, un des cas n'était que douteux, tandis que les deux autres étaient évidemment frappés de tabès.

Dans quarante-un cas, la syphilis était indubitable (dans dix-neuf cas, il y avait eu traitement par le mercure); — dans quatre cas, la syphilis ét^it très probable; — dans trois cas, elle était assez probable; — dans dix-huit cas, l'existence de cette maladie était niée; — dans neuf de ces cas, il y avait urétrite ou cystite. En ne basant le p. 100 que sur les cas indubitables de syphilis, nous trouvons une proportion de 62 p. 100 des cas de tabès avec syphilis dans Tanam* nèse; si nous y joignons encore la moitié des cas probables, nous aurons sur soixante-six cas de tabès près de 70 p. 100 des cas avec syphilis dans Tanamnèse. Parmi les quatre cas de juifs atteints, il y en avait 3 (2 hommes et 1 femme) chez lesquels la syphilis était indubitable ; le quatrième niait la syphilis, mais était atteint d'urétrite.

Chez les 8 femmes indiquées : dans trois cas, la syphilis était indiscutable; — dans un cas, elle était très probable; — dans un cas, elle était assez probable; — dans trois cas, elle était niée.

Par conséquent, ici aussi, 50 p. 100 des cas avec

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syphilis dans raiiamuèse. — Il y avait 69 malades atteints de paralysie progressive (61 hommes et 8 femmes) ; dans ce nombre, l juif. Sur ces soixanteneuf cas : dans quarante cas, la syphilis était prouvée (dans vingt cas traitement par le mercure) ; — dans neuf cas, la syphilis était très probable; — dans douze cas, la syphilis était assez probable; — dans huit cas^ la syphilis était niée. Par conséquent, la syphilis se retrouve dans Tanamnèse de 60 p. 100 des cas, et si Ton compte la moitié des cas probables, dans plus de 72 p. 100.

Parmi les femmes atteintes de paralysie :

Dans deux cas, il y avait eu syphilis; — dans deux cas, elle était très probable; — dans trois cas, elle était assez probable , — dans un cas, elle était niée. — Le seul juif indiqué avait été indubitablement atteint de syphilis.

En examinant cette intéressante statistique, nous en tirons deux conclusions s'accordant parfaitement avec celles que nous avons tirées de la statistique précédente , nous y voyons en effet que :

1). Parmi les malades atteints d'affections nerveuses, le tabès et la paralysie se rencontrent aussi souvent l'une que l'autre (soixante-six cas de tabès, soixanteneuf cas de paralysie).

2). La syphilis se retrouve dans Tanamnèse des deux maladies dans une proportion égale en tout d'accord avec celle qui se remarque dans la statistique de M. le professeur Kojenwnikoff, c'est-à-dire dans 60 à 70 p. 100 des cas. (A suivre.)

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