‹ Archives de neurologie (volume 2)Chapitre 23 sur 87 · LA SURDITÉ £T LA CÉCITÉ VERBALE · texte numérisé non relu

LA SURDITÉ £T LA CÉCITÉ VERBALE

Par le D' FièoÉiic BATE3IAN,

Uédccin de l'hôpital de Nbrwich (Angleterre), membre correspoadanl élnn^er de l'Académie de médecine.

De V Aphasie sensorielle. — Dans les dernières années, diverses formes d'aphasie ont été décrites par Weruicke^ et auxquelles Kussmaul ensuite donna les noms de surdité verbale et de cécité verbale (Worttaubheit, Worlblindheit). Bien que les écrits de ces auteurs aient mis en plus grand relief ces états morbides, le D"^ Bastian avait, auparavant, reconnu complètement la nature de ces affections, et, quoiqu'il ne leur eût pas donné un nom spécial, il a entièrement décrit ces singuliers troubles psychiques, ainsi que les rôles importants joués par les fibres commissurales entre les centres visuels et auditifs '.

Ces formes particulières de troubles cérébraux peuvent être considérées comme des types d'amnésie, dans lesquels cette partie de la faculté de perception de la parole, en rapport avec le sens de L'ouïe et le sens de la vision, est déréglée. C'est essentiellement y impression ou la fonction centripète qui est diminuée, l'expression ou la fonction centrifuge peut rester complètement intacte; les malades n'ont pas perdu le pouvoir de parler ou d'écrire, mais bien que l'audition soit parfaite, ils ne peuvent plus comprendre les mots

* Wornickc. — Der Aphasische Symptoinencomplex, Breslau, 1874. ■ On the Various Fonns of Loss of Speech in Cérébral Disease (Bntish and Foreign Mtd, Chir. Rcv, April

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qu'ils entendent; et, quoique la vision soit parfaite, ils sont incapables de lire et de comprendre les mots écrits ou imprimés qu'ils voient. Dans ces deux formes, c'est la phase /}assie;e de la faculté du langage qui est affectée.

Bien qu'on ait tant écrit sur l'aphasie sensorielle, des opinions si diverses ont été émises par les différents auteurs, et le sujet est encore entouré d'une telle obscu* rite que, avant de décrire les symptômes cliniques de la surdité verbale, je me propose de faire une courte allusion au traité philosophique de M. Ballet, qui, je pense, est bien fait pour élucider cette branche obscure de la pathologie cérébrale^

Dans le chapitre qui traite de l'effacement partiel ou total des images auditives des mots, M. Ballet dit que les opérations cérébrales qui succèdent aux irapressions de l'ouïe, quelles qu'elles soient, sont de trois ordres : l^la perception brute du son qui nous donne la conscience de ce dernier, et nous permet d'en apprécier certains caractères généraux ; c'est Vaudition proprement dite; 2^ la perception du son en tant qu'image susceptible de réveiller l'idée d'un objet donné, c'est Vaudition des objets ou des choses; 3^ enfin, lorsqu'il s'agit d'un mot, la perception du root, non seulement comme son ou collection de sons, mais comme son différencié, capable de susciter l'idée qu'il représente ; c'est Vaudition des mots ou audition verbale.

Un exemple fera saisir les différences fondamentales que présentent, entre elles, ces trois catégories d'opérations. Lorsqu'une cloche résonne à notre oreille. 1"^ nous distinguons le son qu'eNe produit, voilà Vaudition

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proprement dite ; 2^ par l'habitude que nous avons d'entendre la cloche, nous percevons le son, non comme le premier son venu, mais comme le son produit par un objet spécial, une cloche; voilà Vauditùm de chose ou d'objet, — 3^ enfin, cette même idée de cloche pourra être éveillée dans notre esprit par un son qui n'est plus celui de la cloche ; mais celui d'un mot conventionnel que nous avons par éducation la coutume d*associer à Tidée de l'objet. C'est Vatutition verbale.

Avec Munk, il convient de désigner rabolition de l'audition, sous le nom de surdité cérébrale ou corticale. {Rindenlaiibheit)^ l'abolition, de l'audition des objets^ sous celui de surdité psychique fSeelentaubheit) ; et enfin, avec Kussmaul, nous appellerons la perte de l'audition verbale, surdité des mots ou surdité verbale iyfoTi\.^Mh\ieiX) ».

Surdité verbale. — Cette affection peut être définie une amnésie auditive, ou la perte de la mémoire du sens et de la valeur des sons articulés qui constituent le langage articulé.

La surdité verbale n'est pas la surdité aux sous, et il n'y a aucun obstacle au passage des impulsions de l'appareil auriculaire à la couche corticale du cerveau. Dans le fait, la sensation auditive est quelquefois si aiguë que le malade est susceptible de recevoir l'impression acoustique la plus légère. Il entendra le tictac d'une montre et même la chute d'une épingle sur la table; son attention sera attirée par le bruit du

* G. Ballet. — Le Langage inférieur^ p. 76.

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