‹ Archives de neurologie (volume 2)Chapitre 30 sur 87 · FORME CÉRÉBRALE PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

FORME CÉRÉBRALE PARALYTIQUE

Les différentes paralysies d'origiue cérébrale n'out

DES ACCIDENTS PAR l'bMPLOI DKS SCAPHANDRES. 249

pas, à coup sûr, la même fréquence que celles d'origine spinale, mais elles ne sont pas très rares. Elles revêtent, cliniquement, tantôt le type d'hémiplégie et tantôt le type de paralysie partielle.

A). Type cThimiplégie. — De ce type nous avons deux observations que voici :

Observation XL V. — le 10 juillet 1873, hémiplégie gauche , une demi-heure de durée, provoquée par la septième immersion faite ù une profondeur de 20 à 21 brasses, un quart d'heure de séjour au fond, décompression brusque. Le 7 aoi2H874, hémiplégie droite de quatre jours de durée, survenue à la suite de la sixième immersion faite dans les mêmes conditions que les cinq précédentes, — Dès cette époque jusqu*à 4882, treize hémiplégies tantôt gauches, tantôt droites, 3 à 5 heures de durée. L'hémiplégie survenait toutes les fois qu*il dépassait le nombre 5 des immersions,

. toutes les autres conditions étant égales. De ^%S2, jusqu'en juillet 4886 plus d'hémiplégies; il n'a jamais fait plus de cinq immersions.

Histoire, — Michel Chaïs, âgé de trente-sept ans, les antécédents aussi bien héréditaires que personnels n offrent rien d'important. Il est d*uue constitution très forte. Il a commencé son travail dans Tair comprimé en 1870 et il a travaillé pendant trois ans sans accident.

Le 10 juillet 1873, après avoir déjà fait six immersions à une profondeur de 20 à 21 brasses, il en fait une septième; il n'a demeuré dans le fond qu'un quart d^heure environ, au bout duquel il s*est fait remonter. Immédiatement après Tenlèvement du casque, on le voit se frotter les yeux, ce qui était dû à une sensation de brûlure intolérable, ses conjonctives auraient été en même temps rouges. Aussitôt après, le malade sent son bras gauche extrêmement lourd et il ne peut l'élever; il avait aussi la bouche un peu de travers, de façon à attirer l'attention. En même temps, le malade se plaignait d'une douleur à la région gastrique avec sensation d'angoisse. Cet état, qui n'était accompagné d'aucun autre symptôme soit céphalique soit de nature quelconque, sauf une douleur vague aux lombes, a duré seul isolé une heure et demie. Au bout de ce laps de temps, une paralysie du membre inférieur gauche survint. A ce moment, le malade est pris de vomissements qui l'ont soulagé de son poids épigastrique.

Quand on le pinçait, qu'on le frottait ou qu'on touchait le côté pauche de son corps, le malade sentait très bien. Il se plaignait seulement de douleurs lancinantes, qui siégeaient aux ilifférentes

250 CLINIQUE NBRVBU8B.

régions du côté paralysé. Cette scène morbide a duré au total trois heures et le lendemain matin, il reprend son travail. Le 7 août 1874, il fait cinq immersions sans attaque, il redescend à la même profondeur de 20 à 21 brasses et sans demeurer plus de quinze minutes dans le fond de la mer, il s'est fait brusquement remonter.

Après l'enlèvement du casque, il est pris d*une brûlure intolérable aux yeux, qu'il frottait follement et qui étaient en même temps rouges. — En outre, il avait bientôt un poids à Testomac, sans gonflement au moins apparent, en même temps qu une paralysie du membre supérieur non plus le gauche, ce qui lui est arrivé le 10 juillet de Tannée précédente, mais le droit, le malade étant dansTincapacité de faire le moindre mouvement. La bouche n'était pas cette fois-ci de travers, au moins d'une [façon visible.

Cette paralysie dure deux heures, au bout desquelles il est pris d'une paralysie du membre inférieur droit, sans troubles de la sensibilité, car le malade sentait bien, quand on le touchait ou qu'on le pinçait, il était seulement tourmenté de temps à autre de douleurs lancinantes. Cette hémiplégie dure quatre jours seulement, au bout desquels il a repris son travail, étant parfaitement bien portant.

Depuis lors jusqu'à présent, il a été atteint treize fois encore de pareils accidents, ce qui fait au total quinze fois : sept fois à gauche et huit à droite. Toutes les fois qu'il dépassait les cinq immersions de suite à la môme profondeur et à la même durée de séjour au fond de la mer, il était atteint des mômes accidents, à savoir une paralysie du membre supérieur tantôt gauche tantôt droit avec ou sans paralysie faciale apparenle, paralysie précédée toujours des troubles oculaires, brûlure, rougeur, frottement, accompagnée constamment d'une douleur gastrique avec sensation d'angoisse sans gonflement au moins apparent et suivie après un temps qui varie entre une demi-heure et deux heures d'une paralysie du membre droit correspondant avec des douleurs vagues aux lombes et lancinantes aux membres affectés ; pas d'autre symptôme céphalique, pas d'anesthésie, pas de troubles urinaires ou génitaux ou rectaux, enfin rien. — Cet état a duré de 3 à 5 heures. Depuis 1882, étant persuadé qu'aucun accident ne saurait lui arriver, quand il n'aurait pas dépassé les cinq immersions, il n'a jamais osé faire la sixième et en conséquence il n'a jamais été affecté. — Etat actuel (28 juillet 1886.) — Rien. Tous les organes paraissent fonctionner régulièrement.

Observation XLVl, Cosmas Cosmitis, âgé de vingt-six ans, sans antécédents héré«

DBS ACCIDENTS PAR l'rMPLOI DBS SCAPHANDRES. 351

ditaires ou personnels, a commencé à travailler dans l'air comprimé eu 1877 et il a travaillé sept ans sans accident.

Le 27 juillet 1884 il fait une première immersion à 27 ou28 brasses de profondeur et après avoir demeuré sept minutes il s*est fait brusquement décomprimer. Il redescend une seconde fois par la même profondeur mais il prolonge son séjour au fond de la mer au delà de vingt minutes.

Un quart d'heure après Tenlèvement du casque, le plongeur est pris de douleurs constrictives à la jambe gauche et bientôt d'une hémiplégie gauche. 11 n'y aurait pas de troubles de la sensi^ bilité.

11 avait en même temps une sensation précordiale avec plénitude et gôue de la respiration accompagnée de palpitations. — 11 n'y a pas eu d'autres symptômes céphaliques. 11 n'y aurait pas eu d'autres symptômes quelconques. — Etat actuel (5 août 1884}. — Rien.

B). Type de paralysie partielle. — De ce type nous avons deux observations intéressantes dont Tune est un exemple de paralysie de la face et du membre supérieur gauche.

a). Paralysie faciale.

Observation XLVIf.

Aggelis Couroupis, Agé de vingt-trois ans. Pas d'antécédents héréditaires ou personnels. 11 a commencé sou travail en 1885 et il travailla pendant une année sans accident.

Le 43 juillet 1886, il fait sa première immersion à la profondeur de 23 brasses, treize minutes de séjour, décompression brusque, 11 serait déjà antérieurement descendu exactement dans les mômes conditions de profondeur, de séjour et de décompression. 11 n'a pas été fatigué et il n'aurait pas mangé avant l'accident ; pas de refroidissement, pas de toux. Dix minutes après l'enlèvement du casque, le plongeur est pris de paralysie faciale gauche. 11 fermait rœil gauche aussi bien que le droit.

11 n'y aurait eu aucune trace de paralysie des extrémités. Pas de vertiges, ni de perte de connaissance, ni de troubles du langage, ni autres symptômes céphaliques. 11 n y aurait non plus d'autres symptômes quelconques. Cette paralysie faciale a duré à peu près une demi-heure, au bout de laquelle elle a disparu tout à fait.

â5!2 CLINIQUB NBRVBUSR. — AC0IDBNT8 PAR LES SCAPHAMDRI8.

b). Paralysie de la face et du membre supéfneur droit.

Observation XLVIII,

Le nommé Jean Goussatakis, âgé de vingt-quatre ans, sans antécédents héréditaires ou personnels, ayant commencé son métier de plongeur à scaphandre en 1882, a travaillé pendant deux ans sans accident. Le 12 juillet 4884, après avoir déjà fait sept immersions successives sans accident, à une profondeur de 23 brasses, de douze à quinze minutes de séjour et d'une décompression brusque, il en fait une huitième dans les mêmes conditions que les sept précédentes.

Une dizaine de minutes se passent et le malade se porte parfaitement bien. Au bout de ce temps, tout d*un coup, il est pris de paralysie complète du membre supérieur gauche. La bouche, en môme temps, était de travers. Il pouvait fermer l'œil gauche aussi bien que le droit. U n'y a aucune trace de paralysie au membre supérieur droit et aux inférieurs. Sauf quelques petits étourdissemeuts, le malade n'avait aucun autre symplôme céphalique. Pas d'autres symptômes.

Le i6 juillet, c'est-à-dire quatre jours après l'invasion de l'accident, le plongeur h repris ses immersions à des profondeurs moyennes, 44 à 15 brasses, quinze minutes de séjour et brusque décompression. 11 lui était impossible de se servir de son bras gauche. Le 17 juillet, il a commencé à pouvoir exécuter quelques petits mouvements. Sa paralysie faciale aurait été améliorée. Ses immersions continuent comme moyen thérapeutique. Depuis lors l'amélioration a continué de faire ses progrès.

Etat actuel (15 août 1884, le dix-neuvième jour de l'accident). — Le malade a une certaine difficulté de lever son bras gauche. Sa main ^'auche serre bien moins que la droite. La force dynamométrique est de 30 à gauche et de 65 à droite. Il ne peut lever de lourds objets. It lui arrive même parfois que les objets légers lui échappent des mains.

La paralysie prédomine incontestablement aux muscles innervés par les nerfs cubital et médian. Quand on pince la paume de sa main gauche, il sent des engourdissements dans les doigts. Pas d'autres troubles de la sensibilité.

Le sens musculaire est affecté. Ainsi, si on lui dit de porter le doigt indicateur sur le bout du nez, alors le malade ne réussit pas et déplace la main. Il est, en outre, absolument incapable d'apprécier le poids des objets.

Sa bouche est tirée à droite; il ferme 1res bien l'œil gauche. Il n'y a aucune trace d'atrophie musculaire. La contractiiilé électrique est normale.

Pas de troubles vaso-moteurs. 11 n*y a pas de symptômes céphaliques. La vessie, le rectum et les organes génitaux paraissent fonctionner régulièrement.

Nous avons revu le malade après trois mois, le 20 novembre 1884. 11 n'y a aucune trace de paralysie, soil faciale, soit du membre supérieur gauche depuis un mois, époque de la disparition des phénomènes paralytiques.

Nous retrouvons ici encore les mêmes caractères qui servent à spécialiser les paralysies cérébrales d'origine scaphandrienne , à savoir : T la brusquerie de rinvasion; 2^ l'intensité excessive ; 3^ leur durée très fugitive ; 4^ leur curabilité constante eu cas d'accidents cérébraux, non fugitifs plus ou moins persistants. C'est ainsi que le docteur A. Kindynis, agrégé de notre faculté, nous a communiqué qu'il à observé deux cas d'hémiplégies cérébrales chez deux scaphandriers qui, après avoir duré quelques mois, ont disparu complètement sans laisser la moindre trace. Malheureusement, il a perdu ses observations.

{A suivre,)

GRAND ET PETIT HYPNOTjlSM.E»;

Par J. BABINSKI, Ancien chef de clinique à la Satpétrière.

Autrefois, nous voulons dire avant ^1878, beaucoup niaient Thypnotisme, et expliquaient purement et simplement tous les phénomènes produits par Thypothèse commode, de la simula-

' Voir Archives de Neurologie, n* 49, p. 92.

â54 RBVUS CBJTIQUB.

tion. Depuis les études de la Salpétrière, on ne parle plus guère de simulation, ou du moins si quelques personnes attardées ou de parti-pris se servent encore de cette interprétation simpliste, elles ne font qu*exprimer des opinions isolées et de plus en plus timidement exprimées. On veut soutenir aujourd'hui que tous les phénomènes hypnotiques observés à la Salpétrière et ailleurs sont réels, mais que ce sont des produits de la suggestion. La su^estion, a-t-on dit, c'est la clef du braidisme. Ainsi, la controverse s'est déplacée; elle ne porte plus sur ce point capital, à savoir si l'hypnotisme est une réalité ou une jonglerie ; elle porte sur la question de savoir quelle est la cause, quelle est la genèse des phénomènes hypnotiques.

L'assertion que la suggestion est la clef du braidisme a été lancée par TËcole de Nancy; on réunit d'ordinaire sous ce nom quatre expérimentateurs : MM. Liébault, Bemheim, Benunis et Liégeois.

Donc, d'après l'École de Nancy, tous les phénomènes dits hypnotiques seraient le produit de la suggestion. La suggestion est l'acte par lequel l'opérateur impose une idée à son sujet, par la parole ou par des gestes ; un phénomène suggéré est donc un phénomène qui a une cause psychique, qui est précédé par une opération psychique. Tout le monde admet aujourd'hui qu'un grand nombre de phénomènes hypnotiques sont des effets de la suggestion, et la suggestion, dans tous ses détails, a été longuement étudiée par divers expérimentateurs qui appartiennent à l'École de la Salpétrière ^ On sait que par cette méthode, il est possible de donner à un sujet convenablement préparé des hallucinations , des ordres , des rêves, le frapper d*anesthésie et de paralysie. L'étude de la suggestion ouvre à la psychologie des horizons nouveaux en lui fournissant.ee qui lui manquait jusqu'ici, une méthode d'expérimentation.

Mais ceux qui ont étudié la suggestion n'ont pas tous été jusqu'à prétendre qu'elle constitue la seule et unique cause de tous les phénomènes présentés par les sujets hypnotisés. Cette thèse appartient à l'École de Nancy et plus particulièrement à M. Bernheim. M. Beaunis, en effet, a déclaré récemment qu'il était convaincu que la suggestion ne suffit pas à tout expliquer.

* Voir en parliculier Binet et Féré, loco citato.

GRAND BT PBTIT HYPNOTISME. 253

La thèse de M. Bernheim a eu beaucoup de succès; cela nous parait facile à comprendre. Elle a par-dessus tout le mérite de la simplicité. On a dû trouver admirable de ramener à Tunité les causes des faits si nombreux et si divers qu'on réunit sous le nom d*hypnotisme« Ajoutons que cette prétention a été grandement encouragée par les expériences qui ont été faites dans ces derniers temps sur ce qu*on pouvait appeler les suggestions organiques. On sait aujourd'hui qu*en employant la suggestion sur des sujets appropriés, on obtient des effets tout à fait remarquables; par exemple, on peut développer une plaie sur une région de peau saine. Il était tout naturel que certains expérimentateurs, frappés par cette puissance de la suggestion, en vinssent à dire que la suggestion explique tout et suffit à tout.

On peut se demander maintenant par suite de quelles expériences ou de quels raisonnements certains auteurs en sont arrivés à affirmer que la suggestion est la cause unique et suffisante de tous les phénomènes présentés par les hypnotisés. A priori, on pouvait supposer que les partisans de cette théorie possèdent un grand nombre de faits qui en démontrent la vérité. Ce serait cependant une erreur complète. La seule raison invoquée par M. Bernheim consiste à dire et à répéter, sous plusieurs formes différentes, qu'il n'a jamais pu reproduire chez ses sujets, sans le secours de la suggestion, les phénomènes somatiques de contracture, de catalepsie, etc., observés par M. Gharcot et ses élèves.

A cette objection, M. Gharcot et ses élèves se contentent de répondre avec avantage, croyons-nous, que les sujets sur lesquels on opère de part et d'autre étant différents, il n'y a pas lieu de s'étonner que les effets soient différents, que les sujets de la Salpétrière étant des hystériques, l'hypnotisme de la Salpétrière est l'hypnotisme des hystériques, et que, dès lors, il est facile de comprendre comment il est possible de produire chez les malades de cette catégorie une série de symptômes caractéristiques qu'on ne retrouve pas chez d'autres sujets.

Quoi qu'il en soit, la thèse de M. Bernheim nous parait présenter un autre défaut. M. Bernheim, avant de soutenir dans les termes les plus absolus, que la suggestion est la cause réelle de tous les phénomènes braidiques, aurait dû commencer par démontrer que la suggestion peut produire tous ces phénomènes. G'est ce qu il n'a pas fait. Prenons un exemple. La

âo6 RBVU£ CRITIQUE.

contracture léthargique provoquée est sans contredit un des faits les plus importants de l'hypnose hystérique.

Si M. Bernheiro prétend soutenir que la suggestion peut tout produire, il devrait commencer par démontrer, dans une série d'expériences correctes, qu'il est possible de suggérer à un individu une contracture du type léthargique, présentant les mêmes caractères et surtout la même précision que celle qu*if est si facile de provoquer, par des manoeuvres purement physiques, chez les grandes hystériques hypnotisables.

Puisque les cas de grand hypnotisme observés à la Salpétrière sont, suivant M. Bernheim, des cas artificiels, on peut se demander, fait remarquer M. Gharcot, pourquoi, ne fût-ce que dans le but de prouver son assertion relative à la toute puissance de la suggestion, M. Bernhetm ne se donne pas le plaisir de créer artificiellement à Nancy des cas semblables.

MM. Binet et Féré ont insisté sur les conditions dans lesquelles il faudrait se placer pour que cette expérience ait une valeur réelle. On commencerait par éliminer tous les sujets présentant, à un degré quelconque à Tétat de veille, de Thyperexcitabilité neuro-musculaire ou n*importe quel autre stigmate hystérique, caries observations des auteurs précités ont démontré que l'on peut, avec la suggestion seule, provoquer une contracture léthargique chez un sujet hyperexcitabie; la suggestion ne fait dans ce cas que renouveler, sous forme d'images, le souvenir de l'excitation cutanée qui a donné lieu une première fois à la contracture. Il faut aussi remarquer que l'élimination des sujets hyperexcitables devrait être faite avec un soin et une sévérité tout particuliers. M. Bernheim, en efiTet, ne parait guère prendre comme critérium de Thystérie que la crise^ et semble négliger complètement les stigmates permanents, ce qui l'amène nécessairement à considérer comme sains des individus atteints de cette névrose.

L'expérience réussit-elle de la façon la plus complète que M. Bernheim n'aurait pas encore gain de cause. Une fois qu'il serait prouvé que la suggestion peut faire tout ce que fait l'excitation périphérique, il resterait à démontrer que la réalité du premier procédé exclut celle du second. C'est ici, il faut bien le remarquer, que la question se complique.

Nous sommes tout disposés à admettre qu'en fait, lorsqu'une personne a été soumise à des manœuvres hypnotiques répétées, elle garde un souvenir de ces manœuvres, et que chaque

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foisqu*on la soumet à une expérience, elle peut comprendre et par conséquent devancer Texpérimentateur, par un phénomène d'auto-suggestion. On peut dire qu'après quelques expériences du même ordre, la suggestion est toujours là invisible et présente; souvent le sujet, avec une complaisance d'autant plus remarquable qu elle est tout automatique, s'applique à deviner les intentions de l'opérateur. Il devient donc absolument impossible, quand les conditions deviennent aussi complexes, de faire la part respective de la suggestion et de l'excitation périphérique. Nous reconnaissons même que chez certains sujets on peut, par la suggestion, amener le développement d'une contracture, alors que les excitations périphériques sont incapables de produire ce résultat. Mais tout cela ne permet pas de conclure que la suggestion est tout, et que l'excitation périphérique ne sert à rien.

C'est aussi par la suggestion qu'il faut expliquer en grande partie comment il se fait que, quelquefois, tous les sujet» formés par un même expérimentateur se ressemblent plus ou moins, et se trouvent modelés sur un môme type, tandis que ces mêmes sujets diffèrent totalement deceux qui sont dressés par un autre expérimentateur. L'uniformité des résultats peut être due à l'identité pathologique des sujets, à Tidentité de la méthode employée^ mais elle est due aussi, en grande partie, à la suggestion inconsciente qu'exerce l'opérateur sur les malades, ou même à la suggestion produite par un malade sur les autres.

Ces faits démontrent la puissance de la suggestion, mais ils ne démontrent nullement, nous le répétons, que la suggestion soit la seule influence capable d'agir sur des hypnotiques.

Admettre une pareille opinion et la soutenir avec la rigueur qu'on y met à Nancy, ce serait, en somme,' vouloir prouver que les causes psychiques sont les seuls modificateurs du système nerveux en cause. La physiologie générale nous démontre qu'un grand nombre des fonctions sont sollicitées à l'action soit par des causes psychiques, soit par des causes physiques; la réalité des premières causes n'exclut pas celle des autres. Pour citer des exemples vulgaires, la sécrétion des larmes est provoquée tantôt par un état moral déprimant, un chagrin, tantôt par un corps étranger dont le contact irrite la cornée. De même, certaines substances sont tout aussi efficaces que la peur pour provoquer une diarrhée ; et de ce qu'on peut apaiser

Archives, t. XVU. 17

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la faim par suggestion s'ensuit-il que Taliment n'ait aucune efficacité ?

Ainsi donc, comme on le voit, l'Ecole de Paris qui insiste elle-même sur l'importance de la suggestion n'en conteste pas la réalité, mais elle prétend que la suggestion n'est pas Tunique source des phénomènes observés dans l'hypnotisme.

Nous venons de montrer que les objections de M. Bernheim sont loin d'être démonstratives ; ses observations font ressortir tout au plus le rôle important que la suj^gestion peut jouer, mais ne prouvent rien contre la thèse de l'Ecole de la Salpé trière.

Nous devons maintenant mettre en évidence les arguments sur lesquels s'est appuyé M. Charcot pour établir l'exactitude de ses assertions.

Voici par exemple un individu qui n'a pas été jusqu'alors soumis à des manœuvres hypnotiqnes quelconques, il est absolument étranger à la médecine et n'a jamais assisté à aucune expérience sur Thypnotisme. Ce sujet ainsi soumis à une première expérience, vierge par conséquent jusque-là de toute pratique d'hypnotisation, ce sujet, dis-je, dès qu'on est arrivé à rhypnotiser, présente les phénomènes de la contracture léthargique; il suffit de presser sur les muscles, de comprimer un membre avec une bande élastique, de presser sur un tronc nerveux, pour voir la contracture se développer. Si ce phénomène est obtenu, alors que le médecin a évité d'éveiller chez le sujet par une parole, par un geste, l'idée de raideur, la suggestion ne peut être invoquée; et c'est précisément dans ces conditions qu'on s'est placé à la Salpêtrière dès les premières expériences. Il ne faut pas croire en efTet que l'hypothèse de suggestion ne se soit pas présentée à l'esprit des expérimentateurs de Paris, et que c'est pour ne pas avoir réfléchi à la possibilité de son existence que le développement des phénomènes somatiques a été attribué à une autre cause. Mais, dira peut-être M. Bernheim, comment affirmer que réellement l'individu en observation n'a jamais été présent à des expériences sur le magnétisme animal. Le nombre des magnétiseurs de profession est grand, et il n'est presque pas une ville eu France où n'aient eu lieu des séances publiques de magnétisme. Or, comme la raideur musculaire est un phénomène que les magnétiseurs font souvent observer à l'assistance, il est possible que la vue de la contracture ait laissé un souvenir dans l'esprit de l'individu dont nous parlons, et que ce soit là

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l'origine Je la suggestion. A cela nous répondrons d'abord que ce n'est là en tout cas qu'une hypothèse. Nous ferons remarquer d'autre part, que les manœuvres employées par les magnétiseurs diffèrent de celles que l'on emploie à la Salpé* trière pour faire nattre la contracture, et que par suite la suggestion ne peut pas être incriminée. En quoi en effet, la compression d*un membre par une bande élastique ou celle d'un tronc nerveux peut-elle éveiller ]^ïàée d'une contracture? Du reste, s'il restait encore un doute dans l'esprit du lecteur, et s'il persistait à admettre encore l'hypothèse de la suggestion, nous rappellerions encore le phénomène del'hyperexcitabilité nerveuse, qui, lorsqu'on se place dans les conditions que nous avons énumérées plus haut, est encore plus pro* bant quel'hypërexcitabilité musculaire. On sait que si l'on presse mécaniquement sur un nerf moteur, tous les muscles desservis par ce nerf entrent en contraction ou en contracture, et communiquent au membre sur lequel on opère une position invariable et caractéristique. Ce phénomène est plus rare, il est vrai, que le précédent, mais on le constate néanmoins dans nombre de cas, et il a évidemment une valeur capitale. Il est clair, en effet, qu'un individu ignorant les premières notions de l'anatomie et de la^physiologie musculaire serait incapable de deviner, quand on excite un point de la peau, quels sont les muscles qui doivent entrer en contracture. Inutile d'insister sur ce point. C'est pour ce motif qu'à la Salpétrière on a cons* déré l'hyperexcitabilité neuro-musculaire comme un phénomène réhexe dont le centre est dans la moelle ou le cerveau et dont le point de départ est dans l'excitation périphérique des muscles et des tendons, et que les contractures hypnotiques peuvent se développer indépendamment de toute suggestion.

En ce qui concerne la question des phases constituantes du grand hypnotisme nous invoquerons des arguments du même ordre. Les premières observations de M. Gharcot ont évidemment une valeur pour ainsi dire absolue : d'où, en effet, aurait pu provenir la suggestion? Quelle raison théorique M. Gharcot aurait-il pu avoir de supposer qu'il existait un grand hypnotisme caractérisé par trois états distincts? S'il a constaté les trois états, ce n'est donc pas en vertu d'une idée préconçue, mais parce que ces trois états se sont présentés naturellement à son observation. Depuis, de nouveaux cas analogues ont pu élre observés et on s'est placé toujours à la Salpétrière dans les

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conditions que nous avons précisées plus haut et qui pennettent d'éliminer Thypothëse de la suggestion.

Nous avons fait remarquer au début de ce travail que chez les grandes hypnotiques les trois états pouvaient se développer dès la première tentative d*bypnotisation» mais que dans beaucoup de cas, au début, les caractères somatiques ne sont pas aussi accentués que lorsque Thypootisation a été pratiquée un grand nombre de fois. Si par exemple dans la léthargie, on presse dans une première expérience, sur le nerf cubital, on constate du côté de la main Tesquisse de la griffe cubitale, qui se dessine de plus en plus à mesure que lexpérience est renouvelée. Si dans la catalepsie on soulève un membre, celuici ne garde qu'un temps très limité la position donnée.

Nous avons observé récemment à la Salpétrière, une malade la nommée Ri..., qui s*est comportée exactement de cette façon. Dès la première tentative d*bypnotisation on a pu constater Texistence des trois états avec toutes les particularités qui les caractérisent, mais au début les phénomènes somatiques n'existaient qu*à l'état d'ébauche. Nous devons faire remarquer que chez cette malade les phénomènes psychiques étaient encoro moins accentués. Il était impossible de provoquer par suggestion, dans la période somnambulique, le développement d'une hallucination visuelle ou auditive. On pouvait, au contraire, par ce procédé faire naitre une paralysie flasque ou spasmcdique ; toutefois la suggestion simple n'agissait pas d'une façon plus active que les excitations mécaniques sur le développement des contractures. Sous l'influence de la répétition des mêmes manœuvres la malade s'est perfectionnée ; mais, et nous insistons sur ce point dès la première expérience, alors qu'elle était encore tout à fait ignorante des choses de l'hypnotisme, tous les caractères somatiques du grand hypnotisme pouvaient être mis en évidence. L'exercice n'a donc fait qu'accentuer des propriétés qui existaient en elle dès le début.

Ce fait que les propriétés hypnotiques se perfectionnent par l'éducation prouverait-il qu'elles sont dès l'origine les résultats de la suggestion. 11 n'en est rien pensons-nous. Il en est de ces propriétés comme do toutes les autres facultés que nous possédons en germe et qui peuvent se développer par le fonc* tionnement.

Nous avons vu aussi que chez certains sujets il n'existe pen-

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dant longtemps qu*une ou deux des phases du grand hypnotisme et que le graud hypnotisme ne se constitue d*une façon complète que lorsque le malade a été soumis à de nombreuses manipulations. Nous rappelons à ce sujet l'observation de C. G., citée plus haut. Cette observation, loin d^étre défavorable à notre thèse, nous parait, au [contraire, lui prêter un appui très sérieux. Voici, en effet, une malade qui est restée pendant dix-huit mois environ dans le service de M. Gharcot, à la Salpètrière, entourée de grandes hypnotiques et ne présentant pendant toute cette époque que les deux états, Mihargie et somnambulisme, qu*on avait constatés chez elle dès son entrée à l'hôpital. A plusieurs reprises, ou avait cherché en vain par Touverture des yeux, à la faire passer de la léthargie en catalepsie. Or, dans une circonstance où la malade n'était soumise à aucune expérience d*hypnotisme, qu'elle était occupée à Tétat de veille à un travail manuel, un violent bruit produit par un coup de tam-tam dans une pièce voisine, et auquel elle ne pouvait s*attendre la fit entrer en catalepsie, et depuis cette époque les propriétés cataleptiques otnt persisté chez elle. N*est-il pas évident dans ce cas qu*une excitation sensorielle a produit ce que la suggestion avait été incapable de faire, et cette observation fait voir l'importance que peut avoir le mode d'hypnotisation sur les caractères des phénomènes qui se développent.

Mais, à bout d*arguments, ne viendra-t-on pas répéter encore que les opinions que nous soutenons appartiennent exclusiment à M. Charcot et à ses élèves et que jamais en dehors de la Salpètrière on n*a pu répéter les expériences que nous venons de mentionner. « A Paris, dit M. Bernheim S j*ai vu dans trois hôpitaux des sujets hypnotisés devant moi, ils se comportaient tous comme nos sujets et les médecins des hôpitaux qui les traitaient ont confirmé absolument ce que nous avons vu. »

Pour quiconque est bien au courant de ce qui se passe dans les hôpitaux de Paris, Topinion ci-dessus énoncée n'a pas une bien grande portée, car si Ton excepte deux ou trois services où rhypnotisme est étudiée avec quelque soin, il faut reconnaître que partout ailleurs cette étude est absolument négligée. Il ne s'agit donc pas là d'une opinion fondée sur des expé-

» Loco ciialo, p. 95.

iôi RBVUB CRITIQUI.

riences méthodiques et répétées, ce qui est indispensable pour pouvoir émettre un avis de quelque valeur, mais d'une simple vue de Tesprit, d'une impression résultant sans doute de Tobservation exclusive de quelques hypnotiques imparfaits. Du reste, nous pouvons citer les noms de quelques expérimentateurs absolument indépendants de la Salpétrière dont les observations ont été recueillies non seulement en dehors de la Salpétrière, mais même hors de France, et qui sont arrivés à des conclusions identiques à celles de l'École de Paris. • Dès 1881 , MM. Tamburini et Seppili' publiaient des recherches sur les phénomènes des sens, des'mouvements de la respiration et de la circulation dans Thypnose, et sur les modiRcations de ces phénomènes sous Tinfluence des agents esthésiogènes et thermiques. Ils étudiaient spécialement les symptômes physiques de la léthargie et de la catalepsie et enregistraient les premiers, au moyen de la méthode gra* phique, la courbe respiratoire si caractéristique de la catalepsie. Ces auteurs reproduisaient les trois états de la grande hypnose sur une hystéro-épileptique et se mettaient en garde contre la suggestion dont ils se sont toujours déQés.

Nous extrayons d'un article récent de M. Rummo", que notre ami, M. Pio di Brazza a bien voulu nous traduire, le |)a§sage suivant :

< On ne peut pas nier le type classique de Thypnotisme avec la succession des différentes phases présentant des caractères déterminés, tel qu'il a été décrit magistralement par M. Charcot.

c Le type parfait de Tliypnotisme, décrit par M. Charcot, et observé par des cliniciens éminents de toutes nations, et en Italie avant tout par M. Famburini, est entré dans le domaine de la science. En compagnie du D** Yizzioli, j'ai observé un cas classique de grand hypnotisme chez une jeune fille hystérique de la province de Chicti, laquelle ignorait complètement tout ce qui se rapporte à l'hypnotisme jusqu'à la première hypnotisation. Sous l'influence de la simple fixation du regard, et sans intervention quelconque de la suggestion^ elle présenta, en présence de son frère et du professeur Bianchi, tous les phénomènes des trois états admis par l'École de la Salpétrière. Je

* Revista sperimentaU di Freniatrica (1881, an VU, fasc. 3 et seq.). ■ Rummo. — Ri forma metUca^ 1888, n^ 3, p. 14.

r,RAND RT PETIT HYPNOTISME. itW

n'ai pas publié cette observation, parce que je considérais ce fait comme banal et établi sans qu'on puisse en douter. >

M. Vizzioli, au mois d'octobre 1888, a montré à la séance du premier congrès des médecins italiens, une malade, M"^ Medici, de Naples, qui présentait tous les phénomènes du grand hypnotisme, qui s'étaient développés, dit M. Yizzioli, indépendamment de toute suggestion.

Je mentionnerai aussi le travail récent de MM. Octavio Maira et David Benavente* qui, ayant expérimenté au Chili avec des sujets qui n'avaient sans doute jamais subi le contact des malades de la Salpêtrière, ont obtenu des résultats sem* blables aux nôtres.

Enfin, nous citerons ce passage d'une note que M. Ladame, de Genève, a bien voulu nous communiquer, qui résume une observation qu'il a publiée en 1881 ^ Cette observation nous paraît capitale.

11 s'agit d'un jeune garçon de seize ans et demi^ chez lequel M. Ladame a constaté les particularités suivantes :

c J'avais lu dans le Progrès médical la relation de l'expérience du transfert d'une contracture opérée par M. Charcot chez une^hystérique, au moyen d'un aimant, en octobre 1878. Gomme on pouvait très facilement provoquer des contractures chez mon sujet, soit à l'état de veille, soit pendant son sommeil hypnotique^ il me vint à l'idée d'essayer le transfert. Je n'en dis rien à personne et je tentai la première expérience au commencement de décembre 1880, en présence de plusieurs médecins de Neuchâtel (Suisse).

c Je contracturai les muscles de l'avant-bras droit chez mon malade éveillé et assis devant une table, puis je plaçai un aimant auprès de l'avant-bras gauche. Quel ne fut pas mon étonnement, voyant après quelques minutes i'avant-bras gauche être agité de quelques contractions, puis se raidir dans la position contracturéc qu'avait l'avant-bras droit, tandis que ce dernier était devenu absolument libre. Le transfert s*était accompli sous nos yeux. Or, personne n'en avait eu l'idée, et moi-même je ne l'avais jamais vu. Sans avoir communiqué ma pensée à qui que ce soit, j'essayai ainsi de réaliser sur un hypnotique une expérience qui avait été faite par M. Charcot

* Hipnotismo y Sugestion, par 0. Maira et D. Benavente. Santiago de Cliiie, 1887.

* Jîevue de la Suisse romande, n^ du 15 mai 1881, pagr<* 290.

sur une hystérique et dont je n'avais eu connaissance que par un article de journal. Il ne peut pas être question ici de suggestion.

« Bien plus, j*ai fait Texpérience de transfert des contractures de la môme manière, au moyen d'un électro-aimant, et comme je tenais essentiellement à me mettre à l'abri des erreurs qui auraient pu provenir d'une simulation^ je m'arrangeai à faire passer le courant et à le suspendi;é pour aimanter et désaimanter l'électro-aimant, sans que le malade s'en aperçût. Je crois avoir pris alors toutes les précautions possibles pour éviter une suggestion. Cependant, nous devons le dire, ou ne se préoccupait pas encore de l'influence suggestive comme on l'a fait depuis, et il peut peut-être rester un doute sur ces expériences. Quoi qu'il en soit, j*ai noté à plusieurs reprises que le transfert ne se produisait jamais quand le courant ne passait pas. Je fis forger aussi une pièce de fer doux, en forme de fer à cheval, semblable à l'aimant dont je me servais pour mes expériences. J'enveloppais chacun des deux instruments dans une serviette et je m'en servais alternativement. Le malade ne pouvait donc pas savoir quel était le véritable aimant. Or, dans ces expériences, comme dans les précédentes, jamais le transfert ne s'accomplit quand on faisait usage de la pièce de fer doux, tandis qu'il avait rapidement lieu toutes les fois qu'on faisait agir l'aimant.

M. le professeur Despine, de Genève, vint me rendre visite à Demhesson (canton de Neuchàtel), où j'habitais alors, au mois de mars 1881. Je lui présentai mon malade. Sans m'avertir de son projet, il pressa sur le tronc du nerf cubital au coude, le sujet étant hypnotisé, et nous vtmes apparaître la griffe cubitale, avec ses caractères bien tranchés. Nous fîmes aussi d'autres expériences que M. Despine avait vues peu auparavant à la Salpétrière, entre autres celle de l'hémi-catalepsie (lorsqu'on ouvre un œil) et de l'hémi-léthargie. Nous pûmes constater à cette occasion que notre malade offrait très nettement les phénomènes qui ont été indiqués par M. Gharcot comme caractéristiques des trois états du grand hypnotisme. Il ne pouvait être question dans ces expériences d'une suggestion donnée au sujet. »

J'ai cité dans cet extrait ce qui se rapporte au transfert de la contracture au moyen de l'aimant, quoique je ne me sois pas occupé dans ce travail de cette question ; mais la netteté de

GRAND BT PETIT HYPNOTISME. 26o

cette observation, en ce qui concerne l'absence de suggestion dans le phénomène du transfert, m*a poussé à sortir un instant de mon sujet.

Je n'insisterai pas davantage sur ce point et j'attirerai surtout l'attention sur la fin du passage qui a trait à l'existence des trois états, à la production de la griffe cubitale, de Thémicatalepsie et de rhémi-iéthargie. Est-il possible d'avoir une confirmation plus éclatante de la thèse que nous défendons ?

Je pourrais encore invoquer le témoignage d'un certain nombre de médecins français et étrangers qui, après avoir suivi avec assiduité le service de la Salpétriëre, sont arrivés à se convaincre de l'exactitude des opinions qu'on y soutient. Nous croyons inutile de le faire. Nous avons voulu montrer seulement que, quoi qu'on en ait dit, il est possible de voir ailleurs ce qu'on observe à laSalpétrière.

Mais sur ces questions comme sur bien d'autres, pour se former une opinion qui ait quelque valeur, il ne faut pas se contenter de quelques observations isolées, il est nécessaire de multiplier les expériences, et l'on aura, si l'on a tant soit peu de persévérance, l'occasion de constater tôt ou tard quelques faits positifs qui lèveront tous les doutes, car ils ne pourraient être ébranlés par les faits négatifs que Ton aurait enregistrés jusqu'alors. Il faut donc répéter les observations, et cette condition aurait dû surtout être remplie par les auteurs qui ont affirmé que la suggestion était l'origine de tous les phénomènes hypnotiques. Or, ceux qui ont écrit sur ce sujet n'ont pas toujours procédé de la sorte.

C'est ainsi qu'un philosophe très distingué M. Delbœuf, de Liège, voulant se faire une idée personnelle sur l'hypnotisme dit de la Salpétrière, s'est donné la peine de venir à Paris et il a pu observer dans le service de M. Charcot quelques grandes hypnotiques. M. Delboeuf, après avoir fait quelques observations sur les malades qu'il a eus à sa disposition a acquis la conviction que les phénomènes de l'hypnotisme devaient être attribués à une suite de manœuvres inconsciemment suggestives et non à des particularités physiologiques *. Nous ferons remarquer à M. Delbœuf qu'il n'a eu à la Salpétrière, pendant les quelques heures qu'il y a passées, aucun élément lui permettant de se faire une opinion bien fondée à ce sujet. Ce que

* Delbœuf. - Une visite à la Salpétrière {Revue de Belgique ^ 1886, Bruxelles.

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nous disons là de M. Delbœuf peut facilement s'appliquer, du reste à tous ceux qui se contententd'assisterune ou plusieurs fois à des démonstrations relatives à Thypnotisme et qui ne se livrent pas à ces études d'une façon suivie. Il est impossible, en effet, de se procurer sur commande pour un jour et une heure déterminés un sujet vierge de toute manœuvre hypnotique et réalisant les conditions permettant d'éliminer la suggestion. Les sujets que Ton peut présenter à un moment donné à une personne étrangère au service de la Salpètrière ne peuvent être naturellement, en général, que des sujets sur lesquels des expériences antérieures ont été déjà faites. Or, cette seule condition suffit pour empocher d'affirmer à propos d'une expérience que la suggestion fait défaut. Si déjà la contracture hypnotique s'est manifestée une fois seulement sous Tinfluence de telle ou telle manœuvre, il sera impossible d'affirmer dès lors dans une nouvelle expérience que la suggestion fait défaut. La première expérience est donc seule probante, et il faut par conséquent être à l'affût des malades encore immaculés, susceptibles d'être hypnotisés, si l'on veut fixer ses idées à ce sujet.

Ces critiques ne peuvent évidemment s'appliquef à M. Bernheim qui est un des médecins ayant expérimenté sur le plus grand nombre de sujets. Nous avons déjà dit plus haut que la différence des résultats tient sans doute à ce qu'il a expérimenté sur un terrain différent; il n'a fait aucun choix parmi ses sujets, tandis qu'à la Salpètrière toutes les expériences se rapportant au grand hypnotisme ont été faites sur des hystériques. Quelle que soit, du reste, l'explication que l'on puisse donner de cette dissidence, il n'en reste pas moins établi que les objections de M. Bernheim sont toutes d'ordre négatif; il nie ce qu'on affirme à la Salpètrière parce qu'il ne l'a jamais observé. Les assertions de l'école de la Salpètrière 'reposent, au contraire, sur des preuves positives qui nous paraissent absolument inattaquables.

J'arrive maintenant à la quatrième proposition.

L'hypnotisme est un état pathologique et non physiologique. C'est une manifestation névropathique qu'il est permis de rapprocher de Thystérie.

Tout d'abord, j'insisterai encore une fois sur ce point essentiel, à savoir que cette assertion s'applique plus particulièrement aux formes de l'hypnotisme étudiées par M. Charcot et

qui s'observent, comme nous lavons vu, chez des hystériques.

Mais j'entrevois déjà une objection qu'on pourrait me faire. On pourrait dire : « Vous affirmez sans le prouver que les hypnotiques sont toujours des hystériques, vous n'avez choisi que des hystériques, par simple fantaisie, mais les grandes formes de l'hypnotisme peuvent se rencontrer en dehors de rhystérie ; là coexistence de ces deux états n'est donc qu'une coïncidence. »

Nous repousserions absolument cette objection qui ne serait pas fondée ; en effet, nos observations nous ont montré que les grands hypnotiques et les hypnotiques appartenant à cette calégorie qui se distingue par la présence de phénomènes somatiques, sont toujours ou presque toujours des hystériques avérés et qu'il ne peut être question d'une simple coïncidence. Nous rappellerons de nouveau qu'un malade peut n'avoir jamais eu une seule attaque et être pourtant bel et bien hystérique. Il faut donc, avant de rejeter l'hystérie, rechercher avec soin tous les stigmates de cette névrose. Cette recherche serait-elle infructueuse on ne serait pas encore en droit d'affirmer que le sujet n'est pas hystérique. Ne sait-on pas que l'hystérie se traduit parfois par une manifestation unique, la contracture d'un membre, le mutisme, par exemple? c'est là rhystérie locale ou monosymptomatique. Il est de règle en pareil cas de rechercher dans les antécédents personnels du malade l'existence de quelques phénomènes qu'on puisse rapporter à rhystérie, et il est souvent possible de prouver ainsi par les commémoratifs que le malade est bien atteint de cette névrose. 11 faudrait procéder de la môme façon avec un hypnotique chez lequel il n'existerait au moment de l'examen aucun stigmate.

Il est certain que l'école de Nancy est loin d'avoir toujours suivi ces préceptes au pied de la lettre. Il nous suffira de rappeler cette phrase de l'ouvrage de M. Bernheim. « Il ne faudrait pas croire que les sujets impressionnés soient tous des névropathes, des cerveaux faibles, des hystériques^ des femmes; la plupart de mes observations se rapportent à des hommes que f ai choisis à dessein pour répondre à cette objection. » M. Bernheim, en présence d'un sujet m&le rejette donc a priori l'hypothèse d'hystérie. Or, ne sait-on pas aujourd'hui surtout depuis les travaux récents de notre maître que l'hys-

térie est très fréquente chez Thomme. Il s*ensuit que M. Bernheim a pu dans bien des cas considérer comme individus normaux, des hystériques.

Nous affirmons qu'en pratiquant un examen rigoureux conforme aux indications que nous venons de fournir on arrivera à démontrer dans presque tous, sinon dans tous les cas, que les hypnotiques dont nous parlons sont entachés d'hystérie. Ëh bien I cette coexistence de Thystérie et de Thypnotisme est une première preuve en faveur de la proposition que nous développons.

Poursuivons. Il semble, avons-nous dit, qu*il y a une parenté entre Thypnotisme et Thystérie. Voici des argument? qui plaident dans ce sens :

1** Un des caractères somatiques de Thypnolisme les plus importants, la contracture léthargique appartient aussi à rhystérie. Bien souvent on peut, en effet, chez un hystérique provoquer l'apparition de la contracture par les manœuvres que nous avons déjà signalées (pression avec les mains, avec une bande élastique, etc.); cette propriété a été appelée par M. Charcot la diathèse de contracture. Mais chez les hypnotiques elle est beaucoup plus accentuée que chez les hystériques à l'état de veille.

2** Nous avons fait remarquer au commencement de ce travail que Thypnotisme pouvait être comparé au point de vue de ses périodes, des variétés qu'il présente, à Tattaque hystérique et qu'il y avait une véritable analogie entre ces deux états.

8^ Il existe entre Thypnotisme et les manifestations hystériques un balancement analogue à celui qu*on peut observer entre les divers accidents qui relèvent de Thystérie. Nous avons vu plusieurs fois des attaques hystériques diminuer de nombre et d'intensité quand on hypnotisait les malades. Nous avons, d'autre part, souvent observé chez les grandes hynotiques la disparition des propriétés hypnotiques à roccasion du développement de quelque manifestation hystérique, d'une attaque de sommeil, de la chorée rythmée, par exemple. C'est ainsi que chez G. G... qui, d'habitude, peut être hypnotisée dans l'espace d'une à deux secondes, nous avons à plusieurs reprises, alors qu'elle était atteinte d'une chorée rythmée qui a duré quatre jours, essayé en vain de provoquer Tapparition du sommeil hynotique, et cela en poursuivant notre tentative plus d'une heure chaque fois.

REVUB DE PATHOLOGIE NERVEUSK. 269

Ces arguments surfisent, d'après nous, à établir que, comme nous l'avons avancé, les grandes formes de Thypnotisme sont sous la dépendance de l'hystérie, dont elles paraissent être une émanation.

En ce qui concerne les formes frustes de Thypnose, il semble souvent, il est vrai, qu'il n'en soit pas de môme. Les sujets qu'on observe peuvent être, en apparence au moins, indemnes de toute tare hystérique. Nous serons les premiers à reconnaître qu'en biologie il n'existe pas, tant s'en faut, entre les phénomènes physiologiques et les phénomènes pathologiques un abîme infranchissable; ceux-ci, à tout prendre, ne représentent en somme qu'une modification de ceux-là. Il ne peut, dès lors, y avoir aucune difficulté à admettre que Thypnotisme puisse exister en germe chez tous les individus; mais nous sommes prêts à soutenir la thèse que, pour se réaliser, cette tendance en quelque sorte normale à l'hypnotisme doit être doublée d'une modification particulière de l'organisme, d'une prédisposition, d'une imminence morbide, dont le fait d'être hypnotisable sera, peut-être, la première révélation.

Ln d'autres termes, nous soutiendrons jusqu'à plus ample informé, — et rien n'y contredit dans les observations qu'on nous offre — nous soutiendrons, dis-je, que tout sujet qui se montre sensible à l'hypnose appartient de fait à la grande famille névropathique*.

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