I. — BNCÉPHALR
Le développement morphologique du cerveau foifrnit une base solide aux études relatives au développement des éléments différents des organes. Dans cet ordre d*idées, nous relevons les travaux suivants :
Anomalies morphologiques du cerveau, — Les anomalies des circonvolutions et des scissures fondamentales ne sont pas communes. J'ai relevé dans les travaux russes deux exemples d'anomalie de la scissure de Rolando, relatés par M. le D'^BiachkofT; dans ces deux cas, cette scissure était coupée par un pont de substance blanche vers son tiers supérieur; au delà de ce pont elle envoyait en avant et en arrière une branche, puis empiétait sur la face interne de l'hémisphère. Le premier sujet, homme instruit et très intelligent, mort à vingt-trois ans, avait commencé à dix-huit ans à présenter les symptômes de la démence secondaire apathique. Le second, femme de soixante-dix ans, offrait depuis l'âge de cinquante ans les signes de la démence sénile.
Rapports entre la structure d'un système anatomique et ses fonctions. — Si le rapport qui existe entre la morphologie d*uii organe et ses fonctions est évident on connaît moins celui qui existe entre la structure de cet organe et ses fi»nctions. Parmi les travaux qui existent sur ce sujet un des plus intéressants est le suivant : Le W Kompaneyskaïa, après étude comparative des circonvolutions homologues chez l'homme et chez différents animaux, est arrivé à ce résultat que les circonvolutions destinées aux mêmes fonctions physiologiques ont la môme structure dans la série animale. Pour
chacune d'elles cette structure est caractéristique. Les couches de ces circonvolutions sont nettement limitées dans un plan parallèle à leur surface.
Rapports du déoeloppenient d'un système et de ses fonctions. — Les recherches du D'' Bechterew montrent bien les variations des fonctions de l'organe en rapport avec les variations que présentent sa structure pendant son développement. Bechterew a découvert qu'il nVxiste aucun rapport entre le moment de l'ouverture des paupières et le développement des centres psycho-moteurs, celui-ci n'étant pas, comme l'affirme Soltmann, soumis à l'influence des excitations amenées du dehors par les organes des sens. Mais, comme Soltmann, il reconnaît que les centres moteurs se développent suivant un certain ordre : les centres des extrémités avant ceux de la face, et ceux-ci avant les centres des muscles du dos. Chez le' chien nouveau-né, les centres moteurs sont disposés autour du glyrus symo'ideus comme chez l'adulte. Seulement, tandis que chez le chien adulte, les centres moteurs sont bien cir~ concrits et régissent chacun un groupe de muscles, chez le chien nouveau-né, il n'existe que trois points excitables qui commandent chacun la contraction en masse de tous les muscles d'un membre. Autour de ces centres primitifs se développent peu à peu des centres destinés aux différents groupes musculaires du membre innervé parle centre primitif. Chez le chien nouveau-né, l'excitation même très intense de l'écorce n'amène pas de phénomènes d'épilepsie, ni avant le développement des centres moteurs, ni à l'âge de un mois et plus, alors que ce développement est terminé; en outre, l'excitation électrique détruit rapidement l'excitabilité de l'écorce. L'excitabilité de l'écorce parait en même temps que celle de la substance blanche sous-jacente, au moment où les tubes se recouvrent de myéline, avant que les cellules géantes soient complètement développées.
Rapports entre la constitution chimique et les fonctions. — Les récentes découvertes de la micro-chimie ont montré que la composition chimique des cellules et des tissus influe sur les fonctions de l'organe aussi bien que sa structure histologique. MM. Adamkie>^'itz et Babès avaient décrit dans la moelle un corps appelé par eux substance chromoleptique y sans affirmer si c'était un corps inconnu jusqu'alors. M. Diomidof! a étudié cette substance en colorant des préparations par la safranine.
Suivant cet atileur ce corps n'est pas localisé dans certaines zones chromolcptiques, comme le croyaient Âdamkiewiz et Babès; il est disséminé dans les centres nerveux et na aucun rapport avec les fonctions. A l'étal pathologique on trouve aussi d'autres substances colorées par la safranine et les autres colorants, mais qui sont des produits morbides.
Rapports de la constitution chimique et de la constitution anatofmque. — La difîérentiation des éléments anatomiques repose sur leur constitution chimique, comme sur leur morphologie. En eflet, les dernières recherches sur la karyokinèse montrent qu*à chaque mode de division de la cellule correspondent des réactions distinctes. Les préparations du P** Lonkianoiï, à Varsovie, ne m'ont laissé aucun doute à cet égard. C'est à la fois par Tétude des réactions chimiques et par celle de Thistologie que les biologistes ont récemment apporté un nouvel élément à la valeur pathologique et au mode de formation de la vacuolisation des cellules. Les vacuoles se forment dans les cellules animales et végétales dans des conditions physiologiques et dans des conditions pathologiques : à Tétat physiologique elles servent de réservoir aux aliments non utilisés ou aux sécrétions inutiles ; àTétat pathologique ce sont des pertes de substances produites soit par des agents extérieurs, soit par des agents intérieurs, parties nobles de la cellule qui se nourrissent aux dépens des autres. Pour M. Anfimoff la vacuolisation des cellules est de nature pathologique; en effet, sur un grand nombre de préparations de moelles de lapins et de chiens bien portants, il n*a trouvé que très rarement des cellules vacuolisées ; suivant lui, si ces animaux ne présentaient aucun phénomène morbide apparent, c^est parceque Taltération était trop minime.
Systématisation des altérations pathologiques dans la démence sénile. — Beaucoup de lésions pathologiques peuvent être considérées comme des modes de différenciation des éléments anatomiques : les maladies systématiques en sont la preuve. Or, Texemen attentif des recherches de Béliakoff suggère cette idée, que la démence sénile est une maladie systématique à cause de la différenciation des éléments atteints par le processus morbide. De ces recherches très complètes et très approfondies, il ressort les découvertes suivantes : le système artériel de Tencéphale est sclérosé jusque dans ses dernières divisions; les parois des vaisseaux ont subi la dégénérescence
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graisseuse. Jamais Béliakoff n'a trouvé de rupture des parois des vaisseaux, mais il a rencontré fréquemment des anévrysmes miliaires. Le poids de l'encéphale est diminué, toutes les parties sont amincies, les cavités dilatées et la quantité du liquide céphalo-rachidien augmentée. L'examen microscopique confirme Texi^tence d'un processus atrophique généralisé. Les espaces lymphatiques, élargis, contiennent des granulations graisseuses et pigmentaires. Les méninges épaissies, opaques, ont des adhérences nombreuses. Il est difficile de savoir si ce processus inflammatoire chronique est idiopathique ou secondaire. Par endroits, surtout dans la substance grise qui est infiltrée d'un exsudât plastique albuminoïde, on trouve des Ilots où la neuroglie est ramollie et qui se colorent plus facilement par le carmin. Les circonvolutions sont plus aplaties qu'à l'état normal. Les cellules y sont rares, quelquefois absentes ; leur protoplasma, plus difficilement colorable par le carmin est rempli de granulntions jaunes et brunes ; ce pigment n'est pas attaqué par les acides, ni par les alcalis, il est insoluble dans l'alcool et i'éther. Le pourtour de la cellule présente des usures, et souvent une portion se colore autrement que le reste. Les cellules pyramidales s'arrondissent, perdent leurs angles, et plus tard il n'en reste qu'un débris protoplasmique ; ce n'est qu'en dernier lieu que le noyau change déforme. Les fibres nerveuses subissent une dégénérescence graisseuse analogue etdiminuent de nombre. Cette dégénérescence est plus avancée dans la circonvolution de la corne d'Ammon que dans les lobes antérieurs; elle est également plus avancée dans le lobe frontal et dans la zone psycho-motrice que dans le lobe occipital. On trouve dans l'écorce et surtout dans la substance blanche de ces circonvolutions un grand nombre de cellules en forme d'araignées. Quelquefois Béliakoff a trouvé de petits amas amyloides, très fortement colorés par le carmin. Les corps striés, les couches optiques, l'avant-mur présentent le même processus atrophique. Dans le cervelet, les cellules de Purkinje seules sont atteintes, quoique les lésions artérielles soient aussi avancées que dans les lobes frontaux : peut-être ces cellules ont-elles moins besoin de matériaux de reconstitution que les cellules des lobes frontaux? Les tubercules quadriju* meaux et la protubérance sont aussi le siège de la même dégénérescence. En général, les lésions atrophiques de la moelle épinière sont moins avancées que celles des autres
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régions. Les ganglions intervertébraux ne sont pas atteints. L'intensité de ce processus dégénératif est en raison directe de lésions vasculaires.
Sysiémaiisation des éléments analomiques. — Le développement des éléments anatomiques des tissus s'opérant suivant un ordre systématique, il en est de même des modifications qui surviennent dans ces éléments; aussi Tidée de la systématisation est-elle une conception qui sMmpose aujourd'hui en pathologie nerveuse. Les travaux suivants, de M. Bechterew, montrent combien est juste l'idée de la systématisation anatomique.
Terminaisons centrales du nerf vague et constitution du faisceau solitaire du bulbe. — Le D"" Bechterew a étudié par la méthode de Weigert les origines du nerf vague et le faisceau solitaire du bulbe. Il s'est servi d'embryons humains de 38 centimètres de long ; à cette période, toutes les fibres de la région comprise entre le plancher du quatrième ventricule et les pyramides (excepté le corps trapézoïde), sont dépourvues de myéline, tandis que les fibres radicutaîres en sont déjà pourvues.
Les fibres du vague, arrivées dans le bulbe, entrent pour la plupart dans le noyau classique, mais toutes ne s'y terminent pas; les unes, contournant en avant le noyau de l'hypoglosse, traversent le raphé et se terminent dans le nucleus ambiguus du côté opposé ; d'autres se recourbent pouratteindre le nucleus ambiguus du même côté. Le reste des fibres radiculaires gagne le faisceau solitaire du bulbe. Ce faisceau s'étend de la partie supérieure du bulbe à Tentre-croisement supérieur des pyramides. Il ne dépasse pas en haut le pc^nt d'émergence des fibres radiculaires du vague. Il ne contient que des fibres du vague et de l'hypoglosse. Sur des embryons humains de io centimètres^ où le vague seul est muni de myéline, on constate que ces fibres ne forment que le tiers du faisceau solitaire.
Constitution du corps resti forme. — Dans un second travail, se rapportant au même ordre dMdées, Bechterew a étudié par la méthode de Flechsig, la constitution du corps restiforme.
Toutes les fibres du corps restiforme ne s'entourent pas de myéline eu même temps; elle forment cinq ordres qui sont, suivant la date d'apparition de la myéline : l"" fibres venant du faisceau cérébelleux direct ; :2'' fibres venant du noyau du faisceau de Burdach du même côté; «J*^ fibres sortant du novau
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du faisceau latéral du même côté ; \'' fibres arciformes externes, antérieures et postérieures, du faisceau grêle du même côté et du côté opposé; 5® fibres venant de Polive inférieure du côté opposé. Toutes ces fibres forment trois faisceaux. Le premier contient trois systèmes de fibres : 1"^ des fibres du faisceau cérébelleux; 3* des fibres du noyau du faisceau cunéiforme; 3*^ des fibres du faisceau latéral. Toutes ces fibres montent en haut et en avant, en se rapprochant de l'écorce du vermis supérieur, une partie allant au côté opposé. Le deuxième faisceau, constitué par les fibres du cordon grêle, se sépare du précédent, se dévie un peu en dehors, et monte vers la moitié correspondante de la région moyenne du vermis supérieur. Le troisième faisceau, constitué par les fibres de Tolive inférieure, se disperse dans la substance grise du corps dentelé.
StfstématisaHon des lésions pathologiques et expérimentales, — Gomme exemple de la systématisation du processus pathologique, dans les maladies du système nerveux, nous citerons les faits suivants, publiés en langue russe.
Constitution du faisceau longitudinal postérieur, ^ D'après Flcchsig, le faisceau longitudinal postérieur, s'il n*est pas le prolongement du faisceau basai, est en tout cas son homo'^ logue ; il relie les masses grises de Taqueduc de Sylvius et les noyaux des nerfs moteurs. Ses fibres s'entourent de myéline en même temps que celles des nerfs crâniens. M. Jakovenko, en relatant le premier cas connu de dégénérescense du faisceau longitudinal postérieur, a exposé ses recherches sur la constitution de ce faisceau qui contient, selon cet auteur : V des fibres commissurales à court trajet; i" des fibres commis- -surales à long trajet, qui réunissent les noyaux moteurs des yeux, et dégénèrent de bas en haut ; ^i" des fibres qui passent dans la partie centrale de la commissure postérieure, mais qui ne sont pas des fibres d'association. D'après Darschkevitch, les quelques fibres du tractus optique qui passent par le corps géniculé latéral et la couche optique, traversent la commissure postérieure et le faisceau longitudinal postérieur, pour se terminer dans le noyau de la troisième paire.
Dégénérescence de la commissure blanche antérieure, — Lo D*" Popofi a publié un cas de dégénérescence de la commissure antérieure. On admet que quelques fibres de la commissure blanche viennent des lobes olfactifs, mais la provenance delà plupart des autres fibres est à peu près inconnue. Suivant
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Popoff, cette commissure sert principalement de lien de communication aux lobules linguaux. Il a été conduit à cette conclusion par Tétude d'un cerveau présentant deux foyers de ramollissement, symétriquement disposés dans les deux lobes occipitaux ; à gauche, tout le lobuleltngual était atteint ; adroite, le bord externe du lobule était seul épargné ; les autres circonvolutions étaient intactes, ainsi queles insulas. Au microscope, M. Popoff a constaté la disparition presque complète de toutes les fibres de la commissure antérieure, ce qui légitime parfaitement sa conclusion.
/iôle de la commisssure postérieure dans le réflexe pupillaire. — LeD'' Darschkevitch, nie Tinfluence des tubercules quadrijumeaux postérieurs sur la réaction de la pupille à la lumière ; suivant lui, Tabolition de ce réflexe dans les expériences faites jusqu'à présent, est due à une lésion de la commissure postérieure.
Maladies à sylémalisalion discutable, ~ Parmi ces maladies, se trouve l'ophtalmoplégle externe. M. Korniloff a publié une étude très intéressante sur cette maladie, relativement négligée en France. Le cas sur lequel est basé son travail^ est le suivant :
Un spjet était atteint de somnolence intense, sans maux de tète ni nausées. Un peu d'ataxie des membres supérieurs et faiblesse du membre inférieur gauche. Réflexes tendineux abolis partout. Sphincters intacts. Sensibilité normale. Voile du palais complètement paralysé; luette déviée un peu à gauche. Pas de troubles de la déglutition ni du côté des mouvements de la langue. Orbiculaire des paupières paralysé; impossibilité de clore complètement les paupières. Yeux presque immobiles, fixés en avant. Réflexes puplllaires normaux.
Kn douze jours, ces symptômes atteignent leur maximum; cinq jours après la paralysie du voile du palais disparaît, et deux semaines plus tard celle des yeux. Guérison complète après deux mois de maladie.
M. Korniloff a éliminé plusieurs diagnostics, entre autres celui de paralysie diphtéritique, vu Tabsence d'antécédents ; s'appuyant sur d'autres cas analogues, il a émis l'hypothèse d'une lésion passagère de la partie supérieure du plancher du quatrième ventricule, lésion s'é tendant à l'aqueduc de Sylvius et comparable à colle de la poliomyélite antérieure chronique 011 les muscles volontaires sont seuls touchés. Le diagnostic vrai serait donc poliencéphalitc subalguè localisée.
Maladies diffuses, — Angio-sarcome diffus de la pie-mh^e cérébrale et médullaire, — Dans les faits de cet ordre se range un cas d*angio-sarcorae diffus de la pie-mère cérébrale et médullaire, publié par MM. Schataloff et Nikiforoff. Les symptômes ressemblaient à ceux d'une embolie cérébrale : une hémiplégie droite, sans aphasie, après deux attaques apoplectîformes. A l'autopsie, on trouva une tumeur coiffant la moelle épinière ; son épaisseur atteignait jusqu'à un centimètre à un centimètre et demi. La moelle comprimée, offrait par places sur une coupe, la forme d'un quart de lune, et pourtant, ses éléments histologiques étaient peu altérés.
Maladies congénitales, — Tantôt ces malformations amènent des troubles fonctionnels généraux ou locaux, tantôt elles restent muettes; cela dépend des conditions de développement et des rapports avec les organes voisins.
Ainsi, deux des signes de V hydro-méningocèle considérés comme de grande valenr, sont : la réductibilité et les mouvements pulsatiles. Or, un cas de M. Tchoudnowky, montre que ces deux signes n'ont pas la valeur qu'on leur attribue. Voici le fait:
Une petite fille de trois ans perle à la racine du nez une tumeur douloureuse au toucher, irrédutible, non pulsalile, translucide. Celte tumeur qui atleignait le volume d'une orange était à la naissance, grosse comme une cerise. Pas de troubles de la marche de la parole, de la sensibilité ni des organes sensoriels, pas de strabisme ; facultés intellectuelles intactes. Une ponction donna issue à un liquide contenant de Talbuoiiue, du chlorure de sodium. Puis intervention chirurgicale mortelle. A l'autopsie, on ne trouva pas de malformation des centres nerveux; la tumeur communiquait avec la cavité crânienne, par un orifice rond, formé aux dépens des apophyses nasales de la bosse frontale moyenne ; la paroi interne de la poche était formée par la dure-mère.
L'absence de réductibilité et de battements était due à une légère saillie d'un des lobes frontaux hors de l'orifice osseux qui était ainsi obstrué.
Différenciation des centres des mouvements volontaires et des mouvements expressifs des mêmes muscles. — Le D»* Rosenbach a publié sur ce sujet une observation qui a été déjà analysée dans le présent recueil (t. XIV. p. 416). Le D'' Bechterew avait déjà démontré expérimentalement sur le singe, que le centre expressif de la face siège dans les couches optiques.
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