II. — MOELLE BPINIÉRE
Gomme méthode d*étude de divers symptômes anatomiques de la moelle, les savants russes ont presque toujours employé la méthode de Flechsig.
Parcours central des racines postérieures ; leur terminaison. ■^ Le D** Bechterew, élève de Flechsig, a étudié le parcours et la terminaison des racines postérieures dans la substance grise de la moelle.
Il a reconnu dans les racines postérieures l'existence de deux ordres de fibres qui se séparent à leur entrée dans la corne postérieure et forment deux faisceaux : un faisceau interne à grosses fibres et un faisceau externe à fibres grêles. Les grosses fibres SQ développent les premières et se couvrent de myéline au cinquième mois de la vie embryonnaire. Elles se divisent en deux groupes : les unes, plus nombreuses passent dans la région an téro-in terne des cordons de Burdach et, après un court trajet vertical, se dispersent entre les cellules de la colonne de Clarke. Les autres pénètrent dans la substance gélatineuse de Rolande, et suivent un trajet horizontal dans la substance grise ; quelques-unes de ces fibres entrent en connexion avec les cellules de la région moyenne de la substance grise; d'autres arrivent à la Qorne antérieure ; enfin quelques* unes traversent la commissure antérieure et vont dans la corne antérieure du côté opposé, soit directement, soit en traversant la zone radiculaire antérieure. Les fibres grêles se développent peu de temps avant la naissance. Les unes pénètrent dans la partie la plus postérieure des cordons latéraux et se terminent dans les cellules de la corne postérieure, quelques-unes seulement se prolongent jusqu'au noyau latéral de la corne antérieure; les autres vont directement dans la substance gélatineuse et se placent entre les grosses fibres. Dans le renflement lombaire, cette dernière partie de fibres grêles occupe la région la plus externe des cordons de Burdach. De la colonne de Glarke, où aboutissent la plupart des grosses fibres^ partent trois ordres de fibres : 1"^ Les unes traversent le cordon latéral vers sa périphérie pour constituer le faisceau cérébelleux direct; â^ d'autres vont à la partie postéro-interne des cordons de Burdach ; quelques-unes de ces fibres prennent part à la cons-
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litution des cordons de Goll ; ^i" enfin les dernières se dirigent en avant : une partie se continue dans la région correspond dante de la corne antérieure, Tautre traverse la commissure antérieure pour passer dans la corne antérieure du côté opposé. Des petites cellules de la corne postérieure, où aboutissent principalement les fibres grêles partent des fibres minces qui passent soit en dedans, soit en dehors delà colonne de Glarke, traversent la commissure grise et forment le faisceau limitant du cordon antéro-latéral. D'autres fibres partant de ces cellules forment le plus grande partie des cordons de GoU.
En résumé, il y a deux systèmes de fibres bien distincts : 1*^ les grosses fibres internes, donnant naissance à la partie périphérique des cordons de Burdach, et au faisceau cérébeN leux direct ; 2° les minces fibres externes formant un système particulier du cordon antéro-latéral du côté opposé et les cordons de Goll. Ces deux systèmes anatomiques, se développant isolément, forment deux systèmes physiologiques distincts.
Physiologie des racines postérieures. — En effet M. Bechterew se fondant sur les résultats de la vivisection, admet que le faisceau externe dessert la sensibilité cutanée, tandis que le faisceau interne remplit des fonctions réflexes (par les fibres qui réunissent la corne postérieure à la corne antérieure). Ce dernier faisceau servirait aussi à la conduction du sens mus* culaire, comme semblent le démontrer les lésions du tabès. Or, la conservation du sens musculaire chez les animaux après ablation totale du cervelet prouve que ce sens n*a pas pour voie de conduction le faisceau cérébelleux direct; il reste donc la région périphérique des cordons de Burdach pour desservir cette fonction. Quant aux radicules externes, celles de leurs fibres qui participent à la constitution des cordons de Goll, elles ne servent pas à la conduction de la sensibilité; en effet : 1"^ les expériences physiologiques et les données pathologiques ne donnent que des résultats négatifs ; 2^ ces fibres ne sont pas entre-croisées tandisjque les faits physiologiques et cliniques prouvent que la sensibilité cutanée est croisée. C'est donc le faisceau formant la région limitante du cordon antéro-latéral qui doit être considérée comme conducteur de ce mode de sensibilité. On peut admettre que les cordons de Goll servent à des réflexes cutanés nécessaires au maintien de Téquilibre, en: raison de leurs connexions avec le cervelet.
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La plupart de ces recherches ont été répétées par M. Rossolimo ; cet auteur affirme que ]e centre trophique des cordons postérieurs ne siège pas dans les ganglions intervertébraux, et qu'il est difficile de préciser sa localisation. Ces recherches fournissent de nouvelles preuves des rapports qui existent entre le développement d'un système et ses fonctions physiologiques. D'autres études de M. Bechterew les montrent encore mieux.
Excitabilité des différents faisceaux de la moelle chez les animaux nouveau-nés. — L'excitabilité des différentes parties du système nerveux n*apparait qu'à l'époque où les fibres du système que l'on considère sont pourvues de myéline. Cette corrélation a été instituée par M. Bechterew pour les découvertes suivantes : A la naissance, la région antéro-interne des cordons de Burdach est seule pourvue de myéline, dans les cordons postérieurs ; leur excitation produit la contraction des muscles innervés par le segment correspondant de la moelle. L'excitation des racines postérieures donne le même résultat.
Au cinquième jour tout le cordon postérieur contient des fibres à myéline, et le cordon de Goll excité donne naissance à des contractions musculaires généralisées, sans douleur. Le fait que le cordon de Goll ne devient excitable qu'à ce moment, alors que les racines postérieures sont développées depuis longtemps, démontre l'excitabilité propre de ses fibres.
De même les fibres du faisceau pyramidal qui se couvrent de myéline dix à douze jours après la naissance^ne deviennent excitables qu'à ce moment.
Nous exposerons maintenant les travaux qui se rapportent à la systématisation des lésions pathologiques ou expérimentales et des troubles fonctionnels causés par ces lésions.
Voies conductrices de la sensibilité et du mouvement dans la moelle, — M. Rosf^olimo, dans des expériences d'hémi-sectîon de la moelle n'a jamais vu se faire la régénération des fibres coupées, bien que les animaux eussent survécu assez longtemps. Il a constaté les dégénérescences classiques du faisceau pyramidal des cordons de Goll et du faisceau cérébelleux direct. Il n*a pas observé la dégénérescence de la région décrite par Gowers et Bechterew. Les symptômes présentés réalisent le tableau de la paralysie de Brown-Séquard ; mais, tandis que la perte de la sensibilité persiste, la paralysie motrice disparait au bout de quelques semaines; la regénéra*
lion ne sVffectuant pas, il faut donc admettre que les impulsions motrices arrivent aux deux côtés de la moelle par le seul côté resté intact. Une hémi- section gauche de la moelle au niveau de la dixième vertèbre dorsale amène ]a paralysie du membre inférieur gauche, paralysie qui disparait au bout de trois semaines. Si alors on pratique une nouvelle hémi-section gauche au-dessous de Tenlrecroisement des pyramides, le membre supérieur gauche seul est paralysé, tandis que la même hémi-section, sur un cobaye sain, p&ralyse les deux membres gauches. Donc les impulsions motrices, chez le cobaye, ne passent d*un côté à l'autre qu*au niveau des racines antérieures correspondantes.
Anatomie des racines postérieures. — Comme complément des travaux de Bechterew, nous citerons une étude du professeur Popoff ;
Au neuvième mois de la vie embryonnaire, les fibres internes des cordons de Goll contiennent déjà de la myéline, tandis que les fibres externes en sont dépourvues; donc le cordon de Goll contient au moins deux faisceaux particuliers. M. Popoff soutient que les fibres internes émanent de la colonne de Clarke.
Nous avons dit qu'il y a un rapport constant entre les altérations d un système anatomique et certains troubles fonctionnels. Or le professeur Popoff a relaté un fait rare dans lequel ce rapport a fait défaut.
Myélite diffuse compliquée d'une hémorrhagie médullaire qui ne s était traduite par aucun symptôme pendant la vie, — Le tableau clinique était celui d'une myélite aiguë et transverse. Des masses caséeuses remplissaient tout Tespace sub-dural entre la quatrième et la 7"^ vertèbre thoraciques. Des foyers de ramollissement de la moelle occupaient toute cette étendue. A rœil nu on trouvait un foyer fusiforme étendu de la cinquième vertèbre dorsale à la partie inférieure de la moelle thoracique; au microscope ce foyer présentait une grande quantité de globules sanguins formant au centre une masse compacte et devenant de plus en plus rares vers la périphérie. Ce foyer hémorrhagique n'avait pas déterminé d'accidents au moment de sa production, parce qu'à cette époque déjà les lésions de la myélite avaient altéré la moelle à ce niveau.
Paralysie spinale périodique. Sous ce titre M. Greydenberg a publié l'observation suivante :
Un jeune soldat de vingl-deux ans, fort et bien musclé, présentait depuis dix ans, à la suite d'une frajeur les symptômes suivants : Chaque matin il se réveillait étendu sur le dos, sans pouvoir faire aucun mouvement, jamais de paraivsie des muscles de le face ni de Ja lanirue, quelques groupes musculaires étaient à l'état de rigidité. Rétlexes cutanés et tendineux abolis. Abolition complète de V excitabilité électrique des muscles et des nerfs. Au bout de quelques heures, les mouvements se rétablissaient par segments de membres, en commençant par les extrémités ; les choses se passaient de même pour les rétlexes. Pas de signes d'hystérie.
C'était pourtant probablement croyons-nous un cas de paralysie hystérique et les réflexes, ainsi que Texcitabilité électrique n*étaient sans doute abolis que par suite de la rigidité musculaire.
La suspension comme traitement du tabès, — Le D*" Moczoutkovsky a découvert un nouveau mode de traitement du tabès, c'est la suspension. Il se sert de l'appareil de Sayre; la durée de la suspension varie de 1 à o minutes. M. Moczoutkovsky a vu sous rinfluence de ce traitement disparaître complètement des douleurs atroces et des phénomènes d'incoordination motrice très accusés. Nous avons pu constater par nous-mêmes à Odessa les succès obtenus.
En outre, la frigidité génésique diminue ou disparaît; aussi M. Moczoutkovsky a-t-il été conduit à employer le même moyen contre l'impuissance des jeunes gens; il a réussi dans plusieurs cas ^
ni. —NERFS PERIPHERIQUES. — REFLEXES.
Rapports entre V excitation et l excitabilité dans la contraction musculaire. — « Une impulsion, dit Helmoltz, survenant pendant la période latente de l'excitation fournie par une impulsion antérieure, ne change en rien ni la forme ni la hauteur de la contraction. > Cette loi est fondamentale. Dans un travail récent, Wedensky a découvert une autre loi, non moins importante : « Pour chaque moment de l'état du nerf et du muscle, existent un optimum et un pessimum de Texcitation qui produit la contraction. » Si, pendant la contraction, on
* Voir Progrès médical, p. 135, n» 3, 1889. (Noie de la rédaction.)
augmente Texcitation d'un muscle en agissant sur son nerf, à partir d'un certain degré, qui est Toptimum de texcitation, on voit la contraction diminuer, puis disparaître : c'est le PESsiMUM de r excitation \ mais si on diminue alors l'excitation, le muscle se contracte de nouveau, puis se tétanise. La période dans laquelle chaque augmentation de l'excitation n'est pas suivie d'une augmentation de la contraction est dile état de pessimuîn. (Le professeur Marey, en France, avait déjà signalé ce fait.) A Tétat de pessimum, le muscle consomme une certaine quantité de force; en effet, dans cet état, un muscle récupère ses forces contractiles moins que s'il était à l'état de repos. Dans cet état l'excitabilité du muscle est seulement diminuée : si l'on produit une excitation soit directement sur le muscle, soit sur un point du nerf plus rapproché que le point d'application de l'excitation pessimum, on obtient une contraction. L'optimum et le pessimum sont fonctions à la fois de l'intensité et du nombre des excitations. Le tronc nerveux ne joue aucun râle dans ces phénomènes, car, suivant Wedensky, le nerf est infatigable. Dans ces études, il est nécessaire de distinguer deux sortes de fatigue : l*" La fatigue par épuisement proportionnelle au travail fourni. — ^ La fatigue par intervalle insuffisant, proportionnelle au nombre des excitations dans un temps déterminé. Ces deux formes se superposent ordinairement, mais elles peuvent être distinguées. Dans le passage de l'optimum au pessimum et viceversa, le muscle se repose de l'une ou l'autre fatigue.
Terminaisons nerveuses péHphériques. — M. MitrofanofT a étudié par la méthode embryogénique la nature des terminaisons nerveuses. A une certaine époque, les terminaisons des nerfs sensitifs ne sont pas en connexion organique avec les éléments épithéliaux : la connexion du nerf avec le neuroépithélium se produit tardivement. Les terminaisons des nerfs moteurs diffèrent peu de celles des nerfs sensitifs. La plaque motrice terminale est un produit de la différenciation du bout périphérique du cylindre-axe embryonnaire. Dans les glandes les terminaisons nerveuses ont une grande ressemblance avec la forme simple des terminaisons des cellules nerveuses motrices; l'innervation de qu«lques-unes des cellules de la glande est suffisante pour que celle-ci puisse accomplir ses fonctions. Les recherches de Mitrofanoff détruisent la base anatomique de l'hypothèse de Hensen.
Je me bornerai à citer les quelques travaux suivants sur Tanatomie descriptive des nerfs périphériques.
Le D"" Pototsky a étudié le plexus lombo-sacré.
Le D** Beciiterew a étudié les terminaisons centrales du trijumeau; il soutient que .«es fibres radiculaires n*ont aucun rapport avec le cervelet. M. Baginski ayant nié absolument le rôle des canaux semi-circulaires, M.Bechterew a invoqué, une fois de plus, à Tappui des différences fonctionnelles des deux branches du nerf acoustique, le fait que ces branches se dé* veloppent à deux époques différentes.