CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE L'ÉTIOLOGIE DU TABES
Par le D^ L. MINOR, Privat-docent à l'Université de Moscou.
Quant à ce qui se rapporte au troisième point, c'està-dire à la fréquence de ces maladies chez les Juifs, il semble à première vue que la statistique de M. le D** KorsakofF parle contre les conclusions que nous avons tirées de notre statistique et de celle de M. le professeur Kojewnitkoff puisque, quoique ce chiffre de 3 cas
* Voy. Arch. de Neurologie, n* 50, p. 183.
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de tabès et de 1 cas de paralysie chez des Juifs pendant 3 ans soit sensiblement inférieur à la somme de 130 cas de tabès et de paralysie chez des Russes, ces 4 malades sont pris sur 89 Juifs seulement, ce qui fait un pour cent relativement assez élevé.
Mais cette donnée perd son importance^ en premier Heu, parce que la comparaison des résultats obtenus sur un chiffre de 2521 cas et de celui obtenu sur un chiffre de 89 cas ne peut être juste à cause de la dissemblance par trop grande des chiffres pris en considération; mais le plus important c'est que Tun des 3 malades de M. le D^ Korsakoff figure déjà dans une statistique ; c'est donc un malade commun aux deux statistiques ; de plus, le seul malade atteint de paralysie que nous présente la statistique de M. Korsakoff, figure aussi comme un des 2 cas de la mienne. Par conséquent, il est plus exact de prendre en considération la somme réunie des malades du EK Korsakoff et des miens, et la somme des cas de tabès et de paralysie inscrits dans ces deux statistiques.
Cependant nous pensons qu'il est encore plus exact défaire notre compte d'après] les trois statistiques réunies, nous aurons alors les résultats suivants :
Sur 4.700 Russes, il y avait 137 cas de tabès, soit 2,9 p. 100 ; Sur 696 Juifs, il y avait 6 cas de tabès, soit 0,8 p. 100. Sur 4.700 Russes il y avait 124 cas de paralysie, soit 2,6 p. 100. Sur 696 Juifs, il y avait 6 cas de paralysie, soit 0,8 p. 100.
Mais ici^ en ce qui concerne le tabès chez les Juifs, j'ai mis en ligne de compte, mes deux cas et tous les 4 cas observés par M. leD'' Korsakoff; si je prends en considération le fait qu'il y avait des cas communs et si j'exclus un cas très douteux de tabès, il y aura en
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tout 3 cas de tabès, soit 4 p. 400. De même pour les cas de paralysie chez les Juifs, j'ai pris le plus grand chiffre, car sur les 3 cas de M. le professeur Kojewnikoff, uu est inscrit au nombre des 2 cas de ma statistique (malade B) ; ce même cas est le seul qui se trouve dans la statistique de M. le D^ Korsakoff. En résumant de cette manière les résultats fournis par ces trois statistiques, nous trouvons une nouvelle confirmation de notre statistique, c'est-à-dire que le tabès et la paralysie progressive se rencontrent aussi souvent l'une que l'autre, et chez les Russes de 4 à 5 fois plus fréquemment que chez les Juifs. Ce qui prouve que ce rapport de 1 : 4 est vraiment trop minime, c'est que le professeur Kojewnikoff n'a pas eu un seul de ces tabès sur plus de 300 Juifs atteints de maladies nerveuses; quanta la paralysie, nous jugeons d'après les renseignements que nous a gracieusement fournis M. leD"* Butzke, médecin en chef de l'hôpital de Préobrajensky, à Moscou^ hôpital d'aliénés, renseignements pour lesquels je le remercie sincèrement. M. le D'' Buzke m'a donné le droit de communiquer que, pendant toute la durée de son service dans cet hôpital (temps très considérable), il a eu à soigner uu graud nombre de Juifs, mais qu*il ne peut indiquer çu*un seul cas de Juif atteint de paralysie, malade qui se trouve encore actuellement dans cet hospice. Mais il se trouve que ce patient (M. J...), est le second de mes deux paralytiques; par conséquent, il n'augmente pas le nombre de Juifs paralytiques indiqué plus haut. En admettant même que le très honoré M. Butzke puisse avoir oublié, eu me communiquant ce renseignement, un ou deux cas de Juifs atteints de para-
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lysie, malades qui peuvent s'être trouvés à Thôpital, mais dont le souvenir lui échappe, nous avons cependant, en nous basant sur cette communication, pleinement le droit d'assurer que dans le nombre considérable de Juifs atteints de maladies mentales, les paralytiques ne sont qu'une rare exception.
Il est à regretter que, par inadvertance de notre part, il n'ait pas été dit dans les statistiques de M. le professeur Kojewnikoff et de M. le D"* Korsakoff, combien de malades. Russes ou Juifs, atteints d'affections nerveuses, avaient été anciennement infectés de la syphilis, nous sommes néanmoins persuadé que, sous ce rapport aussi, nos données auraient été d'accord et que dans l'anamnèse des Russes, il se serait trouvé plus de cas de syphilis que dans l'anamnèse des Juifs.
Il me reste aussi à relever le fait que chez les Juifs atteints de paralysie et de tabès, la syphilis dans l'anamnèse est relevée dans une proportion beaucoup plus considérable que chez les Russes ; chez ces derniers, d'après les statistiques de MM. KojewnikofT et Korsakoff, par exemple, la syphilis se retrouve dans 60 70 à p. 100 des cas; chez les Juifs ce pour-cent est plus considérable; ainsi, outre les 2 cas de Juives atteintes de tabès qui sont décrites dans ma statistique, j'ai eu encore 3 cas de tabès chez des Juifs. Ces cinq malades avaient eu indubitablement la syphilis. Dans la statistique de M. le professeur Kojewnikoff, il n'y a pas un seul cas; dans celle du D** Korsakoff, il y en a 4 ; si l'on en exclut une malade qui se trouve déjà dans ma statistique, nous aurons 3 cas de Juifs atteints, dont 2 ayant eu la syphilis. Donc, sur les 8 cas de Juifs frappés de tabès que je connais, 7 avaient eu pour sûr
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la syphilis, ce qui doonç plus de 87 p. 100 et coucorde avec les résultats découlant de ma statistique de cas de tabès chez les femmes.
Depuis que je pratique, j'ai eu 3 cas certains de Juifs atteints de paralysie et 2 cas de probables. Ces cinq cas avaient eu la syphilis. Eu égard aux coïncidences que nous avons relevées plus haut, nous ne pouvons y joindre qu'un seul cas pris dans la statistique de M. le professeur Rojewnikoff. Par conséquent je connais 4 cas de Juifs atteints pour sûr de paralysie et dans ce nombre, 3 avaient eu la syphilis, ce qui donne 75 p. 100; en y joignant encore 2 cas probables de paralysie progressive, nous aurons 5 malades atteints de syphilis sur 6, ce qui donne 83 p. 100.
Le fait que la proportion des cas de syphilis chez les Juifs est plus grande que celle que nous avons relevée chez les Russes s'explique parce que l'anamnèse chez les Juifs est beaucoup plus exacte et plus facile à rétablir que chez les Russes. Comme le prouvent les observations, il arrive souvent que ces derniers ne connaissent pas bien leur passé et même cherchent parfois à cacher l'existence antérieure de la syphilis, tandis qu'au contraire les Juifs ayant eu la syphilis l'avouent en général franchement au médecin.
M. Charcot et ses élèves, dans la question de la réunion des données relatives à l'hérédité, ont déjà suffisamment relevé le fait que, dans la composition de l'anamnèse, Tattention et la volonté du malade jouent un grand rôle; maint malade qui, au premier interrogatoire, avait déclaré que toute sa parenté était en parfaite santé, est eu réalité fils de parents atteints d'aifections nerveuses et proche parent d'hystériques,
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et de diabétiques, etc. En ce qui concerue la questiou que nous traitons, cela se voit par la comparaison des données fournies par les sujets appartenant à la clientèle privée, malades qui sont en général plus intelligents et plus francs, avec les données relevées par les statistiques d'hôpital ; tandis que chez tous les malades tabétiques appartenant à ma clientèle privée, la syphilis est notée dans l'anamnèse de 90 à 100 p. 100 des cas, la syphilis n'est relatée que dans 72 p. 100 des cas de tabès soignés par moi à Thôpital (Compte rendu de la section des maladies nerveuses, ' hôpital de la Yansa, pour 1887).
II est indubitable que cette différence provient en partie de l'ignorance dans laquelle les malades se trouvent de leur passé; mais elle est causée le plus fréquemment par le désir que le patient éprouve de cacher sa maladie. Tous les médecins ont vu de ces cas dans lesquels des affections nerveuses anatomiques, la myélite, par exemple, ont été soulagées et ont même totalement disparu, grâce au traitement parle mercure et cela quoique les malades niassent opiniâtrement avoir eu la syphilis. Il n'y a pas encore deux mois que nous avons renvoyé de notre hôpital, après guérison, un malade qui y était entré avec une paraplégie inférieure et qui niait avec entêtement toute infection syphilitique quoiqu'il eût encore sur la face des traces évidentes de la syphilis cutanée et une cicatrice caractéristique au prépuce. Ce n'est qu'après un rétablissement très rapide au moyen de frictions mercurielles que je lui avais prescrites que le malade avoua avoir eu la syphilis, ajoutant qu'il voulait à tout prix le cacher, parce qu'il n'était
marié que depuis quelques semaines et qu*il craignait que sa femme n'apprît sa maladie par d'autres malades.
Ainsi l'opinion qui s'affermit de jour en jour chez les médecins que la principale cause du développement du tabès et de la paralysie progressive est, dans la très grande majorité des cas, la syphilis, trouve une preuve nouvelle et à notre avis de grand poids, dans la statistique du tabès chez la race la plus sujette aux maladies nerveuses, mais par contre, la moins sujelle à la syphilis.
Slle dévelopjyement du tabès et de la paralysie progressive était soumis aux mêmes lois que celui de rhy$térie, de la névrasthénie et de quelques psychoses^ cest précisément chez les Juifs que nous trouverions le maximum des cas de tabès et de paralysie et cependant les faits prouvent tout le contraire. Cest pourquoi nous devons croire que la condition fondamentale pour le développement du tabès et de la paralysie progressive n'est pas une tendance innée aux affections nerveuses et mentales, mais la syphilis. Quant à l'influence d'autres causes agissant en même temps et déterminant chez un malade l'apparition de l'hémiplégie, chez un autre l'apparition du tabès, chez un troisième de la paralysie progressive, ceci, c'est une question tout à fait à part.
II. — ATAXIB PROORBSStVB ET AUTRES SYMPTOMES TABÊTIQUE.<, OBSERVES CHEZ UN OUVRIER ATTEINT DE SATURNISME CHRO- NIQUE.
Si le tabès est la suite d'une infection syphilitique antérieure, la question suivante se pose : cette cause
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exisle-t-elle seulement dans la très grande majorité des cas, comme cela se voit pour le moment dans les statistiques^ ou bien se retrouve -t-el le dans tous les cas de tabès?
On peut sans doute supposer que, même dans les cas où la syphilis n'est pas relevée ou même est formel* lement niée, cette maladie a cependant existé, mais qu'elle a passé inaperçue aux yeux du malade et des médecins ; mais comme nous n'avons aucune preuve positive en faveur de cette hypothèse et que nous voulons rester sur le terrain des faits, nous devons pour le moment admettre qu'il y a des cas de tabès dans lanamnèse desquels ne se retrouve vraiment pas la syphilis. Si nous admettons l'existence de cas semblables, nous devons rechercher pour eux aussi une cause étiologique vraisemblable et, si nous en trouvons une, il sera possible de faire une comparaison entre l'action de cette cause et celle de la syphilis comme cause du développement du tabès vulgaire.
En discutant la question du mode d'action de la syphilis causant dans l'avenir le tabès, nous nous sommes rallié, le 8 décembre ivS86, dans une séance de la Société psycho-médicale, au mode d'explication formulé par M. Strumpell au mois de novembre de la même année, dans son article : « Einige Bewegungen ueber der Zusammenhang zwischen Tabès und Syphilis » [NeuroL Centralblatl). Déjà alors, nous avons émis l'avis qu'il est possible de regarder le tabès comme une affection nerveuse post-syphilitique, analogue aux paralysies et ataxies post-fébriles, postdiphthéritiques, etc., et nous avons démontré de notre côté une série de faits confirmant celle manière de voir.
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Mais nous sommes loin de confondre des hypothèses avec des faits indiscutables, c'est pourquoi nous pensons qu'il convient d'examiner avec une attention extrême les cas qui, semble-t-il, parlent en faveur de ce point de vue. Aussi, tout en présentant à l'attention du lecteur un sujet que j'observe actuellement, me hâté-je de dire que je suis loin de le présenter comme un cas indiscutable de tabès; je suis également loin de soutenir qu'il provient d'une intoxication métallique ; je ne le cite que parce que je trouve que c'est un cas qui peut être utile pour la discussion de l'étiolôgie du tabes^
Mathieu IwaiioIT, trente-deux ans, célibataire. On ne peut relever aucun signe d'hérédité. Buvait, parfois même avec abus. Le malade sait lire et écrire, est intelligent et sensé, par conséquent, il y a lieu d*ajouter foi à la calé^'orique déclaration faite par lui qu'il n'a jamais eu ni la syphilis, ni aucune autre affection vénérienne. Un examen minutieux lait sur tout le corps et en particulier sur les organes génitaux dans le but de s'assurer s'il n'existait pas quelque cicatrice, enflure des glandes ou des taches pig^mentaires, a donné un résultat absolument négatif. De temps à autre seulement, on peut remarquer chez le malade une hyperplasie assez considérable des glandes sous-maxillaires, ce qui s'explique peut-être par le fait que le malade a beaucoup de dents cariées. Il assure lui-même que cette hyperplasie des glandes sous-maxillaires se produisit pour la première fois à la suite d'un violent refroidissement; le malade n'a jamais eu d'éruptions, d'ulcères suspects, de rhumes opiniâtres, de maux dans la gorge, etc.
Depuis son enfance, pendant plus de vingt ans, le malade s*occupe de la fabrication de papier de plomb pour le thé et de capsules en plomb pour les bouteilles ; dès le bas ftge, il habilaît Moscou; sept ans avant son arrivée dans notre hôpital, il alla s'établir à Odessa, où il continua le même ^'enre de travail ; il rentra à Moscou, six mois avant son admission à l'hôpital.
Pendant les huit premières années de son travail, le malade se porta toujours bien ; au bout de cet intervalle de temps, se montrèrent des constipations durant jusqu'à cinq jours et des accès de coliques. Bientôt après l'apparition de ces coliques, il se leva un matin, ayant un bras paralyse ; à ce qui semble, aucan refroidissement ne joua de rôle dans celte affaire ; la nuit où cela arriva