ÉTUDE DE LÊTIOLOGIE DU TABES
I... dormit dans une chambre chaude et était de sang-froid. Diaprés les indications précises du malade, il s'agissait ici d'une paralysie typique du nerf radiai, et, étant donnés rintelligence et le bon sens du malade, je ne puis ne pas croire en sa déposition quand il dit que, quoique ne pouvant soulever la main, il pouvait exécuter la supination de Tavant-bras. En conséqueuce, il faut croire que c'était très probablement une paralysie de nerf radial avec intégrité des muscles supinateurs, autrement dit, une paralysie saturnine.
11 fut traité pour cette maladie à Thôpilal Pierre et Paul, à Moscou, et se rétablit vers le quarantième jour ; après quoi, il rentra chez son patron. Bientôt après réapparurent les coliques, si forles qu'il était parfois obligé d'abandonner sou travail pour deux ou trois jours. Il y a sept ans il partit, comme nous l'avons déjà dit, pour Odessa où il continua le même travail. Moins d'une année après, il fut de nouveau atteint de constipation et pour la première fois apparurent dans la région de la hanche et du genou droits, des douleurs très vives qui, d'après la description, étaient des douleurs fulgurantes typiques. Parfois se faisait sentir une douleur continue, térébrante, dans l'articulation même. C'est avec ces douleurs qu'il entra à l'hôpital où, à ce qu'il dit, les médecins constatèrent en lui deux maladies, du rhumatisme et une intoxication saturnine. Le traitement consista surtout en bains sulfureux ; quand, à la suite de ces bains, son état se fut un peu amélioré, il se remit de nouveau au travail, et de nouveau apparurent les constipations, les coliques et les douleurs dans les jambes (surtout dans la droite); à cinq reprises, il dut rester un mois dans les hôpitaux d'Odessa.
Trois ans avant son retour à Moscou, I... commença à remarquer en lui des accès d'un état fébrile, qui commençaient par un accablement, des frissons, et se terminaient par une transpiration. Ces accès duraient deux ou trois jours, quittaient pour un temps le malade, puis revenaient de nouveau. C'est pendant l'un de ces accès que le malade entra dans notre hôpital.
Dès 1885, I... avait remarqué une décroissance rapide dans les facultés génératrices, décroissance qui est actuellement arrivée à une impuissance complète.
En avril 1886, au retour du malade à Moscou, les coliques et les constipations s'aggravèrent do nouveau et pendant quelque temps il y eut une certaine enflure (la peau était rouge) dans la région de l'articulation tibio-larsienne. Cependant, I... continua à travailler et, pendant tout l'été, il se sentit relativement assez bien.
En août 1880, le malade passant le soir dans la cour obscure de la fabrique remarque qu'il titubait souvent ; puis, il commença à
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tomber daus l'obàcurité. En oclobre, il tomba dans uu élal fébrile (à ce qui semble, accès de fièvre intermittente] et après cela, les troubles dans la marche devinrent si violeuls qu'il ne put plus travailler et qu il entra le 20 octobre 1886, à Tbôpilal de la Jansa, section des maladies nerveuses, à Moscou ; il s'y trouve encore actuellement.
Etat actlkl. — Le malade est de taille moyenne, maigre, mais pas trop cependant; son visage est dune teinte pâle, jaunâtre, cachectique, uu peu bouffi, gonflé.
1... a bon appétit, mais il se plaint d'une douleur et d'un poids au creux de l'estomac, et de pyrosis. A l'examen, les organes internes semblent être normaux, à l'exception de la rate qui a un peu augmenté de volume; tous les soirs le malade se sent mal. Température, le matin, 36«4; le soir, elle est ordinairement un peu supérieure à 37% elle est par exemple de 37® 2. Après la prescription de la quinine, la température tombe, le matin à 36^4 et le soir à 36* 8, et le malade se sent beaucoup mieux. Pouls de moyenne tension, 78 pulsations à la minute. Sur les gencives se dessine très nettement un liseré plombique d'un noir bleu.
Examen du système nerveux, — L'état psychique et la parole du malade sont parfaitement normaux ; rien d'anormal dans les nerfs crâniens. Les mouvements des yeux dans toutes les directions s'opèrent normalement, les pupilles réagissent bien à la lumière et à la convergence. Le malade se plaint de ce que depuis ciaq ans, il lui était devenu difficile de travailler à la lumière (les objets se confondent) ; l'examen ophthalmoscopique, fait par le très honoré M. Je D^ Adelheim, a démontré l'état normal des papilles de^ nerfs optiques et de l'acuité visuelle dans les deux yeux, avec un peu d'astigmatisme, surtout dans l'œil droit ; outre cela, une héméralopie légère.
Le malade se plaint souvent de maux de tôte et de vertige.
Les tnouvements dans les extrémités supérieures sont parfaitement normaux en ce qui concerne la force ; mais lorsque les yeux du malade sont fermée, on peut y remarquer une légère ataxie. Le bras droit est eu général plus faible que le gauche : L.. est gaucher. Aucune rigidité dans les membres supérieurs. Les mouvements passifs s'opèrent très aisément.
Dans les extrémités inférieures, la force est parfaitement intacte; le malade, étant couché et malgré sa faiblesse générale, peut surmonter dans toutes les directions et dans tous les mouvemeuls les plus grands obstacles, de sorte qu'il ne peut être question non seulement de faiblesse parétique, mais même d'aucune faiblesse dans les jambes, de quelque nature que ce soit. Ajoutons que
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depuis Teiilrée du malade à l'hdpital, le 20 octobre i886, jusqu'à maintenant, c'est-à-dire depuis près de deux ans, la force dans les bras el les jambes n*a absolument pas varié et que maintenant comme alors il n*y a pas la moindre parésie. J'appuie sur ce fait, parce que Tataxie qui, comme nous allons le voir, existe chez notre malade, n*est dans aucun cas paralytique.
Lorsque 1... est couché, il accomplit avec Tuue et Tautrc jambes les mouvements actifs par saccades, par secousses ; cela se remarque surtout dans la jambe droite; quand il veut redresser sa jambe droite pliée^ il ne le fait pas directement, mais avec une secousse : il étend d'abord la jambo avec effort, puis, quand le mouvement d'extension est à moitié effectué^ il la redresse tout d*un coup. Quand il a les yeux fermés, il lève trop haut les jambes et les lance tantôt trop en dehors, tantôt trop en dedans. Il ne peut absolument pas poser le talon sur le genou de l'autre jambe et, même quand il a les yeux ouverts, tous ses mouvements n'attei* gnent pas le but qu'il se proposait.
Lorsque le malade entra à l'hôpital, il pouvait se tenir debout; quand il avait les yeux clos, il chancelait. Maintenant il se lient debout avec peine, et quand il ferme les yeux, il tombe. Sa démarche est très caractéristique : ses jambes font une quantité de mouvements superflus, se jettent de tous'côtés; dans les genoux s'opère une extension trop considérable, le talon frappe le plan* cher à chaque pas, etc. Bref, nous avons devaqt nous une ataxie tabétique typique avec cours progressif. Au commencement, le malade marchait seul, à l'aide d'une canne; maintenant il ne marche que soutenu par une autre personne et, de temps à autre, que quand il est appuyé des deux côtés.
La sensibilité est excessivement modifiée dans presque tout le tronc depuis les deux spina scapulœ, dans les membres inférieurs jusqu'à la plante des deux pieds et, en partie, dans les extrémités supérieures. Ainsi, nous remarquons chez le malade une anesthésie prononcée du côté droit du dos sur presque toute l'omoplate jusqu à la colonne vertébrale en dedans, la spina scapulm en haut et presque jusqu'au milieu du ventre en bas; par devant, celle anesthésie continue en passant sous le bras presque jusqu'au manubriuni sterne en haut, au téton gauche et jusqu'au milieu de l'hypocondre gauche. Toutes les autres parties du tronc sont aussi atteintes d'anesthésie, mais à un degré un peu moindre. Puis, sont frappées d'anesthésie : dans le bras droit (depuis mars 1887) les régions des nerfs cutaneus, medialis, médius, cutaneus postérieur supérieur et de tout le nerf ulnaris. La même anesthésie se fait remarquer ces derniers temps dans le bras gauche aussi. Dans les membres inférieurs, un assez grand espace à la jambe gauche est privé de sensibilité, dans les ré-
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^ions du nerf eutaneus lateralis ci la hanche el du nerf peroneus communis à la jambe.
Passant à Texamen des différentes' espèces de sensibilité, noas trouvons que la sensibilité tactile existe presque partout, quoique affaiblie, à Texceptiou des endroits que nous Tenons d'indiquer dans les bras et les jambes, endroits, où elle est réduite à zéro. Cet affaiblissement de la sensibilité se remarque surtout à Texajnen avec le compas de Weber. Les résultats de cet examen, qui a été fait avec le plus grand soin et à plusieurs reprises, se résa* ment dans le tableau suivant. Deux contacts ont été ressentis comme tels aux distances :
Avant-bras plus près du nerf cubital. oo «
Front 25 mm.
Pommettes, faces du nez ... . 22 »
Paupières 13 »
Menton 8 -
Au-dessus du biceps brachial. . . 160 »
Face postérieure du bras .... «
Avant-bras, côt^ palmaire .... 85 »
Avant- bras, côté dorsal 130 ».
Thenar 18 »
Hypothenar «
Pouce Ti .
Index 3 »
Médius 5 •
Annulairo et auricuUire « »
Dos de la main ; interosseux I . . . 40 >* 20 »