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LA SYNONYMIE DES CIRCONVOLUTIONS CÉRÉBRALES DE L'HOMME

Par P. KÉRAVAL

Médecin-adjoint des asiles delà Seine.

Quiconque fait des recherches dans la bibliographie médicale de la France et de l'étranger ne tarde pas à s'apercevoir que, malgré la clarté des Leçons de M. le professeur Charcot sur l'anatomie des circonvolutions cérébrales ^ malgré la netteté des indications d'Ecker, dans son mémoire', les auteurs de tous pays ont, en bien des cas, confondu plusieurs circonvolutions, sinon en fait, au moins par leurs noms, de sorte que souvent les symptômes qu'ils croient, par exemple, devoir attribuer au lobule pariétal supérieur, se rapportent, d'après les termes employés, à la pariétale ascendante. On conçoit qu'alors les déductions qui semblent parfois constituer une exception à la loi des localisations, se trouvent dénuées de fondement. La cause en est à la multiplicité des dénominations ayant cours. Il serait évidemment superflu de prétendre, sur ce point, renouveler la tentative de réforme d'ailleurs malheureuse de Chaussier, à l'égard de l'anatomie descriptive en général ; mais il peut être utile de grouper dans un seul mémoire les diverses

• Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau (Paris, 1878). « Die Uirnwindungen des Menschen, Brunswick, 1883.

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expressions qui désignent telle ou telle scissure, telle ou telle circonvolution, et d'y joindre les remarques indispensables pour mettre en relief les confusions graves, nées de pareilles variétés verbales. Néanmoins, la brièveté dans les aperçus nous paraît seule de mise ici. Les schémas de Hicher^ forment d'ailleurs le meilleur plan sur lequel on suive les rapprochements terminologiques qui vont être consignés. Car il ne nous appartient pas de reproduire des descriptions connues de tous ; nous signalerons simplement les particularités capables de servir de guides au lecteur, ou de lui expliquer certaines expressions peu communes.

I. FaCB BXTERNB et LNFÊRIEURE de la CONVEXITE DU CER- VEAU. — Nous n'avons pas à revenir sur les divisions de Hurdach en lobe antérieur, lobe supérieur, lobe inférieur, que personne ne songe à tirer de l'oubli. Celles d'Arnold, empruntées aux rapports topographiques, entre les os du crâne et les circonvolutions incluses dans la cavité crânienne sont, on le sait, aujourd'hui les seules adoptées. Elles ont leur raison d'être intrinsèque dans la direction et l'intrication des trois scissures suivantes :

V La schsure de Sylvius (Broca, Charcot);

Synonymie : Grande scissure intei^lobaire, de Chaussier; Fws ur a lûteralts (Heiûe); Fissura slve fossa Sytvii (Ecker) ; Fissura of Sylvius (Turner. Ferrier),

L'accord entre les termes est assez complet. L'expression de fosse sylvienne, qui pourrait paraître impropre, correspond à l'état embryogénique de la scissure. Pendant la vie fœtale, en effet, il est une période où elle forme une véritable fosse. Et, du reste, même sur un cerveau parfait, le début de cette scissure à la base, c'est-à-dire à l'union du tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs des hémisphères en cette région, est représenté, non plus par une fente, mais par une dépression assez large. C'est cet endroit que Broca avait désigné sous le nom de vallée de Sylvius, vallecula Sylvii, alors que d'autres anatomistes se contentaient de l'expression de Tronc de la scissure de Sylvius (BischofT).

Sans vouloir en suivre pas à pas le trajet, nous rappellerons

« Feuilles (Vautopsiedc la Salpétnèrey 2© édit., 1881.

qu'elle devient plus étroite, à mesure qu'elle s'éloi^e de son origine, et qu'au niveau de la convexité, elle se coude en deux rameaux. L'un, antérieur, petit, monte vers le lobe frontal [rameau antérieur ascendant)] l'autre, postérieur, bien plus long, gagne la partie moyenne du lobe pariétal {rameau postérieur, horizontal, grande branche). Ces deux rameaux forment un Y, ouvert en arrière et en haut, entre les bras duquel est l'opercule. Scliwalbe * en distingue un troisième, très petit, qui constitue, en réalité, la continuation du long rameau postérieur dans le lobe frontal; figuré partout, ce rameau n'est nulle part l'objet de l'attention; Schwalbe l'appelle: rameau antérieur horizontal*

2° La scissure de Rolando (Leuret) :

Synonymie : Scissura di lîolando (Giacomini) ; Sulcus centralis{EckeT,]i\ischke); Central furcheÇUuschke.Ecker) ; Fissura transversa an/mor (Panscli) ; Posteroparietal sulcus (Huxley).

Nous insisterons sur les deux dernières dénominations enregistrées, qui pourraient induire en erreur très facilemeut un esprit non prévenu. Tout le monde connaît le sillon de Rolando, tout le monde sait que les auteurs allemands le considèrent comme marquant le centre de la convexité projetée sur une surface, maison n'y saurait retrouver la source de l'expression transverse antérieure (celle de transverse et verticale en eût mieux stéréotypé les allures), encore moins celle de postéropariétale, puisque le sillon réside en avant du lobe pariétal.

^'^ Scissure perpendiculaire externe (Gratiolet).

Synonymie : Pars superior sive lateralis fissurœ parieto-occipitalis (Ecker) ; Occipitoparietal fissure (Huxley) ; Fissure pa-. riéto-occipitale exteime (Turner) ; Sillon occipital transverse de ^TOtdi\ Fissura perpendiculaHs occipitalis exteima (Bischoff); External perpendicular fissure (Marshall) ; Fissura occipitalis perp€ndicula7*is{]lerile); Fente simienjie: AlfenspaUe{Sch^SL\he,)

Ces noms s'appliquent en somme à l'extrémité supérieure et latérale de la scissure pariéto-occipitale qui, complète à la face médiane de l'hémisphère, sous le nom de scissure perpendiculaire interne (Gratiolet), est en haut et en dehors réduite à une simple encoche. — Aussi Ecker a- t-il raison de désigner le tout

^Lehrbuch (1er Neurologiey Erlangeii, 1881.

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SOUS le titre générique de pariéto-occipital, et d'appliquer à la portion médiane, comme à la portion latérale, les dénominations respectives de Gratiolet. La scissure perpendiculaire externe, rudimentaire chez Thomme, descend, chez le singe, jusqu'auprès dulobe temporal, séparant ainsi nettement, à la convexité, le lobe occipital des lobes pariétal et temporal. Il n'en est pas ainsi chez l'homme. Pour obtenir cette division, il faut, par la pensée, prolonger la scissure perpendiculaire externe, de façon à ce qu'elle vienne rejoindre l'extrémité postéro supérieure du premier sillon temporal, pour couper plus bas la limite postérieure du deuxième sillon temporal.

Telles sont les trois scissures qui limitent les quatre lobes frontal, pariétal, occipital, temporal. Etudions-en la face convexe, latérale et inférieure, au point de vue de la synonymie.

A. Lobe frontal, — M. Pozzi* fait à bon droit remarquer que, dans le mémoire de Gratiolet (Plis cérébraux, etc.), le lobe frontal ne comprend que les trois circonvolutions disposées parallèlement en étage les unes au-dessus des autres, tandis que le même auteur, dans le deuxième volume de l'anatomie comparée du système nerveux, commencée par Leuret, désigne sous ce nom les trois frontales que nous venons de signaler, plus la frontale ascendante.

C'est aussi Gratiolet qui a, dans le lobe frontal, distingué une partie inférieure, un peu concave, méritant, à raison de sa contiguïté avec les voûtes orbitaires, le titre de lobule orbitaire. On Ta encore appelée portion orbitaire, étage inférieur des circonvolutions frontales (Broca, Schwalbe). On y trouve deux scissures:

La scissure olfactive,, ou [Fig, 5), premier sillon orbitaire de Broca, sorte de gouttière rectiligne, parallèle à la fente interhémisphérique, qui loge le nerf olfactif et son renflement.

La scissure orbitaire ou sulcus orbitalis (Ecker) ; sillon cruciforme (solco crociforme) de Rolande ; sillon irradiate, triradiate sulcus (TurnerJ ; sillon en H^ incisure en H, de Broca.

Weissbach a appliqué aux deux longues branches antéro-postérieures de ce sillon les épithètes de sulcus longitudinalis médius, sulcus longitudinalis externus, et à la courte raie qui les réunit tranversalement celle de sulcus transversus.

Il est entendu que les sillons de la face orbitaire ne vont pas

Article Circojwolutions^ du Dictionnaire Encyclopédique,

DES CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.

rejoindre ceux de la face convexe latérale, mais très souvent, dans la partie de substance nerveuse intermédiaire, existe un sillon transversal auquel aboutit fréquemment la scissure frontale supérieure. C'est le sillon fronto-marginal, de Wernicke.

Fig, 5. — Face inférieure. 1, scissure de Sylvius; 2, première scissure temporo occipitale ; 3, deuxième scissure temporo-occipitale. 0, circonvolutions orbitaires; R, gyrus rectus; T«, deuxième circonvolution temporale; Ta, troisième circonvolution temporale; TOi, première circonvolution temporo-occipitale, ou lobule fusiforme; TOj, deuxième circonvolution temporo^ccipitale, ou lobule lingual.

Quoi qu'il en soit, en tout cas, la démarcation, déterminée par le sillon fronto-marginal, n'est jamais tellement profonde qu'il n'y ait plus continuité entre la portion dorsale et la portion orbitaire du lobe frontal (Pozzi, Ecker, Broca). Pozzi affirme que toute la partie du lobule orbitaire comprise entre son bord interne et la branche interne du sillon orbitaire relève de la première frontale. C'est dans cet espace que se trouve :

Le gyrus reclus, limité en dehors par le sillon olfactif, en dedans par la scissure interhémisphérique.

Synonymie: Gyrus orbitalis medlalis (Pansch); Première circonvolution orbilaire (Broca); Anlerior part of the great marginal gyrus {^\xvïiQv)\ Gyrus orbitalis ûi^erwMs(Weissbach^).

Tout le segment situé en dehors de la branche interne du sillon orbitaire relève de la deuxième frontale (Pozzi). Certains auteurs disent même, sans plus de façons, que tout ce qui est en dehors du gyrus reclus appartient à la deuxième frontale ; ils ont réservé à cette zone les termes de :

Gyrus orbitalis médius du lobulus orbitalis lateralis (Pansch).

Synonymie : Deuxième cii^convolution orbitaire (Broca) ; Internai and external gyri ot the orbital lobule (Turner) ; Gyrus orbitalis externus et médius (Weissbacb).

Une incisure profonde sépare, en dehors, le lobule orbitaire de la troisième frontale. Cette incisure termine en avant la scissure surcilière.

La partie supérieure du lobe frontal correspond à la voûte du frontal. De là les appellations de lobule frontal (Gratiolet),

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