RECUEIL DE FAITS. — DU DÉLIRE CHRONIQUE
avoir les attaques du mal comitial qu'à partir de dix-huit ans, tombant brusquement sans connaissance. Vers Tâge de vingtdeux ans, il devint plus sombre, taciturne, ses attaques le préoccupaient. Bientôt il raconta quMl voyait bien qu'on lui en voulait. Il y avait des gens en face et au-dessus de chez lui qui l'empêchaient de travailler ; il entendait des personnes qui se moquaient de lui, qui Tinjuriaient. Plus tard, l'évolution du délire chronique continuant, V... se demandait si ce n'était pas de l'ouvrage donné par les Israélites. A la suite de plusieurs attaques d'épilepsie, il devenait furieux, se livrait à des violences, dont il ne lui restait nul souvenir.
A partir de trente ans, un nouvel ordre de sentiments naît et se développe chez lui. « Il y a t/n parti qui soutient l'autre^ répète-t-il parfois, je sens de grandes idées qui me viennent ; mes parents ne sont pas de vrais parents. » Les hallucinations qui se rattachent au délire chronique se montrent aussi plus ou moins vives et pressantes sous le coup et à la suite de l'ictus épileptique ; mais elles restent dès ce moment inconscientes. A trente ans, V... est arrivé à la période expansive de son délire chronique. Il entend la voix de Dieu, il veut travailler pour tout le monde : « L'univers sera libre^ moi étant libre I « V... a d'ailleurs parfaitement conscience de ses sentiments : « Oui, s'écric-t-il,/a/ vu le bon Dieu^ et je vais faire le bonheur de bien du monde ^ le bonheur de Cunivers entier » . Surviennent une attaque, un vertige, V... reprend ses mêmes idées, mais d'une manière inconsciente.
Ainsi que le fait remarquer M. Hespaut, on ne saurait établir d'une façon plus nette que le délire épileptique n'a pas d'existence spéciale. Aux différentes phases d'inquiétude, persécution, ambition, l'épilepsie imprime sa caractéristique, son cachet spécial d'inconscience; mais à cela seulement se borne son action. Sans l'épilepsie, ce délirant suivrait ses périodes de systématisation lente sans dévier du type normal; avec elle, il a toujours son délire avec sa marche habituelle et l'automatisme en plus.
Ce que produit l'épilepsie n'appartient guère qu'à elle, car l'alcoolisme qui peut également compliquer le délire chronique se présente avec des caractères différents, les hallucinations spéciales, le tremblement modifiant l'ensemble de la maladie, qui reste la même. On peut en dire autant de l'hystérie.
En résumé, le délire chronique, quel qu'il soit, ou que
d'autres états pathologiques se greffent sur lui, a une évolution uniforme, caractéristique. Depuis les recherches de M. Maguan, il a été nettement dégagé des autres formes delà vésanie, et, en simplifiant le problème clinique, il a réalisé un progrès considérable dans Tétude de Faliénation mentale.