SOCIÉTÉ DE PSYCHIATRIE ET MALADIES NERVEUSES DE BERLIN
Séance du 9 juillet i883. — Présidence de M. Wkstphal.
A la suite d*an petit discours d'adieux à la mémoire de M. Steiiiauer qui vient de mourir, le président donne la parole à M. Mœli qui désire soumettre quelques préparations d'encéphale de chien et de cobaye. La dégénérescence secondaire, qui succède constamment à Fextirpation de couches corticales dans la zone motrice, et qui se rencontre dans certains faisceaux du même côté de la moelle, quand les pertes de substance sont étendues, a fait défaut ici après l'ablation de la partie antérieure du lobe frontal. — La section de la couronne rayonnante a entraîné après elle l'altération distincte d'une partie des ûbres qui vont gagner Tccorce. Ces résultats seront publiés en détail ailleurs *•
M. SÉNATOB procède à sa communication annoncée : Contrt6t<fion au diagnostic des lésions protubérantielles. Ce mémoire sera publié m extenso '.
Discussion :
M. Bernhardt. La localisation du foyer morbide dans la moitié gauche du pont de Varole lui semble impuissante à expliquer d'une façon satisfaisante les symptômes dûment relevés quant aux mouvements des yeux, car Taitération ne commençait qu'à l'extrémité la plus inférieure du noyau de Toculomoleur externe et Toculomoteur externe était, à l'examen, trouvé intact. Il aurait pu se faire, si le malade eût vécu plus longtemps, que le défaut d'activité motrice du muscle droit interne à l'occasion des mouvements de convergence se fût ultérieurement compensé, pour reparaître encore. Le critique demande ensuite si l'excitabilité électrique des deux moitiés de la langue a été examinée, et sil'étude microscopique de l'hypoglosse gauche a été eifectuée.
M. SiNATOR pense que les fibres de l'oculomoteur externe et quelques portions du noyau de ce nerf étaient atteintes, peut-être la durée de la maladie a-t-elle été trop courte pour qu'il se soit
• V. Archioes de Neurologie, t. Vllï, p. 246.
2 Nous en parlerons alors daas les Revues analytiques.
* Voir son analyse dans les Revues analytiques.
produit une dégénérescence visible au microscope. Le nerf hypoglosse n'a pas été examiné.
M. Langreuter. Sur V action de la paraldhéyde et de Vacéial chez les aliénés. Huit mois de recherches ont absorbé 2,300 grammes du premier produit et 2,700 grammes du second. C'est à Dalldorf, dans toutes les formes possibles de psychopathies, qu'on a expérimenté : 460 essais chez 50 aliénés constituent la base qui a servi à spécifier les indications précises relatives à la durée du calme, de la somnolence, du sommeil qui suivaient l'administration de ces médicaments. De nombreux autres cas ont été observés grosso modo, La dose moyenne de paraldéhyde ingérée se chiffre par six grammes; celle d'acétal a atteint dix grammes ; le véhicule usité était Thuile d'olive additionnée de menthe poivrée. On peut, sans inconvénients^ prolonger pendant des mois, l'absorption des deux remèdes. Les effets accessoires importuns se résument en un goût désagréable, en une odeur qui persiste longtemps. — La paraldéhyde a provoqué une somnolence de cinq à trente minutes dans 90 p. iOO des essais faits le soir, chez 61 p. 100 des aliénés médicamentés le jour. L'action est des plus promptes quand le calme est complet autour de l'individu. £lle est en général bien plus certaine chez les malades atteints de troubles de la connaissance. Les meilleurs résultats ont été obtenus sur les épileptiques anxieux et obnubilés, ainsi que sur les paralysés généraux agités. Les autres formes de perturbation mentale, l'insomnie nerveuse, etc . , ne permettent pas de consigner de différences respectives caractéristiques. — L'acétal agit comme la paraldéhyde, mais plus faiblement, d'une manière moins sûre, ses effets accessoires sont plus désagréables; par conséquent il est à rejeter. — La paraldéhyde mérite d'être vulgarisée, surtout dans les cas où le chlora demeure inactif.
Discussion :
M. Mœli annonce que ces résultats avec l'acétal ont encore été plus défavorables que ceux de M. Langreuter. Il n'a pas enregistré de résultats chez les maniaques, il a mieux réussi, dans les cas de délire, quand on associait, sous forme de lavements, l'acétal à la morphine (morphine, 0,01 cent. ; acétal, 6 à 8 grammes).
Séance du 42 novembre i883. — Présidence de M. Westphal.
M. de Podlewski (de Gracovie) assiste à la séance.
Avant qu'on ne passe à l'ordre du jour, M. Uhthoff présente à la Société un garçon de dix ans atteint du 4 o' au 47 septembre de ctiphthérie pharyngée. Dès lors, paralysie du voile du palais
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(parole nasonnée). A fin septembre, parésie bilatérale deTacconimodatioD, avec conservation de la réaction pupillaire. Du 10 au 16 octobre i883, se développe le complexus clinique de Vophthal" moplégie externe complète, aboutissant aune immobilité absolue de l'œil droit, la mobilité de l'œil gauche étant réduite au minimum dans le rayon du muscle droit externe ; blépharoptose bilatérale modérée. Conservation de la réaction pupillaire sous Tinfluence de la lumière; absence du phénomène du genou. En même temps, paraplégie accentuée dans les membres inférieurs, modérée sur les extrémités supérieures. Intégrité de la vessie et du rectum ; pas de troubles de la sensibilité ; pas d'ataxie, pas de troubles du sens musculaire ; conservation des réflexes crémastériens. Au bout de quatorze jours, amélioration graduelle débutant par l'accommodation, puis se faisant sentir sur les muscles externes des globes oculaires. Aujourd'hui, l'imperfection de la motilité existe complète à gauche ; le champ moteur du globe à droite est encore considérablement borné, mais en bas et en haut l'état normal est presque revenu. Acuité visuelle et accommodation parfaite, nulle anomalie à l'ophthalmoscope. On constate encore les autres perturbations du mouvement, et Tabsence de phénomène du genou. Pronostic favorable. C'est, selon M. Uhthoff, le seul cas d'ophthalmoplégie externe dîphthéritique qu'il importe de rapprocher du cas de Knapp {Arch. f. Augenheilkunde, 1879), consécutif à l'intoxication carbonique.
M. WesTPHAL saisit cette occasion pour compléter sa communication relative à la paralysie progressive de Vensemhle des muscles de Vœil dans ses rapports avec les affections psychiques et médullaires *. Depuis lors, quatre malades ont succombé. Les pièces anatomiques ont révélé, chez quelques-uns une atrophie marquée des nerfs oculo-moteurs externes, et pathétiques et, dans un cas, Tatrophie jaune des muscles oculaires. Dans un autre enfin, l'intégrité des nerfs et des muscles contrastait avec des foyers de dégénération multiples dans l'encéphale, y compris la protubérance et la moelle allongée; il est probable qu'ici les noyaux des nerfs moteurs de l'œil étaient intéressés. En conséquence divers processus seraient la cause des manifestations cliniques.
M. MosEs place sous les yeux des membres de la Société les organes, et en particulier l'encéphale et la moelle d'un tahétique atteint, quatre mois avant sa mort, d^une hémiplégie droite consécutive à un ictus apoplectique. L'homme en question, âgé de cinquanteneuf ans, indemne de syphilis et d'alcoolisme, était ataxique depuis longtemps. Il avait éprouvé jadis de la diplopie, des douleurs en ceinture et lancinantes. A l'époque de son admission (1879) on
Yoy. les Archives de Neurologie, Société des aliénistes allemands; Congrès de 1883. Tome VU, p. 363.
constatait simplement la démarche en fauchant, la nécessité d'un point d'appui, de la parésie, et, de temps à autre, de la paralysie vésicale, une constipation opiniâtre, des névralgies viscérales, Tabsence du phénomène du genou. Nul trouble de la sensibilité, du sens musculaire. Tel fut Tétat qui persistait jusqu'en juillet 1883. Il 7 a quatre mois, sans cause appréciable, ictus aploplectique grave ; trouble de la connaissance, paralysie faciale complète, hémiplégie droite. Vingt-quatre heures plus tard, le malade revient à lui; deux jours après, il récupère la motilité de lajs^mbe et^souspeu, il reprend également Tusage du bras qui demeure simplement parésié comme le facial. Parole normale. Hyperesthésie de la joue droite, au-dessous de Fœil, qui persiste juqu'à la mort. Douleurs vives dans la région hypogastrique, irradiant vers l'extrémité supérieure gauche. Céphalalgie violente. Amaigrissement. Battements du cœur faibles. Etats de collapsus répétés. Issue mortelle le iO novembre 1883. — Autopsie, Cœur gros. Artésiosclérose des gros vaisseaux, principalement de l'aorte ; hypertrophie du ventricule gauche. Ce ventricule renferme un coaguium un peu ancien qui a refoulé fortement les trabécules du myocarde. Intégrité de tout l'endocarde; emphysème pulmonaire. Bronchite catarrhale chronique. Stase hépatique et splénique. Les reins sont normaux. Le rein gauche seul est, à la périphérie, occupé par un néoplasme du volume d'une noix , qui, enfermé dans une capsule résistante, est divisé à l'intérieur en petits compartiments à contenu jaune graisseux, et a détruit une partie de la substance corticale et médullaire de l'organe ; à la convexité de ce dernier, il forme une proéminence arrondie. L'examen microscopique démontre qu'il s'agit d'une capsule surrénale égarée. Intégrité de la dure-mère et de la pie-mère. Les vaisseaux de la base sont scléreux, surtout les artères sylviennes. Pas de lésions dans les hémisphères, ni dans les ventricules. Le noyau lenticulaire gauche seul est le siège d'un foyer de ramollissement jaune, gros comme un pois, qui en occupe les segments externe et moyen; plus en arrière, il confine à la capsule externe. La capsule interne, la protubérance et la moelle allongée ne présentent aucune anomalie. Dans la moelle épinière on rencontre les lésions de l'ataxie locomotrice; leur origine et, dans la portion lombaire, le domaine des cordons postérieurs, a subi la dégénérescence dans son entier, elles gagnent la région dorsale (moins les fibres limitrophes externes des mômes cordons) et se retrouvent enfin dans la moelle cervicale (exclusivement bornées aux faisceaux de Goll). — M. Moses fait remarquer que ce fait engage k ne pas généraliser indistinct tement les idées de Bernhardt et Lecocq, d'après lesquelles l'hémiplégie et l'aphasie brusques et passagères, survenues au cours d'une ataxie locomotrice, se rattachent purement et simplement à Taifection de la moelle, et n'indiquent aucunement que l'encéphale
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soit altéré. Or, ici, Yattaque apoplectique soudaine, rapidement améliorée, dépendait non du tabès, mais bien de la sclérose artérielle et delà stéatose cardiaque tout accidentelles. Le foyer de ramollissement hémorrhagique sis dans le noyau lenticulaire gauche explique et la genèse et l'existence des perturbations. Si le patient avait surrécu, toute trace de Tictus aurait disparu, tandis que Tataxie aurait continué sa marche.
La discussion que cette observation comporte est ajournée.
M. ScHCETZ présente un aliéné atteint d'anesthésie totale. C'est un jeune homme de vingt-trois ans, présentant un état de débilité intellectuelle modéré, sans tare héréditaire, de par révolution d'affections fébriles graves (fièvre typhoïde, variole, fièvre intermittente, néphrite) à Tépoque de son développement physique et psychique. Depuis un an, il est eu proie à une fièvre systématique entretenue par des hallucinations (auditives et visuelles] qui provoquent des accès d'angoisse, de refus de nourriture, de tentatives de suicide. C'est un persécuté ; une société de gens le harcèlent, etc., idées d'empoisonnement. — La psychose a été précédée et en partie influencée par des troubles de la motilité et de la sensibilité. C'est ainsi que, depuis quatre ans, le patient est sujet à des accès convulsifs survenant à des intervalles réguliers, sans que jamais il perde connaissance. Dans les premiers temps, tout se bornait à des convulsions cloniques des muscles droits de Tabdomen ; plus tard les muscles des extrémités et du tronc participèrent à Tattaque. L'aura est constituée par de l'agitation, de l'anxiété, une céphalalgie térébrante, parfois encore par des hallucinations de la vue. Les attaques laissent l'individu terrifié, pleurard, errant, plaintif. Depuis un an, à la suite d'une analgésie limitée à certains endroits de la moitié droite du corps, il s'est développé une anesthésie, d'abord du même côté, puis de toute la surface, anesthésie portant sur tous les modes de la sensibilité, y compris le sens musculaire. En même temps, rétrécissement concentrique des deux champs visuels, surdité, ageusie, anosmie du côté gauche. Tout concourt à priver le malade de la notion de situation de ses membres et de son corps dans l'espace; les yeux fermés, il demeure immobile, incapable de marcher. Seuls Toreille droite, les lèvres, les doigts de la main droite continuent à sentir ; cette main possède aussi le sens de Tcspace. L'anesthésie qui nous occupe repose sur un simple trouble fonctionnel, comme le démontrent les fluctuations qui surviennent parfois spontanément dans sa répartition, et les expériences de transfert qui ont toujours abouti, chez le malade, à un résultat positif.
Discussion :
M* Senator demande s'il existe de Tataxie, et si l'occlusion des yeux produit le sommeil. — M. Schûtz. Dès que le patient ne voit
plus, il n'exécute aucun mouvement parce que le sol lui est dérobé; il le regarde constamment pour marcher^ mais il oscille- On peut, si Ton veut, qualifier même d'ataxique ce genre de progression, dans l'espèce. L'occlusion oculaire ne détermine pas le sommeil.
M. MoELi fait remarquer que la vision excentrique a disparu ici ; l'application d'ua bandeau sur les yeux transforme l'individu en statue assise ; il est difficile de décider si c'est là du sommeil ou une espèce d'hypnotisme; jamais de myosis.
M. Thomson clôt la séance par la lecture de son mémoire Sur les allures du champ visuel dans leurs rapports avec les accès d'épilepsie. Jusqu'alors^ on a considéré que i'anesthésie optique qui afifecte au périmètre la forme de rétrécissement concentrique du champ visuel, et qui s'allie fréquemment à des troubles de la sensibilité ^cutanée et des sens spéciaux, est presque caractéristique de l'hystérie. Or, en examinant systématiquement, sous ce rapport, vingthuit hommes et cinquante et une femmes du service des aliénés et convulsifs de la Charité de Berlin, l'auteur a trouvé que les anesthésies sensorielles se rencontrent également chez Tépileptique» qu'elles affectent avec l'attaque un rapport traduisant bien réellement une loi, mais seulement en certaines conditions déterminées. — Le champ visuel demeure tel qu'il était avant l'attaque, quand celle-ci est purement motrice, c'est-à-dire quand elle ne s'accompagne ni de trouble de connaissance, ni de dépression effective. On rencontre un rétrécissement concentrique du champ visuel, accompagné ou non de trouble de la sensibilité cutanée, des nerfs sensoriels (ouïe, goût, odorat) ou du sens musculaire, à la suite ou à propos des états que voici :
4<» A la suite d'un accès d'épilepsie, lorsqu'il s'y adjoint un délire , hallucinatoire ;
2° A la suite des états d'obnubilation postépileptiques (stupeur, manie épileptique, etc.) ;
Z^ A la suite de presque tous les équivalents de l'attaque accompagnés ou non de trouble de la connaissance (accès d'angoisse et d'oppression, terreur nocturne avec sensations spasmodiques, aura motrice et sensitive, etc.) ;
4** A propos d'états stationnaires post ou interparoxystiques qui, laissant la connaissance complètement intacte, dépriment ou excitent la sphère affective. L'humeur des malades est affaissée, leur équilibre psychique est des plus oscillants, ils se plaignent presque sans exception de toute sorte de sensations nerveuses (battements de cœur, tremblements, chaleurs passagères, bourdonnements d'oreilles, photopsies, céphalalgie et insomnie prolongées). Là disparition de ces syndromes s'accompagne de l'expansion graduelle ou rapide (dès les vingt-quatre heures ultérieures
du champ TÎsiiel qui revient à la normale. Le rétrécissement du champ visuel est toujours concentrique (ce n'est jamais de Thémianopsie) ; il est souvent plus accentué d*un côté. Il s'associe la plupart du temps, mais non toujours, à une diminution de l'acuité visuelle. C'est à un trouble circulatoire de Técorce du cerveau qu'il convient d'attribuer la cause de toute attaque d'épilepsie qui coïncide avec un rétrécissement concentrique du champ visuel ; le trouble circulatoire en rapport avec ce dernier n'est compensé que graduellement, tandis que les modifications de la circulation qui président à l'accès purement moteur disparaissent immédiatement après lui ; mais la coparticipation invariable des fonctions psychiques indique bien que Técorce est en jeu. Malheureusement, il y a une contradiction topographique ; comment, en effet, relier les lésions de l'écorce c'est-à-dire de l'écorce du lobe occipital que Ion rend responsables de Thémianopsie, aux symptômes périmétriques décrits? La clinique a parlé. L'anatomie et la physiologie pathologiques répondront plus tard. {Arch. f, P$ych. u, Nervenk, XV, \ .)
P. Keraval.
IX. Lehrbuch der Psychiatrie fur Aerzte und Studirende ; par Rudolf Arndt. (Vienne et Leipzig, 1883, Urban et Schwarzenberg, édit.)
Sous le titre de Traité de Psychiatrie à f usage des médecins et des étudiants, M. Arndt, professeur et directeur de la clinique psychiatrique à l'université de Greifswald, a écrit un livre original. Sur les vingt chapitres dont se compose l'ouvrage, nous n'en voyons guère où il n'y ait à glaner de nombreuses noies. Aussi Ja tâche qui nous incombe n'est-elle pas facile, à raison des limites qui nous sont imposées. Du reste, rédigerions-nous un extrait complet des passages les plus intéressants que nous ne réussirions qu'approximativement à stéréotyper l'enchaînement des idées.
Les fonctions psychiques, dit l'auteur, émanent, comme toutes les autres, des phénomènes physico-chimiques produit par l'activité de la matière vivante. Le système nerveux tout entier collabore à la production des fonctions psychiques en un foyer unique le cerveau et son écorce, de même que les divers organes du corps viennent alimenter le système nerveux et qu'inversement celui-ci, de par ses propriétés, réagit sur tous les points de Péconomie. De cette indissolubilité physiologique, résulte ce fait que la folie est toujours le symptôme d'un état ^organique quelconque pyré-
(ique ou apyrélique, accessible ou non à nos procédés d*investi> galion ; elle témoigne simplement qu'en dernier ressort Je système nerveux est le locus dolens et que récorce, ainsi que les tractus de la masse du cerveau, sont particulièrement atteints. En second lieu, ies diverses formes sous lesquelles ellese manifeste ti*aduisent des phases dans l'anomalie de fonctionnement des conducteurs nerveux malades; pour un même individu considéré, la folie est une, chaque modalité par laquelle elle se manifeste représente une phase dans Tensemble du processus, et chaque phase ressemble à Tune des périodes de la convulsion des nerfs mourants (réaction dégénérative, etc.).
Cette profession de foi émise, M. Arndt entre en matière. On peut diviser son ouvrage en trois parties. Dans la première, que nous appellerons A, il coordonne les notions les plus modernes d'histologie, d*anatomie, d'embryologie et de physiologie du système nerveux ; la psycho physique y tient notamment une large place. Ces notions forment la teneur des chapitres 11 à IX. La seconde partie B, en dérive tout naturellement ; après avoir pris connaissance du fonctionnement normal, nous devons aborder la pathologie générale^ la séméiotique appliquée à la psychophysiologie générale; en un mot, l'analyse des troubles fonctionnels élémentaires/et des symptômes ou des syndromes provoqués par les modifications morbides remplit les chapitres IX, X, XI, XII. Une troisième partie s'occupe des psychoses; elles constituent la matière du chapitre XIU ; on nous permettra de la désigner sous le titre de nosographie générale et classification (C). Il convient, pour rintelligence du système, d'en rapprocher, surtout à la première lecture, les chapitres XVII, XVIII, XIX; en effet, l'évolution des psychose, dont il s'agit ici, représente la clinique pure, ou du moins cette partie de la clinique sur laquelle M. Arndt base sa classification, produit de cette idée que la folie, une, se manifeste à tel ou tel âge de l'individu malade, c'est-àdire à tel ou tel âge de la maladie des tractus nerveux, sous la forme aujourd'hui de mélancolie, plus tard de manie, etc.. ;ces trois chapitres sont de la nosographie spéciale (D). Enfin les cha-. très XIV, XV, XVI, XX, passent brièvement en revue l'anatoniie pathologique, le diagnostic et le pronostic, les causes et le traitement des psychoses.
A. Après avoir exposé les processus de formation de chaque organe nerveux, après avoir mis en lumière la lutte qui, à un moment donné s'établit entre l'expansion néoplasique indéfinie delà fécondation et l'ectoderme qui vient limiter le développement périphérique — d'où le modelage forcé de telles et telles cellules, — les modifications de leur mouvement propre, et par suite de leurs fonctions,— la genèse du cerveau etrindividualisation psychogénétique de l'écorce grise, l'auteur résume les relations de Tôtre avec le mi-
liea extérieur. La sensation résulte de l'excitation de l'organe psychique par une incitation nerveuse ; le mouvement ondulatoire gagne la cellule de la substance grise ; cette cellule, en l'arrêtant, le transforme de diverses manières, de là les diverses sensations et les différents actes. En tout cas, la sensibilité est la source de toutes les facultés, de toutes les propriétés de Tâme des anciens auteurs. M. Arndt utilise pour le développement de sa théorie dynamique, physico-chimique, de la genèse, de l'association, des produits des éléments psychiques, les travaux de E. H. Weber, Fechner, Wundt,Pflûger, Brenner, relatifs aux valeurs limites des excitations. Les esthésies^ pour consigner son expression, puisent leur origine dans la transmission des incitations, suivant les lois formulées par ces savants ; et c'est par cette transmission dont nous connaissons une partie des conditions, que Torgane psychique se meuble, se perfectionne, se décore, que les tractus et les connexions cellulaires fonctionnent de mieux en mieux. Les manifestations en rapport avec eiles^ les ergcLSies résultent, les unes des mouvements des muscles de la vie de relation, les autres des mouvements des muscles de la vie végétative; de là, les actes volontaires ou involontaires, réflexes ou réfléchis. Ici encore, c'est la loi de convulsibilité de Pflûger, Brenner, Wundt qui est la clef de voûte physiologique et, en particulier, cette proposition qu'un même nerf, suivant qu'il est modérément ou fortement excité, augmente ou diminue les fonctions de l'organe sur lequel il agit (développement, arrêt); la pensée agit, la parole, participe de cette loi. Dans ces conditions, le libre arbitre est chose toute relative ; pour échapper à l'action fatale d'excitants qui nous entraînent dans une direction donnée, il nous faut avoir recours à d'autres stimulus capables de solliciter différemment l'écorce, si non l'impulsion est irrésistible (opiniâtreté du délire). Les organes végétatifs étant soumis aux mêmes lois, l'ex-' plication de Faction du physique sur le moral et du moral sur le physique trouve une unification inattendue. Ceci établi, M. Arndt jette un coup d'œil sur les effets de Thyperexcitabilité et de l'hypoexcitabilité du système nerveux, ici aussi on a affaire au développement des études d'électrisation sus-mentionnées , et Ton est en droit d'appliquer les notions de la réaction du nerf dégénéré (Benedikt, Brenner, Erb) à la physiologie pathologique du cerveau. Les tractus nerveux in tracé rébraux malades, mourants sont, en cçla, comparables aux nerfs périphériques.
B, La séméiologie, en vertu delà division précédente, se trouve d'abord aux prises avec les modifications morbides de la sensibilité, avec les dysesthésies. Les unes portent sur les sensations ou les sentiments d'origine sensorielle pure, les autres regardent les notions de temps et d'espace ; d'autres enfin concernent les sensations ou les sentiments d'origine élevée (esthétiques, intellectuels
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éthiques, idéaax) et la conscience : ce sont des hj^peresthésies^ des hypoeslhésies, des anesthésies^des paresthésies de chacune de ces fonctions. A Thypesthésie correspond le syndrome manie, à Thyperesthésie correspond le syndrome mélancolie. 11 va de soi que, de même que les sensations normales donnent naissance à des idées normales, les sensations anormales donneront naissance à des conceptions délirantes. 11 va de soi également que, si la responsabilité n*est, à l'état physiologique que partielle, elle ne saurait jamais être complète à l'état pathologique. Ace propos, nous signalerons une contradiction. Pourquoi M. Arndt accepte-t-il la culpabilité et la pénalité comme une nécessité sociale? — Avec les dysergasies qui constituent, en quelque sorte la seconde section, nous entrons dans les modifications morbides de la motilité générale ou spéciale — hyperkinésies — bypokinésies — akinésies — parakinésies — ; la manie, la fureur, la mélancolie sont ainsi résumées: le mélancolique ne peutcequ'il veut (hypopraxie); le maniaque peut énormément (hyperpraxie), mais il n'a pas de fonds de volilion. Les troubles delà parole, des mouvements organiques, de la fonction trophique, de la thermogénèse et du sommeil, nous font entrer, par un domaine purement somatique, danslaséméiologie neuropathologique ordinaire; de même que partout ailleurs, le professeur ne perd jamais de vue le terrain objectif.
à, La pathologie mentale vit au moyen de trois syndromes : la mélancolie, la manie, la stupeur. La première est issue d'une hyperesthésie psychique; en vertu de cette exagération de la sensibilité, les excitations sont arrêtées dans le domaine psychique, d'où rhyperthymie, et, par suite, l'hypokinésie, Thypergasie, l'hypoboulie, l'hypopraxie^ Thypophrasie, l'bypologie.Lamanie'est précisément l'inverse. La stupeur, c'est l'anéantissement complet. Mais, si la mélancolie spécifie un arrêt ou une dépression du sens intime, si la manie désigne une exagération fonctionnelle avec exaltation de la conscience du moi, s'il existe en même temps une forme gaie et une forme triste delà manie, c'est que les expressions de manie et de mélancolie désignent simplement, àTépoque considérée, les genres de tableaux morbides dont la réunion va constituer la psychose. Or, toute psycbose comprend trois stades : un stade de mélancolie initiale qui.représente le mode de réaction du nerf simplement fatigué, c'est-à-dire de l'organe psychique légèrement fatigué ; puis, un stade de manie, qui forme la première période de l'épuisement mortel de l'organe psychique; enfin, un stade de mélancolie secondaire qui traduit l'épuisement paralytique plus ou moins grand du même centre, et se rapproche de la stupeur; celle-ci est totalement réalisée lorsque la paralysie est absolue. Autrement dit, toute psychose exprime le mode de réaction d'un système nerveux, et spécialement du cerveau, gêné dans sa nutrition ; le mode de réaction, conforme à la loi de convulsi-
bilité du nerf en état de dystrophie, explique pourquoi révolution d'une psychose comporte des phases diverses, selon le degré des altérations; seulement la déchéance des tractus intracérébraux dure en certaines circonstances très longtemps (processus d'involution). Toutes les modalités de celte marche sont identiques à celles de l'évolution de la dégénérescence nerveuse périphérique.
Uuand les trois stades présentent chacun un caractère net, franc, tranché, c'est la vésanie typique qui se trouve en cause; sinon il peut arriver que IjBi mélancolie initiale soit le seul stade qui atteigne l'état adulte {mélancolie simple et ses variétés), ou que la manie domine la scène {manie simple et ses variétés). Si les deux premiers stades sont peu marqués ou rétrocèdent rapidement, la mélancolie avec stupeur ou la stupeur pure est créée. En tout cas, dans l'espèce, les trois stades se développent assez uniformément, la vésanie est typique complète; le défaut radical de Tun des stades permet d'établir les formes incomplètes, abortives. La vésanie catatonique est une vésanie typique dans laquelle le stade de mélancolie secondaire, prédominant, est constellé de phénomènes cataleptoïdes, tétanoïdes, extatiques. Une vésanie typique, avec phénomènes paralytiques d'ordre moteur, aboutissant à Thypotrophie, puis à Tatrophie et à la déchéance du malade, s'appelle vésanie paralytique progressive ; ses formes et leurs variétés sont les mêmes que dans la vésanie typique ordinaire. La question des intervalles lucides intervient parfois à son tour; elle contraint à distinguer dans la vésanie typique complète les folies à double forme, circulaire, etc. ; dans la vésanie typique incomplète, la folie périodique; le même cadre peut être reporté dans la paralysie générale. Une vésanie typique complète, mortelle en quatorze jours, ou trois à quatre semaines au plus, se nomme légitime sœviens; c'est le délire aigu, l^ne vésanie typique incomplète, plus ou moins fougueuse, est une mélancolie transitoire, une manie transitoire, un simple raptus mélancolique, une démence aiguè (stupeur aiguë), ou une démence paralytique progressive rapide, galopante. A une certaine période de son développement, la phase ou l'accès envisagé peut se présenter dans un état de chronicité telle qu'il y a évidemment suus roche un trouble de nutrition avancé du système nerveux; les manifestations observées trahissent la convulsion d'un nerf tellement endommagé qu'il est incapable de réparation; mais il est encore capable de conserver un degré extrêmement vague de son ancienne excitabilité, jusqu'au jour où il déchoit sans rémission; tel est le mécanisme des affaiblissements psychiques, des troubles de l'âme secondaires, par exemple : la/b/ie circulaire, la folie systématique secondaire et la démence. Ces affaiblissements psychiques peuvent, au reste, ne pas être précédés de psychoses; il suffît pour cela que la dénutrition psycho-cérébrale soit de prime abord égale à la dénutrition secondaire; tels sont la folie sy^té-
BIBLIOORAPIIIR.
matique pnmiïive, originelle^ l'idiotie^ VimbécilUté^ le crétinisme. Appréciation. La maitiplicité des divisions et des subdivisions qui sont consignées ne laisse échapper aucune variété, aucune teinte clinique. Nous regrettons simplement que Tauteur n'ait pas «construit à la fin un ou plusieurs tableaux synoptiques montrant d*emblée Tensemble de la classification avec ses nuances originales.
i>. Nous avons déjà dit que, pour se rendre compte des détails, il fallait rapprocher du chapitre XIIf,les chapitres XVn,XVlII, XIX, traitant de l'évolution des psychoses. 11 y est formulé que toute psychose présente, comme toute névrose, une marche chronique, que les formes transitoires ne sont que les plus fortes explosions, d'un état pathologique existant depuis longtemps, ayant passé inaperçu, qu'aucune psychose ne survient immédiatement, du jour au lendemain, sans avoir été précédée de prodromes, qui souvent échappent à l'observateur. M. Arndt étudie ensuite.
Ia. Vraie et ses formes incomplètes.
p, Catatonique.
y. Sœviens (délire aigu) ^ b. Circulaire.
{c. Périodique.
f a. Commune, correspondant à la vésanie typique légitime (vraie et catatonique.) f 6. Rapide, correspondant à la vésanis
typique léi(itime sœviens.
i a. Démence simple.