‹ Archives de neurologie (volume 4)Chapitre 23 sur 51 · III. — DU MBRYGISMB CHEZ L*HOMMB SAIN d'bSPRIT · texte numérisé non relu

III. — DU MBRYGISMB CHEZ L*HOMMB SAIN d'bSPRIT

Quand nous avons entrepris ce travail sur le mérycisme, nous nous proposions de l'envisager seulement chez Tidiot ou Taliéné dément. Mais le cours de nos recherches nous ayant amené à recueillir plusieurs cas du même genre observés chez l'homme sain d'esprit et présentant des particularités intéressantes, nous avons pensé qu'il serait bon de joindre ces observations aux autres, afin de nous faire une idée aussi exacte que possible du phénomène que nous étudions.

On pourrait presque, avec les faits observés chez les hommes sains d'esprit, faire une monographie du mérycisme : on y trouve, en effets des indications intéressantes sur ses causes, son mode de début, ses symptômes et sa marche. Cependant, nous préférons réserver l'étude clinique pour la seconde partie de notre travail, où les observations prises chez l'idiot sont souvent plus complètes à quelques points de vue. Nous nous contenterons pour le moment de signaler les particularités qui ressortent des observations recueillies chez les individus jouissant de l'intégrité de leurs fonctions intellectuelles, sur les causes et le début du mérycisme.

Les auteurs anciens, qui ont parlé du mérycisme, ont tout d'abord considéré ce phénomène comme intimement lié à la constitution même de l'individu et comme tel se développant avec lui. — Uâge serait donc, dans ce cas, peu impor-

1 Voir le n» 16, p. 86.

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tant à considérer; nous verrons par la suite que cette proposition est absolument juste et que le mérycisme peut débuter aussi bien dès la plus tendre enfance que dans Tadolescence ou même dans Tâge adulte.

Sennert et Daniel Perinetî admettent, en dehors de Tâge, rinfluence presque exclusive de Vimitatton.

Observation III. — Daniel Perineti {Med. pract,, Hb. III, sect. ii, cap. 8) cite le cas d'un enfant de sept à huit ans qui, ayant tété des chèvres pendant deux ans, se mit à ruminer par imitation.

Observation IV. — Sennert {Med, prat,^ lib. III, p. 4) cite le cas d*un Suisse qui devint ruminant pour avoir vécu avec des bestiaux et qui communiqua sa maladie à sa femme (?).

D'après cette dernière observation, Tinfluence de Timitatîon se manifesterait non seulement des animaux à Thomme ; mais encore de Thomme à Thomine. Nous enregistrons, quant à présent, ces faits sans commentaires. (Voir Obs. XXIII.)

L'hérédité surtout, comme nous le verrons plus loin, joue un très grand rôle dans Tétiologie du mérycisme. Nous avons déjà dit plus haut que les premiers auteurs, admettant l'identité comme aflfection du mérycisme et de la présence des cornes, pensaient que les mérycoles étaient fils ou pères de comigères. Plus tard, on n'admit plus que l'hérédité du mérycisme luimême, et les cas de productions cornées, ob^rvés dans ces derniers temps chez les mérycoles (Hebra, Bérard et Landouzy) sont tellement en minorité qu'ils ne doivent être regardés que comme de simples coïncidences. Voici maintenant quelques faits qui montrent que le mérycisme peut être héréditaire.

. Observation. V. — J.-B. Winlhier, rapporte l'histoire d'un Suédois de quarante-cinq ans, qui, après avoir eu dans son enfance des éructations acides, fut atteint de rumination à Tâge de trente ans. — Sou /l/s, à l'âge de vingt-quatre ans, fut atteint de la même maladie, mais la pudeur la lui fit surmonter, du moins en public !

En dehors de l'influence de l'hérédité, qui nous parait incontestable bien que les phénomènes de rumination ne soient apparus qu'assez tard, nous signalerons dans cette observation l'influence de la volonté sur la guérison du mérycisme chez le fils ; et la présence antérieure chez le père d'éructations acides.

2^8 RBVUÉ CRITIQUE.

D*autres fois,, et le plus souvent, le mérycisme héréditaire se manifeste dès Tenfance, ainsi qu*on le voit dans l'observation suivante :

Observation VI. — Mérycisme héréditaire. — Apparition dès l'enfance. — Suspension par les maladies intercurrentes. {Froriep's Notizen, t. XLV, p. 337.) — On trouve dans les Transactions philosophiques VhisioiTe d'un cas de mérycisme relatif à un jeune homme de Bristol, âgé de vingt ans, et dont le père était mérycole. Luimôme ruminait depuis aussi longtemps qu'il pouvait s'en souvenir. La rumination, toujours précédée d'une sensation de plénitude à Tépigastre, commençait environ un quart d'heure après le repas, s'il y avait eu beaucoup de liquides absorbés ; sinon un peu plus tard. Si ce repas avait été» copieux, l'intervalle se prolongeait en conséquence. Les aliments, remontant dans l'ordre où ils avaient été digérés, étaient broyés une deuxième fois sans aucun dégoût de la part du malade, puis redescendaient dans l'estomac sans donner lieu à de nouveaux phénomènes. Les maladies intercurrentes interrompaient la rumination.

Cette dernière particularité se retrouve dans l'observation que nous allons maintenant rapporter et qui, de plus, nous fournit un nouvel exemple de l'hérédité du mérycisme.

Observation VIL — Hérédité. — Mérycisme dès l'enfance, involontaire j partiel. — Mastication complète. — Santé générale bonne.— Suspension du phénomène par les maladies intercurrentes. {Fronep*s Notizen, t. XLV, p. 337.) — Le D' Elliotson rapporte le cas d'une dame de quatre-vingt-neuf ans qui rumine dès sa plus tendre enfance. Elle jouit d'une excellente santé et vit depuis très longtemps de la manière suivante : au déjeuner, elle mange du pain blanc et des pommes de terre ; le soir, du thé et quelquefois du café. Elle mdche complètement les aliments : avant la rumination, cette dame n* éprouve jamais de sensations de plénitude stomacale. La rumination se prQduit en général après chaque repas ; elle est constante après le dluer. Elle arrive parfois aussitôt après le repas, d'autres fois une heure après ou même davantage : elle est accélérée par Tingestion d'une grande quantité d'eau. Les aliments remontent dans la bouche^ en produisant un bruit semblable à vm gargouillement ; ce sont les premiers ingérés qui reviennent les premiers. Le vin, la bière, le cidre ne reviennent jamais; le thé ne remonte que le soir; l'eau remonte toujours et parait favoriser beaucoup la rumination. Les parties solides des oranges remontent constamment dans la bouche tandis que le jus reste dans l'estomac. Les substances médicamenteuses restent toujours dans l'estomac. Les aliments qui sont rumi-

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nés n'ont pas un goût désagréable. Il faut en excepter le thé et les substances grasses qui, parfois^ reviennent à différentes reprises jusqu'à ce que la malade les rejette. La rumination est involontaire. Elle est toujours suspendue dans le cours des maladies intercurrentes.

Le père et Tun des frères de cette personne étaient ruminants ; mais ils sont morts de bonne heure.

En dehoss du fait d'hérédité, nous remarquerons, sans y insister pour le moment, que chez cette mérycole : 1^ la mastication était complète ; ^ que le mérycisme était partiel et involontaire; 3« qu'il était suspendu sous Tinfluence des maladies intercurrentes ; 4"* que la santé générale fut toujours bonne, et cela jusqu'à un âge avancé.

Cette dernière proposition pourrait faire penser à l'innocuité du mérycisme, prenons garde et remarquons que la mérycole dont il s'agit ne songea jamais à entraver cette fonction anormale. Dans le cas contraire, et les deux observations suivantes le prouvent, le mérycisme, arrêté dans sa production, peut influer gravement sur la santé générale.

Observation VIII. (Ducasse, Ibid,) — L'homme qui fait le sujet de cette observation parvint à Vàge de soixante-dix ans, bien qu'il ait ruminé dès sa plus tendre enfance. Chaque fois que le mérycisme était interrompu ou ne s'accomplissait pas régulièrement, il tombait malade, et n'était bien portant que s'il reprenait de plus belle. Dans les dernières années de sa vie^ il ne ruminait pas aussi bien qu'auparavant. — A l'autopsie, on constata un squirrhe du pylore; et une ulcération cancéreuse sur la grande courbure, au voisinage de la rate.

Observation IX. — M. Vincent (Compte rendu de l'Académie des sciences; 4853, t. XXXVIU, p. 31) rapporte un cas de mérydsme, observé chez M. Willame et datant de la jeunesse. Cette perversion des fonctions digestives avait commencé à se montrer dès le début d'un voyage enmer; mais elle avait persisté après le débarquement. La rumination s'opérait environ une demi-heure après l'ingestion des aliments et, dans l'espace de dix années, elle avait réduit le malade à un état de marasme qui semblait annoncer une fin prochaine. Ce fut alors que, sur l'avis d'un médecin, il essaya de soumettre à une seconde mastication les aliments qui remontaient de l'estomac presque dans le même état où ils avaient été avalés. L'assimilation ne s'exécuta jamais que d'une manière très imparfaite comme le prouvait l'état de maigreur et de faiblesse du sujet. Cependant, avec cette santé languissante, il vécut encore quarante-cinq ans et atteignit l'ùge de qmtre-vingt'trois ans.

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Nous nous sommes un peu écartés de Tétiologie en faisant remarquer l'influence du mérycisme sur la nutrition : l'observation précédente nous y ramène en nous montrant qu'en dehors de l'hérédité, le mérycisme peut éclater sous l'influence de causes occasionnelles : ici c'est un voyage en mer; dans le cas ciaprès, c'est une cause à peu près semblable, un traumatisme, qui provoque l'éclosion des troubles de la digestion.

Observation X. — M. Boucher, médecin à Montpellier, cite le cas d'an conscrit de l'armée d'Italie qui fut réformé pour une ru* mviation dont il rapportait la cause à une chute faite sur l'estomaCf et à la suite de laquelle il cracha le sang pendant cinq mois.

Ces deux derniers faitsnousont montrélemérycisme éclatant sous l'influence de causes traumatiques; dans celui que nous allons rapporter les mêmes phénomènes sont dus à une autre cause, la voracité, La voracité a été souvent signalée comme cause du mérycisme et la vérité est qu'elle se retrouve chez la plupart des mérycoles. Maintenant est-ce là une cause ou un symptôme? Gela est bien difficile à affirmer ; car, si l'on cite des mérycoles qui le sont devenus assez tard par suite de voracité, on en cite d'autres, mérycoles dès l'enfance, et chez lesquels la voracité était aussi manifeste. Quoi qu'il en soit, nous ne nous appesantirons pas plus longtemps, actuellement, sur cette partie de notre sujet et nous rapporterons les exemples suivants sans commentaire :

Observation XI. — Salmuth {Obs, med, cent,, 4, obs, C, p. 59) cite le cas d'un écolier de Marienburg qui était atteint de rumination. Il était très vorace et avalait les aliments presque sans trituration. Il avait moins de quinze ans.

L'existence de la voracité, très nette dans le cas précédent, l'est aussi dans bien d'autres (Obs. XVII, XVIII, XIX). Ce fait presque général, comme on le verra, souffre cependant quelques exceptions, témoin la suivante :

Observation XII. — Daniel Ludwig (Ephémérides des curieux de la nature; Dec. 1, années IX et X, Obs. GLX) rapporte le cas d'une jeune fille, très sobrej atteinte d'une rumination qui la dégoûtait^ et qu'elle ne pût maîtriser tout en diminuant de plus en plus la quantité d'aliments qu'elle insérait.

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C'est là le seul cas, parmi tous ceux que nous avons pu recueillir, où la sobriété ait été constatée chez un sujet mérycole. L'observation XIII rentre à ce point de vue dans la règle. Cependant, ici, la cause de TafTection ne fut pas la voracité, car les premiers phénomènes se manifestèrent à la suite d'une maladie aiguë, une variole. Affection bizarre sur laquelle Itts mêmes maladies peuvent avoir des causes absolument opposées : ici une maladie intercurrente provoque Féclosion du mérycisme, tandis que, dans d'autres cas, parmi lesquels nous en avons déjà cité quelques-uns au passage, \es maladies intercurrentes ont amené la disparition, au moins momentanée, de la rumination.

Observation XIll. •— Mérycisme à la suite d*une variole à l'âge de sept ans. — Conservation de V appétit; voracité. — Guérison à vingt ans parle coit^ . — Il s'agit d'un jeune homme âgé de vingt ans, d'une assez faible constitution, portant au cou des cicatrices de scrofule, qui, depuis Tàge de sept ans, à la suite d'une petite vérole confluente, éprouve, après chaque repas, des rapports qui lui font remonter les aliments de Testomac dans la bouche. A Forigine, il rejetait ces gorgées d'aliments; mais comme il vit que bientôt après il souffrait de la faim, il prit le parti de les mâcher et de les avaler de nouveau. Il mange avec appétit, un peu vite et ne boit que de l'eau. Une demi-heure après le repas, il éprouve un sentiment de malaise dans la région épigastrique et la rumination commence. Les aliments en revenant dans la bouche ne paraissent avoir subi aucune altération dans Testomac et n'ont pas mauvais goût. Aussi les mâche-t-il de nouveau avec plaisir. Quand il s'endort après le repas, il est forcé de se réveiller au bout de deux heures pour vomir tout à la foisles aliments qu'il n'a pu ruminer.

Ce jeune homme, réformé pour sa maladie, se marie. Le lendemain même de ses noces (et il affirme n'avoir jamais usé du coït avant cette époque) le mérycisme commença à diminuer. Huit jours après, il en était complètement délivré, aussi bien que de la soif intense qu'il éprouvait auparavant dès qu'il avait Uni do ruminer.

Ce fait étrange delà disparition du mérycisme sous l'influence d'un acte tout physiologique se retrouve encore dans l'observation suivante, presque analogue de tous points à celle que nous venons de citer. Peut-être est-ce la même ; en effet,

ï Filhol et Tarbès in Biblioth, med., t. XXXIV, p. 249; t. XL, p. 232; t. XLI^p. 375; t. LXXII, p. 119.

dans la première, le mérycisme débute à sept ans, dans la suivante à six ans et, à la suite de la même maladie, il disparait de la même façon au bout de huit jours de mariage chez les deux sujets, vierges tous deux, à peu près vers le môme âge. Nous signalons ces rapprochements : comme rien dans nos recherches ne nous a indiqué que le second cas n*était qu'une reproduction du premier, nous le citerons ici :

Observation XIV^ — Le nommé Claverie, journalier, ne commença à ruminer qu*à Tâge de six ans, à la suite d*une petite vérole; cela dura ainsi jusqu'à Tftge de vingt-trois ans. A cette époque, il se maria: le lendemain de son mariage, il remarqua avec surprise que la rumination diminuait ; huit jours après, elle avait totalement cessé, sans qu'il éprouvât pour cela des douleurs dans un organe quelconque. Un fait à signaler est que ce jeune homme affirme n'avoir jamais eu de rapports sexuels avant son mariage.

Les troubles fonctionnels de Testomac paraissent aussi jouer quelquefois le rôle de causes occasionnelles, comme nous le verrons tout à Fheure; d'autres fois, le mérycisme exercerait peut-être une action réciproque du môme genre, pouvant amener le développement d'autres affections de Testomac: c'est ce que semblerait indiquer TObservation ci-dessous ainsi que TObsbevation VIII.

Observation XV *. — Cette observation a trait à un soldat qui mourut à Toulouse à Tâge de cinquante-neuf ans. Dès sa plus tendre enfance, cet homme eut le pouvoir de rejeter les aliments qui l'incommodaient sans que sa digestion eût & en souffrir le moins du monde. De là à la rumination il n'y avait qu'un pas. Il fut vite franchi, le mérycisme devint bientôt chez cet homme uu acte naturel. 11 disparut cependant dans le cours de la maladie dont il mourut {cancer' du pylore),

A l'autopsie, rien d'anormal dans la conformation de l'estomac. La cavité était simple, sans diverticulum ni rétrécissements.

Nous penserions volontiers que, dans ce cas, le cancer ne serait qu'un résultat de l'action exercée par le mérycisme sur les fonctions digestives. Ce phénomème entravant journellemement le fonctionnement régulier de l'estomac, imposant pour ainsi dire une surcharge de travail à cet organe, peut

1 Ducasse. — Froriep's Notizen^ t. XLVil, p. 9B, 4836. * Ducasse, Ibid.

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parfaitement en avoir fait un locus minoris resistentt'œ fe^vorisant Téclosion des néoplasmes chez un individu en puissance de diathèse.

Quant à la suspension ultérieure du mérycisme par le cancer, elle peut alors s'expliquer en admettant que le néoplasme une fois développé, ayant attaqué la structure même de Testomac ait apporté un trouble dans les fonctions habituelles de cet organe, surtout si Ton admet avec certains auteur que le mérycisme est dû à une susceptibilité exagérée de la muqueuse de Testomac ou à une plus grande énergie de ses fibres musculaires. Cette hypothèse serait aussi applicable à TObservation VIII dans laquelle le sujet, mort d*im squirrhe du pylore, ruminait moins bien à la fin de la vie.

En dehors de la suspension du mérycisme par le fait du cancer, nous ferons encore remarquer, dans l'observation qui précède, le mode de début du mérycisme qui ne s'est établi que graduellement comme dans les Observations IX et XIII.

Nous avons signalé tout à Theure les troubles des fonctions digestives comme pouvant occasionner l'apparition de la rumination. Nous rappellerons à ce propos Tobservation Y ayant trait à un individu qui avait des éructations acides avant l'apparition du mérycisme et nous allons rapporter des observations où le phénomène est survenu à la suite d'une indigestion ou même chez un sujet déjà dyspeptique. Nous ferons remarquer aussi que la voracité, le défaut de mastication presqu'ordinaires chez les mérycoles,peuvent fort bien rentrer dans cette catégorie de causes et ne favoriser l'apparition du mérycisme qu'en provoquant d'abord des troubles dans les fonctions de l'estomac.

Observation XVI. — Mérycisme suixenant à la suite d^un excès. — Début graduel, — Suspension par un accès de goutte. — Boulimie. — IHmijiution du mérycisme^. — M. R..., maître de forges, à trentedeux ans, en 1798, eut, à la suite d'une orgie^ une indigestion dont il pensa mourir. Puis survint après chaque repas un hoquet ramenant des aliments, qui redescendaient ensuite dansTestomac, sans avoir aucun mauvais goût. — La rumination, qui finît par s'établir cornplètementy était annoncée par une sorte de spasme de l'cRSophage et un besoin à*èructation. En 1806, elle fut suspendue par un accès de goutte.

En 1811^ il fut atteint d'une sorte de boulimie qui dura près de trois

* Percy. — Dictionnaire en soixante volumes^ art. Mérycisme,

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mois et ue céda qu'en laissant des douleurs épigastriques, des nausées au moindre écart de régime, de i*anorexie, et une diminution du mérycisme.

On voit donc que, chez ce malade, outre le début graduel déjà signalé (Obs. IX, XIII, XV), ainsi que la suspension par les maladies intercurrentes (Obs. VI, VU, XV) , le mérycisme apparut à la suite d'une méigestron. Le fait suivant, plus net encore à ce point de vue, nous montre le mérycisme apparaissant chez un individu souffrant déjà de dyspepsie.

Observation XVII. — Mérycisme.— Dyspepsie préexistante. Début graduel. — Conservation de Vappétit ; voracité; constipation habituelle. — Les liquides ne sont^ ruminés que sHls sont pris en grande quantité. — Suspension momentanée de la rumination par contraction de la volonté; mais rejet consécutif des aliments en masse ^ — Le sujet est UQ homme de moyen âge, d'une assez bonne constitution, habitué dès sa jeunesse à manger très vite. Depuis quelques années il avait déjà de la dyspepsie et rejetait deux ou trois heures après ses repas les liquides iàgérés qui avaient alors un goût aigre. Cette affection se changea ensuite en une véritable rumination qui se compliqua d'une éruption cutanée. Vappétit était conservé : le malade mangeait gloutonnement sans soif; constipation habituelle. Sommeil tranquille. Une demi-heure ou une heure après le repas, une sensation de plénitude dans la région du cardia Tobligeait à faire une grande inspiration ; dès qu'elle se terminait, un bol alimentaire s'élevait de Testomac et arrivait dans la bouche au commencement de l'expiration. Il en était ainsi jusqu'à ce que tous les aliments eussent été soumis à une seconde mastication qui était plus agréable au malade que la première. C'était les premiers avalés qui revenaient les premiers. Les liquides ne remontaient que s'ils étaient pris en grande quantité. Pas dé nausées ni de mauvais goût dans la boucbe. Le malade pouvait retenir les aliments en concentrant son attention sur un autre objet au moment de la sensation de plénitude au cardia. Mais quelque temps après, les aliments solides des liquides, devenus acres, amers, revenaient tout à la fois et étaient rejetés, mais sans douleurs ni efforts de vomissement.

Cette affection disparut en quelques semaines sous l'influence de purgatifs, de toniques végétaux, de bains tièdes et de frictions sèches.

Nous ferons remarquer, à propos du début graduel déjà noté (Obs. IX, XIII, XV, XVI), un fait curieux qui ressort de cette

» James GoplamI. — Bull, méd., t. LXXIV, p. 417.

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observation, c*e8t que les liquides qui, à Forigine, étaient seuls ruminés, ne le furent plus tard que s'ils étaient pris en grande quantité. Ajoutons que ce fait est un exemple de rumination ayant abouti à la guérison sous Tinfluence d*un traitement approprié : de plus, chez le sujet actuel, la volonté était impuissante à retenir les aliments dans Testomac. Les cas de ce genre soit relativement fréquents. (Obs. YII.)

Observation XVIII. — Le D' Delmas a connu un étudiant en médecine à Paris, Helvétien d'origine et gros mangeur, atteint de rumination involontaire mais non incommode.

Observation XIX. — Blumenbach rapporte^ quatre exemples de mérycoles : chez deux la fonction était volontaire et s'accompagnait d'une véritable sensation de plaisir.

Cependant on voit que la volonté peut aussi avoir quelque influence sur la production du mérycisme : Darwin cite Texemple d'un homme qui choisissait à volonté parmi les aliments ingérés dans son estomac 4^eux qu*il voulait ruminer. Sans être aussi concluante, Tobservation suivante nous montre aussi Faction de la volonté sur la rumination; mais alors la rétention des aliments s'accompagnait de douleur: on verra ce point signalé encore plus loin (Obs. XXYIII). Ce fait, ainsi que Tinfluence de l'arrêt de la rumination sur la nutrition, prouve bien que ce n'est pas là une maladie, comme nous l'avons dit plus haut, mais une sorte de fonction anormale.

Observation XX. — M. Roubieu * a observé un jeune homme d'une constitution faible, d'un appétit vorace, qui, après ses repas, était'sujet à une rumination qu'il ne pouvait empêcher ^ sans souffrir de douleurs épigastriques. La rumination étaitprécédée d'éructations, ne provoquait pas de dégoût et cessait au bout d'une demi-heure. — il périt d'hémoptysie k trente ans.

Dans I'Observation XVII, nous avons vu aussi un homme suspendant volontairement la rumination. Mais, chez lui, cet arrêt n'était pas momentané et, malgré la concentration de la volonté, les aliments étaient bientôt rejetés en masse.

Ces quelques exemples nous montrent la volonté agissant dans les deux sens, soit pour arrêter, soit pour produire le

1 Fronep's Sotizeny t. XLV, p. 337.

^ A^m. Soc. méd, Montpellier , t. IX, p. 283, 1808.

â56 REVtJB CRITIQUB.

mérycisme. Ce dernier point ressort encore de Tobservation suivante :

Observation XXI. — Mérycisme sans effort ni douleur. ^ Influence du régime; constipation persistante, — Production volontaire du mérycisme K — Le D' Fronmûller (de Fûrth) a observé trois cas d'hommes ruminants, dont deux superficiellement. Le troisième, âgé de vingt et un ans, a sa mère atteinte d'une affection chronique de l'estomac. Il a son infirmité depuis Tâge de dix ans et il l'attribue à Vingestion d*un€ eau fétide provoquée par une soif vive. Il fut traité sans succès par les vomitifs. Sauf une constipation persistante, il se porte assez bien.

]1 rumine sans effort de vomissements, même souvent avec plaisir, et la rumination suit de près le repas. Ce sont les viandes et les boissons qui remontent le moins; les légumes remontent toujours. Lorsqu'il est tranquille, il peut faire remonter volontairement les aliments, mais sans les choisir comme le ruminant de Darwin; il peut souvent retenir les aliments. La bouillie alimentaire, d'abord, épaisse, devient à la fin liquide et amère. Le soir, il ne rumine pas. Langue toujours chargée.

De plus, cette observation se rapproche de rOnsEavATioN XVII par le fait de rumination partielle, c'est-à-dire ne s*exerçant que sur certains aliments. Nous avions déjà vu au passage certains cas de ce genre. Ainsi, dans rOssERYATioN YII, les boissons n'étaient jamais ruminées, de même dans TObservation XVII, ici ce sont les viandes et les boissons. Et, de plus, la rumination ne suit pas tous les repas.

Rapprochons de ces faits le suivant, qui est aussi une sorte de rumination partielle, mais d'un autre genre, car le sujet ramène tous ses aliments de sa bouche, pour n'en ruminer ensuite qu'une partie.

Observation XXII. — Welsh {Obs. med.y ép. XXXVI) rapporte Thistoire de Edouard Damies qui, une heure ou deux après le repas, ne pouvait s'cmpécher de ramener par une sorte de rumination son manger dans sa bouche, d'où il rejetait les substances grasses qui n'avaient pu convenir à son estomac.

Bien que cela soit rare, il peut arriver que le mérycisme soit provoqué : tel est le cas de M. le professeur Brown Sequard, rapporté par M. R. Blanchard.

^ Gazette médicale de Strasbourg ^ année 1870, p. 1i3.

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Observation XXIII. — « Chez M. Brown-Séquard, dit-il, le mécanisme s'établit à la suite d'expériences, par lesquelles ce physiologiste cherchait à déterminer la durée du séjour que devraient faire dans Testomac, les divers aliments, pour s'y digérer complément. Dans ce but, il reproduisait sur lui-môme les expériences classiques de Réaumur et de Spallanzani: il avait une éponge, maintenue au dehors par une ficelle, et au centre de laquelle se trouvait Taliment. Ces expériences allèrent bien pendant quelque temps, puis, à un certain moment, l'estomac se révolta et rejeta l'éponjLce. M. Brown-Séquard lutta longtemps contre son estomac, dans l'espoir de déterminer en lui une accoutumance; mais le rejet de l'éponge persistant et s'accompagnant même de la régurgitation des aliments, il dut s'avouer vaincu et cesser ses expériences. La réjection n'en persista pas moins et constitua pendant longtemps une véritable infirmité. »

Nous dirons avec M. R. Blanchard que « ce nombre restreint de cas ne peut évidemment donner aucune idée de la quantité relative de mérycoles qui existent de par le monde, car, le plus souvent, le trouble fonctionnel dont sont atteints les mérycoles ne constitue point une infirmité et n'a môme rien que de très agréable : les personnes de cette catégorie n'ont donc aucun intérêt à consulter un homme de Tart, n'étant aucunement gênées parle retour des aliments. D'autres mérycoles ruminent inconsciemment, pour ainsi dire, sans se douter que cet état physiologique leur est particulier, et on les étonnerait assurément beaucoup si on leur apprenait que cette fonction ne leur est point commune avec tous les autres hommes ; tel était le cas du sujet observé par Armaingaud. Tel est aussi mon propre cas. Je n'ai aucun souvenir de l'époque à laquelle le mérycisme a pu s'établir chez moi : en tout cas, il remonte à ma plus tendre enfance, et il m'incommode si peu que je l'aurais considéré comme un phénomène physiologique normal, si les livres ne m'eussent appris le contraire. Je m'inquiétais du reste fort peu de savoir si les personnes de mon entourage ruminaient également, tant la chose me semblait naturelle ».

Observation XXIV. — Outre les détails qui précèdent, concernant son propre cas, M. Blanchard en sgoute d'autres qu'il a consignés dans l'article du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, d'où la citation précédente est tirée. 11 a remarqué « qu'il ruminait davantage quand il prenait rapidement son repas, se livrait, au sortir de table, à un travail intellectuel». Suivant sa propre observation, chaque réjection serait déterminée par l'abaissement du dia-

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phragrae, et la dépression des muscles abdominaux. « Ces muscles, ajoute-t-il, peuvent, du reste, se contracter à des degrés divers, et, même en observant dans une Riace, leur action peut très bien passer inaperçue ». Et il dit encore : « qu'il mange de préférence certains mets, uniquement dans Tattente de Tagrèable sensation qu'ils lui procureront lors de la rumination. Quand, cependant, les aliments séjournent dans l'estomac depuis trois ou quatre heures, il est assez fréquent de leur trouver un goût désagréable, amer ou acide, suivant le cas. »

Nous avons terminé la première partie de notre travail et rapporté tous les cas à nous connus de mérycisme observés chez les individus sains d'esprit. Nous n'en tirons en ce moment aucune conclusion générale ; nous espérons qu'on nous pardonnera nos longueurs et des redites inévitables. Mais nous avons pensé qu'il serait bon de réunir toutes ces observations jusque-là disséminées et d'en faire une sorte de préface à l'étude complète du mérycisme, que nous allons aborder maintenant à propos des cas observés chez les idiots ou les aliénés.

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