AFFECTIONS DU PIED CHEZ LES TABÊTIQUKS
sèment : il fut sondé par Michaud(de Louvain), qui ne trouva rien. Pendant le premier mois de 1879, il commença à éprouver des douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Quelques mois après, il vit double pendant quelque temps. Au mois de septembre de cette année 1879, il commença à souffrir des pieds qui -se sont mis à se déformer. Il a cru, à cette époque, avoir affaire à une entorse ; mais sans toutefois pouvoir retrouver le souvenir d*un traumatisme quelconque. Les parties malades étaient un peu douloureuses ; mais il n'en souffrait pas assez pour être empêché de marcher. Depuis deux mois seulement, il y a des douleurs sur le trajet des nerfs cubitaux.
Signe de Romberg. — Anesthésie presque complète (froid, étincelle électrique) des pieds et des jambes; incoordination motrice depuis dix-huit mois). — Réflexes rotuliens abolis des deux côtés. — Myosis (pupilles petites et égales). — Pas de troubles gastriques.
Les deux pieds offraient exactement la
même déformation^qui, toutefois, était plus
prononcée à droite. {Fig, 3.) Le bord interne
du pied était considérablement augmenté „. , . ,.
j, . • j X A 1 *• • Fi^. 3. — Arthropa-
d «épaisseur dans toute la partie qui corres- h^îq ju pied droit.
pond au scaphoïde, au premier cunéiforme et à Tarticulation tarso-métatarsienne. En outre, le métatarse en masse était dévié en dehors, de sorte qu'il existait sur le bord interne du pied, au niveau de Tarticulation tarso-métatarsienne, un angle fortement saillant. On ne constatait point de craquements au niv»eau des parties déformées.
Ces lésions symétriques du pied, se présentant en dehors de toute autre cause connue chez un ataxique avéré, nous parurent devoir être rapprochées des lésions osseuses et articulaires si fréquentes chez les tabé tiques.
Mais la diffusion de la déformation, l'absence de craquements articulaires, nous portèrent à penser que, si les articulations étaient affectées, elles n^étaient pas
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seules en jeu, et que les os aussi devaient être lésés. Toutefois, en l'absence de vérification anatomique, nous crûmes devoir rester sur la réserve^ relativement à la nature intime de Taffection qui nous parut provisoirement désignée suffisamment sous le nom de pied tahétique.
Peu de temps après, au Congrès de Londres, M. H. W. Page* présenta un malade, ataxique aussi, qui offrait une déformation du pied tout à fait semblable à celle que nous venons de décrire. M. Page rattacha, sans hésiter, cette affection au groupe des arthropathies tabétiques.
Observation II. — Arthropathie dans un cas de tabès dorsai (A.-W. Page.)
Le malade est un homme de trente ans. L'affection a commencé en octobre dernier par un gonflement de la jambe droite et du pied, qui étaient douloureux tout d*abord. Puis la douleur passa et le gonflement du pied resta le symptôme principal.
Le cuboïde, lescaphoïde, les trois cunéiformes et les os du métatarse paraissent augmentés de volume, et on peut les mouvoir Tun sur Tautre dans toutes les directions. Les manœuvres auxquelles on soumet le pied ne semblent pas provoquer de douleurs. La plante du pied était le siège d'une anesthésie douteuse. Au bout d'un mois, il se produisitune solution de continuité de la couche cornée de la plante du pied droit, et il se fit une ulcération non douloureuse à l'extrémité du gros orteil. Un mois après, le pied droit était resté dans le même état, mais plusieurs sillons cornés étaient apparus sur l'autre pied. Us étaient tout àfait indolores. Le malade n'offrait aucune particularité dans sa démarche. Le réflexe patellaire était absent des deux côtés; on trouvait le signe d'Argyll Robertson. C'est sous notre observation que le pied gauche commença à être
1 Transactions of the international médical congress, London, 1881, 1. 1, p. 12*. {BriY» Aferf./oum, avril 1824, p. 772.)
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affecté de la même manière que le droit, très rapidement, et sans douleur. Il raconta que quatre années avant il avait souffert de vives douleurs lancinantes dans les jambes. Deux ans auparavant, il avait présenté des symptômes de débilité nerveuse et éprouvé des vomissements quotidiens, qui avaient commencé et cessé tout à fait subitement sans que leur début et leur fin aient eu aucune cause connue.
Au mois de janvier 1882, nous eûmes Toccasion d^observer une dame jeune, chez laquelle le tabès avait débuté dix ans auparavant par des douleurs fulgurantes dans la face, et qui présentait des troubles urinaires, l'incoordination motrice, l'abolition du réflexe palellaire, le signe d'Argyll Robertsou, etc. Peu de temps après, des accès de douleurs fulgurantes siégeant au niveau des articulations métatarso-phalangiennes du gros orteil, il s'était produit une déformation des parties dures de ces articulations, qui étaient augmentées de volume et formaient un angle saillant en dedans. En même temps, il s'était manifesté, au niveau de l'articulation tarso-métatarsienne, des deux côtés, une saillie angulaire non douloureuse, portant seylement sur la face dorsale du pied.
Observation III. Ataxie locomotrice ; début à dix-huit ans, pas de syphilis ; — Douleurs fulgurantes, troubles vésicaux et oculo'pupillaires, incoordination. — Déformation des pieds.
M"*« X..., de Bordeaux, vingt-deux ans. Pas d'antécédents nerveux dans la famille, dit-elle. Elle-même n'a jamais offert d'autres troubles névropathiques que ceux qui constituent la maladie actuelle. Âtoujours été bien portante dans sa jeunesse. Pas de trace de syphilis. Elle s'est mariée à dix-sept ans. Un an après tout au plus Selle commençaà avoir dans la tête et dans
4 Maintes fois déjà nous avons fait la remarque que chez la femme, les premiers symptômes de Taffection tabétique se manifestent souvent de très bonne heure, à T&ge de dix-huit, vin^, vingt-cinq ans, ce qui n'a pas lieu très certainement au môme degré chez IMiomme.
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la face des douleurs fulgurantes ; au niveau des points où elles produisaient, la peau était sensible au toucher. Quelques mois après, des douleurs analogues ont apparu dans les jambes ; mais cessant quelquefois pendant des mois entiers. Ces douleurs étaient surtout intenses au-devant des tibias, où le moindre frottement était insupportable. Quelquefois aussi il y avait une sensation de contriction autour des membres.
Il a trois ans, elle a commencé à éprouver des troubles vésicaux ; rétention et crises douloureuses ; depuis un an et demi
les urines déposent. A partir de la môme époque les douleurs fulgurantes ont notablement diminué ; mais alors apparut l'incoordination motrice : elle s'aperçut qu'elle ne pouvait plus marcher dans l'obscurité ; elle avait des troubles de l'équilibre sitôt qu'elle fermait les yeux; même assise sur un fauteuil, si on enlevait la lumière, elle oscillait. Jamais de diplopie.
Quelquefois petits accès de toux nerveuse pendant la nuit.
9 janvier 1882. — Incoordination motrice, abolition des réflexes FigA. - Arihropaihie du pied patellaires. Signe d'Argyll Robertdroit, son, pupille droite plus grande.
Il existe aux deux pieds, au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil des deux côtés, une saillie angulaire, mais pas de craquements articulaires. (Il y a deux ans elle avait eu des douleurs fulgurantes au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne du côté droit, et les mômes douleurs s'étaient montrées du côté gauche il y a deux mois). L'articulation tarso- métatarsienne forme également une saillie presque à angle droit, des deux côtés, sur la face supérieure du pied. Cela s'est produit depuis un an graduellement, sans douleur ni gonflement. On ne provoque ni craquements ni mouvements anormaux au niveau des articulations déformées. [Fig. 4.)
Enfin, tout dernièrement, nous voyions une dame de trente-six ans qui fut affectée de troubles visuels pour
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la première fois il y a huit ans environ, et chez laquelle révolution du tabès paraît avoir été précipitée depuis quatre ans, par une succession d'émotions morales pénibles. Le diagnostic ne saurait être douteux ; nous relevons, en effet, dans l'histoire de cette dame l'existence de douleurs fulgurantes, d'incoordination motrice, d'anesthésies, de douleurs en cuirasse^ de troubles des fonctions urinaires et génitales, de perte des réflexes patellaires, etc. Elle présente en outre, des arthropathies avec déformation considérable des deux genoux. On voit enfin du côté droit, une déformation du pied exactement reproduite par la figure 5, et qui rappelle, d'une manière frappante^ l'aspect des déformations observées dans les autres cas. Le bord interne du pied droit offre un épaississement très considérable depuis le cou- de-pied, jusqu'au niveau de l'articulation tarso-métatarsienne inclusivement, et d'où il résulte un effacement à peu près complet de la voûte plantaire. Le métatarse paraît portéen dehors,commes'il était luxé; cette déviation produit une saillie angulaire de l'articulation tarso-métatarsienne. Ces parties sont indolores et paraissent l'avoir toujours été, ou peut s'en faut; il n'y a jamais eu ni rougeur,ni craquements, etla marche serait restée possible si d'autres articulations ne s'étaient prises, et surtout si l'incoordination motrice des membres inférieurs n'existait au plus haut point.
Observation IV. — Ataxie locomotrice. — Hérédité^ syphilis^ émotions morales pénibles. — Troubles de la vision, tncoordination, douleurs fulgurantes ; troubles urinaires, arthropathi'es des genoux, — Déformation du pied droit.
M"*«R... de N..., trente-six ans. Nous relevons, parmi les antécédents héréditaires Texistence d'une tante et d'un oncle
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maternels aliénés. Elle-même n'a jamais, dit-elle, offert de troubles névropathiques. Elle s*est mariée une première fois à vingt ans. Au bout d'un an, elle mettait au monde après six mois de gestation, deux fœtus mort-nés. Â la suite de cette couche^ on a constaté Texistence d'une éruption mal déterminée aux organes génitaux, et quelque temps après, elle eut au front quelque chose qu'elle appelle im eczéma, qui dura plusieurs mois et ne laissa pas de trace. Vers la même époque, elle perdit non seulement ses cheveux, mais une grande partie des poils du pubis. Depuis lors elle n'a plus rien présenté qui puisse être attribué à la syphilis ^
Un an environ après ses premières couches, elle en eut une seconde, l'enfant vint bien à terme, mais mourut peu de temps après, sans qu'il soit possible aujourd'hui de déterminer à quelle maladie il succomba.
L'année suivante elle eut une nouvelle couche, l'enfant vint mort à huit mois. Elle avait vingt-cinq ans lorsqu'elle donna naissance à son quatrième enfant, une fille, qui aujourd'hui encore est bien portante. Son mari mourut alors de phthisie pulmonaire.
Dix-huit mois ou deux ans plus tard, elle commença à éprouver des troubles de la vision, elle vit double de temps en temps, et sa vue resta plus ou moins troublée, dit-elle, pendant environ deux ans. Les symptômes oculaires disparurent sans qu'il se soit produit, semble-t-il, aucun autre phénomène morbide ; elle n'aurait jamais eu de douleurs fulgurantes, elle est très affirmative sur ce point. Se croyant en parfaite santé, elle se remaria; elle avait alors trente-deux ans environ.
Jusqu'à son accouchement qui eut lieu l'année suivante tout alla bien ; mais elle avait affaire à un mari qui semble être dipsomane et qui de temps en temps s'enivre tout une série de jours pendant lesquels il est d'une violence extrême. Trois jours après son accouchement, il faillit mettre le feu à son lit; elle en éprouva une grande frayeur, et depuis ce moment, elle est restée très émotive. Quand elle voulut se lever, trois ou quatre semaines après la délivrance, elle remarqua tout de suite que ses jambes étaient faibles et obéissaient maladroitement : quand elle essayait de marcher dans l'obscurité,
1 Nous relevons particulièrement, dans ce cas, parmi les circonstances étiologiques, l'influence combinée de l'hérédité nerveuse (tante et oncle maternels aliénés), et de la syphilis.