‹ Archives de neurologie (volume 4)Chapitre 30 sur 51 · AFFECTIONS DU PIED CHEZ LES TABÉTIQUÉS · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DU PIED CHEZ LES TABÉTIQUÉS

elle était prise immédiatement d'une anxiété très pénible, parce qu'elle sentait que l'équilibre allait lui manquer.

A cette époque, elle commença à éprouver des douleurs fulgurantes dans les membres inférieures. Aux points où se manifestaient des douleurs, elle constata fréquemment Texistence d'une sensibilité douloureuse de la peau disparaissant peu de temps après les fulgurations. Elle a observé aussi quelquefois des bleusy dont elle ne pouvait pas s'expliquer l'origine, n'ayant souvenir d'aucun choc. En môme temps elle avait des douleilrs dorso-lombaire et une sensation de contriction très pénible à la base du thorax.

Quatre mois après son accouchement, elle eut au membre inférieur gauche quelque chose qu'on appela une phlébite : il y eut du gonflement diffus, au niveau du genou surtout, sans douleur intense, sans rougeur et sans fièvre, au moins très forte à ce qu'il parait.

Un an plus tard environ, le pied droit commença à se déformer et à se tordre en dedans pendant la marche qui devint surtout gênée alors par l'incoordination des mouvements ; mais la région déformée n'était affectée que de douleurs insignifiantes.

Quelques mois après le genou gauche commença à se disloquer, l'articulation n'a point été douloureuse, mais parait avoir été le siège d'un gonflement assez considérable.

Au mois de novembre 1881, le genou droit est devenu à son tour le siège d'un gonflement considérable sans grande douleur, sans rougeur et s'est déformé.

En même temps que les deux genoux se déformaient la peau et le tissu cellulaire sous-cutané des deux membres inférieurs devenait le siège d'un épaississement éléphantiasique, s'étendant depuis le cou-de-pied jusqu'à la racine du membre.

Depuis un an les douleurs paraissent avoir beaucoup diminué, mais il est survenu des troubles urinaires ; au moindre effort l'urine s'échappe. Elle est sujette à la constipation.

Etat actuel (juillet 1882). — La vue est assez bonne, pas de diplopie. Les paupières sont un peu tombantes. Myosis. Signe d'Argyll Robertson. De temps en temps nous avons été témoin d'accès de toux avec reprise coqueluchoïde qui n'avaient pas frappé l'attention de la malade, mais qui semble exister depuis plusieurs années déjà; ces accès de toux la réveillent souvent la nuit. Sensation de constriction thoracique en cuirasse, s'exa-

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gérant par moments. Rarement elle se plaint de douleurs rachidiennes vers la partie supérieure de la région lombaire. Plaques d'anesthésie varibles comme siège et comme intensité sur le ventre et les membres I inférieurs. Anesthésie plantaire

très marquée. Perte du sens musculaire dans les membres inférieurs ; la malade a perdu la notion de leur position : quand elle ne les voit pas, elle ne reconnaît point les mouvements communiqués. Ces troubles n'existent pas aux membres supérieurs. Cependant il existe un certain engourdissement des mains sans localisation spéciale.

L'incontinence d'urine est très variable suivant les jours; elle augmente quand la malade est soumise à une émotion. Ordinairement il y a constipation ; mais on observe de temps en temps des diarrhées qui se manifestent sans motif, et cessent de môme. Les sensations génitales et les désirs sont complètement abolis depuis le dernier accouchement. Abolition des réflexes patellaires.

Il existe dans le genou gauche des mouvements de latéralité et de flexion antérieure, qui empêchent f'/^.5.— Arthropatliiedugenou; complètement la station, sans le pied ataxique. secours d'un appareil contentif ; le

genou droit est aussi le siège des mouvements de latéralité, mais la malade peut encore se soutenir un peu sur ce membre. Elle ne peut faire quelques pas que soutenue par deux personnes et elle lance ses jambes de côté d'une manière tout à fait caractéristique. Même quand elle est ainsi soutenue, si on lui fait fermer les yeux, il lui devient à peu près impossible de faire un pas.

Du côté droit, la partie inférieure du fémur parait augmentée de volume et les condyles font saillie en arrière de l'articu-

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lation. Du côté gauche, le condyle externe semble porté à la fois en arrière et en dehors; mais le fémur ne parait pas augmenté de volume.

Le pied droit offre une déformation très considérable. Le métatarse et les phalanges sont déviés en dehors dans leur ensemble, et forment sur le bord interne du pied un angle obtus avec le tarse. Au niveau de Tarticulation tarso-métatarsienne le bord interne du pied offre un épaississement très manifeste, et il y a là {fig. 5) une saillie arrondie qui s*étend en dehors sur le dos du pied. Le creux plantaire est à peu près effacé ; il semble que tous les os du tarse participent à la tuméfaction.

Les ongles des deux pieds sont dystrophiés, particulièrement à droite. Aux mains, ils ne présentent point d'altération apparente, mais ils sont moins épais et poussent moins vite qu'autrefois.

L'-épaississement éléphantiasique des deux membres supérieurs n'a subi aucune modification ; on peut se rendre compte de cette déformation du membre par Texamen de la figure 6.

Il peut donc exister chez les ataxiques, une aff'ection spéciale du pied, s'accompagna nt d'une déformation au niveau de Tarticulation tarso-métatarsienue, caractérisée par une saillie angulaire prédominant le plus souvent sur le bord interne (Obs. I, II, IV), quelquefois sur la face dorsale du pied (Obs. III). Cette affection n'est sans doute point très rare, puisque nous l'avons rencontrée trois fois en deux ans.

La lésion semblerait au premier abord n'affecter que l'articulation tarso-métatarsienne; et, bien que l'augmentation de volume des parties dures de la région tarsienne permît de soupçonner des altérations plus complexes, l'examen clinique des faits ne suffisait pas, à lui seul, à étayer une opinion définitive.

L'anatomie pathologique ne nous a pas fait attendre longtemps la solution de la question. Un cas analogue

à ceux que nous venons de relater s'étant présenté à THôtel-Dieu, Tautopsie a pu être faite, et M. leD'Capitan a bien voulu nous remettre les pièces qu'il a recueillies.

Observation V. — Examen du squelette du pied dans un cas d'affection compkxe des os et des articulations chez un ataxique. {Fig. 6.)

Calcanéum (14). — La facette postérieure de la surface articulaire supérieure est encore facilement reconnaissable; ou remarque seulement à son pourtour un certain nombre de petites productions ostéophytiques. La facette antérieure est au contraire complètement usée et comme évasée. La surface articulaire antérieure n*est plus reconnaissable. La petite apophyse est augmentée de volume et déformée, mamelonnée.

Astragale (13). — Il n'y a que la surface tibiale et les surfaces malléolaires qui soient reconnaissables. La face supérieure est complètement usée, la tète a disparu ou du moins a été séparée (12) au niveau du col et est à peine reconnaissable parmi les fragments informes qui ont été trouvés à la place du tarse.

Cuboîde (9).— Il est représenté par une masse irrégulière et ne peut être reconnu que par la gouttière de la face inférieure.

Le scaphoîde est représenté par deux fragments irréguliers (10 et 11) à surface poreuse.

Premier métatarsien {\), — Considérablement épaissi à sa partie postérieure qui est complètement soudée au premier cunéiforme (6). Le deuxième métatarsien (2) est également soudée au deuxième cunéiforme (7) . Toutes les surfaces articulaires postérieures des trois autres métatarsiens sont plus ou moins altérées, détruites par usure sur certains points. Vingtcinq fragments osseux de volume divers et de formes irrégulières se sont détachés des os principaux : un de ces fragments, plus volomineux (8), rappelle par son aspect général le premier cunéiforme^ sans que toutefois on puisse être plus affirmatif sur son identité *.

1 La pièce a été présentée à la Société anatomiqiie le 13 juillet 1883.

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