‹ Archives de neurologie (volume 4)Chapitre 38 sur 51 · C. c., Corps calleux · texte numérisé non relu

C. c., Corps calleux

N. c, Noyau caudé.

X, Direction des faisceaux pyramidaux indiquée schématiquement. X\ Fibres de ces faisceaux, qui se terminent au fond de la scissure de Rolando.

DU MÉRYCISME*; Par BOURNEVILLE et SÉGLAS.

ÏV. — DU MÉRYCISMB CHEZ LES IDIOTS ET LES ALIÈNES. [Suité).

Anatomie pathologique. — Nous avons essayé de démontrer plus haut que le mérycisme n'est pas un phénomène morbide : aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver dans les quelques au-

» Voir le n» 16, p. 86, et le n» 17, p. i47.

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topsies de méricoles qu'on a pu faire une absence complète de lésions organiques. L'anatoinie pathologique ne peut guère nous fournir que des données sur des anomalies de conformation ou de structure de Torgane qui doit être regardé comme le siège du mérycisme, c'est-à-dire de l'estomac, encore ces données sont-elles bien vagues.

Etan* lonnée l'identité presque complète du mérycisme et de la rumination des animaux, la première idée qui vient à Tesprit est de pousser plus loin Tanalogie, et Ton est enclin à s'imaginer que l'estomac des méricoles, par un vice bizarre de conformation, doit se rapprocher beaucoup de celui des mammifères ruminants. C'est ainsi que Salmutz, Bartholin, avaient supposé chez les mérycoles l'existence de plusieurs estomacs ; mais quand on a observé ces cas, ce n'était plutôt que des diverticulum placés dans l'estomac et encore les individus n'étaient pas mérycoles. L'autopsie n'a jamais montré rien d'anormal dans la conformation de l'estomac des individus atteints de mérycisme. Dans les Observations I, II, VIII, XV, ainsi que dans les suivantes, l'estomac était toujours unique, la cavité simple, sans diverticulum ni rétrécissements.

La dilatation de testomac est peut-être l'état qu'on a le plus fréquemment observé à l'autopsie. Arnold en a vu trois cas; Peyer Ta aussi notée. (Obs. I.) Dans l'autopsie de l'individu qui fait le sujet de I'Observation XXIX on trouve que la grosse tubérosité de testomac était plus développée que d'ordinaire et en contact avec le diaphragme^ même à l'état de vacuité. La position de l'estomac, normale d'ailleurs, était plus verticale que de coutume ; en outre, le diaphragme était notablement épaissi. Nous ajouterons que Rossier a constaté sur le vivant cette dilatation de l'estomac. (Obs. XXVIII.) Bryand a trouvé le contraire dans l'observation suivante. {Biblioth.méd,, t. LU, p. 117.)

Observation XXVI. — Anne Ferry, fiJle d*un tisserand, eut à l'âge de quinze mois la coqueluche qui dura pendant quatre mois. A cette époque, ses parents aperçurent quelques symptômes dHmbéeillitéy qu'ils n'avaient point encore remarqués. A onze ans, elle pouvait rejeter à volonté par la bouche les aliments que contenait son estomac ; mais cette faculté fut accompagnée au bout de quelques mois, de toux, de dyspnée, de maigreur, qui firent des progrès rapides et se terminèrent par la mort.

Autopsie. — Léger épanchement d'un fluide jaunâtre entre la

378 ur.vuR critique.

dure-mère et Tarnchnoïde ; vaisseaux de la pie-mère engorg-és ; plaques nombreuses de lymphe coagulée sur la surface du cervelet; épanchement semblable des ventricules droit et gauche ; poumons remplis de tubercules ; adhérences de la plèvre costale, ^tomac très contracté; muscularité du, }yyhre évidemment augmentée; quantité considérable de lymphe coagulée à la surface des intestins grêles; pancréas très volumineux, dur, comme cartilagineux.

La « muscularité » plus développée du pylore, à laquelle l'auteur attribue la faculté de rumination, n'a été notée que dans ce seul cas. Nous en rapprocherons TObservation II où l'œsophage a été trouvé très épaissi, et I'Observation XXIX où la même remarque fut faite à propos du diaphragme.

D'un autre côté, M. Hill a publié dans son Fssat sur les moyens de prévenir et de guéinr raliénation mentale^ un exemple de mérycisme. Le malade ayant succombé à une attaque cfépilepsie, Y on a remarqué, à l'ouverture de son cadavre, que l'estomac avait une ténuité extrême et que les rides de la membrane muqueuse étaient entièrement usées. Ajoutons que les deux autopsies de mérycoles que nous avons pratiquées ne nous ont donné que des renseignements négatifs.

En résumé, absence de vices de conformation et dilatation de l'estomac, tels sont les deux points mis en relief par les autopsies. Quant au développement exagéré du système musculaire des organes de la digestion, invoqué comme cause du mérycisme, nous ne pouvons guère, d'après les recherches sur le cadavre, l'ériger en principe. D'un autre côté, si les phénomènes de rumination n'avaient été observés que chez des idiots, on eut pu se croire autorisé à former l'hypothèse d'une cause cérébrale; mais le grand nombre de faits observés chez des gens sains d'esprits réduit à néant cette idée. Il résulte de toutes ces considérations que l'on se trouve réduit à n'admettre comme principe du mérycisme qu'une disposition nerveuse, particulière, susceptibilité exagérée de la muqueuse stomacale, d'après Gambay; à en faire, en un mot, avec les auteurs que nous citions tout à l'heure, et en attendant mieux une névrose de la digestion.

Symptômes et mécanisme, — Avant d'aborder l'étude de l'acte du mérycisme, il nous paraît utile d'examiner en quelques mots l'état des voies digestives et le mode d'ingestion des aliments chez les individus qui y sont sujets.

Du côté des voies digestives il n'y a rien de bien particulier

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à noter. La langue est bonne, Tappétit conservé et même augmenté, sauf certains cas exceptionnels comme celui deRossier (Obs. XXVIII), où le sujet, déjà malade, avait encore vu son état s'aggraver sous Tinfluence de vomitifs répétés. La soif est plus souvent modérée; l'abdomen est souple, non distendu; cependant, dans TObservation XXVIII, on a noté une dilatation notable de rhypochondre gauche; nous n'avons jamais relevé ce fait. Chez nos idiots, les selles étaient toujours normales et régulières; il n'en est pas toujours ainsi; on a, en efiTet, signalé quelquefois (Obs. XVII, XXI, XXVIII) une constipation persistante. Le seul point défectueux de l'appareil digestif serait peut-être Tinsuffisance du système dentaire, qui présente, comme on le verra par les observations suivantes, des altérations souvent considérables. (Obs. XXVIII, XXX.)

Quant à l'assimilation, elle se fait généralement bien, à condition toutefois, comme nous l'avons déjà dit, qu'on n'interrompe pas le cours de la rumination.

Le mode d'ingestion des aliments présente des particularités plus importantes. Nous avons déjà signalé l'existence de la voracité dans plusieurs observations; on va la retrouver encore dans celles qui vont suivre; c'est là un fait presque général et il est même quelquefois étonnant de voir des mérycoles se bourrer de viandes, depommes de terre, de pain, qu'ils avalent gloutonnement sans même boire pour en faciliter l'ingestion. (Obs. XXVIII.) Voici d'ailleurs un bel exemple de voracité déjà publié par l'un de nous *.

Observation XXVII. — En dépit de tous les soins dont il était l'objet, X... avait conservé une voracité insatiable; une surveillance perpétuelle était indispensable; car ordures, débris de légumes, excréments même..., tout était bon pour son inépuisable appétit. A table, placé à côté d'un maître, isolé de ses camarades, il dévorait en un clin d'œil ce qu*on lui donnait. Son assiette était-elle vide, on le voyait, le regard fixe, convoitant voluptueusement la part de son petit compagnon d'infortune le plus rapproché. Celui-ci était-il distrait une seconde, Becco (c'était le surnom du malade) se précipitait comme un trait, le produit du vol était englouti. On lui coupait sa viande par morceaux ; mais, pour lui, les dents étaient inutiles, il ne daignait pas s'en servir. Puis une heure, plus ou moins, après le repas, on le surprenait mâchonnant avec

ï Boumeville. — Mémoire sur la condition de la bouche chez les idiots,

380 REVUR CRITIQUE.

une sorte de bonheur, les yeux brillants de plaisir, des morceaux entiers de chair, restés presqu'inlacts, qui reprenaient bientôt le chemin de l'estomac.

Il est fort aisé de comprendre qu'avec une pareille voracité, il ne peut y avoir une mastication et une insalivation suffisantes. Aussi, à part TObservation VU, toutes les fois qu'on a songé à examiner la digestion buccale, Ta-t-on trouvée imparfaite. Nous avons noté le fait dans nos observations de Bicétre, car il nous est arrivé de retirer les aliments de la bouche du malade au début de !a rumination et de les trouver alors presqu'intacts.

Les aliments sont ingérés : queva-t-il maintenant se passer? Il y a généralement un certain intervalle entre le repas et le début de la rumination; mais cet intervalle est très variable, et cela chez le môme sujet. Nous avons souvent observé le début de la rumination quelques minutes après le repas, tandis qu'une autre fois, le même individu n'avait pas encore commencé à ruminer au bout d'une heure. L'intervalle qui sépare le repas du début de l'acte est certainement sous l'influence de quelques conditions particulières : c'est ainsi qu'un repas copieux, l'ingestion d'une grande quantité de liquides ou de certains aliments particulièrement agréables au goût de l'individu peuvent hâter le moment de la rumination. Quoi qu'il en soit, l'espace de temps qui la sépare du repas peut varier de quelques minutes à une heure et plus : en général, c'est au bout d'un temps assez court, d'un quart d'heure en moyenne, que se produit la première régurgitation.

Mais, avant que la première bouchée ne soit remontée dans la cavité buccale, il peut se produire certains phénomènes, sortes de prodromes de l'acte qui va s'accomplir. Presque tous ceux que l'on a pu constater sont consignés dans l'observation suivante :

Observation XXVIII. — Démence épileptiqxie. — Mérydsme; woracité ; défaut de mastication. — Description du mérycisme. — État des voies digestives. — Diminution des phénomènes sous l'influence d'un traitement belladone {Journal des Connaissances médicales, 1862, p. 181 ). — Louis C..., agriculteur, âge de soixante-cinq ans en 1860, a joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de cinquante-six ans. Il ne peut donner aucun renseignement sur ses parents.

En 185*2, il eut, un jour, un accès de manie avec grande excitation et hallucinations de la vue. Quelque temps après, il tomba

DU MÊRYCISMR. 381

suhiteinciil à terre sans connaissance. Au bout d*un moment, il sortit de son état comateux avec des cris, une grande agitation et de Técume sanglante à la bouche. Des accès pareils se sont répétés dès lors cinq à six fois par an, jusqu'en 4 808. Depuis lors, jusqu'en 1860, il n'eut aucun accès. Cette année, il en eut un à peu près par mois.

Lors de la première chute, le malade resta un mois sans parler, puis les mots revinrent peu à peu ; mais il éprouva toujours pour parler une difficulté qui va s'augmentant ; en môme temps, la mémoire s*aiTaiblit graduellement.

Un peu après Taccès de folie qui caractérisa le début de la maladie, G..., qui de tout temps avait mangé fort avidement et presque sans mâcher, commença à ruminer. Cela n'arrivait d'abord que pour la salade. Peu à peu, cet acte suivit toute espèce d'aliments et chaque repas. Depuis six mois, le malade, qui vaquait à ses affaires, s'affaiblit de plus en plus. Depuis la recrudescence des accès épileptiques qui s'est manifestée au début de cette année, il a commencé à ressentir souvent des verti^'es pendant la station et la marche. Ces vertiges sont devenus si pénibles que depuis trois mois, il a été obligé de garder le lit. Dans les derniers temps, il a été traité presque exclusivement par Tusage des vomitifs répétés tous les huit jours et cette médication a considérablement aggravé son mal. Les forces déclinent; l'appétit^ autrefois exagéré, est presque perda : il y a des renvois acides et des vomissements spontanés peu abondants après les repas , phénomène qui ne se produisait jamais alors que le malade pouvait encore suivre ses occupations.

État actuel, 14 mai 1860.— Le malade est au lit; c'est un homme bien proportionné, d'un tempérament lymphatico-sanguin, amaigri par une longue maladie. Il porte sur sa ligure un cachet d'imbécillité que sa parole semble confirmer. — L'intelligence est obtuse, la mémoire affaiblie. Ce qui le préoccupe surtout, c'est la rumination, puis les vertiges. La première se montre généralement peu de minutes après les repas. Elle n'est habituellement précédée d'aucun sentiment douloureux, et le malade n'a pas conscience de son début. Seulement, depuis l'usage des vomitifs, il ressent une pesanteur à Vépvjastre, surtout au moment où commence le retour des aliments. Il peut retenir mais non empêcher l'acte par l'effet de la volonté; mais alors il éprouve à l'estomac un poids si insupportable qu'il est obligé de laisser le phénomène se produire. Il peut ruminer dans toutes les positions, plus facilement dans la position assise. Quand cela lui arrive, il y a, en général, fort peu d'intervalle entre deux gorgées; cependant, lorsque la rumination tire à sa fin, les intervalles augmentent. Quand le malade peut se tenir debout ou marcher, les intervalles sont plus longs, mais la durée totale s'allonge en proportion. Celle-ci était habituellement de deux à trois heures pour le dhier, d'une demi-heure à une

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heure pour le déjeuner ou le souper; depuis Teinploi des vomî- Lifs, elle varie de trois à quatre heures pour le diner. Autrefois le goùl des alimenta ne forçait jamais à les recracher : depuis les vomitifs, cela lui est arrivé quelquefois, parce qu*il leur trouvait aloi*s une saveur insupportable.

L'ordre de retour des aliments est le suivant : ce sont les légumes qui se présentent les premiers à la bouche, puis la viande ; ils sont habituellement fort peu altérés, le malade avalant ^Moutonuement la nourriture presque sans la mâcher. Vers la (lu de la rumination, ils consistent plutôt en une bouillie qu'en parties alimentaires distinctes. Les liquides ingérés ne reviennent jamais seuls à la bouche; mais les gorgées sont plus nombreuses quand le malade avale de grandes quantités d'aliments liquides qu'il affectionne, vu la perte de ses dents et la faiblesse de son estomac. Avant le traitement, le nombre des gorgées est de 6-12 pour le déjeuner; it-21 pour le dîner; 7-16 pour le souper.

La bouche est complètement privée de dents ; la langue rugueuse, couverte d'un enduit épais et portant plusieurs traces de morsures; le ventre, ballonné vers le haut, donne à la pression dans la région épigastrique un gargouillement commç celui d'une outre à moitié remplie de liquide. Toute cette région, depuis Tombilic jusqu'à la région costale gauche donne le même timbre de percussion. On trouve une matité relative dans les parties qui correspondent au liquide évidemment accumulé dans l'estomac dilaté. Les régions inférieures de l'abdomen n'olfrent aucune matité. Le foie et la rate ont le volume normal.

Depuis nombre d'années, la coîutipation est habituelle : elle a augmenté depuis l'usage des vomitifs. Soif modérée; urines normales. Rien au cœur; un peu d'emphysème; sensibilité et motililé intactes.

Le malade fut d'abord mis à une diète sévère et, le 19 mai, on régla sou régime de la façon suivante : Suppression des légumes, soupes, bouillies, liquides. Usage de viandes blanches rôties, de pain et de vin coupé avec de l'eau de Seltz. On prescrivit aussi des pilules d'aloès et de rhubarbe.

Le 26 mai, le malade va mieux ; il se lève un peu et a moins de vertiges. L'appétit est bon, la rumination se montre encore tous les jours. Le uombre des régurgitations est toujours le même ; mais elles se font sans aucune gêne. La langue est nette, les selles quotidiennes. Plus de gargouillement abdominal à la palpation.

Le 9 juin, on prescrit l'extrait alcoolique de noix vomique (0,07a) et sous l'intluence de ce remède, le nombre des régurgitations diminue des deux tiers. — Mais à la fin de juillet le retour plus fréquent des vertiges, l'existence de soubresauts musculaires, font reprendre le premier traitement. — Les mois d'août et septembre se passent sans aggravation.

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Avec le mois d'octobre oa reprend la. noix vouiique. Les vertiges deviennent très fréqueuts.;Le H octobre, G... est pris d'un accès d'agitation maniaque, qui se renouvelle le i novembre. Alors, on clierche à conjurer ces attaques par la belladone (0,02 d'extrait environ par jour), à doaes croissantes et avec quelques intermissions le régime alimentaire reste le même.

Le 15 février le malade va bien : les vertiges ne reviennent plus que rarement, l'hébétude est moins marquée^ la parole plus libre. La langue est nette, l'appétit modéré ; les régurgitations persistent, mais moins fréquentes (six à dix par jour) et seulement au 4iner. — Depuis quelque temps, le malade a pu reprendra quelques occupations.

Sans nous occuper dans ce cas de la description du mérycisme et de son traitement, dont nous aurons à parler dans la suite, nous relèverons parmi les phénomènes prémonitoires de l'acte : des éructations fréquentes, quelquefois même du hoquet, que nous avons aussi observés, surtout les premières, presque constamment chez nos malades. D'un autre côté, nous n'avons pas trouvé le ballonnement abdominal signalé dans le fait précédent. La sensation de plénitude à Vépigastre dont il est parlé dans ce cas et mentionnée par Cambay a été notée encore chez d'autres mérycoles (Obs. VI, XIII, XVII); nos malades étant en général incapables de fournir aucun renseignement, nous n'avons rien de personnel à dire sur ce point. Ajoutons, à ces prodromes, Yabsence de nausées et le spasme de fœsophage qui ont été indiqués quelquefois. (Obs. XVI.)

Ces symptômes se manifestent, en général, pendant un temps très court et sont suivis presque immédiatement du renvoi de la première bouchée. Gomment ce renvoi se produit-il ? C'est ce que nous allons maintenant examiner.

Le mécanisme du rejet des aliments dans la rumination, qui n'est pas indiqué dans le fait précédent, se trouve déjà tracé à grandes lignes dans une autre observation que nous jugeons utile de rapporter avant d aller plus loin dans l'étude des symptômes.

Observation XXIX. •— Idiotie; mérycisme, — Voracité', 'pas din^ salivation ni de mastication : fonctions digestives intactes. — Début de la rumination deux ou trois minutes après le repas. Mécanisme, arrêt fnomentané par le décubitus dorsal. {Gazette des hôpitaux, 1863, p. 245, el Journal de méd. de Lyon, 1866, p. 303.) — Jean G..., âgé de quatorze ans, est entré à l'hospice de l'Antiquaille le 17 mars i8o7.

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11 est né à Villefranche. Il est impossible d'avoir des renseignements sur sa famille ou sur ses premières années.

Il a la taille d'un enfant de douze ans à peine et est idiot dans toute la vigueur de Texpression. Les manifestations intellectuelles sont nulles; il ne prononce jamais une parole; il est calme, tranquille. Le front est bas, couvert eu partie par les cheveux. Les lèvres sont volumineuses et paraissent plus saillantes encore, grâce à un mouvement de succion qui lui est familier.

Il se tient habituellement accroupi dans un coin, les veux fixés à terre, immobile ou imprimante la tôte un balancement monotone. Sa physionomie n'exprime habituellement ni peine ni plaisir. Il ne manifeste ses sensations que dans un seul cas et d*une seule manière. Lui fait-on mal, soulfre-t-il, il pousse un cri inarticulé, toujours le même, puis il rentre dans sou calme ordinaire.

Il ne sait pas prendre les aliments qui sont devant lui pour les porter à sa bouche. Il faut les lui mettre dans la main ou mieux dans la cavité buccale. Lorsque cette dernière estrestée vide quelque temps, on voit bientôt la salive s'en écouler au niveau de chaque commissure et tomber sur les vêtements.

Sa nourriture de prédilection consiste en pain, soupe et viande. Il mange diffkHement les iégumes, les fruits; souvent même il refuse de les avaler.

Ce qui frappe d'abord chez lui, c'est la manière dont il prépare le bol alimentaire. A peine les aliments sont-ils dans la bouche, que la déglutition s'opère sans qu'il y ait presque insalivation etmastication. On peut lui faire absorber ainsi une très grande quantité de mie de pain par exemple et cela sans boire. A peine peut-on lui faire accepter quelques gouttes de liquide.

Dès qu'on a cessé de lui remplir la bouche, il semble se recueillir ; après un temps très court, deux ou trois minuteSy il penche la tête en avant, étend le cou, contracte simultanément son diaphragme et ses muscles abdominaux^ il ajoute une légère inspiration^ et bientôt un premier bol alimentaire remonte sans effort dans la bouche. 11 s'accompagne parfois d'un léger gargouillement qui siège au pharynx. A ce moment seulement commence la mastication.

Les premiers bols sont compo.-és d'aliments presque normaux : après quelque temps, ils commencent à s'altérer ; à la fin de l'opération ils n'offrent plus l'aspect que d'une pûtechymeuse. Le temps de la rumination varie avec la quantité d'aliments ingérés dans l'estomac. On peut suivre ainsi les diverses altérations que subit le bol alimentaire dans l'acte stomacal de la digestion : pendant tout le temps que dure le travail, il a les yeux fixés; loin de paraître souffrir, il se frictionne parfois la poitrine avec un air de satisfaction assez marqué.

Quand toute la masse ingérée a subi cette seconde mastication, il reprend son immobilité [)remière et la salive ne tarde pas à

DU MÉRYGISME. 385

s'écouler de nouveau. Tel est le spectacle que nous offre cet idiot après cha>{ue repas. Malgré cela la santé générale est intacte, les forces sont normales, les selles régulières, les urines rares. Rien en un mot ne semble, dans Torganisme, souffrir de ce trouble pathologique qui semble presque physiologique chez notre malade.

Chez ce jeune mérycole, on arrêtait pour un moment le cours de la rumination, si on le maintenait coucAé sur le dos, la tête renversée en arriére.

Malgré le mérycisme physiologique du malade, rien d*anormal dans son estomac, si ce n'est peut-être la grosse tubérosité plus développée que de coutume. Sa position était aussi un peu plus verticale que d'ordinaire. Cette grosse tubérosité était en contact avec le diaphragme, même à l'état de vacuité. Le diaphragme était épaissi d'une manière très notable.

Voûte crânienne amincie ; — épanchement sanguin sous les téguments du crâne; —méninges normales; — ciixonvolutions indurées, lassées contre les enveloppes par Texpansion des ventricules latéraux distendus par de la sérosité. — Corps ca//eiM5 aminci, jaunâtre. — On trouve cinq tumeurs cérébrales siégeant toutes sur le trajet des plexus choroïdes, sur les plexus eux-mêmes, sur le plancher des ventricules. Bien que la lésion soit surtout à droite (trois tumeurs dont deux volumineuses mesurant de cinq à sept centimètres accolées vers la partie antérieure de la couche optique, entrant un peu dans la corne frontale), il n'y a jamais eu hémiplégie, strabisme ou paralysie. — Le trigone est ramolli, déformé; le septum lucidum a disparu; les corps striés et les couches optiques ramollies.

Les reins sontdurs, volumineux, présentent une grande quantité de tumeurs de volume variable, pédiculées ou non et s'attachant sur la substance corticale ou dans Tinlérieur des pyramides. — Une tumeur (volume d'une noisette) semblable a été trouvée dans le foie.

Examen miscroscopique, — Les tumeurs du cerveau ont un aspect encéphaloîde : elles renferment un suc blanchâtre analogue au suc cancéreux et présentent de grosses cellules avec de gros noyaux à nucléocles comme les cellules cancéreuses. On trouve aussi des éléments de nature conjonctive.

Dans les tumeurs des reins, on trouve un grand nombre de noyaux conjonctifs en général peu difformes. Les canalicules urinipares ont disparu dans les points envahis. Les cellules épithéliales de leur face interne se trouvent encore, mais infiltrées de graisse.

La tumeur du foie est constituée surtout par des noyaux conjonctifs peu altérés dans leur forme et réunis par une matière amorphe peu consistante et très granuleuse.

Nous reviendrons tout à Theure sur la description du mé^ rycisme une fois établi : pour le moment nous ne nous occu-

Archives, t. VI. 23

386 REVUB CUITIQUK.

perons que de son mécanisme. D'après le fait précédent, la flexion de la tète, Textension du cou, la contraction simultanée du diaphragme et des muscles abdominaux, une légère inspiration, une sorte de gargouillement, et tous ces phénomènes avec peu ou pas d'efforts, tels sont en somme les phénomènes qui se produisent généralement au moment où la rumination s'opère : nous retrouverons la plupart d'entre eux chez les sujets que nous avons observés. Entre tous, le plus important est incontestablement la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux ; aussi est-ce celui qui a le plus fixé l'attention des observateurs et sur lequel ont porté les discussions. Certains médecins, Percy et Laurent, ont nié absolument l'action de ces muscles dans la production du mérycisme ; et voici, d'après eux, le mécanisme de ce phénomène. On y retrouvera, d'ailleurs, la plupart des points que nous venons d'indiquer.

a Quand les regorgements vont se produire, la tète est portée en haut et en avant ou en bas contre le sternum. Un bruit sourd el comme un bouiHonnement se fait entendre d*abord dans le phai-ynx ; puis un aulre bruit plus clair, plus brusque (tic), comme celui d'une soupape qui s'ouvrirait tout à coup. Au milieu de ces mouvements, Vœsophage éprouve des tractions, des succussions qui sollicitent Testomac et en attirent plutôt qu'elles n'en font expulser

une portion des matières qui y sont renfermées Aucun effort

du côté de l'enceinte musculaire abdominale ni du diaphragme, aucune action appréciable de la part de l'estomac quoique bien sûrement celui-ci ne soit pas étranger à ce qui se passe au dedans de lui-même. Le mérycole attentif est inquiet, attend le conmiencément de la rumination. Il le hâte en faisant entrer de l'air dans l'œsophage où son accès serait si propre à produire cet état de réplétion et de trop plein qui favorise de plus l'évacuation de cel organe. Il cherche à en attirer de l'un et de l'autre pour l'excréter ; il allonge et élargit tour à tour le canal œsophagien, le tic a lieu. C'est le signal de l'ouverture de cardia par lequel une colonne d'à* liments fait aussitôt irruption comme si elle eut été poussée par une puissante compression ou qu'un mouvement particulier qu'on appellera, si l'on veut, antipéristaltique l'eût forcée par ses puissantes ondulations à s'échapper ainsi. »

Un autre auteur, Gambay, donne une explication qui s'éloigne passablement de celles que nous venons de rapporter. Pour lui, l'appel d'air que fait souvent le mérycole au moment de ruminer, n'a pas pour effet la dilatation de l'estomac, car cet

DU MKRYCISMB. . 387

air n'est pas avalé. C'est une simple inspiration qui a pour but d'abaisser le diaphragme ; en même temps il y a une légère contraction des muscles de l'abdomen. L'estomac, qui se trouve alors comprimé par les deux plans musculaires et par les intestins, qui sont refoulés vers lui, réagit sur les substances qui le distendent, et une masse alimentaire force le cardia, gagne Tœsophage et le pharynx dont les contractions successives l'amènent dans la cavité buccale. Tout en admettant la participation du diaphragme et des muscles de Tabdomen, l'auteur ajoute que leur action est si faible que le mérycolo lui-même ne la perçoit que s'il y fait attention. En outre, elle n'existerait que pour la première gorgée après laquelle les contractions de l'estomac, que l'auteur localise dans la grande courbure, suffiraient seules pour continuer le niérycisme. Par ce dernier point, cette théorie se rapproche de la précédente, dont elle no diffère, somme toute, que par l'action attribuée aux muscles abdominaux et diaphragmes.

Pour nous, voici, d'après ce que nous avons observé, la façon dont se produit la rumination.

Il nous semble évident que le mérycole sent approcher Tinstant où la rumination va se produire ; car, à ce moment, il semble se recueillir et attendre. Cet instant est quelquefois très court, quelques secondes à peine, comme chez Juven... (Obs. XXXI), qui n'interrompait guère son balancement habituel quand la bouchée allaitremonter.ChezGren... (Obs.XXX), ce fait était plus visible, car il cessait ses cris ou ses rires pendant unpeuplus de temps, jusqu'à ce que le bol alimentaire fut revenu à la bouche. Chez ce dernier enfant, d'ailleurs, tous les phénomènes du mérycisme étaient beaucoup plus nets que chez l'autre. En même temps le haut du corps est généralement incliné en avant et la tête portée en avant et en haut.

Que se passe-t-il alors ? Nous avons vainement recherché l'inspiration initiale dont parlent quelques auteurs. Le sujet étant mis à nu, nous n'avons jamais vu le thorax so dilater, les intestins s'abaisser, les muscles inspirateurs se contracter. Nous pensons, au contraire, vu l'absence de mouvements apparents du côté du thorax pendant ces quelques secondes que le malade interrompt seulement sa respiration, emprisonne l'air qui reste dans la cavité pulmonaire, et immobilise ainsi son diaphragme. Quant à l'appel d'air, plus ou moins marqué, mais qui, néanmoius, existe presque toujours, il se fait, à notre

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avis, du côté des voies digestives, et cela, à cause des éructations sonores qui accompagnent le renvoi àes aliments. Ce fait était surtout manifeste chez Gren..., qui avalait de Tair, produisait alors une sorte de fausse éructation suivie presqu*instantanément d'une autre vraie accompagnant les aliments qui remontaient en produisant en plus cette espèce de gargouillement déjà signalé ci-dessus. Si Ton ajoute à cela une légère contraction des parois abdominales, portant surtout sur les droits antérieurs qui se tendent^ avec une légère dépression des fosses iliaques, on aura tous les phénomènes apparents qui provoquent le retour des aliments dans le pharynx. Ajoutons que cette contraction abdominale est très peu marquée, et qu'il faut môme parfois la rechercher soigneusement pour pouvoir la constater. Ainsi, chez Juven..,onne voyait guère qu'une sorte d'ondulation de la paroi ; d'un autre côté, nous avons observé le fait pendant toute la durée de la rumination ; cependant, à partir du moment où les aliments remontent à l'état de pâte, cette contraction devient à peine visible. Disons enfin qu'elle est toujours instantanée.

On voit donc, en somme^ que, pour nous, le mécanisme se réduit aux trois points suivants : appel d'air dans l'estomac^ immobilisation de la cage thoracique et par suite du diaphragme, légère contraction des parois abdominales, le tout sans aucun phénomène d'effort. Mais, en définitive, ces agents ne nous paraissent pas suffisants, et nous croyons que le principal réside dans l'exagération des mouvements de l'estomac, qui doit se contracter et réagir sur les matières qui le distendent pour en provoquer l'expulsion ; et peut-être aussi, dans la contraction des fibres longitudinales de l'œsophage nécessaire pour dilater le cardia qui, on le sait, reste sans cela fermé môme sous de fortes pressions de gaz contenues dans l'estomac. Quant aux mouvements, péristaltiques de l'œsophage et du pharynx, nous ne serions pas éloignés de croire qu'ils existent ; car nous avons observé qu'il s'écoulait un espace de temps faible, mais appréciable, entre les phénomènes apparents indiqués ci-dessus et l'arrivée des aliments dans la bouche. Gela nous fait penser que ces aliments ne sont pas rejetés violemment en masse, ce qui s'explique bien par la faiblesse des forces mises en jeu, mais qu'ils cheminent plus lentement, grâce aux mouvements du canal œsophagien.

Mous avons exposé longuement diverses théories cherchant

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à expliquer le mécanisme de la rumination ; il nous reste à examiner maintenant ce qui va se passer une fois que les aliments sont revenus dans la bouche. L'observation suivante nous donnera, à ce sujet, de nombreux renseignements :

Observation XXX. — Idiotie : hérédité {grand'mère, grand*tante et cousine aliénées.— Mère migraineuse, — Grand*mére maternelle hystérique, Mérycisme : Altérations considérables du système dentaire.

— Voracité. — Troubles de la mastication,— Description du mérycisme. — Pas de troubles digestifs . — Santé générale bonne, — Idiot grimpeur. Albert Gren..., est né à Paris le 2 juin 1867, entré à Bicôtre le i août 1 876. (Service de M. Bourneville.)

Antécédents. {Renseignements fournis par sa mère, 9 décembre 4 880). PérCy quarante ans, marié à vingt-cinq ans et demi, sobre, calme, n'a jamais fait de maladies; pas de migraines, taille petite. [ PèrCy mort il y a longtemps, on ne sait de quoi; ne buvait pas. — Mère, bien portante, pas de migraine, ni d'attaques de nerfs. Elle était enceinte du père de notre malade avant d'être mariée et l'abandon de son amant la rendit comme folle pendant quelques semaines, mais elle ne fut pas enfermée. — Une tante maternelle a été folle. — Une cousine germaine, devenue folle à la suite d'une grossesse, a été enfermée à Sainte- Anne en 4879. — Un cousin germain, aliéné, a été à Sainte-Anne en 1878 : il a eu aussi la syphilis.

— Pas de suicides, ni de criminels, ni de difformes.]

Mère : trente-sept ans, couturière, bien portante, de taille moyenne. Elle a, depuis deux ans, des mi^roines fréquentes, surtout avant ou après les règles, accompagnées parfois de vomissements, de bourdonnements d'oreille, de vertiges, et la forçant à garder le lit pendant deux jours. Elle n'a jamais eu d'attaques de nerfs, ni de maladies graves. [Père, mort par accident, buvait beaucoup, n'a jamais eu de troubles nerveux. — Mère : cinquante-six ans, concierge, bien portante ; d'un caractère irritable, aurait eu une vingtaine de fois environ, à la suite de contrariétés, des attaques de nerfs durant de cinq minutes à une heure; pas de migraines. — Pas d'aliénés, etc., dans la famille.] Pas de mérycoles ni du côté du père, ni du côté de la mère. — Pas de consanguinité.

Deux enfants : 1<» notre malade ; 2® une fille, bien conformée, morte à treize jours, en nourrice, de convulsions.

Notre malade.— Grossesse bonne; durant son cours, pas d'alcoolisme, pas d'émotions vives, pas de traumatismes. — Accouchement à terme, lent (quatorze heures) : la tête resta longtemps au passage et l'enfant était tout noir en venant au monde; la tête était très développée.— H fut nourri au sein par sa mère jusqu'à quatorze mois. A cette époque, il commença à marcher et ses premières dents parurent, la dentition était complète à deux ans ; pour le

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reste, il était très en relard : à trois ans, il ne disait que : u papa, maman», et quelques monosyllabes. Seulement on ne s en inquiétait pas parce que le père avait lui-même parlé très tard. A trois ans et demi, il fut atteint d'une hydropisie qui envahit les mains, les pieds, les jambes, Tabdomen : il fut soigné par M. Triboulet; il n'avait pas eu la scarlatine. Cette maladie dura trois mois et demi, plus deux mois et demi de convalescence. Avant cette maladie, il était gai, caressant, intelligent : après, l'intelligence disparut de plus en plus. A quatre ou cinq ans, il avait, par moments, des crises (trois ou quatre par jour) dans lesquelles il se cognait la tète contre les murs, ou se jetait par terre.

Le mérycisme fut observé pour la première fois à Tâge de quatre ans et demi. A l'origine, la rumination ne se produisait que lorsque Gr... était en colère, peu à peu elle devint constante et suivit chaque repas. C'était les aliments solides qui étaient ruminés. Gr... était très vorace, mangeait avidement avec ses mains de tous les aliments et les avalait de suite sans mûchei'. Pas de salacité, jamais de vomissements ; selles quotidiennes, diarrhée rare ; gâtisme ; Gr... n'a, d'ailleurs, jamais été propre. Il n'a jamais eu de convulsions, de croûtes, de glandes, de dartres, d'opthalmies, etc. Sommeil bon.

Il a la manie de grimper partout où il trouve une issue ; il ne vole pas, sauf les gâteaux et les poupées : il aime beaucoup la rue, la musique, et tout ce qui tourne, les roues de voitures, les tourniquets. Actuellement encore on lui apporte des jouets qui tournent.

État actuel (août 4882). — Télef petite; voûte du crâne un peu irrégulière. Du côté gauche, on sent, à l'union du frontal avec le pariétal, une dépression allongée transversalement. En aiTÎère l'asymétrie est plus prononcée, la bosse occipitale gauche est à peine sensible, tandis que la droite est très saillante. Front bas, les bosses frontales ne font pas de saillie, les arcades sourcilières sont peu marquées : circonférence delà base, 51 centim. ; diamètre antéro-postérieur (compas Budin), 47,3, diamètre bi-temporal, 4 4,3; diamètre bi-pariétal, 4 4,6. Pas d'asymétrie de la face. Regard vague; iris gris brun, pupilles normalement dilatées, égales et contractiles. Pas de straiisme ni de conjonctivite. Nez court, écrasé. Bouche^ très grande, lèvres très épaisses, saillantes et ren> versées en dehors, surtout l'inférieure. — Voûte palatine régulière, symétrique, assez profonde; voile du palais, luette, piliers, amygdales réguliers. Maxillaire supérieur régulier et symétrique. Les deux incisives médianes, cariées jusqu'à la gencive, font défaut, ainsi que les deux grosses molaires gauches, la première petite molaire droite et la première grosse molaire du même côté. La deuxième grosse molaire gauche et la deuxième petite molaire droite sont cariées au sommet de la couronne.

Maxillaire inférieur régulier et symétrique. La première petite

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molaire et la première grosse molaire manquent à droite et à gauclte. La deuxième petite molaire gauche est gâtée à la couronne. Les dents qui restent sont bien rangées, Tarticulation est normale.

Oreilles grandes, très détachées de la tète, bien ourlées; lobule semi-adhérent.

Cou court. — Thorax bien conformé pas de déviation du rachis. L'abdomen ne présente pas un développement exagéré.

Les membres supérieurs, bien conformés, sont courts. Les doigts sont aussi très courts : les ongles sont complètement rongés à cause de la succion continuelle, et Tépiderme est comme macéré. Les membres inférieurs, bien conformés, ne présentent aucune trace de rachitisme ni de scrofule; orteils courts, voûte plantaire normale.

Organes génitaux : Verge petite; prépuce très long formant un phimosis. On ne sent pas les testicules dans le scrotum; rien à Tanus. Onanisme fréquent.

Cheveux et sourcils châtains ; absence de poils aux aisselles, aux jambes, au pubis. Pas de cicatrices. — Un petit noBvus du côté gauche au-dessous des fausses côtes, et deux autres aux extrémités du bord interne de l'omoplate du côté droit.

Rien dans les poumons ni au cœur. — Langue nette. Abdomen souple, foie et rate normaux ; pas de dilatation stomacale; selles régulières sans constipation ni diarrhée, rumination, gâtisme.

La sensibilité générale est conservée, mais les sensations sont perçues assez lentement. Les sens spéciaux, surtout l'odorat, sont assez obtus. Taille, i mètre 20; poids, 26 kil. 200.

Gr..aime toujours la musique,les roues et les voitures où il essaye de grimper. II n'est pas coléreux, ne se bat pas avec ses camarades ; parait assez craintif, et a surtout peur des chiens et des chais, — Il a souvent des accès de cris, qui durent de quinze à trente minutes, à la suite desquels, il se roule par terre et se cogne la tête. Pas de grincement de dents, pas de balancement; il ne bave pas, mais suce continuellement ses doigts. 11 sait se déshabiller, mais ne peut s'habiller ni se laver seul, il a l'habitude, en se couchant, de défaire complètement son Ut et de jeter les oreillers par terre; il veut aussi avoir toujours les bras nus, et il retrousse continuellement ses manches jusqu'au-dessus du coude.— Parole nulle. Gr... reconnaît sa mère ; quand il l'aperçoit, il va au-devant d'elle, la prend par la main, la fait asseoir et s'empare du sac qu'elle apporte pour regarder dedans. — Onanisme fréquent et devant n'importe qui ; il parait cependant comprendre qu'il fait mal, mais éclate de rire lorsqu'on le gronde.

il est très gourmand : quand les aliments arrivent au réfectoire, il va toujours soulever les couvercles et flairer les plats. Si cela lui convient, il retourne à sa place en sautant; si, au contraire, les

aliments lui déplaisent, il crie et tape contre les murs ou trépigne. Si quelque chose lui plalt à table, et que son assiette soit vide ou qu'on serve les autres avant lui, il pousse des cris épouvantables. Il mange à peu près de tout ; cependant il a des préférences marquées pour les viandes rôties, les pommes de terre et le macaroni ; en général, il ne mange pas beaucoup de légumes, surtout les choux, les petits pois, les carottes ; il refuse absolument les œufs et le riz au lait. U n'aime pas beaucoup le vin.

Il mange seul, la plupart du temps avec ses doigts; pourtant on a obtenu qu'il emploie aussi quelquefois la cuiller. La première chose qu*il fait, une fois servi, est de casser son pain en plusieurs morceaux qu'il met dans son assietteavec laviande. Généralement il commence par manger la viande, à moins qu'il n'y ait des pommes de terre avec elle, et garde le pain pour la fin du repas. U est excessivement v^race; le plus souvent, il avale des bouchées absolument intactes, en mettant quatre ou cinq dans sa bouche à la fois. Nous l'avons vu ainsi manger deux côtelettes en l'espace d'une minute. Quelquefois cependant, mais rarement, il semble faire des mouvements de mastication; mais, même dans ce cas, elle est tout à fait insuffisante, et l'on s'aperçoit lorsque les aliments remontent ensuite, qu'ils n'ont pas été triturés le moins du monde. Lorsqu'il a vidé son assiette, il va prendre avec ses doigts la viande de ses voisins surtout lorsque c'est un de ses mets favoris. Jamais il ne vole les légumes. U ne mange son pain qu'en dernier lieu et parait le mastiquer plus longtemps que la viande. 11 ne boit pas du tout pendant le repas, ni à la fin et même lorsqu'on le fait boire, il détourne le plus souvent la tête, ou n'avale qu*une gorgée en faisant la grimace. Il préfère tremper dans son vin des morceaux de pain, ou même des aliments, barbotter dedans avec ses mains et jeter le tout ensuite dans son assiette ou surtout sur la table. Il ne manque jamais de se livrer à cet exercice, si on laisse son gobelet à sa portée. Lorsqu'il a fini son repas, ce qui, eu général, ne demande que quelques minutes, il se lève quelquefois, erre de côté et d'autre, sous les tables et ramasse des croûtons qu'il avale; mais, le plus souvent, il reste sur sa chaise, et attend tranquillement le moment de la rumination, en suçant toujours ses doigts.

La rumination se produit au bout d'un temps assez variable, quelquefois cinq minutes, d'autres fois une heure et plus après le repas. Elle arrive plus rapidement lorsque le repas s'est composé des mets favoris de l'enfant ; en moyenne, il faut compter vingt minutes avant le retour de»aliments. Il est évident pour nous que le malade sent arriver le moment où la régurgitation va se produire; car alors il cesse de têter ses doigts, se recueille, penche la tête sur le sternum ; puis il la porte eu avant, allonge le cou et fait uu appel d'air qu'il introduit évidemme.it dans l'estomac, car on voit fort bien le mouvement de déglutition : il provoque ainsi

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toujours une éructation très sonore, immédiatement suivie d'une seconde, accompagnant les aliments qui remontent alors en produisant un bruit de gargouillement. Ajoutons qu'entre ces deux éructations, [il avait légèrement contracté la paroi abdominale (tension des droits antérieurs, dépression des fosses iliaques) ; le thorax restant d'ailleurs absolument immobile. Tous ces faits se passent presqu'instantanément, en quelques secondes, et Ton ne peut guère les observer qu'en s'y prenant à plusieurs reprises. Notons encore que jamais nous n'avons remarqué de nausées, ni aucun phénomène d'effort ; la face reste la môme, et la respiration ne subit pas de modifications appréciables ni dans son rythme, ni dans sa fréquence.

Les aliments remontent alors dans la bouche, non pas en masse, mais plutôt, croyons-nous, d'une façon successive. Car, à ce moment, l'enfant penche le thorax en avant en tendant le cou, gonfle les joues, ferme les yeux et la bouche, devant laquelle il met môme souvent sa main, et il se passe un temps appréciable, pendant lequel on entend distinctement le bouillonnement des aliments qui remontent, avant que la bouche soit ouverte et que la mastication commence. Ce temps doit correspondre au trajet dti bol alimentaire depuis le cardia jusque dans la cavité buccale.

Une fois tout le bol alimentaire revenu dans la bouche, Gr... se renverse sur sa chaise, gesticule, tape des mains, rit aux éclats. Puis la mastication commence: elle est généralement assez longue, surtout pour les premières bouchées, et dure quelquefois quatre à cinq minutes pour la môme. Les bouchées qui remontent les dernières sont à peine mastiquées et sont, pour ainsi dire, ravalées de suite. Pendant ce temps, l'enfant manifeste le plus grand plaisir, et il interrompt môme souvent la mastication par un rire prolongé. Pas de mouvements de latéralité de la mâchoire. Une fois mâchés suffisamment, les aliments reprennent le chemin de l'estomac et une nouvelle bouchée ne tarde pas à remonter.

Le bol alimentaire qui remonte ainsi comprend généralement dans sa composition une partie de tous les aliments qui ont formé le repas; cependant ce sont toujours les viandes qui dominent, le pain et les légumes sont en moindre quantité. Gela est très facile â constater, du moins au début, car, à la fm de la rumination, l'aspect de la masse alimentaire qui remonte rend toute distinction impossible.

Cet aspect change, en effet,à mesure que la rumination s'avance. Les premières bouchées se composent de matières presqu'intactes et ne portant aucune trace de mastication antérieure. Â mesure que la rumination se fait, ces matières primitivement solides ne remontent plus dans la bouche qu'à l'état de hachis et plus tard se présentent enfin sous l'aspect d'une pâte chymeuse.

Les intervalles des gorgées varient aussi suivatit le moment de

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la rumination. Au début, Gr..., après avoir mâché très longtemps les aliments revenus dans sa bouche, finit par les avaler de nouveau. Puis immédiatement il provoque une éructation et la gorgée suivante remonte de suite sans intervalle appréciable. Au contraire, à mesure que la rumination tire à sa fin, les gorgées s'espacent de plus en plus et les dernières sont quelquefois séparées par un intervalle d'une dorai-heure. En même temps nous avons remarqué que la durée de la mastication était abrégée pour chaque bouchée et que les dernières étaient avalées presque de suite après deux ou trois mouvements des mâchoires. D'un autre côté, les efforts des muscles abdominaux, déjà faibles au début, sont encore moins appréciables à la fin de la rumination et passent souvent môme inaperçus; les éructations manquent aussi souvent à cette période.

La durée de la rumination ainsi que le nombre des gorgées est très variable. Parfois, le nombre des gorgées peut arriver à la trentaine et la rumination durer d'un repas à Tautre. D'autres fois il n'y a que deux ou trois régurgitations et, au bout d'une demi-heure, tout est fini. Nous avons observé que la durée la plus habituelle de la rumination était de une heure et demie à deux heures et le nombre des gorgées de douze à quinze. Cette différence de durée de rumination peut tenir à une foule de causes, et nous avons vu que, chez le sujet actuel, la rumination était plus lente à se produire et durait moins longtemps, si l'on contrariait l'enfant, si on changeait ses habitudes, si on lui donnait à manger des mets dont il était peu friand ou s'il était indisposé.

La rumination suit tous les repas, aussi bien le déjeuner que le diner, et se présente toujours sous le même aspect. Sa durée ne subit pas non plus de modifications sensibles. Après la soupe du matin, l'enfant rumine encore le plus souvent; mais alors il n'y a guère que deux ou trois gorgées qui remontent. La rumination est, dans le cas actuel, un fait habituel et il est rare qu'elle manque après un repas. Pourtant, depuis un an, ce fait, jadis inconnu, se présente quelquefois.

Toutes les substances ingérées sont ruminées. Néanmoins il en est quelques-unes dont l'ingestion semble favoriser et prolonger la rumination. Ce sont, d'ordinaire, les substances sol ides,les viandes, surtout les viandes rôties, et, parmi les légumes, les pommes de terre : nous avons dit plus haut que c'était là les mets favoris de G... Les soupes sont ruminées aussi, mais d'autant plus facilement qu'elles sont plus épaisses; et il arrive souvent que les potages liquides ne sont pas ruminés. Dans tous les cas, ces aliments sont ruminés de suite et ne remontent plus après l'ingestion des autres substances qui composent le repas. Parmi les liquides, c'est le lait qui remonte le plus facilement; les boissons en général nesont pas ruminées, d'ailleurs 1 enfant souvent ne boit pas. Cependant lorsque

DU MÊRYCISME. 395

les liquides sont ingérés en grande quantité nt coup sur coup, ils reviennent ^ve%ci\\ immédiatement dans la bouche; ou bien môinnsont rejetés instantanément dans le gobelet, piu's ravalés de nouveau.

La rumination s'exécute aussi bien dans la position assise que dans la station debout. Le décubilus dorsal la suspend un moment; mais elle ne tarde pas à reprendre comme auparavant. Il se produit aussi quelquefois une suspension momentanée, lorsqu'on cherche à distraire l'enfant et à occuper son attention. Dans tous les cas, la rumination se fait avec plaisir et chaque régurgitation est généralement suivie d'un accès de rire bruyant. Jamais l'enfant n'a de vomissements et ne rejette ses aliments. Il arrive parfois qu'il prend dans la main la bouchée qui vient de remonter : il fait alors un espèce de triage avec ses doigts, jette ce qui lui déplaît, par e)teraple les tendons... mais remet dans sa bouche le reste qu'il mâche 'et avale ensuite.

Ajoutons, pour terminer, que l'enfant ne souffre nullement du mérycisme, que la santé générale est excellente et que son poids a augmenté de 2 kil. 300 de juillet 18S1 à juillet 1883, et la taille de H centimètres. •

La pepsine, administrée d^abord à la dose de 50 centig., puis de 75 avant chaque repas n'a pas produit de modifications sensible sur le mérycisme. Le premier jour, il ne s'est produit ni le matin ni le soir; le deuxième jour, il a manqué aussi le matin; et l'enfant n'a ruminé le soir que deux gorgées après sa soupe, rien après le repas. Le troisième jour, il n'a ruminé que deux fois le matin, une heure»après le repas ; le soir, il n'a pas ruminé. Le jour suivant, le mérycisme a repris comme d'habitude et n'a plus présenté aucune modification.

Sans insister dans cette observation sur les caractères particuliers de ridiotie, l'hérédité, etc., nous signalerions Yétat de délabrement du système dentaire qui n'est pas sans doute sans influer beaucoup sur la production du mérycisme par suite des troubles de mastication qui en résultent; puis la voracité y très marquée chez Gr... D'ailleurs, cet enfant étant un type parfait de mérycole, on trouve, nettement indiqués chez lui, les phénomènes qui peuvent servir à expliquer le mécanisme de Tacte en même temps que la description de l'acte lui-même. La plupart de ces faits se retrouvent dans les observations précédentes, ainsi que dans celle que nous allons rapporter.

Observation XXXL — Idiotie^ épilepsie. — Mérycisme; voracité.-^ Influence des accésépileptiquLS sur le mérycisme. —Santé générale bonne. — Juven.. (Ferdinand-Albert-Philippe), né à Paris le 2 juillet i872,

est entré le 20 octobre i 877 à Bicêlre. (Service de M. Boorne-

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