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CLINIQUE MENTALE. — DU DÉLIRE DES NEGATIONS

un état de chronicité spécial à certains mélancoliques intermittents dont la maladie est devenue continue.

Je veux seulement signaler un point qui me paraît établir une différence entre les négateurs et d'autres intermittents qui se rapprochent plutôt des circulaires. Lorsqu'on se renseigne sur les antécédents, le caractère des malades, on apprend souvent qu'ils ont toujours été un peu mélancoliques, taciturnes, scrupuleux, dévoués, charitables, toujours prêts à rendre service; quelques-uns doués des qualités morales les plus distingués. Leur état maladif, leur délire d'humilité ne contrastent pas d'une manière absolue avec leur manière d'être antérieure et n'en sont que l'exagération maladive. En un mot ces malades ne sont pas franchement alternants comme les circulaires et comme certains intermittents dont l'état considéré comme sain contraste absolument avec les accès mélancoliques.

Ce caractère des négateurs permet aussi de les séparer nettement de la plupart des héréditaires parmi lesquels ils forment une catégorie spéciale; ils se distinguent, en effet, par un développement exagéré, s'il est permis de le dire, de ces mêmes qualités morales dont l'avortement chez les autres héréditaires explique la vie désordonnée, le profond égoïsme, l'orgueil, le caractère indisciplinable, les délits et les crimes.

(A suivre.)

RECHERCHES CLINIQUES SUR LA FRÉQUENCE DES MALADIES SEXUELLES CHEZ LES ALIÉNÉES;

Par le D r S. DANILLO , médecin de la Clinique de Saint-Pétersbourg.

L'influence des affections génitales sur la production et la marche de la folie et des maladies nerveuses chez les femmes a déjà été traitée plusieurs fois; mais cette question, fort intéressante, a rencontré des avis différents. Les uns croyaient que la plupart des affections mentales et nerveuses de la femme étaient dues exclusivement ou, du moins, principalement à l'influence prépondérante des anomalies, soit physiologiques, soit anatomiques, du système générateur. D'autres, au contraire, ou niaient presque absolument cette influence, si marquée pour les premiers, ou même ne l'abordaient pas du tout. Enfin, les auteurs anciens rapportent un grand nombre d'observations d'après lesquelles diverses anomalies fonctionnelles sexuelles peuvent produire des accès de folie,, observations notées en grande partie dans le livre de Berthier 1 . Nous avouerons, en passant, que, dans l'état actuel de la science, ces faits ne peuvent présenter qu'un intérêt exclusivement historique et que personne ne voudrait en déduire les moindres conclusions; ces faits, bien

1 Berthier. — Sur les névroses menstruelles, 1874.

que nombreux, ne présentent pas des données suffisantes pour être considérés comme certains.

Quoi qu'il en soit, les aliénistes continuent, dans divers traités, à discuter de rinfluence des maladies sexuelles sur la folie chez la femme.

Ainsi, dans la bibliographie française, on trouve certaines indications. Chez Esquirol \ ces indications sont très générales. Guislain * dit que, dans beaucoup de femmes aliénées, la région des ovaires est le siège de souffrances profondes. Morel croit que les maladies primitives des organes génitaux chez les femmes ont été les causes de la plupart des cas d'aliénation mentale. Falret 8 envisage aussi les anomalies fonctionnelles de la sphère sexuelle chez la femme comme une des causes prédisposantes occasionnelles et indirectes de la folie (p. 66); et, en ce qui touche la fréquence des maladies sexuelles chez les aliénées, il se borne à noter que celles-ci, plus que les autres femmes, sont exposées aux irrégularités et suppressions menstruelles, ce qui lui paraît toutefois trop exagéré (loc. cit., p. 301). Marcé* dit également que les fonctions génitales et leurs anomalies peuvent être cause de la folie chez la femme, sans, toutefois, aborder, comme les précédents auteurs, la question de la fréquence de maladies sexuelles chez les aliénées.

Bail, Dagonet, Luys, ne touchent presque pas non plus cette question. Mairet 5 croit que la folie peut être

» Esquirol. — Traité des maladies mentales.

« Guislain. —Leçons orales sur les phrénopathies ,\%%b. 8 J. Falret. — Leçons cliniques sur les maladies mentales, 1864. * Marcé. — Sur la folie des femmes enceintes, 1858. s Mairet. — Maladies sexuelles et aliénation mentale. (Montpellier médical. Octobre-novembre 1881, janvier 1882.)

provoquée et entretenue par des désordres du système sexuel chez la femme, en se rangeant à l'opinion déjà émise par Azam *, qui décrit quarante cas d'autopsie de femmes aliénées avec lésions sexuelles. Boussi ', au contraire, ne croit pas à l'influence des maladies sexuelles sur la folie. Enfin, Boyé 8 , se fondant sur les travaux des autres et sur ses propres observations, arrive à conclure que les maladies des organes génitaux s'observent souvent chez les aliénées et que ces maladies sont fréquemment la cause de la folie.

Quant aux auteurs allemands : Griesinger 4 , Leidesdorf, Schlager*, et Ammon T émettent l'opinion que quelquefois les anomalies fonctionnelles ou anatomiques de la sphère sexuelle peuvent influer d'une certaine façon chez la femme, soit dans le cours de la maladie mentale bu d'une névrose déjà existantes, soit même, dans certaines conditions, en provoquant un accès de folie aiguë. KrafFt-Ebbing 8 , Ripping 9 , et

1 Azam. — Folie entretenue et provoquée par les lésions de Fuiérus et de ses annexes, 1858.

* Boussi. — Etude sur les troubles nerveux réflexes observés dans les maladies utérines. Thèse de Paris, 1880.

3 Boyé. — Essai clinique sur les rapports des troubles génitaux à la folie chez la femme. Thèse de Montpellier, 1880.

* Griesinger. — Seelenkrankeiten f 1866.

5 Leidesdorf. — Pathologie und Thérapie der psychischen Krankeiten,

Schlager. — Zeitschrift fur Psychiatrie 1858. Bd.XV. Die Beziehung des menstrual-Processes und seiner Anomalien zur psychischen Stœrungen % etc.

' Ammon. — ■ Ueber Beziehungen der Genital-Affectionen zu Neuroscn,

■ Krafft-Ebbing. —Archiv fur Psychiatrie. Bd. VIII, 1877. Untersuchungen ûber Irrensein zur Zeit der Menstruation.

* Ripping. — Die Geistes-Stœrungen der Schwangeren t Wœchnerinnen undSxuyenden, 1877.

plusieurs autres sont du même avis. Emminghaus *, remarque brièvement que les anomalies de la menstruation peuvent quelquefois ne pas attaquer les fonctions psychiques dans le cours d'une maladie mentale. Schûle \ au contraire, dit très nettement que dans nul cas éthiologique les irritations physiques et les causes prédisposantes morales ne sont liées comme les maladies sexuelles et les maladies mentales chez la femme (loc. cit., p. 306).

En somme, on le voit, si, d'après les données d'un certain nombre d'auteurs, les troubles génitaux chez la femme sont une des causes les plus essentielles de la folie et ont une influence sérieuse sur l'affection mentale (Marcé, Falret, Guislain, Mairet, Boyé, Griesinger, Schlager, Brierre de Boismont, Ammon, KrafFt- Ebbing, Ripping, Schraeter, Schûle et autres), il en est qui ne croient pas à cette influence ou n'abordent presque pas cette question (Bail, Dagonet, Luys, Boussi, Emminghaus, Leidesdorf, Hammond).

Les auteurs qui admettent aux maladies sexuelles chez la femme une certaine influence soit sur l'évolution de la folie, soit sur son développement, l'abordent chacun d'une façon différen te. Ainsi, les uns, émettant une opinion très sommaire (Morel, Falret, Guislain, Griesinger, Schûle), se bornent à signaler le fait sans aucune observation à l'appui de leur opinion. D'autres envisagent cette question d'une manière toute particulière. Leurs recherches ne portent que sur certaines formes de folie liées à quelques états particuliers de la femme, comme la grossesse, l'accouchement, l'allaite-

* Emminghaus. — Allgemeine Psychopathologie, 1878.

* M. Schûle. — Geistea-Krankheiten (Ziemssens Haudbuch).

ment (Marcé, Ripping, Schmidt 1 , et la plupart des auteurs des divers traités classiques sur l'aliénation mentale). D'autres, enfin, traitant la question sur le rapport des affections utérines, citent des faits positifs qui indiqueraient que diverses affections sexuelles, soit aiguës, soit chroniques, peuvent donner lieu à une maladie mentale, même grave (Krafft-Ebbing, Boyé, Schroeter', Mûller 8 , L. Mayer*, Mairet, Azam, etc.). On trouve également, dans les Revues médicales, un grand nombre d'observations isolées analogues.

Maintenant, il faut reconnaître que, si Ton se borne à recueillir certaines données seulement positives, on s'expose à laisser échapper à l'observation les autres éléments nécessaires pour pouvoir arriver à une con» clusion, qui doit être fondée non pas seulement sur un symptôme, mais sur leur ensemble et dans certaines conditions bien déterminées. Il est aussi évident, d'autre part, que les auteurs qui contestent aux fonctions sexuelles et à leurs anomalies une influence quelconque sur le développement et l'évolution de la folie, sont dans le même cas quant à une conclusion.

Dans une pareille dissidence, qui vient, on le voit, de la méthode différente suivie par les auteurs qui se sont occupés de la question du rapport des maladies sexuelles chez la femme avec la folie, il restait à se

1 M. Schmidt. — Archiv fur Psychiatrie t880. Bd. X. Beitrag zur Kenntniss der puerpéral Psychosen.

* Schroeter. — Zeitschnft fur Psychiatrie 1874. Bd. 31. Die Menstruation und ihre Beziehung zur Psychosen.

» 0. Mûller. — Zeitschrift fur Psychiatrie, 1868. Chronische Metritis und ihre Beziehung zur Psychosen.

* L. Mayer. — Die Beziehungen der krankhaften Vorgœngen und Zusxnden in den Sexual-Organen des Weibes, zur Geistes-Stœrungen,

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demander s'il n'y aurait pas à rechercher une autre méthode pour arriver à résoudre la question qui se posait avant tout, à savoir quelle est la fréquence, en général, des maladies sexuelles chez la femme aliénée. En effet, si Ton pouvait établir d'une manière plus nette le degré de la fréquence des maladies sexuelles, en général, chez les aliénées et, en même temps, les formes gynécologiques qui s'associent le plus souvent aux troubles mentaux, on pourrait aussi, par cela même, juger de leur gravité et de leur influence probable sur la maladie mentale déjà existante.

Seulement, en abordant cette question, on est obligé de reconnaître que non seulement les indications bibliographiques font presque entièrement défaut sur ce point intéressant de la pathologie générale de la folie, mais encore que celles qui existent diffèrent singulièrement entre elles. Ainsi, H. Furke 1 dit très brièvement que la folie chez la femme est accompagnée de maladies sexuelles daus dix cas sur cent. Les autres croient ces maladies fréquentes, mais sans rien préciser. Krafft- Ebbing (loc. cit.) trouva six cas de lésions génitales sur dix-neuf, tandis que dans huit les organes génitaux étaient à l'état normal et que dans cinq l'état était inconnu. Skene * compta, sur cent quatre-vingt-douze malades, vingt sept seulement chez lesquelles la menstruation se faisait régulièrement; ce qui ferait que les anomalies fonctionnelles s'observeraient presque dans la mesure de 86 p. i 00. En même temps, il note som-

» H. Fuke. — Manual of psychological medicine, 1862.

* J.-C. Skene. — Rapport des affections utérines à la folie. Extrait dans les Archives de Neurologie, 1881, n° 4 (Arch. of. med. Neto-York, 1880 février.

mairement que les affections utéro-ovariennes seraient fréquentes chez les aliénées.

Malgré mes recherches bibliographiques, je n'ai pu trouver d'autres données sur la fréquence des maladies sexuelles chez les aliénées. On a pourtant encore sur cette question certaines indications prises dans les autopsies des femmes aliénées; mais elles sont très peu explicites et diffèrent, d'autre part, beaucoup entre elles. Ainsi, Keiser 1 , sur dix autopsies de femmes aliénées, dont sept mélancoliques et trois maniaques, a trouvé des maladies de l'utérus et de l'ovaire dans sept cas. J.-C. Howard *, sur cent vingt-sept autopsies, a constaté les affections de l'ovaire et de l'utérus dans vingt-quatre cas, parmi lesquels : tumeurs fibreuses de l'utérus, sept cas; cancer, deux cas; sarcome, un cas; kystes des ligaments larges, trois cas; tumeurs de l'ovaire, quatre cas; hystes de l'ovaire, quatre cas. Hergt *, au contraire, dit que, d'après ses observations, prises à l'autopsie des aliénées pendant plusieurs années, des lésions sexuelles se trouvaient dans les deux tiers, c'est-à dire dans 66 p. 100. En ce qui touche les formes observées par ce dernier auteur, elles sont représentées principalement par des anomalies de position de l'utérus et diverses lésions de cet organe et de ses annexes d'origine inflammatoire (métrites et périmétrites). Toutefois, en discutant cette question, Hergt

1 Keiser. — Sections Befund bei Geistes-Kranken. SchmidVs Jahresbùcher, Bd. III, p. 84. (Wûrtembergischen Korrespondenz-Blatt, 1860. N° 40.)

* J-.C. Howard. — Post mortem appearences in insance persortes. Journal of mentale science 1872, p. 93.

3 Hergt. — Frauen-Krankheitem und Seelen-Stœhrung. (ZeUschrift fur Psychiatrie, 1877, Bd. 27;.

iï8 PATHOLOGIE MENTAL».

né donne aucun détail ni sur l'âge, ni sur les formes mentales des maladies observées dans les autopsies. D'après mes propres recherches l à la Clinique des maladies mentales de mon maître, M. le professeur MierzejêWski , à Saint-Pétersbourg, l'examen gynécologique au spéculum et au toucher de ces malades, parmi lesquelles quarante-deux aliénées et trois hystériques, «—de l'âgé de dix-neuf à soixante-deux ans, — a donné les résultais suivants : six malades non réglées, de rage de quarante-quatre à soixante-deux ans, ne présentaient pas de symptômes de lésions génitales, sauf l'atrophie de l'utérus sénile; quant aux autres malades, au nombre de trente-neuf, diverses altéra* tions sexuelles Ont été notées chez trente-cinq. Enfin, pour terminer cet aperçu historique de la question, L, Mayer 1 , sur mille vingt-cinq malades gynécologiques, a noté quatre-vingt-dix cas associés à diverses formes d'aliénation mentale plus ou moins prononcées*

En somme, en examinant les données numériques qui précèdent, on voit que la question de la fréquence des maladies sexuelles chez les aliénées est loin d'être résolue définitivement.

Quoi qu'il en soit, si l'on compare les résultats de mes recherches avec ceux des autres auteurs, on reconnaît que la dissidence est très prononcée, surtout s'il s'agit des données de H» Fuke (loc. cit*) f par exemple, ou de celles de Skene [loc. cit.), qui présentent aussi une grande différence entre elles. Quant aux résultats

1 S. Danillo. — Sur le rôle de la menstruation dans te cours des maladies mentales, lièdtsinokaia Biblioteka 1881. N° 5 (joutnal russe) et Revue de médecine, 1882.

*Li Mâyef, — Ùie Bêiiehunqen der ktitnhhûfîen \org#ngen und Jnstanden in den Sexual-Organen des Weibes, zur Geistet+StcerUngeH) 18?0.

des données trouvées à l'autopsie par Howard, Keiser et Hergt, il faut remarquer, sans même tenir compte de la différence des résultats de leurs observations, que leurs données ne peuvent avoir qu'une valeur très relative, attendu que l'autopsie ne peut révéler que des lésions d'un ordre purement anatomique et que les anomalies fonctionnelles qui ne peuvent être observées que pendant la vie, comme des phénomènes d'ovarie, troubles de la menstruation, et aussi les légères formes d'endométrite> de vaginite, etc., doivent nécessairement échapper à l'observation et, par conséquent, atténuer considérablement le véritable chiffre des complications de la folie par les altérations des organes sexuels*

Les recherches cliniques des autres auteurs sur cette question sont très peu nombreuses et très peu explicites.

Les déductions des faits obtenus par mes recherches (loc. cit.), ne pouvant également être faites que sous certaines réserves, vu le petit nombre des malades examinées, j'ai résolu d'augmenter le plus possible les investigations au spéculum et au toucher, afin de pouvoir tâcher alors de faire quelques généralisations et d'aborder plus systématiquement la question de la fréquence des affections sexuelles chez la femme dans le cours de la folie. Mes prédécesseurs n'ayant donné dans cette question aucune indication sur la méthode des recherches, j'ai fait les miennes, comme dans mon précédent travail, d'après le plan qui consiste à prendre chez chacune des malades examinées les données suivantes : 1° âge; 2° forme de la maladie mentale; 3° état physiologique du système sexuel (vierge ou non, nombre découches et de fausses couches); 4° forme de la mala*

die sexuelle. Le diagnostic de l'état de la sphère sexuelle a toujours eu lieu au spéculum et au toucher vaginal. La forme de la maladie mentale est définie par l'examen clinique de la malade et les données des feuilles d'observation que j'ai pu avoir à ma disposition, comme les malades elles-mêmes, grâce à la bienveillance de M. Magnan, chef de service à l'asile Sainte-Anne. Le nombre de ces malades est de cent cinquante-cinq. En y ajoutant les quarante-cinq de mon travail antérieur (loc. cit.), les résultats actuels de mes recherches sont fondés sur l'observation de deux cents malades; ce qui peut permettre de faire certaines généralisations et déductions.

L'âge des malades était de quinze à soixante-quinze ans. Les malades réglées étaient au nombre de cent quarante, de l'âge de quinze à quarante-deux ans. Celles qui avaient perdu leurs règles étaient âgées de quarante-deux à soixante-quinze ans, au nombre de soixante. Les malades réglées, d'après l'état physiologique de leur sphère sexuelle, se divisaient comme suit : vierges, trente-une ; n'ayant pas eu de couches, quarante-une; ayant eu des couches, soixante-huit (dans ce nombre trente-huit étaient primipares et trente multipares). Quant aux malades après la ménopause, il y avait: vierges, deux; n'ayant pas eu de couches, quatre; ayant eu plusieurs couches, quarante-quatre (dans celles-ci, neuf avaient eu de huit à douze couches).

Les formes des maladies mentales dans le groupe des malades réglées étaient représentées comme suit : idiotie, un cas; épilepsie avec troubles mentaux, quinze; hystérie avec aliénation mentale, onze; paralysie générale, quatorze; délire chronique, trente-un; alcoolisme

BBS MALADIES SEXUELLES CHEZ LES ALIENEES. 181

chronique, deux; démence secondaire, dix; mélancolie, vingt-cinq; délire mélancolique, d'origine puerpuérale, cinq; manie aiguë, dix-huit; manie aiguë puerpuérale, huit.

Les malades après la ménopause se divisaient, d'après la forme d'aliénation mentale, de la façon suivante : démence consécutive, vingt-huit; paralysie générale, dix; mélancolie, dix; délire chronique, neuf; alcoolisme chronique, trois.

Dans le nombre des deux cents malades examinées, on a pu constater diverses lésions de l'appareil générateur chez cent trente-huit. En réduisant ce chiffre à l'expression centésimale, on aurait la complication de la folie en général chez la femme par les maladies sexuelles, à peu près dans 69 p. 100.

Dans le groupe des aliénées en pleine vigueur de leurs fonctions physiologiques sexuelles, les affections gynécologiques étaient représentées comme suit, d'après le degré de leur fréquence : les endométrites diffuses ou alliées aux métrites chroniques du corps de l'utérus ont été trouvées dans quarante cas. Sur ces quarante cas, vingt-deux étaient accompagnées de l'endométrite et métrite cervicale. Dans seize cas, on a pu constater la métrite chronique diffuse du corps, associée dans huit cas à celle du col. Dans douze cas, ces dernières lésions étaient accompagnées d'ulcérations de diverses nature du museau de tanche. Dans huit cas, on constata la métrite diffuse chronique du corps et du col de l'utérus et dans quatre cas la métrite diffuse chronique du corps seulement.

Les désordres de la menstruation en général (c'està-dire retard des règles, leur suppression pour un cer-

tain temps ou leur réapparition trop fréquente) ont été notées dans vingt-huit cas. Sur ce point, je crois devoir faire une certaine réserve; caries données sur les désordres de la menstruation n'ont été prises dans le plus grand nombre des cas que sur les indications des malades, qui pouvaient, en raison de leur état psychique particulier, donner un renseignement inexact. Toutefois, le chiffre peut avoir, au moins, sa valeur relative. Les anomalies de la position de l'utérus (flexions et versions nettement prononcées) ont été constatées dans quarante-quatre cas, associées à des endométrites seulement dans trente-huit cas, et aggravées encore par une métrite dans vingt cas. La métrite chronique diffuse à elle seule accompagnait les anomalies de position de l'utérus dans seize cas. Six cas sur onze d'altérations de la position de l'utérus étaient accompagnés de paramétrée, métrite et endométrite chroniques; les cinq autres étaient accompagnés d'une oophorite chro* nique. Des ruptures du périnée d'origine puerpuérale et de récente provenance ont été constatées dans quatre cas de folie puerpérale. Les vaginites et vulvites catarrhales prononcées ont été trouvées dans onze cas (sept cas de vaginite et quatre de vulvite). Enfin, un cas de folie puerpérale était accompagné d'un kyste de l'ovaire de grandes dimensions; un cas de manie aiguë par un fibrome de l'utérus de la grosseur de la tête d'un homme adulte, et un autre de papillomes disposées à l'orifice uréthral, accompagné encore de vulvite catarrhale; l'hyperesthésie de la région ovarienne, sans lésion appréciable au toucher, a été notée dans huit cas (six fois à droite et deux fois à gauche).

Chez les malades, qprès la ménopause, à l'exception

DES MALADIES SBXUBfcLR* CH85Ç W$S ALIENEES. 183

de l'atrophie de l'utérus sénile, ont été noté* ; six cas de métrite chronique diffuse; trois cas d'anciennes ruptures du périnée; neuf cas d'endométrite dite sénile.

Si Ton examine le degré de fréquence des affections sexuelles chez les aliénées accompagnant les différentes formes d'aliénation mentale, en prenant les chiffres à peu près égaux, on voit qu'il ne parait pas y avoir une tendance plus prononcée chez les aliénées à être affectées des organes génitaux plutôt dans une forme de maladie mentale que dans une autre.

Ainsi, dans quarante cas de mélancolie, dont cinq d'origine puerpérale, on la trouve trente-deux fois associée à diverses formes gynécologiques (comme métrite chronique et endométrite du corps et du col de l'utérus, avec ou sans anomalies de menstruation). Dans le délire chronique, sur quarante cas, trente* quatre sont aussi compliqués par des lésions sexuelles du môme caractère que chez les mélancoliques. Les maniaques et les paralytiques générales présentent presque également le même rapport. Sur vingteix cas de manie aiguë, dont huit d'origine puerpérale, on en trouve dix-huit avec désordres sexuels, et sur vingtquatre cas de paralysie générale, vingt avec? les mêmes altérations. Au contraire, la démence, sur trente-huit cas, n'en présente que douze, compliquées avec dis maladies sexuelles. Cette différence, il est vrai, tient certainement à cela que, sur trente-huit cas de démence, dix malades seulement étaient encore avant l'âge critique, tandis que les vingt-huit autres l'avaient passé, Sur onze hystériques, dix présentaient diverses ma* ladies sexuelles, comme métrite, endométrite, anomalies de menstruation; des symptômes d'Qvarie ont aussi

été notés dans huit cas (six fois à droite, deux fois à gauche).

En examinant la complication de la folie par les maladies sexuelles d'après l'âge, on voit qu'avant la ménopause, de quinze à quarante-deux ans, sur cent quarante malades, on a pu constater chez cent vingt diverses anomalies de l'appareil générateur, soit anatoroiques, soit fonctionnelles; tandis que, sur soixante aliénées après le retour d'âge, de quarante-deux à soixante-quinze ans, on les trouve seulement dans dixhuit cas.

En réduisant pour les deux groupes des aliénées (réglées et non réglées), les données numériques de la fréquence des maladies sexuelles à l'expression centésimale, on trouverait qu'avant le retour d'âge, la folie est compliquée par les troubles génitaux dans 84 p. 100 à peu près. Après la ménopause, au contraire, le degré de la fréquence de ces complications baisse rapidement et ne donne qu'environ 28 p. 100 sur le chiffre total. Bien qu'on puisse objecter que les chiffres des malades des deux catégories diffèrent considérablement entre eux et que, par conséquent, la comparaison ne peut être parfaitement exacte, je crois que les résultats d'examens gynécologiques des malades après la ménopause étaient tellement uniformes dans la majorité des cas, qu'on peut accepter le chiffre de soixante malades sans crainte de commettre une erreur grave. D'un autre côté, si Ton veut comparer le résultat des recherches, en prenant à peu près le même nombre de malades et les mêmes formes mentales avant la ménopause, on trouve la complication non pas seulement dix-huit fois sur soixante, comme chez les aliénées non réglées,

mais quarante-deux fois sur cinquante-six, c'est-à-dire que la démence, sur dix cas avant la ménopause, se trouve compliquée de maladies sexuelles quatre fois, tandis qu'après la ménopause, sur vingt-huit cas, on n'en trouve que huit. Quanta la paralysie générale, sur quatorze cas avant la ménopause, elle donne le même nombre de complications (quatorze), tandis qu'après la ménopause, sur dix cas, on n'en trouve que six associées aux diverses lésions génitales. Enfin, sur vingtcinq cas de mélancolie (les formes puerpérales excluses) avant la ménopause, vingt-quatre sont compliqués par des lésions génitales, tandis que les dix autres cas après le retour d'âge ne donnent que cinq complications.

L'influence de l'époque de la vie sexuelle reste, par conséquent, un fait acquis.

En ce qui regarde les complications de la folie par les formes des maladies sexuelles accompagnant différents états physiologiques de la sphère sexuelle des aliénées, on voit que, sur le nombre total de deux cents malades (trente-trois vierges, cinquante-cinq femmes qui n'ont pas eu de couches et cent douze qui en ont eu (de une jusqu'à douze), quarante-deux sur quatrevingt-huit malades des deux premiers groupes, ont des lésions de l'appareil générateur, qui se présentent principalement sous la forme de troubles de la menstruation, de symptômes d'ovarie et de formes peu graves d'endométrite, de vaginite, etc. Au contraire, dans le groupe des femmes qui ont eu des couches, les formes gynécologiques deviennent beaucoup plus sérieuses, et l'on voit apparaître, en même temps, une prédominance marquée de lésions plus compliquées. Ainsi, les

raétrites sont souvent associées à diverses autres affections, comme endoroétrites, paramétras, ruptures du périnée et altérations de la position de l'utérus. Sur cent douze aliénées de cette catégorie, les lésions génitales se trouvent notées dans quatre-vingt-seize cas, et Ton observe cette prédominance chez les malades après la ménopause, En effet, sur seize aliénées de la même catégorie qui n'ont pas eu de couches, on rencontre leg affections génitales dans trois cas, tandis que sur qua-< rante-quatre autres qui en ont eu une ou plusieurs, les lésions sexuelles sont constatées quinze fois, et c'est chez celles qui ont eu plusieurs couches (de huit à douze) qu'on voit les lésions sexuelles les plus pronon* cées. Je dis les plus prononcées; car chez ces neuf malades on a pu observer diverses lésions graves (ruptures du périnée, métrite chronique avec endomé^ trite, etc.), d'une provenance évidemment puerpérale.

Il en résulte donc que les couches et leurs consé» quences, de même que les autres conditions 4e la vie sexuelle ches la femme, influent d'une façon manifeste sur la complication de la folie par les maladies sexuelles.

En résumé, les résultats de mes recherches me paraissent être les suivants :

La complication de la folie par les maladies sexuelles chez la femme doit être regardée comme très fréquente pendant la persistance des fonctions physiologiques sexuelles. Après la ménopause, cette complication de^ vient beaucoup plus rare. La grossesse et les couches influent considérablement sur le degré de fréquence des maladies sexuelles, comme avant la ménopause et après la cessation des règles.

Quant à l'influence des maladies sexuelles chez la femme, sur la folie déjà existante, est-elle correspondante à leur degré de fréquence ou non?

Si Ton veut bien se rappeler ce fait admis de la relation anatomique et physiologique qui est si intime entre l'appareil nerveux des organes génitaux chez Ja femme et le système nerveux central, on reconnaîtra que toute irritation périphérique émanant des organes affectés, réagira fatalement sur l'encéphale, dont les fonctions se trouvent déjà altérées par la folie. D'autre part, si l'on se souvient que la physiologie expérimentale a prouvé, dans ces derniers temps, que les irritations périphériques, très faibles, augmentent considérablement l'excitabilité de la couche corticale du cerveau, on sera nécessairement conduit à admettre sur les fonctions du cerveau une influence sérieuse de l'irritation périphérique causée par les affections sexuelles, même peu prononcées, affections qui doivent toujours produire un effet irritant par addition lente mais continue.

En effet, la loi des causes infinitésimales émise par Maupertuis au xvm e siècle, dit que la nature arrive à certains résultats très prononcés par une série de causes très minimes et peu appréciables à elles seules. Aussi, là où il s'agit d'appréciation de phénomènes aussi compliqués que ceux de la folie, faut-il d'abord examiner en détail toutes les causes, si minimes qu'elles paraissent. Or, c'est précisément dans cette série de causes, qui s'enchaînent mutuellement, c'est-à-dire les irritations périphériques dues à des lésions sexuelles, même peu graves en apparence, à la longue et dans certaines conditions spéciales, comme hérédité morbide

et autres causes prédisposantes, qu'elles peuvent influer sérieusement sur révolution delafolieet sur son apparition; de sorte que, pour le plus grand nombre des cas de folie chez la femme avant le retour d'âge, la complication de l'aliénation mentale parles maladies sexuelles est un fait qui se rencontre plus souvent qu'on ne le croit, en général, et que cette complication a sa grafréquence même et dans le rôle important > affectés.

nant mon travail , je remercie M. le prorcot et M. Magnan de leur aimable accueil icieuseté qu'ils ont mise à me permettre îs malades de la Salpêtrière et de l'asile e [asile clinique).

Par le D' E. MARANDON DE MONTYEL, ocin en chef de l'asile public d'aliénés de Marseille.

sion « folie avec conscience » est une des plus la pathologie mentale. La faute, pourtant, is aux aliénistes ; ce sont les psychologues du la confusion inévitable par l'abus qu'ils mot conscience. Aussi est-il indispensable, ompris de s'entendre sur ses divers sens et écifier celui dans lequel on l'emploie, n'a pas moins de cinq significations très les unes des autres. La première, la plus est du domaine de la morale ; elle s'applique

à cette voix intérieure qui parle à tous, ignorants ou savants, petits ou grands, riches ou pauvres, pour condamner ou absoudre, La seconde a d'intimes et profondes relations avec la précédente, c'est la conscience religieuse. Elle s'en distingue pourtant, et j'en veux pour preuve les luttes qui parfois les divisent. N'y a-t-il pas des religions qui ordonnent ou excusent des choses sévèrement proscrites par leur rivale? Si ce mot a une signification particulière en morale et en théodicée, il en a une aussi en métaphysique et deux en psychologie. En métaphysique, il s'applique à certaines vérités de sens commun, universellement répandues, comme le sentiment de l'existence. En psychologie, il représente tout d'abord ce je ne sais quoi, guère susceptible de définition à mon avis, par lequel nous nous sentons malheureusement souffrir, mais aussi heureusement penser et jouir. Il a enfin une dernière signification : il désigne par abréviation la conscience réfléchie, celle qui se replie sur elle-même, qui s'étudie, qui cherche à comprendre et à expliquer les phénomènes qu'elle reflète. Si on se souvient de la discussion à la Société médico-psychologique en 1875 et si ou n'a pas oublié comment elle s'est clôturée, on comprendra le soin que je prends, dès le début de ces recherches, de montrer le mot conscience dans ses diverses acceptions.

Le médecin ou le psychologue désireux d'étudier dans tous leurs détails les états de conscience dans la folie devrait donc, pour seconformeraux sens du motet à la réalité des choses, rechercher ce que deviennent chez l'aliéné la conscience morale, la conscience religieuse, la conscience métaphysique, la conscience psychique, la

conscience réfléchie. Ce n'est pas ce gigantesque travail d'ensemble que noua avons entrepris. Aux grands maîtres à remplir ce grand cadre, à nous le seul souci et la seule ambition de borner nos recherches à un point particulier, d'apporter quelques faits susceptibles, s'ils out été bien observés, de n'être pas sans quelque utilité pour l'étude de la conscience réfléchie dans la folie. En nous enfermant dans ces étroites limites > nous nous conformons d'ailleurs au titre donné à ce travail, car, en pathologie mentale, les mots folie avec conscience s'appliquent aux seuls malades qui réfléchissent sur les troubles sensoriels et psychiques dont ils sont frappés et qui s les analysant, en reconnaissent le caractère morbide. Ceux qui nous feront l'honneur de nous lire, voudront bien, pour nous comprendre et partant nous juger en connaissance de cause, se rappeler dans quel sens nous employons les mots conscience et folie avec conscience.

Ce travail ne sera ni une œuvre, d'érudition, ni une œuvre de théorie. Je n'ai pas plus la prétention de retracer l'historique des travaux publiés jusqu'à ce jour sur la folie avec conscience que celle d'interpréter ce point curieux de pathologie mentale. Je me bornerai à relater quarante observations personnelles et à les faire suivre ou précéder des réflexions cliniques qu'elles inspirent. Je n'ignore sans doute pas les grands progrès accomplis à notre époque en psychologie, je sais combien les travau* de l'école allemande et de l'école anglaise ont jeté de lumière sur la vie consciente et sur la vie inconsciente de l'esprit, je crois même qu'il serait peut-être possible aujourd'hui de tenter une généralisation et de formuler une théorie

RECHERCHES SUR LA FOLtB AVEC CONSCIENCE. 191

scientifique des états de conscience dans la folie, mais je ne veux pas pour le moment me livrer à de si hautes études. Dans les discussions qui ont eu lieu à la Société tnédico-psythologique en 1869 et en 1875, tandis que presque tous les orateurs s'acharnaient à discuter sur les facultés, la volonté et le libre arbitre, le jugement et*la raison, en vain les esprits pratiques demandaient des faits, beaucoup de faits. Seuls, Morel et M* Billod sont restés cliniciens. A leur exemple, qu'il me soit permis à mon tour d'apporter des faits et de réserver pour l'avenir les considérations théoriques.

La folie n'est pas une de ces maladies soudaines, accidentelles et passagères auxquelles chacun est exposé à payer tribut. Elle prend racine dans les profondeurs mêmes de l'organisation cérébrale. Quand elle fait son apparition, le plus souvent, elle a été préparée de longue date par toute une série de générations et elle est l'expression d'une dégénérescence de l'espèce (Morel). La maladie, au lieu d'avoir son origine dans l'abâtardissement de la famille, natt-elle des excès ou des misères du patient, ici encore pour se développer, elle nécessite un terrain cérébral longtemps et profondément remué, car il est faux que chaque homme ait un graîn de folie tout prêt à germer. Ainsi, que la folie soit héréditaire ou acquise elle n'est pas l'œuvre d'un jour; or, cette chronicité des causes entraîne la chronicité de l'invasion. L'aliénation, en effet, ne surpreud pas comme un voleur de nuit; elle signale son approche, son arrivée par des signes variés. Il résulte de cette étiologie et de ce mode de début un état ordinaire de conscience, à la naissance des vésanies. Les malades se sentent devenir fous. Ils ont la notion claire d'un

bouleversement de leur esprit. Ils voient leur caractère s'aigrir, leur sensibilité et leurs instincts se pervertir, en même temps leurs facultés intellectuelles s'obscurcir. Ils s'aperçoivent qu'ils n'ont plus les mêmes aptitudes ui la même ardeur au travail. Ils rapprochent ces modifications psychiques des maux de tête et des insomnies dont ils souffrent, et ils en concluent qu'ils sont sur la pente de la folie. Dans la forme sensorielle elle-même, les hallucinations n'apparaissent pas tout d'abord avec la netteté de l'état confirmé. Ce sont des bruits vagues, des chuchotements confus, des ombres qui intriguent le malade ; puis les voix et les visions deviennent plus distinctes, prennent corps et le patient effrayé, s'interroge, se demande s'il n'est pas le. jouet de son imagination en délire. Au début, les états d'excitation et de dépression viennent aussi se refléter dans le sens interne. Les patients comprennent que leur intellect s'engourdit ou s'exalte et sentent qu'ils sont impuissants à réagir contre le mal qui les enlace ou les agite. Puis la maladie progresse et la conscience disparaît.

Si telle est l'évolution ordinaire, est-ce à dire que jamais la folie n'a une éclosion soudaine et inconsciente? Certainement non. Aux yeux du monde ce début est même le plus ordinaire; aux yeux de l'aliéniste, il ne saurait en être ainsi. L'éclosion subite, incontestable, sans doute, est toutefois pour lui l'exception, la grande exception ; elle ne se rencontre guère que dans quelques cas de manie liée à l'hérédité. Interrogez les malades après leur guérison, ils vous apprendront presque tous, sinon tous, que pendant longtemps le feu a couvé sous la cendre, qu'ils ont

lutté, dissimulé le plus possible, et que la maladie n'a apparu au dehors qu'après avoir vaincu leur résistance. Ainsi, en réalité, c'est précisément cet état de conscience à la naissance des vésanies, état de conscience permettant la lutte et la dissimulation qui, masquant l'évolution lente de la maladie, simule une brusque apparition.

Ce que nous venons de dire des folies vésaniques s'applique aussi dans beaucoup de cas aux folies paralytiques, à celles surtout improprement nommées paralysie générale sans délire et qui psychiquement se caractérisent par les symptômes de la démence. Pendant une assez longue période, ces infortunés ont la perception de leur état physique et intellectuel pour lequel ils vont souvent consulter les médecins. Il y a un second groupe de paralytiques chez lesquels l'état de conscience au début est un fait constant. La forme expansive est toujours précédée, comme l'a établi M. Doutrebente dans sa thèse, d'une période mélancolique. Or, tandis que les malades n'apprécient point leur exaltation cérébrale, dans le stade précédent ils ont la notion claire de leur état dépressif. Il est enfin un troisième mode de début de cette affection qui peut offrir la même particularité, c'est la forme congestive d'emblée. Si la poussée sanguine du côté du cerveau est assez violente pour amener l'ictus apoplectique, la conscience fait défaut, car en revenant à la vie le malade est sous le coup de troubles d'une acuité telle que toute appréciation de son état lui est d'ordinaire impossible. Mais il est une autre variété de congestion cérébrale, la plus habituelle même, qui se manifeste par de la céphalalgie, de l'insomnie, de l'anxiété, un besoin

violent de mouvement, et qui souvent laisse la conscience intacte, même pendant un temps assez long, comme le prouve le fait suivant :

Observation I. — Hérédité congestive. — Paralysie générale progressive à la première période, datant de deux ans. — Conscience des troubles psychiques et physiques. — Idées de suicide.

M m * Adèle G..., quarante-quatre ans, mariée, sans profession, instruction secondaire, entrée à l'asile de Marseille le 12 octobre 1881. La mère est morte à cinquante-six ans d'une attaque d'apoplexie. Réglée à quatorze ans, la malade a toujours été régulièrement menstruée. Mariée à vingt-quatre ans, elle a eu quatre enfants, deux sont morts en bas âge, l'un de la coqueluche, l'autre d'une fièvre cérébrale. Les troubles intellectuels datent de deux ans. M ma G... a la conscience très nette de son état; elle est dominée par une frayeur, une anxiété non motivée qu'elle est impuissante à surmonter. Insomnie persistante; souvent, la nuit M me G... est forcée de se lever, de courir dans sa chambre et de pousser des cris. Désolée d'un tel état, de ne pouvoir surtout surmonter ses craintes jugées chimériques et morbides, cette dame a tenté de se suicider. Au point de vue physique, elle a des maux de tête violents, de l'insomnie, du tremblement des mains, du tremblement fibrillaire des muscles de la face et de l'embarras de la parole. Ces désordres physiques sont appréciés. La malade les rapproche de ses troubles psychiques et en conclut à un ramollissement cérébral. Elle consentirait volontiers, dit-elle, à souflrir du corps la journée, si la nuit elle pouvait dormir un peu et se débarrasser de ces frayeurs ridicules qui l'agitent en dépit d'elle. N'ayant pu se tuer grâce à la surveillance exercée par sa famille, M m « G... est venue d'elle-même à l'asile dans le but de se guérir et ne plus incommoder les voisins par ses cris. Cette dame est restée trois mois dans mon service ; durant ce laps de temps elle a eu du côté de la tête deux poussées congéstives assez fortes : la langue s'embarrassait alors davantage, les jambes refusaient leur service, tandis que l'anxiété grandissait et que la conscience restait toujours lucide. Les sentiments affectifs étaient bien bien conservés, M me C... réclamait souvent

ses enfants et son mari dont la conduite pourtant était loin d'être un modèle. Le bromure de potassium à hautes poses a procuré un peu d'amélioration. Au bout de trois mois, la malade n'a plus voulu demeurer parmi nous et, malgré mes conseils, le mari a cédé à ses prières. A mon avis, M me G... a quitté rétablissement, où on ne la perdait pas de vue, pour se tuer dehors et pour se tuer en connaissance de cause, non en aliénée, entraînée par une impulsion irrésistible ou des conceptions délirantes, mais en femme consciente de sa personnalité psychique et physique, et préférant la mort à de telles tortures morales.

Après une période de début plus ou moins longue, la folie progresse et passe à sa période d'état. D'ordinaire la couscieuce est vaincue à ce moment; les malades ont une confiance absolue dans leurs hallucinations, ne se doutent point des troubles de leur intellect et cèdent avec conviction à tous les mouvements désordonnés de leur esprit malade. Il n'en est pas toujours ainsi : quelquefois la conscience, en dépit de la violence du mal, conserve tout son contrôle, permet à l'esprit de se reconnaître au milieu même de ses plus grands écarts et ne s'éclipse jamais. Ces caslà relativement rares, qui sont plus particulièrement l'objet de ce travail, seront étudiés bientôt dans tous leurs détails. D'autres fois, il y a durant la période d'état comme des éclaircies de raison ; la conscience se fixe durant quelques instants, quelques heures; le malade alors réfléchit sur ce qu'il éprouve, se sent aliéné, déplore son malheur, puis est de nouveau entraîné dans le tourbillon vésanique. Ces manifestations fugitives du sens intime se rencontrent surtout dans la manie aiguë où elles sont d'un pronostic heureux et annoncent le retour prochain de la raison, quand elles augmentent en nombre et en durée. Plus

rares dans les délires dépressifs aigus, quoiqu'encore possibles, ils ne paraissent pas se montrer dans les délires partiels, du moins je n'ai pas eu occasion de les observer. Chez l'aliéné qui a basé sur ses troubles sensoriels une systématisation délirante, leretourdela conscience n'équivaudrait-il pas à la guérison?

A ce point de vue la folie paralytique se rapproche de la folie vésanique. Il n'est pas rare, écrivait dernièrement M. Dagonet, de voir chez des malades atteints de paralysie générale des lueurs de conscience et, à certains moments, l'appréciation de la maladie dont ils sont affectés. Il semble alors, ajoute t-il, que les poussées congestives qui sont une des complications de la paralysie générale diminuent à certains moments, de manière à permettre à la conscience de se manifester d'une façon plus ou moins intermittente. Quoi qu'il en soit de l'explication, le fait est exact et les deux observations qui suivent en sont une nouvelle preuve.

Observation IL — Hérédité congestive. — Excès de travail. — Paralysie générale progressant sans rémission depuis six mois. — Conscience nette durant quelques heures des troubles physiques et psychiques y compris le délire des grandeurs.

M. X..., quarante-huit ans, ingénieur, marié, entré comme pensionnaire à l'asile de Toulouse en mai 1879. Hérédité congestive, excès de travail, telles sont les causes de la maladie. A l'admission tous les symptômes physiques et psychiques de la paralysie générale progressive à forme expansive, au premier degré. Durant six mois la maladie évolue sans la moindre lueur de raison ; les symptômes s'aggravent tant du côté de l'esprit que du côté du corps. M. X... reçoit la visite d'un de ses amis, visite qui sur le moment paraît l'impressionner beaucoup. Le lendemain matin nous trouvons le malade avec la conscience nette de sa situation. Non seulement il se rend un compte exact de ses troubles paralytiques, tels que tremblement des

mains, embarras de la parole, non seulement il apprécie la déchéance de ses facultés intellectuelles et morales, mais, particularité curieuse, il juge sainement son délire expansif des grandeurs. Il dit avoir la tête remplie d'idées de. millions et de milliards, la nuit voir en rêve des montagnes d'or et des fleuves de pierres précieuses et que c'est trop absurde pour y croire. Vivement affecté de son état, il priait en grâce de le guérir. Le soir toute conscience avait disparu et la maladie reprenait son cours.

Observation III. — Habitudes alcooliques liées à la ménopause.

— Paralysie générale avec dipsomanie et kleptomanie. — Rémission incomplète après dix-huit mois. — Inconscience à l'asile; conscience au dehors de l'affaiblissement intellectuel.

— Idées de suicide. — Retour des accidents paralytiques.— Inconscience absolue depuis deux ans.

Lydie B..., cinquante-trois ans, mariée, sans profession, instruction supérieure, entrée comme pensionnaire à l'asile de Marseille le 3 février 1880. Pas d'hérédité au dire de la famille. La malade a toujours joui d'une bonne santé et jusqu'au retour d'âge, qui remonte à six ans, elle avait tenu une conduite régulière. Avec la ménopause s'est montré le goût des liqueurs fortes, goût qui s'est accru par la suite. La paralysie générale a débuté en janvier 1879 par une violente congestion cérébrale. Depuis lors marche progressive des accidents. Les habitudes alcooliques sont devenues effrénées et des impulsions au vol ont apparu. Dans l'établissement, jusqu'au mois d'avril, la maladie resta stationnaire. La dipsomanie et la kleptomanie exigeaient, au moment des repas, une surveillance continue. Avec le printemps, une rémission incomplète se produisit. Les troubles physiques s'amendèrent considérablement, les tendances au vol et aux liqueurs fortes disparurent, seule l'intelligence resta très affaiblie. L'inconscience était absolue. L'amélioration s'étant encore accentuée, M me B... fut retirée par sa famille. De retour chez elle, elle voulut reprendre ses occupations, s'occuper de ses affaires. Elle en fut incapable et se reconnut telle. Elle s'aperçut qu'elle n'avait plus de mémoire, plus de suite dans les idées et elle eut la conscience nette de sa déchéance intellectuelle. A l'asile, où soumise à un régime et & une discipline, elle ne prenait souci de rien, la conscience était

restée endormie ; mais elle se réveilla dès que la malade fut aux prises avec les exigences de la vie libre. M me B... fut vivement affectée de sa découverte; à peine un mois s'était-il écoulé que son chagrin devenait du désespoir. Elle préféra la mort à une telle décadence et fit des tentatives de suicide. Trop surveillée pour arriver à son but, elle se retourna vers l'alcool. La dipsomanie reparut et avec elle arrivèrent des hallucinations terrifiantes de l'ouïe. La conscience, un moment indécise au début des perversions sensorielles, sombra ; la malade refusa de manger de peur d'être empoisonnée. On la reconduisit dans mon service, conseil que j'avais donné dès la première tentative de suicide. Depuis deux ans que M me B... a été confiée pour la* seconde fois % à mes soins, l'affection paralytique n'a plus offert de rémission, et l'inconscience a été absolue.

Par contre, les états de conscience sont rares à la terminaison des vésanies par guérison, sauf peut-être pour la manie aiguë. Quand, dans le cours d'uuelypémanie simple ou d'une folie sensorielle, la bonne foi du malade a été complètement surprise, la conscience ne devance qu'à titre exceptionnel le retour complet à la raison. Moins tristes, moins tourmentés, ces aliénés en voie d'amélioration renaissent à la vie extérieure, s'occupent, réclament leur famille, mais ils subissent encore l'action du mal tout affaibli qu'il est et sans se douter de sa nature. La lutte contre la folie que nous avons vue pour ainsi dire caractéristique de la période de début ne.se retrouve plus ici. Entre ces deux stades des affections mentales existe donc, à ce point de vue, une différence radicale.

Il est des cas, avons-nous dit plus haut, où la conscience, en dépit de la violence du mal , conserve tout son contrôle, permet à l'esprit de se reconnaître au milieu même de ses plus grands désordres et ne s'éclipse jamais. Ce sont ces cas qui doivent désormais nous occuper.

Tout d'abord, dirons-nous, il y a quatre variétés de folie qui s'accompagnent constamment de conscience, ce sont : l'hypochondrie morale de Falret, l'agoraphobie ou peur des espaces, la folie du doute avec délire du toucher et les folies impulsives. La caractéristique de ces aliénations mentales n'est pas, comme le croit M. Ritti , la présence de la conscience liée à l'irrésistibilité des actes, des sentiments ou des conceptions délirantes, car nous aurons tout à l'heure à faire connaître de nombreux cas de folie qui présentent ce double caractère et qui incontestablement ne se classent pas parmi elles. Ce qui les individualise et en forme un groupe à part, c'est la présence constante, indispensable de la conscience. Sans elle, elles n'existeraient pas, particularité qui ne se retrouve point pour les autres formes. Ces folies, contrairement a la célèbre définition de M. Baillarger, sont des infortunes qui se connaissent toujours. Ainsi, en aliénation mentale, tantôt la conscience est un élément constitutif, tantôt un élément surajouté, et c'est là, à mon avis, une distinction capitale sur laquelle j'appelle toute l'attention.

Entre ces deux groupes à conscience constitutive et à conscience surajoutée, existe toutefois un lien curieux d'étiologie, qu'il importe tout de suite de signaler : les aliénés conscients, quels qu'ils soient, sont des héréditaires et appartiennent pour le plus grand nombre aux classes aisées et instruites de la société. Le fait est accepté de tous les aliénistes pour les quatre formes où la conscience est un élément constitutif. Mes observations prouveraient qu'il en est de même, quand elle est un élément surajouté. Sur trente-quatre cas de ce

genre, vingt-sept fois l'hérédité a été constatée et les malades se répartissaient comme il suit : indigents, onze; pensionnaires, douze; clients instruits et aisés, onze; soit onze indigents pour vingt-trois malades appartenant aux classes riches et instruites. Cette statistique, quoique restreinte, acquiert une certaine valeur si on tient compte que, médecin en chef d'un grand service de près de cinq cents femmes indigentes, j'ai eu sous les yeux beaucoup plus de celles-ci que de celles-là. Parmi toutes ces infortunées de la classe pauvre et ignorante, en avoir trouvé si peu qui eussent connaissance de leur état, n'est-ce pas la preuve que dans cette catégorie l'inconscience est presque générale? Déplus, jusqu'à ce jour, s^jifchez une femme, il ne m'a pas été donné de voir l'état que nous étudions chez les personnes à' instruction nulle. L'exception signalée prouve sans doute que savoir lire et écrire n'est pas indispensable pour apprécier ses perturbations mentales, mais l'intelligence est souvent indépendante de l'instruction, et il ne ressort pas moins de cette petite statistique que la conservation de la conscience dans la folie se rencontre de préférence chez ceux dont l'intelligence a été cultivée. Une nouvelle preuve à l'appui de cette opinion se trouve dans la catégorie des héréditaires qui restent conscients. Il résulte des recherches de M. Krafft-Ebing que les prédisposés se divisent en trois classes. La première comprend les cas de prédisposition latente. Rien, ni au point de vue physique, ni au point de vue intellectuel et moral ne trahit la tare vésanique. Dans la seconde se placent les héréditaires qui, avant le début de l'aliénation, ont présenté des accidents névropathiques ou des anomalies intellec-

tuelles. Enfin, dans la troisième, se trouvent les dégénérés de corps et d'esprit. Eh bien ! c'est dans le premier groupe que se recrutent presque toujours les aliénés conscients. Dans mes observations prises en général, sur quarante malades, dix seulement dans leur jeunesse avaient présenté des accidents névropathiques ou des anomalies intellectuelles, et trente-deux fois l'hérédité pourtant a été bien constatée.

Vigueur intellectuelle et hérédité vésanique sont donc des conditions connexes qui favorisent la conservation de la conscience. En ce qui concerne l'intelligence, il est facile de comprendre son rôle. Au début de ce travail, j'ai eu soin de spécifier que le mot conscience est employé ici dans son acception réfléchie :,il signifie la conscience qui se replie sur elle-même, qui s'étudie, cherche à comprendre et à expliquer les phénomènes qu'elle reflète. Cette conscience n'est pas celle du vulgaire, c'est surtout la conscience du penseur, de ceux habitués à scruter le pourquoi des choses et pour se conserver au milieu des plus graves perturbations psychiques, elle a le plus souvent besoin d'avoir été fortifiée par l'étude et l'observation. Voilà pourquoi, d'après mes recherches, les aliénés conscients se recruteraient dans la proportion de 67,6 p. 100 parmi l'élite de la société.

(A suivre.)

DESCRIPTION DE QUELQUES PIÈCES RELATIVES AUX LÉSIONS OSSEUSES ET ARTICULAIRES DES ATAXIQUES,

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