DE VIENNE
Séance du 12 janvier 1881.
Cette séance est tout entière consacrée à la communication du docteur Pohl, sur Y ensemble des phénomènes qui concourent à V hallucination (processus hallucinatoire). On en trouve la substance dans leJahrbùcher fur Psychiatrie (III, 2 *.) Sur la proposition de M. le président Meynert, la discussion que ce mémoire appelle est remise, à cause de l'heure avancée, à un autre jour (séance du 23 février).
Séance du 26 janvier.
M. Holl^nder traite de Y œdème cérébral circonscrit comm: cause de symptômes des lésions en foyer.
La discussion qui s'engage à son sujet met d'abord en lumière deux observations communiquées par le docteur Drozda. En l'une d'elles, il s'agissait d'un individu apporté sans connaissance à l'hôpital et chez lequel on trouva : myosis pupillaire double complet, hémiplégie droite, hoquet incessant, rétention d'urine, glycosurie. Après trente-six heures de coma, ce malade succombait à l'hépatisation dulobe inférieur gauche, et l'autopsie ne décelait, outre les lésions pulmonaires, qu'une transsudation séreuse avec atrophie du cerveau. Les renseignements recueillis ultérieurement démontrèrent que le patient était épileptique. Le second fait concerne une hémiplégie droite, survenue soudain, avec perte de connaissance; mort en six heures ; simple atrophie cérébrale à l'autopsie .
M. Meynert insiste à ce propos sur les signes cadavériques permettant de conclure àl'épilepsie. Qu'une hyperémie insolite du cerveau, telle qu'en peut produire l'ectasie vasoparalytique consécutive au spasme des vaisseaux cérébraux, s'accompagne d'une atrophie de la corne d'Ammon, et l'observateur est en droit de
1 Le Jahrbûcher fur Psychiatrie (de Vienne) est un journal publié par la Société dont il est l'organe. Aussi, tous les travaux dont on ne trouvera pas l'analyse à l'article Société, parce qu'ils sont imprimés in extenso dans le corps de ce recueil, seront-ils l'objet de notre attention dans les Revues analytiques.
conclure à la mort du sujet pendant un accès d'épilepsie. Mais Ton peut également rencontrer l'inverse, c'est-à-dire une anémie considérable, parce qu'il est rare qu'un épileptique possède une irrigation cérébrale moyenne ; les oscillations extrêmes dans l'afflux sanguin encéphalique sont l'apanage de ces névropathes M. Meynert rapporte aussi un cas d'œdème vrai d'un pédoncule cérébral dans lequel les symptômes notés trois jours avant la mort (paralysie de i'oculo-moteur, paralysie opposée du facial et des extrémités) permirent de diagnostiquer le lieu de la lésion ; ce qui n'implique pas d'ailleurs le diagnostic de l'œdème, personne n'étant en mesure d'affirmer qu'il n'y a pas un rapport nécessaire, impérieux, entre la transsudation et l'inflammation. Quand, par exemple, le cerveau d'un paralytique général nous présente à côté de l'encéphalite chronique (adhérence des méninges à l'écorce) des foyers aigus, il s'agit d'un seul et même processus se montrant à divers stades, et, bien que Ja périphérie des régions ramollies n'ait pas toujours complètement perdu sa coloration de par l'œdème, on ne saurait exclure la parenté de l'œdème et de l'inflammation. Le diagnostic différentiel de semblables états repose : anatomiquement, sur l'adhérence des méninges à la base; cliniquement, sur la promptitude avec laquelle apparaissent les phénomènes paralytiques et l'évolution brève qu'ils affectent, tous caractères qui éliminent l'hypothèse d'une tumeur.
M. Meynert présente en outre à la Société le cerveau d'un typhique ayant été en proie, dans les derniers jours qui précédèrent sa mort, à plusieurs attaques apoplecti formes. La partie antérieure des hémisphères est revêtue d'une sorte d'enveloppe gélatiniforme remplie de coagula sanguins. Cette pseudo-membrane repose non sur la dure-mère mais sur l'arachnoïde. Il ne s'agit pas là, du reste, d'une pachyméningite, c'est-à-dire d'un processus inflammatoire, mais d'une de ces hémorrhagies marastiques attribuées à l'anémie et à la friabilité vasculaire.
M. le Président clôt la séance en communiquant à l'assemblée la lettre de retraite du D r Kapsamer et en consacrant à la mémoire du D r Ludwig Schlesinger quelques paroles d'adieu.
Séance du 23 février. — Présidence de M. Meynert.
Sur la proposition du Président, l'assemblée décide de transférer la bibliothèque de la Société dans la salle de cours de la clinique psychiatrique de l'hôpital général, de la rendre accessible aux membres de la Société pendant les heures de jour, enfin de permettre le prêt de livres à domicile. Les fonctions de bibliothécaire sont confiées au D r Grûnberg (interne).
M. Fritsch se déclare prêt à collaborer au Jahrbùcher (annales) de la Société : acquiescement de l'assemblée.
M. Pohl est choisi comme membre du conseil d'administration en remplacement du D r Efpenbergee, l'élection tLu vice-président étant ajournée à la réunion générale.
Le reste de la séance est consacré à la discussion sur le travail de M. Pohl, lu à la séance du \t janvier.
Séance du 27 avril.
M. Holljsnder fait sa communication annoncée sur la stupeur, à la lumière d'une observation recueillie à la clinique de Meynert. La publication en sera effectuée in extenso dans l'organe de la Société.
La discussion soulevée à cette occasion a trait aux entités psychopathiques dans leurs rapports avec la stupeur. Celle-ci, pour M. Meynert, peut émaner des conceptions délirantes, se montrer au milieu de l'immobilité, du mutisme le plus complet et le plus prolongé ; en ces cas, les malades accordent une certaine attention aux mouvements passifs qu'on leur imprime, sans être en état de prendre ou de conserver des poses pénibles. La stupeur pure relèverait d'une suractivité des centres d'adaptation sous-corticaux, l'équilibre étant anormalement maintenu alors que décroit l'activité des hémisphères.
M. Meynert présente à ses collègues une femme de trente- deux ans, célibataire ; il s'agit de décider dans l'espèce s'il y a ou non psychose, la personne en question ayant essayé de se tuer. En dépit de toutes les apparences de la mélancolie notées au premier abord, un examen approfondi ne permettait de consigner aucun symptôme morbide proprement dit; évidemment cette humeur noire est physiologique. Le professeur fait remarquer qu'un internement prolongé à l'asile eût pu favoriser sur un pareil terrain la production d'hallucinations et devenir la cause occasionnelle d'une psychose consécutive, dont l'aspect lypémaniaque eût été considéré comme le prodrome. Par conséquent, le placement de semblables sujets dans un asile est absolument contre-indiqué.
M. Pohl fait remarquer à cet égard comment, en des conditions spéciales d'un léger trouble dans la circulation, s'opèrent les transformations de la douleur psychique ou même physiologique en des états mentaux tout différents. Telles ces formes d'aboulie en quelque sorte parétique, ces transitions à la gaieté vraie, ressortissant en somme à la douleur morale. — Il demande en outre au D r Hollœnder si l'on est en droit d'admettre une stupeur primi-
tive alors que, selon sa conviction, la mélancolie stupide représente un type morbide fixe et bien délimité.
Pour M. HoLLiENDER, la mélancolie stupide n'existe pas; on. désigne actuellement sous ce nom des formes de monomanie essentiellement différentes de la stupeur.
M. Meynert ajoute qu'on a écarté la mélancolie avec stupeur par cette raison fondamentale que les malades qu'elle concerne sont aussi bien enclins à sourire ; l'explication du fait gît et dans la nature de leurs hallucinations et dans l'anémie considérable que Ton observe généralement chez eux. Quant à la dépression mentale, il ne faut point oublier que sa forme hypochondriaque précède, comme stade prodromique pur, la monomanie non moins que les sensations d'angoisses qui appartiennent et à l'hypochondrie et à l'hystérie. Toutefois, il importe, dans l'intérêt du diagnostic, d'établir une différenciation tranchée entre l'hypochondrie et la mélancolie. L'association de la stupeur à la mélancolie vraie est d'autant moins surprenante que cette dernière en renferme toujours quelque élément de par les phénomènes d'arrêt qui la caractérisent; si les nuances varient, la parenté est intime entre les deux types nosographiques. La distinction fondamentale réside dans la pathogénie ; les hallucinations et la stupeur en général se développent sur un fonds d'anémie, tandis que la mélancolie résulte certainement de processus hyperhémiques.
Séance générale du 25 mai. — Présidence de M. Meynert.
La situation financière, présentée par le D r Holler, trésorieréconome, pour l'année \ 880-84 , se traduit, tous frais payés, par un avoir en caisse de 250 florins 79 kreutzers.
M. Fritsch, secrétaire, produit son rapport annuel sur les travaux de la Société pendant l'année 1880-84. Les six séances tenues par elle ont été presque exclusivement consacrées à des questions scientifiques. Voici les communications dont elle a pris connaissance :
M. Meynert. Sur les fonctions de Vécorce du cerveau.
M. Fritsch. De V influence, des maladies fébriles sur les psychoses.
M. Pohl. Du processus hallucinatoire.
M. Hollœnder. De Vozdéme circonscrit du cerveau comme cause de symptômes des lésions en foyer. De la stupeur.
Quelques-uns de ces mémoires ont été publiés dans les Annales de la Société, qui ont en outre ouvert leurs colonnes aux travaux suivants, pendant l'année qui vient de s'écouler :
M. Meynert. Contributions crâniologiques à l'étude de la prédispo" sition psychopathique ;— Fragments tirés des corollaires anatomiques
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et de la physiologie du cerceau antérieur; — Les formes hallucinatoires aiguës de la monomanie exaltée et leur évolution; — Nouvelles recherches sur les ganglions du cerveau et la base de cet organe.
M. Krafft-Ebing. De l'utilité, de la surveillance des autorités dans les asiles d'aliénés de l'Autriche; errements et moyens à employer.
M. Fritsch. De l'aliénation mentale. Des diverses formes de l'aphasie dans leurs rapports avec les perturbations psychiques.
M. Pick. Contribution à l'étude des hallucinations.
M. Lechner. Apport à la pathogénie des hémorrhagies cérébrales dans les formes syphilitiques précoces.
M. Pasternatzky. La structure de l'étage inférieur du pédoncule cérébral et de la lamelle du noyau lenticulaire. (Analyse, t. III, p. 346.) La question des centres corticaux moteurs.
M. Schlancenhadsen. Contribution à V étude de V aliénation pseudoaphasique.
M. Rûdinger. Le poids du cerveau humain.
Membres reçus par la Société pendant Tannée précédente : MM. Alois Grûnberg; Robert de Pfungen; Max Weïss; Alfred Studeny; Arthur Schwarz.
Le Bureau est ainsi constitué pour Tannée 1881-1882. "Président : M. le professeur Meynert ; — Vice-président : D r Gauster , — Trésorier : D r Holler; — Secrétaires : D r » Fritsch et Hollœnder.
Membres du conseil d'administration : Professeur Hoffmann ; — D r » Pllûger, Pohl, Wimmer.
MM. Pohl et Schwaab sont chargés de la vérification des comptes.
La séance est terminée par la lecture du travail de M. le professeur Meynert intitulé : Des sensations et des passions.
(Jahrbùcher f. Psychiatrie, III, 3.) P. K.
II. Traité des Névroses , par A. Axenfeld, deuxième édition, augmentée de 700 pages, par Henri Huchard. Paris, 1882.Germer-Baillière et C ie , éditeurs.
A Toccasion d'une seconde édition du Traité des Névroses, d'Axenfeld, M. Henri Huchard vient de faire paraître une œuvre personnelle importante. C'est le sort des ouvrages scientifiques médicaux de
vieillir vite. Or, la publication du Traité des Névroses date de près de vingt ans. Les progrès des sciences médicales et particulièrement de la branche qui traite des maladies du système nerveux ont été considérables depuis cette époque, et la tâche confiée à M. Huchard par le professeur éminent, si prématurément ravi à la science, toute pleine d'honneur, était aussi hérissée de difficultés. 11 y avait surtout deux écueils à éviter, celui d'étouffer l'œuvre du maître sous des additions considérables imposées par le progrès de la science, et celui de faire une œuvre incomplète en consacrant aux récentes conquêtes de la neuropathologie une place trop restreinte. Pour échapper au premier, M. H. Huchard a pris le parti de conserver au texte d'Axeufeld son intégrité. « Nous avons pensé, dit-il, que le devoir nous commandait de conserver à ce livre toute son originalité, de ne rien changer à ces pages souvent éloquentes et toujours empreintes d'un profond esprit clinique ; et dans les additions considérables que les progrès de la science nous ont imposées, nous avons cru qu'il était utile et convenable d'indiquer par un signe facile à reconnaître tous les développements qui nous appartiennent, que nous revendiquons comme notre propriété, dont nous voulons subir et réclamer la responsabilité entière, puisque, pour notre mal* heur, la collaboration et les conseils de notre maître vénéré nous ont fait absolument défaut. » Le docteur H. Huchard n'a également pas modifié le plan général de l'ouvrage primitif et les anciennes divisions ont été conservées la plupart du temps. Il en résulte bien un peu de confusion; quelques chapitres gagneraient à être fondus ensemble ; l'unité de l'œuvre en a un peu souffert. Mais ce sont là des défauts inhérents à la nature même de la tâche entreprise par le D r H. Huchard, et nous devons reconnaître qu'\l les a palliés autant qu'il était possible. Us sont même largement compensés par l'extension considérable que ce respect de l'œuvre du maître lui a permis de donner à son œuvre personnelle. Nous ne pensons pas que les exigences du lecteur, qui demande à un livre nouvellement paru de n'ignorer aucune des récentes acquisitions de la science, puissent être plus pleinement satisfaites. M. Huchard n'a négligé aucune des ressources que les travaux récemment parus aussi bien à l'étranger qu'en France pouvaient lui fournir. Toutes les observations cliniques, toutes les théories physiologiques, toutes les découvertes anatomiques, qui, de près ou de loin, se rattachent aux névroses, y sont rapportées et discutées à la place qui convient. — Chacun des chapitres forme ainsi une sorte de revue critique du sujet en question, une monographie rapide mais complète. M. Huchard, en outre; s'est astreint à faire suivre son texte d'un nombre considérable d'indications bibliographiques. En même temps qu'un hommage rendu aux travaux du passé, c'est toujours une tâche ingrate dont les travailleurs devront lui savoir gré.
Je ne saurais donner ici un analyse détaillée d'une ouvrage de cette nature. Il suffit d'en avoir indiqué l'esprit général. Je dois cependant signaler les principales additions.
Les chapitres complètement inédits sont ceux des anesthésies sous le rapport de la pathogénie, de la névralgie diaphragmatique, des tremblements en général, de la maladie de Parkinson, des paralysies d'origine viscérale et périphérique, du ncrvosisme chronique ou neurasthénie, etc. Parmi les sujets qui ont reçu des développements considérables, il faut citer : les névralgies en général et en particulier, la migraine, V angine de poitrine, le vertige, les spasmes fonctionnels, les contractures, l'épilepsie, lachorée et V hystérie. — L'histoire de cette dernière névrose a été plus particulièrement refondue. On y trouvera analysés les plus récents travaux de l'École de la Salpêtrière sur les grandes et les petites attaques convulsives de l'hystérie. S'appuyant sur ses propres observations, l'auteur ajoute un certain nombre de chapitres relatifs à V hystérie viscérale, aux rapports de V hystérie en général avec divers états morbides, aux troubles vaso-moteurs et sécrétoires de la névrose, à sa thérapeutique, aux troubles intellectuels, au caractère, aux mœurs et à Y état mental des hystériques. Cette dernière étude si intéressante a été publiée dans un des derniers numéros des Archives, à titre d'extrait 1 .
Au sujet de l'hystéro-épilepsie, M. H. Huchard propose de n'appliquer cette dénomination qu'aux cas seulement dans lesquels les deux névroses coexistent réellement chez le même sujet, réservant le nom d'épilepto-hystérie à ceux dans lesquels l'hystérie est seule en cause.
Enfin, le Traité des Névroses, en outre de ses] richesses au point de vue scientifique, se distingue par ses qualités essentiellement pratiques. Le chercheur et le clinicien y trouveront également leur compte. La thérapeutique y occupe une place importante et le soin qu'a apporté l'auteur de la seconde édition à la révision et au développement de cette partie de l'ouvrage montre assez qu'il n'a pas failli à J 'esprit du maître regretté dont il vient si heureusement de continuer l'œuvre prématurément interrompue. Paul Richer.
III. Des Usions du lobule de Vinsula\ par A. Perdrier. Thèse de Paris, 1882.
L'auteur conclut de ses recherches cliniques et expérimentales que les lésions absolument localisées au lobule de l'insula se traduisent cliniquement par une hémiplégie portant à la fois sur le bras et sur la jambe. 'Dans cette hémiplégie, le tronc ainsi que la face ne sont pas intéressés, le bras est beaucoup plus pris que la jambe. Elle ne s'accompagne pas de troubles de la sensibilité.
Ch. F.
* Arch. de Neurol.; t. III, p. 187.
IV. Essai sur une forme rhumatismale de la paralysie agitante ; par Vesselle. Thèse de Lyon, 1882.
M. Vesselle, développant les idées de son maître M. Pierre!, cherche à établir que la paralysie agitante peut avoir des origines variables, qu'il existe des paralysies agitantes à pathogénies différentes. La variété des formes symptomatiques et des lésions pathologiques montre qu'il existe des formes différentes de la maladie de Parkinson. L'étude des prodromes et des fonctions musculaires, jointe à celle de l'étiologie, permet de croire qu'il est un certain nombre de cas de paralysie agitante d'origine nettement rhumatismale; chez quelques malades en effet, le tremblement a été précédé des circonstances qui déterminent ordinairement les affections rhumatismales, et il a existé des douleurs rhumatoïdes plus ou moins nettes. Cette forme de paralysie agitante est susceptible d'être améliorée ou môme guérie par le traitement rationnel s' adressant à la diathèse rhumatismale; et le succès du traitement montre bien la nature diathésique des symptômes observés. Les muscles offrent quelquefois une dégénérescence fibreuse plus ou moins avancée ou des indurations plus ou moins marquées.
Ch. F.
V. Etude clinique sur l'absinthisme chronique; par L. Gautier. Thèse de Paris, 1882.
Le travail de M. Gautier est basé sur de nombreuses observations recueillies par M. Lancereaux ou dans son service. Il en ressort que l'absinthe provoque une série de désordres qui, tantôt ressem- • blent à ceux de l'alcoolisme, tantôt en diffèrent soit par leur intensité, soit môme par leur nature. La plupart des malades d'hôpital prennent l'habitude de l'absinthe à Paris ou en Algérie, et les individus originaires des départements du Nord y sont plus sujets.
Tous les symptômes de l'absinthisme sont plus ou moins directement sous Tinfluence du système nerveux. Le caractère des absinthiques offre une remarquable impressionnabilité et une grande variabilité. Ils sont sujets à des rêves analogues à ceux des alcooliques , ou même plus effrayants encore ; ils ont plus souvent que les alcooliques des hallucinations de la vue et de l'ouïe. Le délire absinthique ne diffère pas du délire alcoolique. Les symptômes les plus caractéristiques de l'absinthisme sont les phénomènes douloureux soit spontanés, soit provoqués. L'hyperesthésie occupe particulièrement les extrémités, la région ovarienne, le rachis; le plus souvent les douleurs périphériques sont symétriques. Plus souvent que l'alcoolisme, l'absinthisme détermine un affaiblissement des membres, pouvant aller jusqu'à une véritable para-
lysie. Les troubles moteurs et sensitifs des extrémités sont remarquables par leur symétrie et leur marche ascendante vers la racine des membres. Les convulsions généralisées sont un symptôme de l'absinthisme aigu; on ne les observe dans l'absinthisme chronique que sous l'influence d'un épisode aigu, ou en conséquence d'une lésion cérébrale. Les troubles digestifs sont analogues à ceux de l'alcoolisme, mais moins prononcés. Les désirs et la puissance génitale sont, chez l'homme, rapidement et profondément conpromis. Chez la femme, l'absinthisme paraît rendre la ménopause plus précoce et prédisposer à l'avortement et à la mort des enfants en bas âge. Les absinthiques meurent presque fatalement de tuberculose pulmonaire; il est absolument exceptionnel de les voir arrivera soixante ans. Les lésions anatomiques encore peu connues de l'absinthisme ne diffèrent pas de celles de l'alcoolisme; elles sont caractérisées par une sénilité précoce de tous les organes; dans aucune autopsie il n'existait de cirrhose hépatique, ni d'athérome artériel. Ch. F.
VI. Considérations sur l'hygiène des aliénés ; par L.-A. Pomponne. Thèse de Paris, 1882.
L'auteur condamne l'institution des asiles de ville telle que l'a préconisée Griesinger. L'isolement qui est la base du traitement de la folie ne peut produire de bons résultats que dans les asiles de campagne, où les malades se trouvent en même temps dans des conditions hygiéniques meilleures. Il conclut à la suppression des quartiers d'hospice pour les mêmes raisons. Il préfère, pour la construction des asiles, le système des pavillons isolés où l'air, et la lumière pénètrent plus facilement; cette disposition est d'ailleurs meilleure au point de vue de l'isolement. Les constructions constituées par un rez-de-chaussée et un étage conviennent le mieux aux asiles, parce que les aliénés y jouissent le jour des bienfaits de la liberté au grand air et la nuit d'une habitation salubre. Les cours doivent toujours être à l'extérieur des bâtiments, elles doivent être plantées d'arbres, mesurer une superficie de 1.200 mètres carrés pour une moyenne de 30 malades; elles seront disposées en plan incliné pour faciliter l'écoulement des eaux et ne seront point entourées de murs élevés, mais seulement de sautsde-loup, qui ont l'avantage de permettre aux malades de jouir de la vue de la campagne environnante. Le rez-de-chaussée doit être uniquement affecté aux divers services de jour. Les dortoirs seront toujours au premier, ils offriront une capacité moyenne de 32 mètres cubes d'air respirable par malade, pour une durée de séjour évaluée à 10 heures; ils ne doivent pas contenir plus de 10 à 12 lits; un cabinet d'aisances sera annexé à chaque dortoir, ce qui permettra
de supprimer les vases de nuit. Les dortoirs seront éclairés par des appareils enchâssés dans le plafond, de sorte que les malades ne pourront pas les atteindre, et les résidus de la combustion s'échapperont par des tuyaux de dégagement. L'infirmerie sera située, comme les dortoirs, au premier étage ; les précautions hygiéniques y seront multipliées. On soignera la ventilation ; le chauffage se fera au moyen de bouches de chaleur ou de calorifères. Elle sera entourée d'une galerie couverte qui servira de promenoir aux malades. Il y aura une annexe réservée aux convalescents. Aux lits plus ou moins compliqués inventés pour les gâteux, l'auteur préfère la caisse remplie de paille, qui est d'un prix peu élevé, se trouve partout et est facilement renouvelable.
M. Pomponne considère le no-restraint appliqué d'une manière absolue comme une utopie. Les moyens de contention que l'on doit préférer sont le fauteuil et la camisole ; le manchon et les entraves sont inutiles et dangereux. On ne doit se servir de la camisole pour maintenir le malade dans le décubitus dorsal forcé que dans les cas extrêmes; il vaut mieux camisoler un malade et le laisser aller au grand air que de l'enfermer dans une cellule, môme matelassée. Enfin, l'alimentation doit être surveillée avec la plus grande sollicitude, car l'état de la nutrition est de la plus haute importance pour le traitement. Ch. F.
VII. Recherches sur les zones hystérogênes ; par R. Gmjbe, 1882. Thèse de Bordeaux, 4882. 0. Doin, éditeur.
Ce travail, fait sous la direction de M. le professeur Pitres, de Bordeaux, et basé sur des observations prises par lui ou dans son service, comble une grande partie des lacunes laissées dans l'histoire des zones hystérogênes. MM. Bourneville et Regnard, dans Ylconographie photographique de la Salpétrière et M. Richer dans ses Etudes cliniques de Vhystèro-êpilepsie n'avaient observé ces zones qu'à la tête*et au tronc, et M. Charcot, dans une récente leçon sur l'hystérie chez les jeunes garçons, publiée par nous dans la Gazzeta degli ospitali (n 08 59 et 60, 1882), disait qu'on n'en avait point encore observé sur les membres : les observations très circonstanciées de MM. Pitres et Gaube montrent qu'on peut en rencontrer de nettement caractérisées, aussi bien aux membres inférieurs qu'aux supérieurs. D'une manière générale, les zones hystérogênes sont fréquemment, mais non constamment, symétriques. Leur forme, leur étendue et leur nombre varient avec l'intensité de l'affection. Leur température est la même que celle des régions voisines. L'état de la sensibilité à leur niveau n'est pas constant; chez une même malade, on trouve des zones anesthésiques et d'autres qui sont sensibles. Elles n'ont pas de rapport fixe avec l'hémianesthésie.
sauf pourtant en général quand elles sont unilatérales. La douleur spontanée qui n'est pas constante se montre surtout pendant les prodromes des crises. Quelques malades présentent en même temps que des zones hystérogènes des zones qui sont le siège d'une douleur vague et qui peuvent devenir hystérogènes.
Certaines zones peuvent disparaître et d'autres apparaissent. Une zone exclusivement excito-motrice peut devenir, suivant le degré de la compression, excito-motrice ou frénatrice. Une zone exclusivement motrice peut devenir, selon le degré de la compression, cataleptogène ou excito-motrice, ou encore cataleptogène seulement.
Sous l'influence du froid excessif (pulvérisations d'éther), les zones hystérogènes des membres et des seins ne se conduisent pas de la même façon ; tandis que les premières ne sont pas mises eu jeu, les secondes donnent lieu à attaques. Ni les unes ni les autres ne disparaissent sous l'action du froid; après comme avant l'action du froid, la compression détermine une attaque. La chaleur ne met pas en jeu l'action des zones et ne les influence en aucune façon. Les piqûres et les frictions cutanées ne déterminent pas non plus l'attaque; la sensibilité spéciale des zones hystérogènes siège profondément; il n'y a que la pression qui la révèle.
Les zones hystérogènes des membres ont pour siège les irradiations nerveuses périphériques. La compression des troncs nerveux qui innervent ces zones provoque l'attaque, tout comme la compression de ces zones elles-mêmes. Les zones mammaires comme les zones ovariennes (Charcot, Féré, Baraduc) siègent dans la glande elle-même.
La ligature circulaire qui produit la pléthore veineuse, la bande d'Esmarch, qui amène l'ischémie, font disparaître progressivement les zones hystérogènes ; mais, au-dessus du territoire ischémie, le nerf garde son excitabilité. Tout rentre dans l'ordre avec le rétablissement de la circulation.
Souvent l'application d'un sinapisme fait disparaître la zone ; mais, au dessus, le nerf garde son excitabilité. Quand une zone est unilatérale, l'application d'un sinapisme sur le côté sain la fait disparaître sans transfert. Quelquefois le sinapisme appliqué sur une zone hystérogène fait disparaître la zone symétrique. Une injection sous-cutanée d'eau distillée au niveau d'une zone la fait disparaître ; mais, au dessus, le nerf a conservé son action hystérogène. L'électrisation locale (courants voltaïques ou faradiques) d'une zone l'efface pour un temps, tandis que le nerf conserve audessous de la zone son excitabilité. (Des courants faradiques semblent avoir une action plus rapide et plus durable.) Il n'y a que le métal ou le bois œsthésiogène (variable pour chaque malade), dont l'application puisse faire disparaître la zone hystérogène, sans toutefois influencer l'action du nerf. Quand on a produit la réso-
lution par Féthérisation, l'excitabilité des zones et du nerf disparaît.
Les courants agissant sur la moelle (ascendants ou descendants) et sur le cerveau, font disparaître toutes les zones hystérogènes et l'excitabilité des troncs nerveux qui s'y rendent. Les zones hystérogènes effacées par des actions locales ou générales reparaissent après un temps variable, mais toujours plus long après les actions sur les centres cérébro-spinaux. La fréquence des modifications influe sur la persistance des zones. Ch. F.
Tuberculose de la voûte crânienne et tuberculose osseuse; par Coupard. Thèse de Paris, 1882.
Des périostoses ci'dniennes dans la période secondaire de la syphilis; parNAUDET. Thèse de Paris, 4882.
Etudes sur l'épilepsie jacksonienne ; par Girard. Thèse de Paris, 4882.
Des crises gastriques dans l'ataxie locomotrice ; par Harel. Thèse de Paris, 4882.
La maladie et le système nerveux; par Cartier. Thèse de Paris, 4882.
Des névralgies saturnines; par Rostan. Thèse de Paris, 4882.
Etude sur l'épilepsie partielle ; par Greffier. Thèse de Paris, 4882.
Essai sur les tumeurs du nerf optique; par Hue. Thèse de Paris, 4882.
Contribution à l'étude de Vanesthésie saturnine; par Sigarroa. Thèse de Paris., 4882.
Contribution à Vétude de la névrite ascendante et des paralysies réflexes; par Ollier. Thèse de Paris, 4882.
Etude clinique sur les troubles intellectuels dans l'ataxie locomotrice progressive ; par Gruet. Thèse de Paris, 4882.
On failure of Brain power; by J. Althaus, London, 4882, 2 e édit.
Contribution à l'étude de quelques troubles trophiques dans Vataxie locomotrice; par Béchard. Thèse de Paris, 1882.
Etude sur le poids de l 'encéphale dans les maladies mentales ; par Bra. Thèse de Paris, 1882.
Bu fractionnement des opérations cérébrales et en particulier de leur dédoublement dans les psychopathies ; par Descourtis. Thèse de Paris, 1882.
Cliniske Foredrag over nervesygdomme; af A. Freidenrkich. Copenhague, 4882.
Etude sur la congestion rachidienne de cause menstruelle; par Oudiné. Thèse de Paris, 1882.
Des moyens chirurgicaux employés comme traitement de la névralgie faciale rebelle ; par Michon. Thèse de Paris, 1882.
Du cancer au point de vue de ses rapports avec V aliénation mentale ; par Ch. Bessière. Thèse de Paris, 1881.
De la surdi-mutité; par Lesur. Thèse de Paris, 1881.
Contribution à V étude du délire ambitievx; par Bachelot. Thèse de Paris, 1881.
On concussion of the spine, nervous shoch andother obscure injuries of the nervous System, in their clinical and medico-legal aspects ; by J.-E. Erichsen. A new and revised édition, London. 1882.
Des hémorrhagies cutanées liées à des affections du système nerveux, et en particulier du purpura myélopathique ; par L. Faisans. Thèse de Paris, 4 882.
Contribution à V étude de Vhémorrhagie méningée expérimentale avec déductions cliniques', par P.-N. Bonnot. Thèse de Paris, 1882.
Asiles d'aliénés. — M. le D r Fabre de Parrel, médecin-adjoint à l'asile de Quatremares (Seine-Inférieure), vient de donner sa démission. — M. le D r Rousselin, directeur-médecin à l'asile Saint-Yon (Seine-Inférieure), est admis à faire valoir ses droits à la retraite. — M. le D r E. Cortyl, directeur médecin de Quatremares, remplacera M. Rousselin à l'asile de Saint-Yon. — M. le D r Cortyl est remplacé à l'asile de Quatremares par M. le D r Delaporte, de l'asile de Rennes. — M. le D r Homery passe de l'asile de Saint- Dizier à l'asile de Rennes. — M. G. Cortyl, médecin-adjoint à l'asile de Saint-Yon, est nommé directeur médecin à l'asile de Saint- Venant. — M. Bestière est nommé médecin adjoint de l'asile d'Evreux, en remplacement de M. Lisle, décédé. — M. Martinencq est nommé médecin adjoint à l'asile de Saint-Yon, en remplacement de M. Schils, nommé à Ville-Evrard. — M. Febvré est nommé médecin adjoint de l'asile de Mont-de-Vergues (Vaucluse), en remplacement de M. Longeaud, nommé directeur-médecin à Rodez. — Notre ami le D r Kéraval est nommé médecin-adjoint de l'asile de Saint-Yon. — M. A. Guyot, interne de l'asile de Mareville, est nommé médecin adjoint de l'asile de Quatremares, en remplacement de M, Fabre de Parrel, démissionnaire.
Asîle-hospicë de Villejuif. — Un arrêté du préfet de la Seine vient de prescrire une enquête sur l'avant-projet de rétablissement d'un cimetière spécial pour l'asile-hospice de Villejuif. — On nous a assuré que les travaux de cet asile étaient actuellemeut poussés avec la plus grande activité.
Asile Sainte-Anne. — Les installations balnéaires et hydrothérapiques de l'asile des aliénés de Sainte-Anne sont terminées et vont pouvoir fonctionner prochainement. Elles sont destinées à donner des bains et des douches aux malades du dehors qui vont à la consultation de l'asile clinique (asile Sainte-Anne) et de l'hôpital Cochin, ainsi qu'aux malades des Bureaux de bienfaisance et aux enfants pauvres des écoles voisines.
Asile d'aliénés du Var. — Le préfet du Var donne avis que : un concours est ouvert entre les architectes français pour la confection d'un projet d'asile mixte d'aliénés, à construire dans le département du Var.
Le coût de l'établissement (mobilier non compris) pouvant contenir 600 aliénés assistés ne devra pas dépasser la somme de 1,200,000 francs. Le prix d'un pensionnat pour 60 malades payants n'est pas compris dans le chiffre ci-dessus. Les projets devront être déposés le 30 novembre 1882. Le concours sera jugé par un jury spécial dont la composition est fixée en principe dans la délibération susvisée du Conseil cénéral. Les auteurs des trois projets classés les premiers recevront chacun une prime, savoir :
L'auteur du projet n» 1 une prime de 3,000 francs.
— no 2 — 2,000 —
Les projets primés seront acquis au département, qui conserve toute sa liberté en ce qui concerne l'exécution.
Le programme du concours et le plan du terrain sur lequel doit être construit l'asile seront adressés à toutes les personnes qui en feront la demande à M. le préfet du Var.
Asiles d'aliénés de Bordeaux. — Le concours pour deux places d'internes à l'asile des aliénés de Bordeaux vient de prendre fin. Le jury se composait de MM. Azam, Picot, Desmaison, Gompan et Rondot. Ont été nommés : MM. Nicoleau et Quériaud.
Nécrologie. — M. Dagron est décédé le 14 avril à l'âge de 68 ans. Il fetait médecin directeur honoraire des asiles depuis 1877.
Prix proposé par l'Académie de médecine pour l'année 1883. — Prix fondé par M mo Bernard de Civrieux. — Paralysies et contractures hystériques. Ce prix sera de la valeur de 2,000 francs.
Les bains dans les hôpitaux et les asiles. — Le 26 juin dernier, dit le Droit, Marie Goût..., fille de salle à la Salpêtrière, était chargée de faire un bain à une aliénée agitée, Georges. Après avoir placé cette femme dans une baignoire recouverte du couvercle en cuivre ordinairement employé pour les malades agitées, et après avoir ouvert le robinet d'eau chaude, elle se rendit dans une pièce voisine en oubliant de refermer le robinet. Peu d'instants après, on trouvait la malade morte : elle avait succombé à une congestion pulmonaire produite par l'action de la vapeur et de l'eau brûlante. Marie G... fut immédiatement arrêtée. Elle a comparu le 8 août devant la 9 e chambre. M. le D r Moreau (de Tours), médecin de la Salpêtrière, atteste que la prévenue, attachée à son service, a toujours rempli sus fonctions de la façon a la plus irréprochable » ; il ajoute qu'elle était a soigneuse, bonne et douce envers les malades. » Prenant en considération ces excellents renseignements, et ayant surtout à égard à la longue durée de la détention, le tribunal condamne Marie C... à six jours de prison.
Plusieurs journaux ont fait beaucoup de bruit au sujet de ce triste accident et ont essayé de faire croire qu'il était dû à ce que la baigneuse était une laïque. Ils ont abusé de l'ignorance de leurs lecteurs, car, dans tous les hôpitaux confiés aux religieuses, les baigneuses sont des laïques. Malheureusement, les accidents de ce genre sont beaucoup plus fréquents qu'on le suppose en dépit de la plus grande surveillance, et tout récemment nous avons entendu l'un des inspecteurs généraux déclarer qu'il y en avait environ chaque année une dizaine dans les asiles. C'est pour cela qu'on ne saurait trop prendre de précautions dans l'organisation des services des bains. Jusqu'ici, on n'a encore rien trouvé qui donnât une parfaite sécurité.
Mutilation chez un mystique. — Un curieux cas de mysticisme est signalé dans la ville d'Aumale (Algérie), par les journaux politiques : « Un nommé Chave, tailleur, obsédé depuis longtemps de monomanie religieuse, assistait à la messe lorsque, vers dix heures, il se dirigea vers un confessionnal. Effrayée de son air exalté, une sœur qui se trouvait là était allée chercher un prêtre. Malheureusement, quand celui-ci arriva, il était trop tard. Ghave sortait du confessionnal, pâle, défaillant, les mains ensanglantées.
« Le pauvre fou venait de s'infliger le plus cruel supplice. Avec l'énergie que peut seule donner l'exaltation religieuse, il avait pratiqué sur lui-même, sans autre instrument que ses ongles, l'opération rendue fameuse par l'infortune d'Abeilard. Chose assez surprenante, Chave n'est point mort, malgré la gravité de ses blessures; il paraît même satisfait de sa résolution. Il espère, dit-il, avoir gagné le ciel en s'affranchissant de ses iniquités ».
Un monument a Darwin. — Dans une séance du Comité exécutif du monument de Darwin, tenue le 30 juin, à la Société royale, Burlington-House, on a annoncé que la souscription totale tant annoncée que promise s'élevait à 62,175 fr. Il a été décidé qu'on élèverait une statue en marbre ; et on a nommé un sous-comité chargé d'étudier la question. On demandera au British-Museum la permission de placer la statue dans, la grande salle de la section d'histoire naturelle, South Kensington. Le sous-comité est ainsi constitué : M. W. Bowman, Sir J.-D. Hooker, professeur Huxley, M. C.-T. Newton et Sir H. Pollock. Président, M. W. Spottiswoode, président de la Société royale ; secrétaires honoraires, le professeur Bonney et M. P. Edward Dove. (British. med. Journ. 8 juillet, 1882.)
L'assassin Guiteau. — Les journaux médicaux américains ont discuté longuement sur la question de savoir si l'assassin du président Garfield devait être considéré comme sain d'esprit ou comme un aliéné, s'il était ou non responsable. On trouvera à ce sujet des articles particulièrement intéressants de MM. Hammond et Beard dans le Journal of nervous and mental diseuses ; de MM. Falsom et Channing, dans Boston médical and surgical journal; de M. Brown, dans le Journal of psychological medicine ; de M. Stearnes, dans le Journal of mental science ; de M. Gray, dans le Journal of insanity, etc. Il faut dire d'ailleurs que l'autopsie rapportée par le Progrès médical (1882, p. 624), d'après le Médical Becord, n'apporte guère de preuve en faveur de l'une ou de l'autre opinion.
Nouveau Journal. — Nous venons de recevoir le premier numéro de c The American journal of Neurology and psychiatry », publication trimestrielle paraissant sous la direction de MM. les docteurs M' Bride, Gray et Spitzka, à New-York, chez l'éditeur Westermann.
Bricon (P). — Du traitement de l'épilepsie. (Hydrothérapie. — Arsenicaux, — Magnétisme minéral. — Sels de pilocarpine).Vn volume in-8° de 263 pages, avec 25 figures dans le texte. — En vente aux Bureaux des Archives de Neurologie. Prix : 5 fr. (Pour nos abonnés, 3 fr. 50.)
Bozzard (T.). — Ctinical lectures on diseases of the nervous System. Un vol. in-8° de 446 page, 1882. London, J. et A. Churchill, 11, New Burlington street.
Carvallo (D.). — Heridas de la cabeza. Su relation con las lesiones hcalizadas que suelen acompanarlas. — Historia de un caso de histericocataleptiforme % ottro de conjestion cérébral con convulsio tes i afasia. Brochure in-18 de 110 pages, 1882. Conception, lmprenta de « Li Libertad catolica ».
Flechsig (P.). — Die kôrperlichen arundlagen der geistesstôrungen, Brochure in-8° de 36 pages. Leipzig. Verlag Yon Veil et compagnie.
Howard (H). — The philosophy of insanity crime and responsability. In-8» cartonne de 145 pages avec 2 planches hors texte. 1882, Montréal Imp. Dawson brothers.
Hughes (G.-H.). — Moral (affective) insanity. (A plea for Us rétention in médical nomenclature). Brochure in-8° de 14 pages. Présentée to the International Gongress at London, August. 1881.
Jorissrnne (G.). — Les mouvements de Viris chez l'homme à Vétat physiologique. Brochure in-8° de 52 pages, Paris, librairie A. Delahaye et E. Lecrosnier. Prix : 2 fr.
Mickle (J.). — Aphasia ; some of its varieties. Reprint from the alienist and neurologist (April 1882;. Brochure in-8° de 16 pages. London. D r Julius Mickle.
Morton (J.)-— A contribution to the subject of nervous stretehing . Extrait du Journal of Nervous and mental disease (janvier 1882). Brochure in-8° de 31 pages. New-York.
Prévost (J.-L.). — Du rôle de la syphilis comme cause de Vataxie locomotrice progressive (Revue critique). Brochure in-8° de 22 pages. Genève, librairie Georg.
Roux. — Traitement de Cépilepsie et de la manie par le bromure oVèthyle. — In-8° de 54 pages. En vente aux Bureaux des Archives de Neurologie. Prix : 2 fr. (Pour nos abonnés, 1 fr. 35.)
Seguin (E. C), — The efficient dosage of certain remédies used in the treatment of nervous diseases. Brochure in-8» de 20 pages. 1882. Truair, Smith and Bruce. Syracuse. (N. Y.)
Tamburini (A.) et Seppelli (L.). — Allô studio sperimentale delV ipnotismo nelle isteriche. Communicazione preventiva. Brochure in-8° de 10 pages. Reggio-Emilia. Tipi di Calderini e Figlio.
Wuillamier (T). — De Vépilepsie dans l'hémiplégie spasmodique infantile. Un volume in-8° de 192 pages, avec 5 figures dans le texte et 2 planches lithographies hors texte. En vente aux Bureaux des Archives de Neurologie. Prix : 3 tr. 50. (Pour nos abonnés, 2 fr. 50.)
Letters and facts, not eretofore publishedj touching the mental condition of Ch. Guiteau, since 1865. Brochure in-8° de 32 pages , 1882. Washington, United States Jail.
Thirty-ninth annual report of the managers of the state lunatic asylum Utica for the year, 1882. — Librairie Weed, Parsons and O.
Le rédacteur-gérant, Bouricevillb.
Kvreux . Ui. Huiuky, imp.— 982
Vol. IV. Novembre 1882. N" 12.
ÉTUDE CLINIQUE DU VERTIGE DE MÉNIÈRE DANS SES RAPPORTS AVEC LES LÉSIONS DES FENÊTRES OVALE ET RONDE ;
Par le D' GELLÉ.
Un individu bien portant s'affaisse subitement dans la rue, ou bien il se sent pris soudain de vertige, de tournoiement tels qu'il n'ose quitter le mur auquel il s'appuie, l'objet auquel il s'est cramponné. Ses jambes se dérobent ; le sol s'enfonce sous ses pas ; une sueur froide inonde son visage. Chaque fois qu'il tente d'avancer, ou bien il se sent entraîné sur le côté, ou lancé en avant, ou renversé en arrière. Il assiste effaré, terrifié, à cette lamentable anarchie des mouvements et des efforts d'équilibration. Cet état vertigineux cruel aboutit à la chute ou bien lui succède. Si l'accès est subit et terrasse le malade, un état nauséeux, demisyncopal, précède souvent de longue date l'accès de vertige. Le patient se rend parfaitement compte de ce qui se passe en lui et de son incapacité de se tenir en équilibre. Il ne perd pas connaissance; à peine Archives, t. IV. 18
t-il quelques secondes de surprise et d'émoi. Ses oreilles sifflent, bourdonnent violemment; enfin, la crise passée, il s'aperçoit qu'il est devenu sourd.
C'est le vertige de Ménière, ou la surdité apoplectiforme des auteurs allemands. C'est un appareil symptomatique d'allure positivement cérébrale, et qui a pu maintes fois causer des erreurs de diagnostic. Les auteurs et de Trœltsch entre autres en citent des plus curieuses. C'est un accident morbide plus fréquent qu'on ne pense, et à mesure qu'on sait mieux le reconnaître les exemples s'en multiplient.
Depuis le travail de Ménière, après les expériences de Flourens et de ses successeur s, les leçons de M. le professeur Charcot, les travaux des élèves de la Salpêtrière, ont beaucoup fait pour en vulgariser la connaissance dans le corps médical.
Les thèses de Voury, de Bonnenfant, de Lhuissier et de Léo, les cliniques de M. Charcot; l'étude récente de MM. Féré et Demars; les leçons professées par Trousseau, Hardy, G. Sée/ont appelé l'attention des médecin sur cette symptomatologie curieuse, éclairé ce diagnostic délicat et pressant, et montré surtout les applications thérapeutiques recommandables dans le vertige. Tout dernièrement encore M. le professeur Charcot a montré tout le parti qu'on peut tirer de l'emploi des agents médicamenteux qui possèdent une sorte d'action élective sur l'organe auditif, et il a institué un traitement précieux de cette cruelle affection. Au point de vue nosologique, il a également prouvé que l'accès apoplectiforme , la forme la plus connue aujourd'hui, n'est point la seule manifestation symptomatique du vertige auriculaire. En
effet, l'état vertigineux durable, l'état nauséeux constant, bien que d'aspect beaucoup moins grave et surtout d'allure moins terrifiante que la forme par attaque, peuvent être des manifestations incontestables d'états anatomo-pathologiques auriculaires identiques ou analogues à ceux qui déterminent l'accès brusque avec ou sans chute sur le sol.
Ménière, Saissy, et après eux Moos, Politzer, puis Voltolini, ont trouvé à l'autopsie de sujets qui avaient été atteints de phénomènes prononcés de vertige avec surdité, des lésions du labyrinthe et surtout des canaux semi-circulaires. C'est le plus souvent à la suite de la méningite cérébro-spinale que ces lésions ont été observés. Ces cas mortels et si nets ne sont point de ceux que j'ai montrés dans ce travail.
En général nos malades, à part les accidents d'équilibration et leurs troubles auditifs, jouissaient d'une santé parfaite. La surdité même ne les préoccupait que tardivement.
Ma thèse pourrait aussi bien s'intituler : « Des lésions de l'oreille moyenne que l'on constate cliniquement en même temps que le vertige de Ménière. » Mais un pareil titre semblerait annoncer des autopsies, des descriptions de pièces et j'ai dit que ce travail est absolument clinique. On sait au reste combien sont incomplètes et insuffisantes les rares autopstes connues de vertige de Ménière. Mais c'est bien pis si l'on veut savoir quelle lésion correspond au vertige qui guérit, celle qui caractérise le vertige apoplectiforme, ou au contraire ce qui cause le vertige durable aux formes multiples et méconnues. Voici par avance une preuve de la multiplicité et de la différence des lésions
étiologiques dans ces cas qui n'entraînent pas la mort.
Il s'agit d'un sujet mort par accident (apoplexie pulmonaire) dans le service de M. Charcot. Il était atteint de vertige de Ménière, dont les accès purent être étudiés pendant assez longtemps par M. Féré. Un énorme bouchon de cérumen solide remplissait le méat; le tympan, enfoncé extrêmement, était méconnaissable; les trompes étaient imperméables; les mouvements de rétrier étaient nuls, la caisse scléreuse ; le labyrinthe d'apparence normale ; la fenêtre ronde parut bombée en dehors. Ce court aperçu montre des lésions bien différentes de celles qu'a trouvées Ménière le premier. Le fait qui doit frapper tout d'abord, c'est l'immobilisation de l'étrier, qu'il faut associer dans l'esprit à l'enfonçure extrême de la cloison du tympan et à l'oblitération de la trompe, ses deux causes indiscutables. Le vertige apparaît dès lors comme une manifestation labyrinthique, mais quia été provoquée par une lésion siégeant hors du labyrinthe.
En face d'un malade atteint de vertige ou tombé étourdi à terre, mais qui se relève en pleine possession de ses facultés, le médecin est actuellement conduit à placer, sinon dans les centres nerveux, que la conservation de la connaissance permet jusqu'à un certain point d'éliminer, mais dans la partie nerveuse de l'organe de l'ouïe que la surdité et les bourdonnements signalent à l'attention, la source du mal et le siège de la lésion qui le produit. L'observateur appuie sa conclusion sur les données de la physiologie expérimentale. Aujourd'hui, la trilogie symptomatique de Ménière indiquerait toujours un état pathologique des canaux semi-circulaires. On sait que le limaçon tout entier a pu
être atteint de nécrose et éliminé, sans qu'on ait observé de troubles d'équilibration. J'ai montré à lja Société de biologie que la destruction du limaçon chez le cobaye ne cause aucune altération des mouvements ni de l'équilibre. D'un autre côté, j'ai pu voir complètement guéris du vertige des pigeons sur lesquels on avait, par des lésion des canaux semi-circul aires , provoqué les accidents de déséquilibration, et qui plus tard entendaient parfaitement.
L'expérimentation isole donc bien les fonctions spéciales aux diverses portions de l'appareil labyrinthique. Il ne semble pas que le vertige de Ménière, dans sa constitution ternaire, nous offre une séparation semblable. Aux troubles de l'équilibre s'ajoutent le bourdonnement d'oreille et la surdité ; la lésion des canaux semi-circulaires ne saurait à elle seule tout expliquer. Si le sujet devient sourd, à coup sûr, c'est qu'il a autre chose qu'une altération des canaux semi-circulaires.
Mais la probabilité se change en certitude, si l'on voit le vertige guérir pendant que le sujet reste sourd. Or, c'est un fait d'observation que la surdité est souvent, très souvent la suite et la terminaison du vertige de Ménière, à tel point qu'un moment on a pu croire que le traitement si excellent de M. Charcot Vagissait qu'en hâtant la terminaison par surdité.
Dans l'hypothèse d'une lésion exclusive des canaux, il faudra donc admettre que cette affection a guéri juste au moment où le reste du labyrinthe s'est trouvé privé du fonctionnement. Il y a donc là autre chose qu'une lésion de ces canaux membraneux.
La surdité terminale a frappé quelques bons observateurs, et ils ont conclu qu'il fallait chercher ailleurs
la solution de la question, à moins de faire de tout cela le symptôme d'une labyrinthite. Mais cette opinion est inadmissible, car si la surdité persiste, l'accident vertigineux a disparu : si les canaux sont guéris, comment expliquer que le reste du labyrinthe puisse être envahi par le processus et se trouver détruit?
C'est donc en dehors de l'oreille interne qu'on est conduit à placer le siège de la lésion principale dans le vertige de Ménière, si l'on veut aussi avoir la pathogénie de la surdité et des bourdonnements d'oreilles si caractéristiques que M. Charcot en fait un signe de l'affection et que les malades le reconnaissent comme avant-coureur de leur accès apoplectiforme.
La marche de la maladie de Ménière est bien faite aussi pour donner des doutes. Souvent, l'accès de vertige passe comme un éclair; souvent, il apparaît à de longs intervalles, pendant lesquels le médecin n'est point consulté. Dans les formes les plus graves, où le vertige se répète fréquemment, et se termine par la chute, il existe des périodes franches de calme dans lesquelles l'affection de l'oreille moyenne se trahit souvent et peut être suivie. Dans les otites subaiguës ou chroniques, d'origine pharyngée, l'envahissement de l'organe auditif s'est fait par la paroi labyrinthique d'abord, loin des regards; il n'est pas étonnant que le vertige soit un signe précoce de ces maladies longtemps méconnues, parce que les signes objectifs font alors le plus souvent défaut.
Je ne rappelle que pour souvenir qu'on a pu provoquer le vertige avec chute par de simples injections auriculaires chez l'homme. On sait les expériences de P. Bert sur les lapins. La clinique montre
les conditions anatomo-pathologiques dans lesquelles la production du vertige est à redouter; de plus, elle permet de constater l'existence du vertige dans des affections auriculaires manifestes et de tout ordre, dans lesquelles l'oreille moyenne est seule envahie, et d'assister à la disparition du symptôme vertigineux, en même temps qu'à la guérison de l'otite ou de toute autre manifestation pathologique de la caisse du tympan. Il y a plus, le vertige a pu être provoqué chez certains individus, qui n'en avaient jamais eu spontanément, bien que l'examen fit découvrir une lésion de la caisse. C'est là un trait de lumière ! Il est possible, en effet, de faire naître chez l'homme des troubles analogues au vertige, et jusqu'à des troubles de l'équilibre, comme on les a produits sur les pigeons.
Il n'est donc pas nécessaire d'admettre l'existence, d'une affection préexistante du labyrinthe pour que là production du vertige ait lieu.
Comment expliquer cet accident subit, l'accès de vertige? quelle excitation soudaine du contenu de l'oreille interne, et par quoi est-elle amenée brusquement ? Si l'on se guide sur les données de l'expérimentation sur les animaux, on trouve qu'en définitive il suffit d'une commotion du contenu du labyrinthe, pour que le vertige naisse ; et qu'il n'est pas indispensable à sa production qu'une augmentation de la pression intralabyrinthique existe auparavant, comme le pensa Politzer. Dans certaines conditions de relâchement des tissus, cet accroissement de la pression se produit subitement, par un déplacement en dedans de la platine de l'étrier ou de la fenêtre ronde. C'est ainsi que, au moyen d'une poire à air, en poussant le tympan et
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tout l'appareil conducteur du son vers la paroi labyrinthique, on peut provoquer le vertige expérimental chez l'homme, par une légère commotion du labyrinthe. Il est très admissible qu'un état névrosique particulier, préexistant, est nécessaire pour expliquer la réaction plus énergique, et le trouble plus général. Mais c'est, en définitive, l'intensité, l'ampleur du mouvement imprimé à la platine de l'étrier, qui provoquent aussitôt les phénomènes de déséquilibration. Il y a loin en effet de l'action du choc de l'onde sonore, seul excitant physiologique de l'organe auditif, à l'ébranlement causé par le traumatisme, soit dans les expériences sur les pigeons, soit dans le cas de choc, de coups, etc. , reçus sur l'oreille. (Vertige traumatique.)
Mais il est cependant des cas, où l'on voit le bruit seul provoquer le vertige ; où il suffit par conséquent de l'effort d'accommodation, et de protection de l'oreille, et de l'action de son appareil tympanique, pour que la commotion labyrinthique ait lieu. Peutêtre, la platine de l'étrier se meut-elle alors en dedans, d'une façon exagérée ; peut-être y a-t-il plutôt un obstacle au déplacement consécutif du liquide labyrinthique? Et il serait logique d'admettre, avec Duplay, une lésion de la fenêtre ronde, ou près d'elle, l'empêchant de se porter vers la caisse, et concentrant ainsi toute la pression dans la cavité du labyrinthe. Excès de mobilité de l'étrier ou immobilité de la fenêtre ronde, les deux conditions aboutissent à rendre inévitable la commotion des canaux semi-circulaires. (Vertige d'accommodation .)
Cette théorie du vertige de Ménière est satisfaisante, car il existe un trop grand nombre de faits cliniques
où Ton n'a pu avoir la preuve qu'il existât des lésions quelconques de l'oreille interne, bien que les caractères du vertige dit labyrinthique eussent été observés; et par contre, on a vu ce syndrome survenir au milieu de l'évolution d'affections catarrhales de la caisse, et même des cellules mastoïdiennes (Guy, d'Amsterdam), et il n'est pas jusqu'aux affections les plus communes de l'oreille externe, dans lesquelles des observateurs de mérite n'aient rencontré cette symptomatologie. (Féré et Demars : Note sur la maladie de Ménière y Rev. de méd. , l$81)> t C'est le vertige réflexe.
Le médecin qui observe le vertige deMénière, et qui ne découvre rien par l'exploration la plus minutieuse de l'oreille moyenne, et de ses annexes, conclut à une affection de l'organe labyrinthique. Mais, prouver qu'une surdité existe, sans lésion de la caisse, n'est pas chose facile actuellement, et, de l'aveu de tous les otologistes, c'est cependant la clé du diagnostic.
La difficulté est de reconnaître si ce qu'on observe n'est pas le résultat d'une affection des fenêtres ovale et ronde. Divers signes différentiels ont été proposés par les otologistes, pour explorer le labyrinthe. Depuis Bonnafont, les auteurs français ou allemands, se servent pour cela du diapason posé sur le crâne du sujet. Cette expérience est basée sur cette opinion accréditée, que le son du diapason se transmet directement pattes os au contenu labyrinthique; or, cela est une erreur. J'ai démontré, il y a longtemps, que ce mode de transport du son est inadmissible; et j'ai expérimentalement prouvé en effet que le son solidien, comme les sons, est susceptible d'être modifié, dans son intensité, quand on change l'état de tension, par
influence, de l'appareil de transmission. Savart et Wollaston Font montré pour les sons aériens; je l'ai établi pour les sons crâniens ou solidiens.
Les expériences au moyen de pressions centripètes opérées sur le tympan, ne laissent aucun doute à ce sujet, et contredisent formellement l'opinion émise par Bonnafont, Triquet, Luc», Politzer, Urbantschistch, etc., que la diminution de la perception osseuse est un bon signe différentiel, entre un affaiblissement de l'ouïe, et un obstacle à l'accès des ondes sonores, (Urbantschistch. Traité des mal. de l'oreille, trad. franc., p. 418.)
J'espère modifier l'interprétation de cette expérience, et prouver qu'il est plus exact de dire que la diminution de la perception osseuse, est uu signe qu'il existe un obstacle à l'accès des ondes sonores, et que cet obstacle siège au niveau des fenêtres ovale et ronde.
J'ai employé, à l'étude des cas de vertige de Ménière, que je cite dans ce travail, deux nouveaux procédés d'investigation, au moyen desquels je pense rendre possible l'examen des fenêtres ovale et ronde et de la platine de l'étrier. (A suivre.)
DU DÉLIRE DES NÉGATIONS (Suite)*; Par M. COTARD.
Si le délire des négations paraît se rattacher, dans bien des cas, aux vésanies intermittentes, je dois ajouter
•Voir le n« 11, p. 152.
qu'il n'est pas rare de le voir se développer sur un fonds hystérique ; il n'est pas rare non plus de le rencontrer comme symptôme de la périencéphalite diffuse. Le délire des petitesses signalé dans cette maladie par le D r Materne paraît fort voisin du délire des négations et peut coexister avec lui; on en verra un exemple dans les observations qui suivent.
Je divise ces observations en trois catégories : dans la première je range les cas où le délire des négations se présente à l'état de simplicité; dans la seconde, un cas où il est symptomatique de paralysie générale ; dans la troisième, les cas où, associé au délire des persécutions, il constitue ces formes d'aliénation complexes qui nous expliquent comment presque tous les auteurs ont confondu dans la même description du délire mélancolique les idées de ruine, de culpabilité, de méfiance et de persécution.
Ces cas mixtes mériteraient une étude spéciale; ils présentent, je crois, en outre des deux ordres de symptômes, quelques caractères particuliers. Les malades se croient plutôt possédés que damnés, se figurent avoir des bêtes ou des diables dans le corps. Esquirol a rapporté des cas de ce genre au chapitre de la Démonomanie ; Fodéré distinguait du délire de culpabilité et de damnation ou damnomanie, la démonomanie ou possession démouiaque. Cette dernière forme me semble établir une sorte de transition entre le délire de culpabilité et le délire des persécutions.
Première catégorie.
Observation I. — M mo E..., âgée de cinquante-quatre ans , mariée, mère de famille, est placée le 12 juin 1863 à la maison
de santé de Vanves, après avoir fait plusieurs tentatives de suicide.
M me E... est dans un état d'agitation anxieuse avec des idées de culpabilité et délire hypochondriaque ; elle s'imagine qu'elle a la gorge rétrécie et le cœur déplacé. Pendant les paroxysmes d'agitation, elle pousse des cris et se lamente à haute voix en répétant toujours les mômes paroles : Tous ses organes sont déplacés, elle ne peut plus rien faire, elle est perdue, elle est damnée.
1864. — Même délire, mômes paroxysmes anxieux avec répétition continuelle des mêmes phrases stéréotypées. M me E... est perdue, elle n'a plus de tête, plus de corps; elle est morte. M me E... pousse des cris perçants, répète les mêmes mots avec rage et dit elle-même qu'elle est enragée; elle s'accroche avec les mains, comme convulsivement, aux objets extérieurs, et, une fois qu'elle les tient, elle ne veut plus les lâcher.
M me E... voit des fantômes dans les murailles, elle résiste à see besoins naturels, sous prétexte que ce serait sa mort d'y satisfaire, pousse des cris et se livre à des actes violents pour lutter contre la fatalité de sa situation à laquelle personne ne peut la soustraire; les idées de suicide persistent toujours.
Le'délire de négation s'accentue de plus en plus, M me E... n'a ni bras ni jambes, toutes les parties de son corps sont métamorphosées ; elle répète que tout est perdu, qu'elle ne peut plus bouger sans s'exposer à tomber en morceaux et elle se raidit convulsivementdans la position assise où elle se trouve habituellement.
La folie d'opposition est à son comble, M mo E... refuse de manger parce qu'elle ne peut avaler, de marcher, parce qu'elle n'a pas de jambes; elle ne veut ni se lever, ni se coucher, ni s'habiller, ni manger, ni marcher, ni aller à la garde-robe ; elle se raidit comme une barre de fer pour résister à tous les actes qu'on veut lui faire accomplir, elle pousse des cris dès qu'on veut la toucher et prétend qu'on va la briser comme du verre.
Les années se passent sans apporter aucune modification à ce délire. M me E... en est arrivée à un état de démence avec grognements, cris inarticulés, et paroxysmes d'agitation ; elle conserve toujours la même raideur musculaire et oppose la même résistance à tout ce qu'on veut lui faire faire.
M me E... a une chute de la matrice et du rectum qu'il est impossible de maintenir à cause des violents efforts d'expulsion qu'elle fait dès qu'on a procédé à la réduction.
Elle succombe en 1878 dans un état de cachexie générale.
Observation II. — M me E... âgée de soixante-trois ans, placée à Vanves en mai 1868, est dans un état de grande agitation anxieuse; elle s'imagine qu'elle n'a plus rien, qu'elle a ruiné sa famille et qu'on va la mettre en prison. M me E... est constamment en mouvement, ne peut tenir en place ; elle ne cesse de gémir en répétant qu'elle est perdue, ruinée, qu'elle est cause que ses enfants vont mourir de faim.
Elle refuse les aliments sous prétexte qu'elle ne peut les payer ; elle se croit atteinte d'une maladie contagieuse et s'imagine qu'elle répand une odeur infecte ; elle ne veut se laisser approcher de personne et croit que son contact est mortel: elle s'imagine aussi qu'il y a du poison et des saletés dans ses aliments. M me E... dit qu'elle ne peut ni manger ni marcher, qu'elle est absolument incurable; elle résiste à tous les soins qu'il faut prendre de sa personne, il faut lutter pour l'habiller, pour la lever, pour la faire promener, pour la nourrir. M ms E... reste habituellement blottie dans un coin, tantôt muette, tantôt poussant un gémissement monotone et répétant qu'elle est un monstre.
Par humilité, M mo E... ne consent à manger qu'à la table des domestiques.
Elle meurt en 1876 sans que le délire ait subi la moindre modification.
Observation III. — M me S..., âgée de cinquante-trois ans, a déjà eu un accès de mélancolie à forme dépressive et qui n'a pas nécessité son placement. Elle est reprise de délire mélancolique et est amenée à Vanves, à la fin de l'année 1876.
M mo S... est dans un état d'agitation anxieuse extrême; elle se croit coupable et perdue ; on va la conduire en prison et elle cherche par tous les moyens possibles à faire des tentatives de suicide. M me S... entend des voix qui lui disent qu'elle est coupable, qu'elle va être condamnée et conduite en prison ; elle croit entendre la voix de son mari et de sa fille qui sont en prison à cause d'elle ; elle se lamente sans cesse et refuse les aliments.
1880. M me S... est toujours dominée par les mêmes idées mélancoliques ; elle reste le plus souvent muette et immobile et ne répond pas quand on lui adresse la parole ; par moments elle exprime des conceptions négatives tout à fait absurdes. M me S... prétend que personne ne meurt plus, que personne
ne se marie plus, que personne ne naît plus. Il n'y a plus de médecins, il n'y a plus de préfets, il n'y a plus de notaires, il n'y a plus de tribunaux ; autrefois M me S... priait, mais aujourd'hui c'est inutile, puisque Dieu n'existe pas. M me S... résiste à tous les soins qu'il faut prendre de sa personne, elle est toujours disposée à refuser les aliments et prétend qu'il y a delà chaux, de la potasse dans tout ce qu'on lui présente.
M me E... passe toutes ses journées dans le mutisme et l'immobilité. Actuellement (mai 1882) son état reste absolument stationnaire.
Observation IV. — M m * M..., âgée de cinquante et un ans, mariée, mère de famille, paraît avoir toujours été bien portante jusqu'à l'année 1878. Elle fut alors prise d'un accès anxieux avec terreurs; M me M... voyait du feu, des incendies, se croyait ruinée et s'imaginait qu'on allait la torturer. Au bout de deux mois, elle guérit subitement; mais après quelques semaines elle fut reprise des mêmes accidents et amenée à Vanves dans un état d'agitation anxieuse intense avec gémissements et terreurs continuelles relatives surtout au feu et aux incendies.
M me M... s'imagine qu'elle est ruinée, qu'on va la torturer, que ses aliments sont empoisonnés, qu'elle est ensorcelée. Elle parait avoir des hallucinations de l'ouïe et de la vue, prétend qu'il se passe toutes les nuits des choses effroyables dans sa chambre, qu'il y vient des personnages qu'elle ne connaît pas. M me M... ne veut pas reconnaître son mari ni ses enfants qui viennent la visiter; elle prétend qu'elle n'a jamais été mariée, qu'elle n'a ni père, ni mère, ni mari, ni enfants. A..., sa ville natale n'existe plus, Paris n'existe plus, rien n'existe plus, sa fille est un diable déguisé. M me M... ne se laisse approcher de personne, se recule avec terreur dès qu'on veut la toucher ou lui prendre la main et répète incessamment : « Ne me faites pas de mal ». Elle nie tout et résiste à tout, il faut lutter pour l'habiller, la déshabiller, la nourrir, etc., et M me M... déploie une force de résistance étonnante.
Au mois d'août 1881, M me M... est frappée subitement d'hémiplégie gauche ; le délire n'est nullement modifié. Le membre inférieur reprend incomplètement ses fonctions, mais le membre supérieur se contracture. M me M... répète constamment les mêmes négations, dit à tout instant : « Ne me faites pas de mal » et résiste opiniâtrement à tout ce qu'on veut lui faire faire.
Actuellement (mai 1882) la situation reste la même à tous égards.
Observation V. — M mo J..., âgée de cinquante-huit ans, placée à Vanves au mois d'août 1879, est dans un état de mélancolie anxieuse qui date déjà de plusieurs mois.
M mo J... s'imagine qu'on va lui couper les nerfs, la rendre sourde, muette et aveugle et lui faire subir toutes sortes de tortures; elle passe des journées entières à gémir et à implorer la Vierge et les saints.
Paroxysmes d'agitation très intenses avec tentatives de suicide. M^ e J... refuse les aliments, elle est perdue, damnée; elle est « bourrée de pétrole », on va lui faire subir les plus affreux supplices et cependant elle ne pourra jamais mourir.
Fréquents paroxysmes pendant lesquels M me J... se roule par terre et fait toutes sortes de grimaces et de contorsions. M me J. . répète constamment les mêmes phrases, souvent tout à fait absurdes et inintelligibles, mais se rapportant à des idées de transformation et d'anéantissement de sa personne et de tout ce qui l'entoure. M me J... répète : « Il n'y a plus rien, rien n'existe plus, tout est en fer, etc. » ; elle est elle-même transformée, elle est un petit poulet, une mouche, elle est un chiffon de laine qui parle, elle n'est plus rien, elle ne mange jamais, elle n'a plus de corps ; les personnes qui l'entourent ne sont que des ombres.
M mo J... résiste à tout, retient ses matières fécales et ses urines, il faut lutter pour l'habiller, pour la déshabiller, etc. , et dans ces luttes M mo J... déploie une énergie et une vigueur musculaire incroyables. Actuellement (mai 1882), la situation de M mo J... est toujours la même, son délire ne s'est nullement modifié.
Observation VI. — M mo C..., âgée de quarante-trois ans, mariée, mère de famille, est entrée à la maison de santé de Vanves en novembre 1880. En 1875, à la suite de la mort subite de son père et de l'opération du strabisme faite à son fils, cette dame avait déjà été atteinte d'un léger accès anxieux avec insomnie et bâillements continuels, obsédée par la crainte que son père n'ait été enterré vivant et que son fils ne devint aveugle par suite de l'opération du strabisme.
Cet état anxieux se dissipa au bout d'un mois. A la fin de mars 1880, nouvel accès, début assez rapide, préoccupations
relatives à des questions d'argent, perplexité et indécision continuelles, insomnie. M ma G... s'accuse et se croit coupable. Au bout de quelques mois, délire hypochondriaque.
M mo G... croit qu'elle n'a plus d'estomac, que ses organes sont détruits et elle attribue cette destruction à un vomitif qui lui a été en effet administré.
A son arrivée à la maison de santé, M mo C... est dans un état de mélancolie anxieuse avec paroxysmes d'agitation maniaque pendant lesquels M me C... fait des contorsions, des grimaces, se roule par terre et pousse des gémissements. Ces paroxysmes alternent avec des périodes d'immobilité et de mutisme. M mo C... prétend qu'elle a le gosier retiré, qu'elle n'a plus d'estomac, qu'elle n'a plus de sang ; elle ne mourra jamais, elle n'est ni morte ni vivante, elle est une personne surnaturelle, sa place n'est ni parmi les vivants, ni parmi les morts; elle n'est plus rien, elle supplie qu'on lui ouvre les veines, qu'on lui coupe les bras et les jambes, qu'on lui ouvre le corps pour s'assurer qu'elle n'a plus de sang et que ses organes n'existent plus.
Cette malade a quitté la maison de santé après deux mois de séjour et est sortie non guérie; j'ignore ce qu'elle est devenue.
Observation VII. — M. A..., âgé de cinquante-trois ans, placé en juillet 1877, à la maison de santé de Vanves, a été frappé de mélancolie après avoir éprouvé de grandes douleurs morales ; il a perdu presque en même temps sa femme et un fils.
M. A... s'accuse d'avoir causé la mort de sa femme et de son fils, il est pourri, il a la syphilis, il est perdu, il est damné, il est le plus grand criminel qui ait jamais existé, il est l'Antéchrist, il doit être brillé en place publique; M. A... est plongé dans une profonde tristesse, il pleure et gémit; il voudrait être mort et fait des tentatives de suicide.
1880. M. A... exprime toujours les mêmes idées mélancoliques de culpabilité, il est l'homme damné destiné à brûler éternellement. M. A... dit que tout son corps est pourri, qu'il n'a pas de sang, qu'il n'a pas de pouls, que son cœur ne bat plus, que sa tête est vide, qu'il n'a pas figure humaine. Il attend la fin du monde, qui est proche.
Actuellement, en mai 1882, la situation est toujours la même, le délire n'est nullement modifié.
Observation VIII. — M. A..., âgé de quarante-huit ans, placé à la maison de santé de Vanves au mois de mars 1879, à la suite d'une tentative de suicide, est dans un état d'agitation anxieuse intense. Il cherche par tous les moyens à se frapper, à se mutiler, à se crever les yeux, à se donner la mort ; il ne veut ni manger, ni prendre de médicaments, ni recevoir aucune espèce de soins, parce qu'il se considère comme indigne. Il ne pense qu'à expier ses crimes imaginaires ; c'est pour cela qu'il veut se frapper et se tuer ; il dit qu'il est tombé dans un abîme d'infamie et qu'il s'y enfonce chaque jour davantage; il supplie qu'on lui donne une corde pour se pendre ou une forte dose de poison.
M. A... ne paraît pas avoir d'hallucinations auditives, mais il a de nombreuses illusions de la vue, il donne un sens mystique aux formes des objets extérieurs, il croit voir des figures d'animaux dans les formes des arbres, etc.
1880. M. A... s'imagine qu'on va le torturer, le plonger dans l'eau glacée, le nourrir d'ordures et d'excréments, il supplie qu'on en finisse en lui donnant de l'acide prussique. Son cerveau est ramolli, sa tête est comme une noisette creuse, il n'a pas de sexe, pas de testicules, il n'a plus rien, il n'est lui-même qu'une « charogne » et demande qu'on creuse un trou pour l'enterrer comme un chien ; il n'a pas d'âme ; Dieu n'existe pas ; par moments M. A... dit qu'il n'a ni femme ni enfants; dans d'autres instants, il demande à les voir et à retourner auprès d'eux. M. A... répète constamment les mêmes phrases et les mêmes supplications : « Tuez-moi, tuez-moi; ne me donnez pas de bain froid, ne me donnez pas de bain froid », etc., qu'il redit pendant des heures entières. Il cherche par tous les moyens possibles à se tuer et à se mutiler; il veut se crever les yeux, s'arracher les testicules, etc. Il se montre également violent et injurieux envers les personnes qui l'entourent. Par moments, M. A. .. peut parler avec lucidité ; il raconte volontiers différents événements de sa vie passée.
En mai 1882, la situation est toujours la même, M. A... répète incessamment qu'il est indigne , ignoble , il veut se faire cireur de bottes, il n'a pas de testicules, il faut le tuer.
archives, t. IV. 10
Deuxième catégorie.
Observation IX. — M. C.. v âgé de quarante-cinq ans, de constitution robuste, marié, père de famille, ayant toujours mené une existence régulière et laborieuse, n'a fait d'autres excès, dit-on, que des excès de travail. Il restait chaque jour à son bureau jusqu'à deux heures du matin et était levé à sept heures.
Depuis plusieurs années il souffrait de migraines violentes avec vomissements. En 1879, il se plaignit de troubles de la vue, de brouillards devant les yeux; il alla consulter un oculiste, qui, après avoir examiné le fond de l'œil, aurait demandé à M. G... de se tenir en équilibre sur un pied, ce qui fut impossible.
Vers cette époque M. C... commença à faire des chutes fréquentes; souvent il rentrait chez lui en disant à sa femme qu'il avait failli se tuer, qu'il était tombé et qu'on l'avait aidé à se relever. En môme temps son caractère commença à s'altérer, il devint sombre, irritable, et parut s'absorber dans une profonde tristesse. Il exprimait de funèbres pressentiments, donnait des conseils à sa femme et lui faisait de minutieuses recommandations au sujet de leurs enfants, comme s'il s'était senti menacé d'une mort prochaine.
Au commencement de décembre 1879, il fit une nouvelle chute dans la rue, rentra chez lui glacé et fut pris d'un tremblement intense avec claquements des dents. Le médecin appelé ne constata, dit-on, aucun mouvement fébrile à la suite de ce frisson. Des frissonnements analogues se seraient reproduits irrégulièrement tous les jours pendant cinq ou six heures. M. G... restait constamment au lit, couvert d'énormes couvertures, et, dès qu'on le découvrait un peu, il était repris de tremblements avec claquement de dents; le sommeil avait complètement disparu.
Après quelques semaines, M. C... quitta le lit, mais il lui fut impossible de reprendre ses occupations. Il restait constamment dans son bureau, muet, inoccupé, immobile, ne recevant personne et renvoyant brusquement sa femme quand elle venait le voir. Par moments, il répétait : « Je suis un crétin », disait à sa femme : « Tu ne veux donc pas me rendre ma vie d'autrefois ? » ou encore : « Je devrais me tirer un coup de pistolet. Je demanderais bien à Dieu de me faire mourir, mais Dieu
n'existe pas ». Une nuit il répéta pendant des heures entières une même série de syllabes incompréhensibles.
Vers le mois de mars 1880, il commença à exprimer des idées négatives tout à fait absurdes ; il disait qu'il n'y avait plus de nuit et refusait de se coucher ; il passait des nuits entières dans son bureau et répondait à sa femme qu'il ne pouvait se coucher puisqu'il faisait encore jour. Il disait qu'il ne mangeait plus, et quelque abondants que fussent les repas, il se mettait en fureur en disant qu'il n'y avait rien sur la table.
PlacéàVanves au mois d'avril 1880, on constate chez M. C... un trouble mental profond. M. C... ne se rend compte ni de l'endroit où il se trouve, ni du temps qui s'est écoulé depuis qu'il a quitté son domicile.
Il est ordinairement calme, silencieux; par moments il prétend que les gens qui l'entourent sont des assassins qui vont l'égorger et il est pris de paroxysmes anxieux pendant lesquels il répète continuellement les mêmes mots d'une voix lamentable. M. C... déclare qu'il ne sait ni où il est, ni qui il est; il assure qu'il n'est pas marié, qu'il n'a pas d'enfants, qu'il n'a ni père, ni mère, qu'il n'a pas de nom. Il prétend qu'il ne mange jamais et cependant il mange énormément. Il est dans un désert où il n'y a personne, et dont on ne peut sortir, car il n'y a plus de voitures, ni de chevaux. Si on lui montre un cheval, il dit : « Ce n'est pas un cheval, ce n'est rien du tout. » M. G... résiste à tous les soins qu'il faut prendre de sa personne; il refuse de se laisser mettre ses habits parce que tout son corps n'est pas plus gros qu'une noisette; il refuse de manger, parce qu'il n'a pas de bouche, de marcher, parce qu'il n'a pas de jambes. M. G... tire ses oreilles et dit qu'il n'a pas d'oreilles, il tire son nez et dit qu'il n'a pas de nez. Souvent M. G.. . dit qu'il est mort, mais pendant des paroxysmes anxieux, M. G... dit qu'il est à moitié mort et qu'il ne pourra jamais achever de mourir; il prend son bras, sa jambe, son mollet en disant : « Gela ne se décrochera jamais ».
Par moments, M. G... parait avoir des hallucinations de la vue ; il voit des personnages, des femmes vêtus de blanc, descendre du plafond de sa chambre ; d'autres fois il voit des petits cavaliers hauts de quelques centimètres traverser sa chambre par régiments.
Embarras de la parole, incertitude de la démarche, inégalité pupillaire*
Ces symptômes de paralysie générale deviennent de plus en plus marqués pendant le cours de Tannée 1881. Il s'y joint des idées de grandeur que le malade reporte dans le passé.
M. G... raconte qu'autrefois, il était immensément riche, qu'il était le premier avocat de Paris, qu'il était membre de l'Académie française, président de la République ; aujourd'hui il n'est plus qu'un petit crétin et du reste il va mourir.
En mai 1882, M. G... en est réduit à un état de démence paralytique; il peutàpeine marcher, la parole est presque inintelligible.
Troisième catégorie.
Observation X. — M me G..., âgée de quarante-deux ans, mariée, mère de famille," a eu il y a plusieurs années de violentes attaques d'hystérie.
Placée une première fois à Vanves, à la fin de l'année 1875, elle est à cette époque atteinte de délire mélancolique avec idées de culpabilité, idées mystiques et paroxysmes d'agitation furieuse. M mc G... se croit possédée du diable, damnée; elle croit qu'elle est enceinte du fait de sa bonne, qu'elle prend pour un homme déguisé.
M mo G... se figure qu'elle doit être transformée en une bête immonde, en scorpion, et dans ses paroxysmes, elle se met à plat-ventre, se livre à toutes sortes de contorsions pour imiter les mouvements du scorpion. M mo G... refuse les aliments, se livre à toutes sortes d'actes désordonnés et de violences envers elle-même et les personnes qui l'entourent ; elle entend le diable qui lui parle et elle doit lui obéir.
Dans le courant de l'année 1876, il se produit une amélioration très notable. M me G... est calme, s'occupe à des travaux d'aiguille, cause volontiers ; mais elle est toujours dominée par des idées de culpabilité, se croit adultère, indigne de retourner près de son mari et de ses enfants, et veut faire une confession publique de ses péchés* Elle sort dans cet état de rémission à la fin de l'année 1876.
L'année suivante on est obligé de replacer M me G..., qui veut absolument faire une confession publique de ses péchés et de ses crimes, dans les rues et dans les églises; M me G... se considère toujours comme coupable, indigne; elle désire se placer comme domestique et gagner sa vie, car elle ne mérite pas
qu'on dépense de l'argent pour elle; mais de nouvelles idées délirantes viennent compliquer ce délire de culpabilité.
M œe G... se croit magnétisée, s'imagine qu'on peut lire dans ses pensées et que. ses pensées peuvent être la cause des plus grands- malheurs; elle attribue à sa bonne un pouvoir surnaturel : cette fille, au moyen de procédés magiques et de maléfices, fera entrer son fils dans la maison de santé où il subira des tortures et des mutilations génitales. M me G... quitte une seconde fois la maison de santé en juin 1879, et est replacée en août 1880; elle s'imagine qu'elle est persécutée par des gens qui ont le pouvoir de lire dans la pensée et qu'elle appelle des carigrafiers ; ces gens sont acharnés contre elle et contre ses enfants, et ne cessent de répéter les plus affreuses calomnies. Ils vont jusqu'à lui faire dire, à elle, des sottises qui sont ensuite répétées dans tout Paris et dans le monde entier, et qui peuvent faire le plus grand mal à sa famille.
En même temps qu'elle accuse ses persécuteurs et les personnes qui l'entourent, M me G... s'accusa elle-même; elle est. un monstre, elle est damnée; elle a trois 'perce-oreilles dans le corps et finira par être changée en scorpion ; elle n'a déjà plus rien d'humain et est comme une bête immonde. M mc G... voudrait être morte, elle gémit' et fait des tentatives de suicide, mais il est trop tard : maintenant elle est immortelle, on pourrait la hacher en petits morceaux sans la faire mourir.
En mai 1882, la situation est toujours la même; cependant les idées de persécution paraissent prédominer de plus en plus, M me G... accuse les domestiques qui clabaudent et calomnient continuellement; elle est damnée, il est vrai, mais ce sont les médecins qui en sont cause.
Observation XI. — M me H..., âgée de cinquante et un ans, est placée au mois d'août 1880.
Il y a quinze ans environ, à la suite d'une dysenterie grave, M me H... a éprouvé une sensation de craquement dans le dos, « son dos s'est décroché ». Depuis cette époque, à quatre ou cinq reprises au moins, M me H... a gardé le lit pendant neuf à dix mois, une fois plus d'un an. M me H... prétendait qu'elle ne pouvait se lever, que son dos descendait dans son ventre. Vers le commencement de l'année 1880, M me H... a commencé à se plaindre que tout le monde lui en voulait, et ces idées de persécution se concentrèrent sur la personne de son gendre ; elle
29 i CLINIQUE MENTALE.
répétait pendant des heures entières : « Pourquoi ma fille a-t-elle donc épousé X...? » Placée à Vanves au mois d'août 1880, M me H... raconte qu'on lui a jeté un sort; elle est damnée, elle a des animaux dans le ventre, des singes, des chiens, etc.; elle entend des voix qui la poussent malgré elle à des actes violents; elle demande la mort, et cependant elle sait qu'elle ne pourra jamais mourir. Au mois de septembre de la même année, M me H... quitte la maison de santé dans le même état d'aliénation chronique, pour être transférée dans un autre asile.
J'aurais pu, en outre de ces quelques cas, citer, de seconde main, un assez grand nombre d'observations éparses çà et là et dans lesquelles le délire de négation est signalé, au moins dans sa forme hypochondriaque.
Je me borne à donner les indications bibliographiques suivantes :
Esquirol. Démonomanie.
Fodéré. Traité du délire, t. I, p. 343.
Lecret. Fragments psychologiques, p. 424, 407 et suiv. — Traitement moral, p. 274, 284.
Morel. Etudes cliniques, t. II, p. 37 et 448.
Macario. Annales médico-psychologiques, t. I.
Baillarger. De Y état désigné sous le nom de stupidité, 4843. — La théorie de V automatisme [Ann. méd.-psych., 4856). — Note sur le délire hypochondriaque (Académie des sciences, 4860).
Archambault. Annales médico-psychologiques, \ 852, t. IV, p. 4 46.
Petit. Archives cliniques, p. 59.
Michéa. Du délire hypochondriaque (Ann. méd.-psych.), 4864.
Materne. Th. de Paris, 4869.
Krafft-Ebing. Lehrbuch der Psychiatrie, obs. II et VII.
Cotard. Bu délire hypochondriaque dans une forme grave de la mélancolie anxieuse (Ann. méd.-psych., 1880).
Je termine ce travail par un tableau synoptique résumant le parallèle entre le délire des négations et Ip délire des persécutions.