SOCIÉTÉ DE PSYCHIATRIE ET MALADIES NERVEUSES DE BERLIN
Séance du 9 mai 1881. — Présidence de M. Westphal.
Avant de s'occuper de l'ordre du jour, le Président consacre à la mémoire du professeur Waldenburg quelques paroles de regret.
M. Westphal présente un cas de maladie de Thomsen. Il s'agit do. cette affection consistant en l'apparition d'une raideur avec courbature généralisée en même temps que l'ensemble des muscles striés s'hypertrophient. Dans la discussion que ce fait soulève, M. Bernhardt appelle l'attention sur l'observation de Peters (Deutsche miîitair-àrztliche Zeitschr, 3, 4879). Il annonce que l'examen microscopique du tissu musculaire enlevé à son malade pendant la vie a pu être pratiqué par MM. Jacusiel et Grawitz, qui n'auraient rien trouvé d'anormal (communication personnelle).
M. Moeli, ayant vu à Rostock le cas de Thomsen, confirme les descriptions ultérieures des autres écrivains quant à l'excitabilité électrique. Le grand droit de l'abdomen notamment devenait le siège, sous l'influence du courant faradique, de contractions qui duraient jusqu'à trente secondes ; les mouvements passifs, lasimple insufflation à la surface des téguments, le contact superficiel de l'éponge excitaient aussitôt la contractilité musculaire.
M. Binswangeb présente le cerveau d'un homme de vingt-cinq ans, dément et épileptique dès l'enfance, dont le développement somatique n'avait présenté aucune anomalie. Les deux tiers supérieurs des circonvolutions ascendantes ainsi que le pied de la première et de la deuxième frontales dans les deux hémisphères sont transformés en portions dures qui présentent à la surface l'éclat du tendon et l'aspect aplati, tandis que les coupes en démontrent la texture fibreuse caractérisée par des rayures indurées. Au microscope, on
constate une couche de tissu conjonctif dont les fibres résistantes enlacent en un feutrage complexe des cellules de genres les plus divers parmi lesquelles il est permis de reconnaître en toute évidence les éléments parenchymateux, appartenant à l'espèce des petites cellules pyramidales ; en somme, peu de conclusions formelles et nulle autre altération dans le reste de l'organe. Rapprochant ces renseignements des relevés anamnestiques et des résultats de l'examen actuel, on peut formuler le diagnostic suivant : Processus encéphalitique survenu au début de la première enfance ou dans le cours de la vie intra-utérine, ayant atteint symétriquement les circonvolutions ascendantes des deux hémisphères et s'étant terminé par la sclérose des parties en question. Confirmation de l'examen nécroscopique à l'état frais, par M. Birch- Hirschfeld, qui a pratiqué l'autopsie. — La sœur de cet idiot présente depuis Tâge de deux ans une parésie de la jambe gauche, et des accès convulsifs datant de sa onzième année. Elle a actuellement vingt-quatre ans. On relève chez elle de l'hypcrexcitabilité réflexe, se manifestant par exemple au moindre bruit imprévu par tous les- signes de la crainte, accompagnés de crise convulsive incomplète et de torsion de la tête.
M. Westphal appelle l'attention, au cours du débat, sur les altérations de la pie-mère : elle est modérément injectée et ferme au niveau des circonvolutions lésées. Ce sont bien là les modifications qui ressortissent aux processus inflammatoires et permettent de conclure à leur existence ; opinion à laquelle M. Binswanger se rallie également.
Séance du 1 3 juin. — Présidence de M. Westphal.
M. Westphal procède à la communication annoncée sur un cas de sclérose latérale primitive à issue insolite, avec pièces à l'appui. Il s'agit d'une lésion des cordons latéraux (faisceau latéral dans les pyramides et le cervelet) ayant déterminé le syndrome de la paralysie spinale spasmodique, jusqu'au moment où une complication du côté d'un des hémisphères cérébraux (ramollissement) entraînait des manifestations aiguës. Les cordons postérieurs de la moelle n'avaient participé au processus que d'une façon rudimentaire. La publication de cette communication sera d'ailleurs effectuée in extenso l .
Des demandes de MM. Wernicke et Bernhardt fournissent à l'orateur l'occasion de mettre en relief la disparition des cellules parenchymateuses dans les colonnes de Clarke, et son opinion relative à l'indépendance des lésions des cordons postérieurs et du
1 On en trouvera le résumé aux Revues analytiques.
ramollissement de la région du corps calleux, au moins dans l'espèce.
M. Senator désire qu'on insiste désormais davantage sur les troubles vésicaux, constants en toutes ses observations de paralysie spinale spasmodique.
M. Wernicke rappelle que de vieux auteurs, Roustan, Durand- Fardel, ont décrit déjà des ramollissements du cerveau sans altérations vasculaires.
M. Binswanger, qui a examiné les pièces à l'état frais, a rencontré des cellules granuleuses, mais les vaisseaux étaient intacts. Cette intégrité vasculaire est rare, car bien des cas jadis désignés sous le nom de ramollissement blanc doivent être, en l'absence d'examen microscopique, considérés comme le résultat de phénomènes cadavériques.
M. Westphal pense également que le ramollissement peut être indépendant d'affections vasculaires, les Français l'ayant admis comme tel.
M. Reinhard présente un cemeau d'idiote. Une fillette de quatre ans, indemne de prédisposition héréditaire ou autre, convalescente de rougeole, est frappée à ce moment d'apoplexie cérébrale : hémiplégie droite totale, convulsions épileptiformes, aphasie, surdité droite, déchéance intellectuelle. L'électrisation faradique semble déterminer quelque amélioration, mais l'infirmité progresse à nouveau, si bien qu'en somme l'impotence est complète, même pour la station debout ; mobilité des membres supérieurs limitée surtout à droite, phénomènes spasmodiques, rares et peu accusés, atrophie de la moitié gauche de la face, aplatissement du galbe crânien du même côté. On rencontre à l'autopsie une complète adhérence de la dure-mère à la face interne de la calotte crânienne, une atrophie considérable de l'hémisphère gauche, surtout dans les lobes temporaux etoccipitaux; le cervelet du côté droit est également notablement atrophié. A gauche, induration et coloration ambrée de l'extrémité antérieure de la circonvolution de l'hippocampe et d'une grande partie du lobe temporal, moins prononcées dans l'insula ; toute la première circonvolution temporale violette, mollasse, forme une bourse dont la cavité communique avec le ventricule latéral dilaté et n'est, par places, fermée que par la pie-mère ; disparition absolue en cette circonvolution de la substance blanche. Il s'agit par conséquent d'une lésion ayant atteint un cerveau déjà parvenu à son type normal complet. L'asymétrie faciale doit êlre rapportée à l'ossification prématurée des sutures du côté gauche du sphénoïde (analogue de la sténokrotophie de Virchow). L'aphasie, évidemment due aux lésions de l'insula du côté gauche, rétrocédait plus tard, à raison, soit de l'incomplète altération de la région, soit de la suppléance fonctionnelle de l'organe homonyme
du côté droit. Peut-être la perte de l'oreille droite tient-elle à la lésion du lobe temporal gauche, puisqu'il n'existe ni otite, ni catarrhe de la trompe. Le peu d'atrophie des circonvolutions ascendantes explique l'absence de dégénérescence descendante et de contractures permanentes. Quant à la nature de la lésion, la coloration jaunâtre du lobe temporal démontre qu'il s'était effectué une hémorrhagie.
Au cours de la discussion qui s'engage, discussion à laquelle prennent surtout part MM. Wernicke, Reinhard, W. Sander, M. Wernicke constate l'englobement du lobe occipital dans la zone d'atrophie ; cependant, MM. Reinhard et Sander nient qu'il y ait eu hémiopie. En revanche, l'existence d'une surdité du côté droit, en relation avec une altération du lobe temporal gauche, confirme les toutes récentes recherches de Munk.
Séance du 14 juillet, — Présidence de M. Westphal.
M. Remak présente un malade atteint d'une affection de la protubérance. L'homme de quarante-six ans, dont il s'agit, offre une complète paralysie de l'oculo-moteur externe du côté gauche, en même temps que le droit interne du côté opposé est en état de parésie, symptômes dont la réunion, aux termes des décisions antérieures de la Société sur ce sujet (séances des 7 février 1876, et 12 juillet 1880),seraitpathognomonique d'une lésion homolatérale du noyau de l'oculo-moteur externe dans le pont de Varole. Nystagmus. M. Remak ajoute que, dans l'espèce, la parésie du muscle droit interne est bien moindre que les troubles de la motilité qui ressortissent à gauche à l'atteinte de l'oculo-moteur externe ; il ne saurait être question non plus d'une paralysie conjuguée et encore bien moins de la déviation conjuguée de la tête et des yeux. Intégrité du facial à gauche; parésie de sa branche buccale adroite ; paralysie du muscle élévateur du voile du palais du même côté. A part l'exagération du phénomène du genou dans la jambe droite contrastant avec l'absence du phénomène du pied des deux côtés, c'est là tout ce qu'il est permis de constater d'anormal. L'orateur conclut à l'existence d'un foyer de ramollissement (sorte d'ictus initial) dans la moitié delà protubérance, siégeant, vu l'intégrité du facial du même côté, un peu plus haut que dans les observations communiquées jusqu'ici. La syphilis étant possible, le malade sera soumis aux injections hypodermiques de préparations hydrargy riques.
M. Richter (de Dalldorf) fournit la démonstration de sa méthode de conservation du cerveau par dessiccation. Après avoir minutieusement dépouillé l'organe de la pie-mère, il le place dans de l'alcool plus ou moins concentré selon l'état du tissu nerveux, changeant
ce liquide pour une môme quantité fraîche au bout de vingt-quatre heures. Le cerveau est alors lavé à grande eau de façon à ce qu'il ne conserve qu'une consistance moyenne. Après une série d'immersions semblables en rapport avec l'effet que l'on désire obtenir, on plonge la masse dans du vinaigre de bois brut une ou deux fois par jour pendant deux ou trois semaines, l'abandonnant ainsi imprégné à la température de la chambre. L'acide pyroligneux se substitue graduellement dans l'intimité du parenchyme à l'alcool; dès le second jour, le cerveau commence à brunir et à se dessécher dans les zones les plus extérieures jusqu'à ce que, finalement, il acquière une coloration brun foncé et même noire. L'action se continue d'ailleurs durant quelques semaines sans qu'il faille renouveler le bain; la dureté s'accentue à mesure de l'intensité de la coloration. Ce système est également applicable aux cerveaux qui ont séjourné dans le liquide de Mûller, dans les solutions de bichromate, à la condition qu'on les lave auparavant à grande eau.
A ce propos, M. Mendel décrit son procédé. Les cerveaux qu'il enlève subissent un premier séjour de douze jours dans une solution concentrée (1/5) d'acide nitrique et d'eau; ils demeurent ensuite vingt-cinq jours dans une solution semblable étendue (*/* u ) P our être enfin exposés à l'air sec pendant deux mois. A l'instigation de M. Westphal, M. Mendel convient que cette méthode a été employée et décrite par les Français.
M. von den Steinen fait sa communication inscrite à Tordre du jour intitulée : Notes de voyage sur quelques asiles d'aliénés de l'Australie et de l'Asie. L'orateur ne s'est pas contenté de visiter les asiles qui y existent; pendant son voyage autour du monde, d'un an et demi, il a en outre recueilli des renseignements sur le bilan psychiatrique et psychopathique des pays qu'il a étudiés.— Une première question s'impose : La civilisation a-t-elle exercé une influence directe sur la genèse des psychoses 1 } M. V. D. Steinen ne croit pas que les blancs aient apporté aux nègres ou aux hommes de couleur l'aliénation mentale. 11 suffit à qui possède les éléments d'investigation scientifiques de chercher résolument pour la constater parmi ces derniers. On entend souvent dire en Amérique que les nègres ne fournissaient pas d'aliénés avant leur émancipation ; or, on devrait plutôt penser qu'à cette époque, d'ailleurs barbare, on ne s'est pas soucié de cette affection. Ainsi, à Cuba, où il reste un assez grand nombre de vieux ménages d'esclaves et où les nègres n'ont que très superficielement subi l'impression de la civilisation, on trouve actuellement pas mal d'aliénés parmi eux. En Chine, l'investigation sur ce sujet est aujourd'hui encore peu soignée, car, à Canton un médecin qui voit à la policlinique chaque année six mille malades n'a rien appris sur les aliénés chinois, tandis qu'à Sydney où les fils du Céleste-Empire sont soumis aux mêmes conditions qu'en leur pays (même genre d'existence, difficultés de la
vie identiques), on a trouvé dans les asiles d'aliénés deux fois plus de Chinois que d'Européens. En revanche, l'aliénation semble être aussi la conséquence naturelle des conditions extérieures. En effet, alors que dans l'archipel de Samoa on a peine à rencontrer des déments et des monomaniaques, cette même race polynésienne, dans la Nouvelle-Zélande, où, peu accessible à la civilisation, elle vit en districts séparés, a donné quinze aliénés aux asiles au cours de l'année 4879. Ce nombre prouve incontestablement qu'il y en a eu davantage.
M. von den Steinen a visité les établissements psychiatriques de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle Galles du Sud, de Java, des Indes, du Japon. Voici sa division. Les uns renferment exclusivement ou en majorité des Européens émigrés ou leurs descendants (asiles australiens). Les autres contiennent surtout des indigènes (asiles asiatiques).
A. Les établissements australiens constituent autant de modifications des asiles de la mère-patrie imposées par les exigences du pays et reflètent admirablement le développement des jeunes États. On y suit, par la statistique, les influences pathogénétiques. Au début, par exemple, prédominent les plus fâcheuses disproportions dans la condition des hommes et des femmes, des gens mariés et des célibataires, dans la répartition des âges, des occupations, tous désavantages qui graduellement finissent par être compensés; l'alcoolisme joue de bonne heure un rôle prépondérant. Les détails d'administration sont passibles des mêmes critiques qu'en Europe. La même incertitude règne sur les particularités étioiogiques et nosographiques qui relèvent du climat et du genre de vie. En somme, si renseigné que l'on soit d'avance, on est étonné de la rapidité avec laquelle les rivages des meps du Sud ont vu naître une organisation qui ne diffère en rien de celb de l'Europe, au moins dans ses linéaments généraux ; c'est aux médecins anglais qu'il faut en attribuer l'importation. La proportion entre l'ensemble de la population et l'effectif des asiles est la même en Nouvelle- Zélande que sur le continent. Les établissements de Sydney supportent toute comparaison avec les nôtres. Heureux les peuples qui, dénués de traditions historiques, sont libres d'entreprendre constamment sans être obligés de modifier des vieux débris!
A Java, le progrès est patent ; on a construit à Buitenzorg, près Batavia, un établissement dont le plan moderne contraste avec les construction primitives et malsaines usitées jusque là.
B. Etablissements pour les indigènes des Indes Britanniques. Le nombre d'aliénés à la charge de l'Etat a considérablement baissé depuis un décret du gouvernement en vertu duquel il n'accepte désormais que les criminels aliénés, les indigents, les psychopathes dangereux ou incurables. Ainsi, pour les six établissements de la
province du Bengale, on notait en 4877 un effectif moyen de 4,44ti; il descendait en 4879 à 890, soit simplement 0,0437 pour mille de la population totale. La guérison ou l'amélioration porte sur plus de 80 p. 100 de ceux que l'on admet. De tels résultats doivent être attribués, selon les médecins anglais, à la prédominance de psychoses par abus du chanvre indien (manies d'un pronostic favorable). Sur 4,487 malades en traitement, l'étiologie concerne la consommation du chanvre pour 327, les spiritueux pour 40, l'opium pour 4 0.
Les bâtiments se bornent, en dehors de quelques récents édifices pour bains et latrines, à une série de baraques qui servent de dortoirs et fournissent un abri la nuit, de l'ombre et de la fraîcheur durant quelques heures le jour. La sobriété et le peu de toilette de l'Indien facilitent le fonctionnement administratif et budgétaire. A Bombay, M. V. D. Steinen compta dans une cour destinée aux agités 30 individus vivant et travaillant sans contrainte, absolument nus. Un peu de tabac, quelques douceurs, une séance chorégraphique tous les quinze jours suffisent à leur bonheur. L'asile de Dullunda, près Calcutta, est un modèle de travail ; on y tresse, tisse, martelle, pile, moud ; quelques bambous et des cordes servent à monter une machine immédiatement utilisée. Aussi, 84 p. 4 00 des malades sont-ils perpétuellement occupés et chaque travailleur produit-il la valeur de 30 à 36 marks. Quant à tirer un parti scientifique des matériaux d'observation que l'on a chaque jour sous les yeux, cette besogne exigerait, en dehors des connaissances spéciales, des relations intimes avec les aliénés; or, on ne parle pas moins de vingt-trois langues aux Indes et les innombrables castes sociales qu'on y côtoie soulèvent au sein du peuple même des obstacles plus infranchissabes que les différences de nationalités.
Au Japon même, on n'a pu rassembler que bien peu de documents psychiatriques intéressants. Les confrères allemands qui y sont fixés ont une très faible expérience à cet égard ; les opinions des uns et des autres sont de plus diamétralement opposées sur les plus simples questions ; telles les formes de l'hystérie, de i'épilepsie, la genèse de la manie, du delirium tremens (excès d'eau-de-vie de riz). Kioto possède un établissement de quatre-vingt-un malades construit d'après un plan européen et dirigé par des médecins japonais; on y perçoit ici le charme, la simplicité, la propreté; là, l'incurie et l'infection de la négligence de sorte qu'il semble être un mélange des excellentes intentions européennes et de l'indolence enracinée des Asiatiques.
M. Westphal interroge le voyageur sur l'existence de la paralysie générale dans les pays visités par lui. M. V. D. Steinen répond que cette maladie, peu connue à Java, aurait été observée parmi les nègres.
Séance du H novembre. — Présidence de M. Westphal.
M. Remak ramène à la Société le malade présenté par lui dans la séance de juillet dernier. Le traitement mercuriel sous forme de friction a en trois mois déterminé la guérison des accidents oculaires ; il ne reste plus que de la parésie dans le domaine du facial, à droite, ainsi que la paralysie de l'élévateur du voile du palais de ce côté. L'exagération du réflexe rotulien a également persisté.
M. Bernhardt ne veut pas laisser passer ce fait sans appeler l'attention sur l'observation tout récemment publiée par Hunnius, et de laquelle il résulte que la paralysie combinée des muscles de l'œil ne signifie pas nécessairement qu'il y ait lésion du noyau de l'oculo-moteur externe ; un foyer peut exister dans la protubérance, à cette place, sans que le noyau du nerf en question soit directement atteint.
M. le Secrétaire soumet à l'assemblée une brochure que lui envoie à titre de don M. Hirschfeld, de Dantzig. Elle est intitulée : Ophélie... à la lumière de la science médicale...
M. Wesphal présente de nouveau le malade que M. Remak montrait à la séance du 8 mars 1880. On en trouve l'observation dans le n° 22 du Berlin. Klin. Wochenschr, \ 880, sous ce titre : « Un cas d'ataxie locale des extrémités supérieures avec éphidrose unilatérale du même côté ». M. Remak avait diagnostiqué une sclérose d'origine syphilitique (le malade avait eu cette affection jadis), siégeant dans la moitié postérieure droite du renflement cervical de la moelle, plus tard compliquée de dégénérescence secondaire dans les deux cordons postérieurs. Aujourd'hui, on est évidemment en présence d'un tabé tique (démarche caractéristique, ataxie, etc.) et en même temps on observe dans la région du nerf cubital gauche l'expansion des troubles de la sensibilité auparavant limités à droite. Inanité du traitement anti-syphilitique.
M. Remak rehausse encore les particularités d'une telle évolution en insistant sur cette ataxie très prononcée du membre supérieur droit, qui persiste plus de cinq ans et se montre en quelque sorte indépendante des autres manifestations.
M. Wernicke présente à la Société une modification des rhéostats à manivelle coudée ordinaires. Ce nouvel appareil permet, sans grande perte de temps, quelle que soit l'installation instrumentale, de passer des unités aux dizaines, voire aux centaines ad libitum et vice versa. 11 comble une lacune qui se faisait du reste principalement sentir pour le traitement des bourdonnements d'oreilles et des névralgies de la cinquième paire. C'est M. W.-A. Hirschmann, de Berlin, qui l'a construit.
M. Westphal communique un cas de lésion corticale avec hémianopsie. M. Wernicke fait ressortir la description qu'il a donnée de ces formes morbides et dans son Traité des maladies du cerveau et dans le fait présenté par lui à la Société médicale de Berlin ; il s'agissait notamment dans l'espèce d'uue lésion de l'écorce avec les troubles caractéristiques de sensibilité et de motilité du côté opposé. Il a, de plus, eu l'occasion tout nouvellement d'observer quelque chose de semblable chez un malade atteint d'un abcès dans le lobe occipital gauche. Cet abcès avait pénétré jusqu'à la substance blanche du lobe pariétal et de la pariétale ascendante du même côté.
M. Westphal insiste sur l'autopsie de son malade qui, pour la première fois, démontre que les altérations des régions de Vécorce peuvent entraîner semblable symptomatologie et particulièrement une hémianopsie homo-latérale.
Telle est aussi l'opinion de M. Hirschberg, qui fait remarquer que, dans les cas connus jusqu'à ce jour, on avait toujours trouvé la substance blanche concurremment lésée. — Aux questions que lui adresse M. Sander, M. Westphal répond que l'hémisphère droit était intact, que le malade n'avait eu aucune hallucination de la vue, mais que longtemps avant sa dernière affection il se pourrait qu'il eût été atteint de delirium tremens.
Séance du 12 décembre. — Présidence de M. Westphal.
Avant qu'on ne s'occupe des communications inscrites à l'ordre du jour, M. Bernhardt montre à ses collègues le maniement d'une batterie portative à courants continus, construite par M. Reiniger, d'Erlangen.
M. Richter, de Dalldorf, procède ensuite à sa communication annoncée : Des caractères propres aux lésions de Vécorce du cerveau. Le malade, qu'il eut l'occasion de suivre à l'asile de Dalldorf, présenta successivement : en 4878, des douleurs dans le membre inférieur gauche; au mois d'avril 1881, du myosis du même côté, de la fréquence du pouls contrastant singulièrement avec une faible élévation thermique ; au mois de mai de la même année, des t/oubles dans riunervation du facial également à gauche. On notait en juin des convulsions cloniques dans les deux extrémités gauches avec contractions dans le domaine du facial homologue et torsion de la tête à droite, qui cédaient bientôt la place d'abord à de la raideur, entin à une complète paralysie de la motilité et de la sensibilité de tout ce côté. Intégrité absolue du côté droit. Hyperthermie et fréquence du pouls exagérée. Le patient meurt trois jours et demi après l'attaque. L'autopsL* décèle simplement deux zones nettement limitées d'infiltration (syphilitique) siégeant à la
convexité, du côté gauche. L'une d'elles occupe la région supérieure de la scissure parallèle frontale (sulcusprœcentralis) du côté gauche ; la seconde se trouve au milieu de la circonvolution de l'ourlet du même côté. Il était indiqué de rechercher avec soin le mode d'entrecroisement des fibres nerveuses; malheureusement la substance blanche du cerveau ivait été trop maltraitée par le couteau pour que l'examen pût, daus l'espèce, fournir des résultats.
M. Wernicke fait remarquer l'exsudat gélatineux de la pie-mère, d'ailleurs noté par M. Richter. Celui-ci exclut néanmoins l'idée d'une méningite, à raison de la non-adhérence de cette membrane au cerveau. Or, les manifestations relatées témoignent d'une irritation cérébrale avec laquelle les lésions décrites n'ont rien à voir.
M. Remak rappelle que des phénomènes semblables ont été décrits par Fûrstner à la suite de la pachyméningite hémorrhagique. M. Binswanger se range à l'opinion d'une paralysie générale. Il est facile d'expliquer en un cas de démence paralytique les convulsions qui se montrent à la fin de la vie. La méningite chronique accompagne du reste, comme on sait, souvent la paralysie générale.
M. Richter insiste sur l'absence d'inflammation méningée de la base, de tubercules dans la pie-mère, d'hémorrhagies méningées, de pachyméningite. L'entrecroisement des pyramides ne présentait rien d'anormal à la région médullaire ; une recherche plus approfondie ne put toutefois en être faite. L'impression générale que le malade laissa sur son esprit fut celle, non de la paralysie générale, mais d'une tumeur cérébrale. Pour M. Wernicke, la symptomatologie aussi bien que l'anatomie pathologique mettent hors de doute en l'espèce une lésion généralisée.
M. Richter (de Pankow) communique son travail sur la Production des conceptions délirantes par les rêves. Il y rapporte l'exemple d'un homme chez lequel, bien qu'il fût intellectuellement bien .développé et qu'il jouit de toute sa raison, l'impression d'un songe qu'il fit développa une conception délirante inébranlable. Un tel accident n'avait été jusqu'alors signalé que chez des faibles d'esprit. Ici, au contraire, les facultés intellectuelles étaient et demeurèrent intactes. La publication du fait sera effectuée *.
M. Gnauck considère cette observation comme un cas de conception irrésistible dont la répétition a fini par greffer à demeure l'état pathologique en question.
Il s'agit, pour M. Westphal d'une folie systématique primitive qui s'est développée sous la forme aiguë en rêve ou pendant l'état de veille (Arch. f. Psych. u. Nervenk., XIII. I.) P. K.
1 On en trouvera l'analyse minutieuse aux Revues analytiques.