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UN CAS DE CONGESTION CÉRÉBRALE ACTIVE

chez un enfant que nous eûmes roccasion d'observer clans le service de notre maître M. Descroizilles et dont nous avons pratiqué Tautopsie.

Lact... Louis, âgé de douze ans, se promène, le 13 novembre 1899, sur la berge de la Seine, à Auteuil, à 9 heures du matin, aprè» avoir pris un déjeuner copieux.

L'enfant marche en sifflant et en jetant à chaque instant des pierres dans l'eau.

En voulant ramasser des pierres, il glisse tout d'un coup, sur la pente de la berge, et tombe dans la Seine.

Des riverains qui ont vu la scène accourent et le retirent de Teau.

L'enfant n'est pas resté dans l'eau plus d'une demi-minute; il n'a pas été submergé et n'a pas avalé une goutte d'eau (une enquête judiciaire a parfaitement établi tous ces détails).

A peine retiré de l'eau, l'enfant se met à pousser des cris perçants et présente la plus violente agitation.

Bamené chez lui, il ne reconnaît plus ses parents ; on a beaucoup de peine aie coucher;. dans le lit il remue furieusement les bras et les jambes. A chaque instant, il esquisse une sorte de mouvement de fuite, comme pour éviter un danger. Il se débat comme pour sortir de l'eau et se cramponne aux objets environnants et aux personnes qui sont autour de lui.

Au bout d*une demi-heure d'agitation, le calme renaît ; l'enfant reste couché les yeux grand ouverts, comme hébété; il ne reconnaît ni les siens, ni l'endroit où il se trouve; de temps à autre, il marmotte quelques monosyllabes inintelligibles.

Une nouvelle crise d'agitation ne tarde pas à succéder à cette courte accalmie ; l'enfant recommence les mêmes tentatives désespérées pour fuir un péril imaginaire, pour se cramponner et se metlre en sûreté, en même temps qu'il pousse descris perçants qui désolent la famille.

A celte période d'excitation, succède de nouveau une accalmie de courte durée et le cycle agitation — prostration — se reproduit ainsi jusque vers trois heures de l'après-midi. Alors, l'enfant tombe défînitivement dans un état de torpeur profonde, dont il ne devait plus se relever jusqu'à sa mort. Un médecin consulté à ce moment conseille son transport à l'hôpital. À 6 heures du soir, le malade est reçu dans le service de notre maître M. Descroizilles, salle Blache, où nous l'examinons aussitôt après son entrée.

L'enfant, d'une constitution robuste, est étendu sur son lit complètement sans connaissance.

Les pupilles très petites et égales ne réagissent pas à la lumière la cornée est insensible; la respiration stertoreuse, accélérée; (il y a 45 respirations par minute).

304 RBCt'BlL DE FAITS.

Les réflexes rotuliens soat exagérés des deux côtés ; les membres inférieurs dans la résolution absolue ; les membres supérieurs contractures, Tavant-bras est fléchi, la main en pronation forcée.

Pendant Texamen, Tenfant perd ses urines et nous pouvons recueillir quelques grammes pour Texaminer ; il n'y a ni sucre ni albumine.

Le cœur est bien frappé ; le pouls normal ; on ne trouve rien aux poumons.

On ne découvre atictm indice de traumalisme nulle part; nous cherchons vainement la moindre trace de tramuatisme sw- le cuir chevelu.

Le père qui nous donne les renseignements sur Taccldent de ce matin et sur la période d'agitation qui Tavait suivi, nous dit que Tenfant s'est toujours bien porté; qu'il est né à terme et a été nourri au sein jusqu'à seize mois ; qu*il a marché de bonne heure et qu'il n*aeu aucune maladie, sauf la rougeole. Jamais la moindre céphalée ; aucun vertige ni étourdissement n*ont été observés chez lenfant ; il n*a pas eu de chorée.

Ses parents eux-mêmes sont bien portants et sobres; ni dans la famille du père, ni dans celle de la mère, on n*a remarqué de maladies nerveuses, telles qu*hystérie, cpilepsie, danse de Saint- Guy, etc.

La brusquerie du début des accidents, la violence des phénomènes d'excitation qui ont ouvert ici la scène morbide, la phase comateuse qui survint si vite après la période d'excitation jointe à l'uhsence d*albumine et à 1 intégrité du cœur et des poumons nous fait poser le diagnostic de congestion cérébrale apoplectifortni chez un enfant subitement refroidi, en pleine période dujesttve, — On lui applique deux sangsues derrière chaque oreille, des sinapismes sur les jambes et les pieds et des ventouses sèches sur la poitrine.

14 novembre. — Pendant toute la nuit, le malade reste dans le coma complet ; il ne peut rien avaler ; il a eu une selle et des mictions involontaires ; il transpire très abondamment. Pas de vomissements, la température d'hier soir s'est élevée à 38.4. — Ce matin à 10 heures, nous retrouvons le malade dans le même état comateur qu'hier soir ; la résolution musculaire est complète ; la température est à 38^, le pouls régulier à 90^ Rien aux poumons, ni au cœur.

Vers les onze heureii, Tétat empire encore ; ou commence à entendre, même à distance, des râles trachéaux forts ; Tenfant devient de plus en plus asphyxique, il succombe à 4 heures de Taprès-midi.

Autopsie faite le 16 novembre à 9 heures du matin (41 heures

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