‹ Archives de parasitologie (volume 2)Chapitre 29 sur 104 · EXPOSÉ DES EXPÉRIENCES DU PROFESSEUR B. GRASSI · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES EXPÉRIENCES DU PROFESSEUR B. GRASSI

PAR

MAURICE NBVEU-IiBMAIRB

Le 23 septembre dernier, dans la matinée, j'arrivais à Battipaglia, petite ville d'Italie située au sud de Naplçs. Je venais de Rome, accompagné du D» L. Plehn, du l)"" Zupitza, de Berlin, et du D«* Basili, de Padoue, pour visiter, sous la direction du Professeur Grassi, les localités où il poursuit le cours de ses expériences sur la transmission du paludisme par les Anopheks. Après avoir retrouvé le Prof. Grassi et les D'» Druetti et Gilblas, nous prenons place sur une petite voiturette placée sur la voie du chemin de fer et, précédés d'un tricycle également adapté aux rails, nous partons, poussés par quatre hommes aux montées et nous laissant aller psur notre propre poids, dès que la pente le permet. Nous parcourons ainsi un peu plus de 20 kilomètres, nous arrêtant à chaque gare et à chacune des maisonnettes situées près de la voie, où logent les employés du chemin de fer.

Exposé des Expériences.

C'est en effet sur les employés de chemin de fer, chez lesquels règne toujours une certaine discipline, que Grassi a entrepris ses expériences, et cela dans un pays où le paludisme est endémique et revêt des formes souvent très graves. Grassi surveille tous les employés de la ligne allant de Battipaglia à Pœstum, en passant par San-Nicola Varco, Albanella et ('apaccio-Hocadas[)ide. Sur ce parcours d'environ 20 kilomètres, les maisons situées jusqu'au cinquième kilomètre ne sont pas protégées contre les inopheles (ces maisons sont au nombre de trois), les gares et les maisons situées du cinquième au dix-septième kilomètre sont protégées (il y a dix maisons et deux gares, celles de San-Nicola Varco

Archives de Parattitotogie, IV, o» 2, 1901. Ki

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et d'Albanella (1) ), enfin les maisons situées au-delà, jusqu'à la gare de Pœstum, ne sont plus protégées. Il y a donc deux zones bien nettes : Tune protégée, nous verrons tout à l'heure par quels moyens; l'autre non protégée, qui sert de point de comparaison. Un registre est tenu par les D" Druetti, Gilblas, Martirano et Blessich, qui y inscrivent jour par jour les accès de fièvre qui se sont présentés, les résultats de Texamen microscopique du sang la forme clinique de la fièvre, etc., de sorte que rien de ce qui se passe dans les deux zones ne peut échapper à leur contrôle.

Dans la zone non protégée, rien n'a été changé aux conditions habituelles de la vie des employés du chemin de fer, si ce n'est

Flg. 1. — Carte de la régioo où ont été faites les expériences du professeur Grassi.

qu'on a donné de la quinine, du 25 mars au 26 juin, à tous ceux qui avaient été atteints auparavant de paludisme, pour éviter les rechutes. Ajoutons que les habitants de quelques fermes, situées aux environs de la ligne, sont aussi en observation et font partie de cette zone. Ce pays est d'ailleurs complètement abandonné et les personnes qui travaillent dans les rares champs cultivés de la région, préfèrent parcourir plus de vingt-quatre kilomètres pieds

(1) Le Prof. Grassi possède, dans la gare d'Albanella, une chambre qui lui sert de laboratoire, mais où il passe la nuit, au moins deux fois par semaine, souvent plus, depuis le 25 mars. La malaria est très maligne dans cette région, mais il a toujours été à l'abri de ses atteintes, en se protégeant uniquement contre les piqûres des Anophèles.

nus, matin et soir, plutôt que de passer la nuit dans la « piarui di Pesto », nom bien caractéristique, donné à cette partie de la campagne. Et encore, cela ne les empéche-t-il pas d'être atteints quelquefois par les fièvres, soit qu'ils s'endorment dans la campagne et se laissent piquer, soit que les Anes et les Mulets, dont ils se servent pour porter les fardeaux, transportent après leurs poils quelques Anophèles, qui transmettent ensuite le paludisme, même dans des régions considérées comme saines.

Examinons maintenant la zone protégée et voyons quelles mesures ont été prises. Rappelons tout d'abord que cette zone comprend dix maisonnettes (caselle) et deux gares, habitées par 113 personnes, dont 33 enfants. La première maisonnette est située à 5 kilomètres de Battipaglia, la dernière à 100 mètres avant la gare de Capaccio, qui n'est plus protégée (fig. 1). Les expériences de Grassi ont commencé le 25 mars et doivent durer jusqu'au 30 novembre. Dans la période qui a précédé la saison des fièvres, dont on a pu constater exactement l'apparition le 26 juin, on a traité par la quinine toute personne ayant été atteinte de paludisme l'année précédente et ayant eu des rechutes pendant l'hiver et le printemps (1). Il faut cependant mentionner ici que quelques personnes, pour ne pas prendre de quinine, n'ont pas avoué avoir été malades et n'ont pas été soignées. Le 14 juin, Grassi observa les premiers Anophèles infectés et douze jours après (période d'incubation), le 26 juin, on constata le premier cas de fièvre dans la région non protégée (fig. 2, maisonnette n"" -g^)- A partir de cette époque, il n'a plus été donné de quinine aux habitants de la zone protégée.

Moyens de protection.

Protection des individus à IHntérieur de leurs maisons, — Le but est d'empêcher les An^heles d'entrer dans la maison. Pour y arriver, le moyen consiste à fermer toute ouverture, si petite qu'elle soit, avec un grillage en fil de fer, à mailles assez fines pour que les Moustiques ne puissent passer à travers. Décrivons successivement les petites ouvertures, les fenêtres et les portes. Pour les petites ouvertures et les cheminées, rien n'est plus

(1) Pour que les résultats soieDt comparables, ou avait agi de la même maoiôre k l'égard des habitants de la zooe non protégée.

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M. NEVëU-LëMA1R£

simple : le grillage ferme hermétiquement roriiice et n'est jamais déplacé. Pour les fenêtres, la question est un peu plus compliquée: en effet, le grillage est situé entre les vitres et les volets. Il est

donc très facile d'ouvrir ou de fermer les fenêtres à volonté, mais pour ouvrir ou fermer les volets situés à Texlérieur du grillage, il faut employer un procédé spécial. A la partie médiane et inférieure du grillage se trouve un petit orifice habituellement fermé par une porte à ressort.

Par cet orifice peuvent passer deux cordes attachées chacune à un volel, et il suffit de tirer le volet au moyen de la corde, pour le fermer ; pour l'ouvrir, au contraire, on passe par l'orifice une tige de fer, avec laquelle on pousse le volet contre le mur.

Chaque porte, à l'intérieur de la maison, est double; il existe une porte en bois ordinaire, généralement ouverte, surtout dans la journée, et une seconde porte grillagée, munie d'un ressort qui la maintient toujours fer mée. La serrure est assez élevée pour que les enfants ne puissent pas l'atteindre, ni s'amuser à ouvrir ou à fermer la porte inutilement. Quant à la porte qui fait communiquer la maison avec l'extérieur, elle est organisée sur le même plan que les portes intérieures, mais devant la maison, se trouve une cage entièrement grillagée, qui forme une sorte de vestibule. Cette cage communique seulement avec l'extérieur par une porte basse, munie en haut d'une toile fine, qui se tend quand on ouvre et qui a pour but d'empêcher les .4nophek& de pénétrer de haut en bas, ce qu'ils ont l'habitude de faire.

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FiK* t. — Ligne du chemin de fer de BatUpagUa à Pœstum.

ç^, +53» ®*^» *^°* *®® chiffres inscrits sur chaque malsonnette, située le long de la vole ; Ils Indiquent la distance qui les sépare de Battlpaglla. Au numérateur sont Inscrits les kUomètres, au dénominateur les mètres. La ligne a [i indique le commencement de la zone protégée, qui se continue jusqu'à la ligne y 5* ^ Battlpaglla à la ligne a ^ et de la ligne yS à Pœstum, U n'y a pas de protection.

Telle est la description d'une des dix maisonnettes, presque toutes semblables entre elles, qui se trouvent échelonnées le long de la voie dans la zone protégée. Les deux gares sont protégées de la môme manière; il y a toujours double grillage, quand la porte communique directement avec l'extérieur. Tout endroit où l'on doit séjourner, même pendant la courte durée du passage d'un train, est ainsi garanti; aussi tout abri situé près de la voie est-il muni de grillages. Ceux-ci, loin d'être gênants, présentent plus d'avantages que d'inconvénients ; sans enlever la moindre lumière, ils protègent eh effet contre les Mouches, qui sont un fléau à la campagne.

Depuis que ce système a été établi, on n'a pas encore trouvé d* Anophèles à l'intérieur des habitations.

Protection des individiÂS à Vext&neur, — Le matin et dans la journée, on peut sortir sans prendre aucune précaution spéciale ; c'est seulement la nuit, mais surtout au moment du coucher du soleil qu'il faut se tenir sur ses gardes. Le plus simple est d'employer un voile à mailles fines, qui s'adapte au chapeau et tombe assez bas, par derrière et sur la poitrine, pour protéger complètement la figure et le cou. On mettra également des gants, en fil, en coton ou en laine, pourvu qu'ils soient d'une épaisseur suffisante et qu'ils protègent bien les poignets.

Tel est le moyen de protection employé par tous ceux qui sont obligés de sortir au moment dangereux.

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