M. NEVEU-LEMAIRE
On peut donc affirmer qu'aucun des individus protégés contre les Anophèles n'a présenté d'infection récente.
Zone non protégée, — Il en est tout autrement dans la zone non protégée. Tout le monde y est plus ou moins atteint par les fièvres. La seule exception que j'aie constatée, concerne la femme du chef de gare de Capaccio, mais elle est seule indemne de toute sa famille ; son mari était au lit quand nous sommes passés et l'un de ses enfants venait d'être atteint d'une fièvre pernicieuse des plus graves, et cela à cent mètres d'une maison protégée où il n'y a pas eu un seul malade. Dans toutes les maisonnettes non protégées, le faciès des habitants est le même : les enfants surtout sont chétifs, tristes ; ils présentent un abdomen volumineux ; le foie et la rate sont considérablement tuméfiés, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte, après en avoir palpé plusieurs. Sur une femme de 40 ans environ, qui souffrait beaucoup, la rate avait presque atteint le volume d'un foie normal. Ce ne sont là que des exemples en passant, mais le spectacle est encore plus triste dans les fermes du voisinage. A la Taverna del Comandante, on trouve 51 malades sur 52 habitants ; à Imbrosta, 29 sur 29 ; à la Taverna nuova, 64 sur 64; à Grumola, 48 sur 49, etc.. Hommes, femmes et enfants sont malades, les uns couchés dans leur lit, les autres gisant sur la paille et tous dans un état d'apathie qu'il faut avoir vu pour pouvoir s'en faire une idée.
En un mot, le contraste est frappant : d'un côté la santé, de l'autre la maladie dans toute son horreur. Il est impossible de donner une preuve plus éclatante du rôle des Anophèles dans la propagation du paludisme et je suis certain que tous, même les plus incrédules, auraient été convaincus, s'ils avaient vu le spectacle auquel j'ai assisté.
Conclusions.
Les expériences de Grassi ont en Italie un grand retentissement. Le ministère de l'intérieur a envoyé à Salerne le D^ Druetti, qui est spécialement chargé de contrôler les résultats obtenus et de faire, à la fin de l'expérience, un rapport au gouvernement. J'ai eu l'occasion de m'entretenir toute une journée avec le D^ Druetti et je puis affirmer que son rapport sera certainement favorable à
létablissement des moyens de protection contre les Ariopheles. Le roi s'intéresse aussi beaucoup à la question et le gouvernement semble y attacher une grande importante. S'il facilite rétablissement de moyens protecteurs dans les contrées ravagées par le paludisme, il est possible que d'ici peu toutes les régions incultes, parce qu'il n'y a personne pour les cultiver, ne deviennent une source de richesses pour le pays.
En France, nous n'avons rien de semblable à tenter, car le paludisme y est presque une rareté, mais il n'en est pas de même dans nos colonies. Non seulement le paludisme a toujours décimé nos soldats, pendant la conquête, mais c'est encore le pire ennemi des colons qui vont s'y établir. C'est là que le procédé de Grassi devrait être employé, ou tout au moins expérimenté et contrôlé par des hommes compétents. C'est une question du plus haut intérêt, non seulement au point de vue de l'hygiène coloniale, mais encore au point de vue économique, et il laut espérer qu'elle attirera le plus tôt possible l'attention de tous ceux qui ont à cœur de voir nos colonies prospérer.
{CYTORYCTES VACCIN AE Gdarnieri)
PAR
le D^ P. GORINI,
Libero docente d'hygiène à TUnlversité de Rome.
(Planches II et Ifl).
Dans un précédent travail (2) je me suis occupé d'établir la valeur dés inoculations cornéennes sur le Lapin pour contrôler la pureté et l'activité du vaccin jennérien. Dans celui-ci, je me propose d'étudier la question relative aux corpuscules endocellulaires, qu'on observe dans l'épithélium antérieur de la cornée du Lapin, à la suite de l'inoculation cornéenne avec du virus vaccinal.
L'apparition de ces corpuscules, qui a été signalée pour la premi(^re fois par Guarnieri et L. Lôffler, est maintenant un fait aflirmé par tous les auteurs. Pour ma part, je puis déclarer que je les ai rencontrés dans toutes les cornées, inoculées avec plus de cinquante qualités de vaccin animal. 11 y a encore de l'incertitude sur l'interprétation qu'on doit leur assigner. Ici, nous nous trouvons en présence d'une question semblable à celle qui a été soulevée à propos des inclusions cellulaires du cancer. Certains auteurs tels que Guarnieri (3), L. Pfeiffer (4), E. Pfeifïer (5), Monti (6),
(1) Les différentes parties de ce travaU ont été présentées, sans planches, d la (( Reale Accademia dei Lincei » dans les séances du !«>* avril, ie>' juillet, i8 novembre 1900 et 6 janvier 1901.
(t) GoRi.Ni, Il controllo dei vaccino inediante le inoculazioni corneall. Archivio per le scienze tnediche, XXIII, p 127, 1898.
(3) Guarnieri, 1««" Mémoire, Archirio per le sc'enze mediche, 1892, p. 403. — 2« Mémoire, Àtii dei X (Umgream medico intern. di Roma^ Sezioue palologia générale. II, 1894, p. ISKî. — .3" Mémoire, Clinica moderna, 1897.
(4) L. Pfeiffer, Die Protozoen als KrankhexUerreger, Narktràge, Jena, 1895; cf. p. 89. — Voir aussi : Penzoldts. Handbuch der speziellen Thérapie innerer Krankheiten, 1897, p. 203.
(5) E. Pfeiffbr, Centralblait fiir BakterioL, XVIII, 1895. p. 7œ.
(6) MoNTi, Herliner klin. Wockenschrifi, XXI, 1894, Congress-Numero.
Glarke (1), Kurlov (2), Sicherer (3), Ruflfer et Plimmer (4), Voîgt (5), von Wasielewski (6), Bossalino (7), Musso (8), interprètent ces corpuscules comme des parasites {Cytoryctes vaccinae Guamieri); d'autresy voient des altérations cellulaires soit d*origine leucocytaire, comme Salmon (9) et London (10), soit d'origine nucléaire, comme Ferroni et Massari (11), soit enfin d'origine cytoplasmique comme Hûckel (12).
Les nombreux auteurs ont envisagé ces corpuscules à plusieurs points de vue, dans le but de révéler leur nature. Mais la durée de la discussion est là pour prouver que les arguments en faveur de Tune ou de l'autre opinion, ne sont pas décisifs. C'est pourquoi je me suis proposé d'étudier de plus près la question et d'essayer de la résoudre en me servant de procédés qui n'ont pas encore été employés. Il m'a semblé nécessaire d'établir tout d'abord la carac\ téristique des Cytoryctes.
Caragtérisation des Cytoryctes, — Si nous examinons les travaux des précédents observateurs, qui soutiennent la spécificité des Cytoryctes, c'est-à-dire de tous les auteurs y compris Salmon et Hiickel, nous voyons que tous se bornent à affirmer qu'on n'a jamais obtenu avec d'autres moyens des formes endocellulaires semblables à celles obtenues avec le vaccin, sans cependant indiquer la manière de différencier ces formations les unes des autres. Hûckel donne un caractère distinctif fondé sur la coloration, mais si Ton considère la valeur absolument relative des caractères tirés de la coloration, l'observation de Hûckel, au lieu de faciliter le diagnostic, le rend beaucoup plus incertain encore, puisqu'il
(1) Clarkb, Centralhlatt fur BakterioL, XVII, 1895, p. 300.
(2) Kurlov. ArcMves rtisses de pathologie^ etc., II, 1896, p. 120.
(3) SicRBRER, Miincfiefher med. Wochenscfi., XLII, p. 793.
(4) BurrER and Plimmer, BritUh med. Journal, I, 1894.
(5) VoiGT. Munchener med. Woehensch., XLIV, 1897, p. 21 .
(6) Von Vasiclrwski, Centralblatt fur BaklerioL, XXI, 1897, p. 901.
(7) Bobsali.no, Archivio per le xneii:;e mediche, XXII, 1898, p. 273.
(8) Musso, Recherches sur le parante rfe la vaccine, Montpellier, Firmin et Montana, 1899.
(9) Salmon, Annales de rînstitut Pasteur, XI, 1897, p. 289.
(10) London, /oum. de la Soc. russe pour l'hygiène publique, 1888 (en russe).
(11) Perroni et Massari, Rifnnna medicn, II, 1893, p. 602. — Bollettino del Accademia Gioenia di Catania, XL, 1895
(12) HOcKEL, Ziegler*ê Beitràge zur pathnl. Anatomie, Supplément- Heft, 1898.
déclare expressément (1) qu'il y a des corps nonvacciniques semblables par la forme et par la position aux corps vacciniques, ressemblance sur laquelle les partisans de la théorie parasitaire ne s'étaient point prononcés. On comprend cependant comment ceux qui soutiennent l'identité des deux espèces de corps, c'est-à-dire ceux qui soutiennent la non spécificité des corpuscules vacciniques, tels que Ferroni, Massari et London, semblent avoir beau jeu.
Pour ma part, j'ai fait des expériences de contrôle, inoculant sur la cornée du Lapin les substances suivantes : !<> de la glycérine pure et dilulée; 2» les principales Bactéries contenues dans le vaccin ; 3^ du vaccin rendu inactif soit par flltration à travers la bougie Chamberland, soit par la chaleur, dans un bain-marie à GO"" C. pendant une heure ; 4» du bouillon et des solutions de peptone stérilisées, substances émotropiques ; 5<>du virus rabique de rue ; 6^ du virus aphteux ; T une substance recueillie d'une espèce de pustule qui se développe parfois sur le pis et sur les mamelles des Vaches laitières et qui sont parfois confondues par les éleveurs avec des pustules vaccinales spontanées.
Or, avec tous ces matériaux, même lorsque, comme avec le virus aphteux, j'ai obtenu un nombre assez grand de corpuscules endocellulaires, je n'en ai jamais rencontré un seul qui ressemblât absolument à ce que nous pouvons appeler un Cytoryctes typique.
Quels sont donc les caractères distinctifs des (Tytoryctes typiques? Voilà la question que je me suis proposé de résoudre.
L'examen détaillé des préparations microscopiques obtenues avec plusieurs qualités différentes de vaccin et appartenant à des foyers d'âge difiérent, m'a conduit aux résultats qui suivent :
Ni les propriétés morphologiques seules, ni les réactions colorantes ne peuvent servir à caractériser les Cytoryctes^ car ni les unes ni les autres ne présentent rien de spécifique ni de constant. J'ai pu ainsi me rendre compte des contestations qui existent parmi les auteurs sur les caractères de structure et de coloration attribués aux Cytoryctes, et j'ai pu reconnaître que ces caractères peuvent être interprétés de plusieurs manières. Ce qu'il y a de typique et de constant dans les Cytoryctes ou du moins dans un grand nombre de ces corpuscules auxquels convient précisément
(i) HOGKKL, loco dtato, p. 122-125,
le nom de Cytoryctes typiques, c'est un ensemble de particularités qu'il est très difficile de décrire, mais qui peuvent être facilement reconnues à Taide du microscope par un œil exercé. Nous pouvons les réunir sous la qualification de rapports de forme et de position des Cytoryctes avec les noyaux épithéliaux, et nous pouvons dire que les Cytoryctes deviennent caractéristiques alors qu'ils acquièrent * des rapports avec les noyaux épithéliaux. Quand ces rapports font défaut, je ne saurais rien indiquer qui permette d'établir une différenciation entre nnCytoryctes et un corpuscule endo-cellulatre et non-vaccinique quelconque.
Ces rapports se manifestent par plusieurs faits, dont je me bornerai à indiquer ici les plus généraux.
l"" La plupart des Cytoryctes sont placés à proximité des noyaux ;
2*' La zone claire péricytoryctique apparaît bien des fois en continuation soit avec la périphérie nucléaire soit avec une zone claire périnucléaire.
3** Les Cytoryctes et les noyaux se moulent réciproquement : tantôt c'est le noyau qui reçoit le Cytûryctes dans une niche, tantôt c'est le Cytoryctes qui se courbe autour du noyau, tantôt les deux corps se regardent avec deux surfaces planes, etc. ; d'où résultent les formes les plus diverses de Cytoryctes correspondant à autant de formes ou difformités diverses des noyaux épithéliaux. Il est curieux cependant de voir cette empreinte subsister môme quand les deux corps ne sont pas contigus, mais séparés par l'interposition de la zone claire. Nous verrons plus loin comment on peut expliquer ce fait et aussi d'autres particularités relatives aux rapports des Cytoryctes avec les noyaux ; pour le moment, je me borne à déclarer que ces rapports de forme et de position impriment aux Cytoryctes un certain lien avec les noyaux qui fait absolument défaut quand il s'agit de corpuscules non-vacciniques, même lorsqu'ils sont à proximité des noyaux et qu'ils les dépriment légèrement.
Rapports entre les Cytoryctes et les corpuscules endo- NUCLÉAiREs. — Après avoir reconnu les signes caractéristiques des Cytoryctes, relativement à leurs rapports avec les noyaux, je fixai mon attention sur certaines formes nucléaires, que j'ai observées dans les foyers vacciniques cornéens, pour étudier si on pouvait établir certaines relations entre elles et les Cytoryctes,
Je laisse de côté toutes ces formes de caryocinèse plus ou moins typiques qu'on rencontre en grand nombre, surtout dans le voisinage des foyers vacciniques, et qui sont évidemment destinées à remplacer par des éléments nouveaux les éléments détruits par le processus pathologique, en donnant ainsi de nouveau raison à ce . qui a été démontré par TEcole italienne (1), à savoir que les tissus lésés ont la faculté de se régénérer moyennant des mitoses, qui appat;aissent spécialement à une certaine distance du point d'irritation.
Je passe aussi sous silence les noyaux gonflés, allongés, globuleux, étranglés en forme de biscuit ou de sablier, courbés en C, multiformes (pi. III, fig. 5, 6), les noyaux multiples et composés, (pi. II, fig. 1, d), parfois de dimensions énormes, amassés Tun sur Tautre ou réunis en chaîne, comme s'il résultait d'un bourgeonnement continuel. Toutes ces formes, qui appartiennent spécialement aux foyers initiaux, indiquent une hyperactivité nucléaire.
Mais les figures nucléaires, que je crois opportun de mettre en relief ici, consistent essentiellement en noyaux qui présentent dans leur intérieur un ou plusieurs amas de substance chromatique, placés tantôt à la périphérie à la façon de bourgeons plus ou moins saillants, tantôt dans la partie centrale à la façon d'inclusions qui désagrègent plus ou moins le noyau.
La saillie des bourgeons peut devenir telle qu'il semble qu*on assiste à la sortie d'une masse chromatique hors du noyau; la désagrégation du noyau peut être poussée jusqu'à sa destruction presque complète. A sa place on trouve un ou plusieurs corps chromatiques. Il est curieux de remarquer que ces inclusions sont souvent entourées d'une zone claire, à l'instar de ce que l'on rencontre quand il s'agit de Cytoryctes. Les figures ci-jointes rendront plus claire cette description très succincte.
Dans les figures 1, a, fr, c, d; 2, a, b, c; 5, 16, nous voyons des noyaux qui sont pourvus de bourgeons de différentes dimensions, depuis les plus petits (fig. 5, iô) jusqu'aux plus gros (fig, 2, a). Il y en a quelques-uns qui sont entourés d'une zone claire (fig. 1, a, b, d; 2, c). Dans le groupe cellulaire de la figure 6, nous avons
(1) nizzozERo, Centralblatt fiir die med. Wisêensehaften, IX, 18S6, p. 81. Recherches de CanalU, Di Mattei, Foà, Golgi, Mondino, Rattone, Tizzonl, etc.
différents exemples de corps chromatiques qui semblent sur le point de sortir hors de leurs noyaux respectifs.
Dans les figures 2, e; 5, 14, 15; 3, a, nous voyons des noyaux pourvus d'inclusions plus ou moins entourées par une zone claire. La figure 4 représente un noyau qui est sur le point d'être détruit, autour d'une grande inclusion; on peut y voir le fragment nucléaire qui se trouve isolé entre les extrémités du noyau qui a la forme d'un fer à cheval.
Si maintenant nous considérons que ces bourgeons et ces inclusions, que nous pouvons désigner sous le nom de corps endonucléaires, se trouvent entremêlés aux Cytoryctes proprement dits, qui apparaissent au dehors des noyaux, il me semble possible d'identifier les uns et le3 autres. On peut objecter à une telle identification, qui est encore plus admissible quand on pense aux rapports de forme et de position existant entre les Cytoryctes et les noyaux épithéliaux, que les corps endo-nucléaires sont en grande minorité relativement aux Cytoryctes extra-nucléaires.
A ce propos cependant, je dois faire observer tout d'abord, que, si le^ corps endo-nucléaires ne sont pas nombreux, ils sont pourtant constants ; en effet, si dans l'examen des préparations, au lieu de mettre au point les Cytoryctes, on observe attentivement les noyaux épithéliaux, on en rencontre toujours un certain nombre qui sont pourvus de bourgeons ou d'inclusions.
En second lieu, je dois ajouter que le nombre des corps endonucléaires varie selon les cas et qu'il y a des foyers dans lesquels ils sont très nombreux (pi. III, fig. 5). En général je les ai trouvés d'autant plus abondants que les foyers étaient plus jeunes. Enfin, je me crois permis de penser que souvent la situation extranucléaire des Cytoryctes n'est qu'apparente. En voici les raisons :
Comme je l'ai déjà dit plus haut, bien des fois la zone claire entourant le Cytoryctes se continue avec la périphérie nucléaire ou avec une zone claire péri-nucléaire. Cela permet de se demander si les Cytoryctes(\oi\eni être considérés plutôt comme endo-nucléaires que comme extra-nucléaires. Ainsi, dans la figure 5, on voit à côté des Cytoryctes avec zone indépendante (/) des Cytoryctes avec une zone qui se continue avec la périphérie nucléaire (^) ou avec la zone péri-nucléaire (^, 4). En outre, dans la même figure, nous
avons des exemples de Cytaryctea situés complètement dans la zone péri-nucléaire (5 à 10) ; de sorte que, si après ces formes nous examinons celles qui sont figurées aux numéros //, ii<et 13, nous nous trouvons vis-à-vis d'un passage graduel des Cytoryctes extranucléaires aux corps complètement endo-nucléalres (14 et 15).
Mais ce qui justifie encore davantage notre doute, c'est l'observation des préparations par raclage, chez lesquelles les rapports entre les différents éléments sont plus sûrement conservés que sur des coupes.
Examinons par exemple la figure 3, qui représente une préparation par raclage, fixée avec le sublimé acétique et colorée avec Thématoxyline de Delafield, comme s'il s'agissait d'une coupe. Dans cette figure, nous observoos des corps chromatiques pourvus d'une zone claire autour de laquelle existe de la substance nucléaire qui est en continuation avec le noyau correspondant (pi. II, fig. 3, 6, c,d,e,f); la situation intra-nucléaire de ces corps est donc manifeste. On comprend cependant, que si ces résidus périphériques très exigus de substance nucléaire étaient encore plus minces, ou s'ils étaient moins colorés, ou comme il peut arriver par la méthode des coupes, s'ils avaient perdu leurs rapports, ces corps chromatiques auraient pu apparaître tout-à-fait extra-nucléaires. En outre, entre les Cytoryctes et les corps endo-nucléaires, il existe d'autres points de rapprochement dans les particularités suivantes :
i^ J'ai observé que les Cytoryctes, même avec le même procédé de coloration et dans la même préparation, ne se colorent pas toujours, ni tous, avec une intensité égale; tantôt ils apparaissent plus colorés, tantôt moins colorés que les noyaux épithéliaux. Je m'explique ainsi les contestations existant parmi les auteurs à propos des propriétés chromophiles des Cytoryctes. Or, le même fait se vérifie parmi les corps endo-nucléaires (pi. II, fig. 1, 2, 3 ; pi. III, fig. 5). Dans les trois premières figures, ils sont plus fortement colorés que les noyaux ; dans la figure 5, au contraire, ils sont moius fortement colorés que les noyaux.
2* Il arrive bien souvent de rencontrer des Cytoryctes pourvus d'un ou de plusieurs petits noyaux, ou constitués par un protoplasme à structure radiée ou filamenteuse. Les auteurs qui soutiennent la théorie parasitaire assignent à ces particularités la valeur de caractères morphologiques qui montrent la nature parasitaire des
StJR t£S CORPUSCULES DU VACCIN Ul
Cytoryctes. Or, il en est de même des corps endo-nucléaires, ainsi que l'attestent les corpuscules à structure radiée (pi. III, fig. 6, a etb), rinclusion binuclée(pL III, fig. 4).
M'appuyant sur tous les faits précédents, je suis amené à penser que réellement les corps endonucléaires doivent être confondus avec les Cytoryctes, c'est-à-dire, qu'ils sont de même nature. Cette conclusion permet d'avancer les deux hypothèses suivantes sur la nature des Cytoryctes :
1<^ Ou bien les Cytoryctes sont le produit d'une altération nucléaire, bourgeonnement ou fragmentation, qui serait caractérisée essentiellement par la tendance d'une portion du noyau à s'isoler sous forme de corpuscules d'abord endo-nucléaires puis extra-nucléaires, qui auraient la faculté de s'accroître et de devenir le centre de ces formes ressemblant à des cellules, qu'on rencontre dans les foyers de vaccine à côté des Cytoryctes ;
2^ Ou bien les Cytoryctes sont des parasites qui, contrairement à ce qu'on a admis jusqu'ici, ne se bornent pas à ronger le cytoplasme, mais envahissent aussi le noyau des cellules épithéliales. Une autre voie que j'ai suivie pour arriver à éclaircir la nature des Cytoryctes, m'a été suggérée par l'observation des rapports des inclusipns cellulaires des tumeurs malignes.
Rapports des inclusions cellulaires vacciniques avec les inclusions CELLULAmES DES TUMEURS MALIGNES. — H y a déjà lOUglCmpS
que Guarnieri, L. Pfeifler et Clarke ont décrit dans les foyers vacciniques cornéens un certain nombre d'inclusions cellulaires différentes des Cytoryctes proprement dits, et ils les interprétaient comme des phases de développement des parasites supposés. Des études ultérieures ont cependant conduit Guarnieri et L. Pfeifler à les considérer comme des produits de désagrégation des Cytoryctes. Von Wasielewski cite aussi quelques-uns de ces cas, mais il n'est pas certain de leur signification. Hûckel décrit une foule d'inclusions cellulaires, mais il les attribue, comme les Cytoryctes, à une maladie du cytoplasme. Les autres auteurs ne s'occupent point de ces autres inclusions.
Pour ma part, j'ai pu me convaincre de leur présence, surtout par la méthode de raclage, car elles se trouvent spécialement dans les parties les plus superficielles de l'épithélium atteint, c'est-à-dire
dans les parties qui vont successivement en se décollant par un processus ulcératif et qui, avec la méthode des coupes, sont souvent perdues dans les différentes manipulations et dans les différents liquides de passage.
L'aspect de ces inclusions cellulaires est des plus divers et des plus irréguliers ; il y en a qui ressemblent à des cellules à développement normal, d'autres qu'on prendrait pour des cellules abortives, initiales, ou dégénérées, avec des noyaux fragmentés, etc. En les considérant en bloc, je dirai qu'elles rappellent les inclusions trouvées dans les tumeurs malignes; quelques-unes même les reproduisent lidèlement. Ces inclusions soulèvent encore des discussions dans leur interprétation parmi les observateurs les plus estimés. J'ajouterai que certaines formes dé Cytoryctes. particulièrement parmi les Cytoryctes plus gros, peuvent être considérées comme des phases de passage à ces inclusions ; et que, vice-versa, certaines de ces inclusions peuvent être considérées comme des Cytoryctes autour desquels s'est formé un manteau protoplasmique.
Ce qui est aussi digne d'être noté, c'est que justement ces Cytoryctes à manteau reproduisent parfaitement l'aspect de certaines inclusions qui ont été décrites dans les cancers.
11 serait donc curieux de savoir si dans les cancers on a^trouvé aussi des formes semblables aux Cytoryctes typiques. Autant que je sache, aucun auteur n'en parle, excepté Foà (1) qui, dans un cas de cancer de la mamelle, rencontra des corps paranucléaires (( qui rappellent beaucoup les corps décrits par Guarnieri comme les parasites de la vérole ».
Comparaison entre l'infection vaccinique et l'infection mycé-' TozoïQUE DE LA CORNÉE. — Eucouragé par les analogies qui existent entre les inclusions cellulaires vacciniques et celles des tumeurs malignes, et aussi par la considération que dans les foyers vacciniques, comme dans le cancer, il se produit une prolifération épitbéliale activée! anormale, je me suis proposé d'essayer l'inoculation cornéeiine des microorganismes auxquels les différents auteurs pensent pouvoir attribuer les tumeurs malignes.
Parmi ces microbes se trouvent, comme on le sait, les Mycetozoa ou Myxomycètes. Récemment Podvisotzky (2) a annoncé, dans
(1) Foà, Archivio per le scienze medwhe, XVII, 1893, p. â66
(2) PoowYssoTZKi, (entralhlalt fur Itakttn^ioL, XXVII, 1. Abt., 1900, p. 97.
uoe note préliminaire, à la Société de médecine de Kiev, qu'il a réussi à produire des tumeurs expérimentales chez les Cobayes et les Lapins, au moyen de Tinoculation sous-cutanée et intrapéritonéale de Plasmodiophora brdssicae. Ce Myxomycète, découvert par Voronin en 1873, fut considéré comme étant la cause de la hernie ou du goitre des Choux, et étudié dernièrement plus à fond par Navashin (1).
Les matériaux qui ont servi pour mes expériences, m'ont été fournis gracieusement par le Laboratoire cryptogamique italien de Pavie, qui, à différentes reprises, a mis à ma disposition plusieurs échantillons de racines herniées de Chou, dans lesquelles l'examen microscopique révéla la présence du Mycetozoon sporulé. Le tissu malade a été extirpé avec tous les soins aseptiques convenables, de la partie centrale des nodules, délayé dans la glycérine neutre diluée au tiers, et fut ensuite inoculé dans la cornée du Lapin.
Le résultat de ces expériences exécutées et répétées avec différents échantillons, me permettent d'énoncer les faits suivants :
1*> A la suite de l'inoculation cornéenne de Plasmodiophora 6ra.«sicae sporulée, on remarque un processus qui, macroscopiquement, ressemble jusqu'à un certain point, à celui qui est produit par le vaccin.
En effet, en premier lieu, dans l'infection plasmodiophorique, comme dans l'infection vaccinique, l'altération macroscopique de la cornée peut être divisée en deux phases, qui sont : l"* proéminences plus ou moins relevées ; 2p ulcérations plus ou moins enfoncées, correspondant aux points d'inoculation.
En second lieu, le processus plasmodiophorique, comme le processus vacciuique, s'achève sans manifestations d'inflammation.
Une différence notable existe cependant dans la durée du processus ; tandis que dans le processus vaccinique on arrive à l'ulcération d'ordinaire au bout de trois jours, dans le processus plasmodiophorique je n'ai jamais observé l'ulcération avant le vingtième jour.
2^ A l'observation microscopique, le processus plasmodiophorique se différencie complètement du processus vaccinique.
Tandis que, dans ce dernier, on observe une prolifération rapide
(!) Navambin, Flora, LXXXVI, 1899, p. 404. ArcMvei de Parasitologief IV, n* i, 1901. 17
de l'épithélium cornéen; dans l'autre, on remarque une prolifération très lente du connectif coméen, pendant laquelle l'épithélium antérieur ne se montre point intéressé, au contraire la4)lessure épitb^liale produite par l'inoculation se cicatrise, et l'épithélium reprend son état normal. C'est seulement ensuite que, vraisemblablement à cause de l'accroissement progressif de la tumeur connectivale, l'épithélium se consume successivement et unit par s'ulcérer. Grâce à cette ulcération, l'épithélium se laisse facilement exfolier, de sorte qu'il est possible de faire des préparations par raclage, comme j'ai coutume de le faire pour les cornées inoculées avec du vaccin.
30 L'altération cornéenne produite p^r Plasmodiophora, de même que l'altération vaccinique peut être reproduite par transplantation de Lapin à Lapin.
4® Un morceau de Chou hernie, conservé dans la glycérine neutre diluée au 1/3 à la température ambiante pendant 41 jours (du 11 avril au 22 mai 1900), contient des spores de Plasmodiophora encore d'aspect normal et reproduit par inoculation cornéenne l'altération ci-dessus décrite.
On peut donc dire qu'entre Plasmodiophora brcusiccte et l'agent encore inconnu du vaccin existent les analogies suivantes :
a) Ces deux organismes, inoculés dans la cornée^ sont capables d'y produire un processus de prolifération, qui n'est pas accompagné de phénomènes inflammatoires et que l'on peut transporter de cornée à cornée ;
P) Tous deux conservent leur activité après un séjour dans la glycérine.
H^ Quant aux inclusions cellulaires, je puis dire qu'aussi bien à riniérieur qu'en dehors des cellules du tissu néoformé j'ai trouvé le Mycetozoon à différents stades ; mais je n'ai jamais rencontré de formes analogues aux Cytoryctes vaccinae Guarnieri.
Cependant j'ai observé des phases de développement de la PtaS'^ modiophora qui me font soupçonner que si les corpuscules vacciniques étaient des parasites, ceux-ci au moins dans une phase de leur évolution, ne seraient pas représentés par le Cytoryctes seul, mais par \e Cytoryctes plus la zone claire, qui l'enveloppe; en d'autres termes, cette zone claire ne serait point une niche creusée par le Cytoryctes dans le cytoplasme ou bien dans le noyau, mais
elle appartiendrait au Cytaryctes même, et ferait partie de la structure du parasite.
Cette supposition est appuyée par ce fait que dans certaines de mes préparations de foyers vacciniques, la périphérie de la zone claire entourant les Cytoryctes est limitée par un anneau coloré tantôt en totalité, tantôt avec quelques interruptions (pi. III, fig. 5, ^9 ^9 9^ U etc.). Or, si Ton part du principe de Guarnieri que la zone claire représente une niche, il faut admettre que la coloration périphérique de cette zone doit être attribuée à une condensation du cytoplasme ou à des résidus du noyau épithélial autour de la niche. Au contraire, d'après l'hypothèse mentionnée, l'anneau coloré indiquerait la paroi extérieure du parasite. Cela est encore plus vraisemblable puisque dans mes préparations la coloration périphérique de la zone apparaît même quand le Cytoryctes se trouve dans un espace claire périnucléaire, comme le montre la figure 5 ; en pareil cas il ne me semble pas possible d*interpréter la zone claire péricytoryctique ni comme une niche protoplasmique, car on ne voit pas de cytoplasma autour, ni comme une niche nucléaire, car l'anneau coloré périzonal apparaît distinct du noyau épithélial; mais on est amené à penser que soit l'anneau coloré périphérique, soit le Cytoryctes appartiennent, avec la zone claire, à un seul et même corps.
Les deux faits suivants parlent aussi en faveur de cette hypothèse : tout d'abord la disproportion qu'on observe souvent entre le volume du Cytoryctes et l'ampleur de la zone claire environnante (Cytoryctes très gros entouré par une zone claire très étroite; Cytoryctes petit au milieu d'une zone claire très large), puis la correspondance qui le plus souvent existe entre la forme de la niche eicje\\eA\x Cytoryctes, même lorsque celui-ci se présente sous la forme d'un biscuit, d'une haltère, d'une poire, d'un sablier, d'une raquette, d'un battant de cloche, etc. Ces deux faits s'expliquent beaucoup mieux en admettant que la zone claire est quelque chose qui entre dans la composition du Cytoryctes^ plutôt qu'une niche creusée par le Cytoryctes même.
En outre, cette hypothèse m'a permis d'expliquer, même avec la théorie parasitaire, certains faits qui autrement me conduisaient plutôt à reconnaître dans les Cytoryctes la manifestation d'une altération nucléaire. Voilà quelques-uns de ces faits : 1^ en général
la dépression du noyau épithélial n'est pas proportionnée au volume du Cytoryçtes correspondant, mais elle est plus grande et, au contraire, proportionnée à la dimension de la zone claire du Cytaryctes; 2^ dans certains cas dans lesquels la zone claire a une forme un peu différente de celle du Cytoryçtes, la forme de la niche présentée par le noyau épithélial correspond plutôt à la forme de la zone claire qu'à celle du Cytoryçtes; 3® la dépression du noyau subsiste même alors que le Cytoryçtes se trouve non pas contigu au noyau, mais éloigné de celui-ci par l'interposition de la zone claire ; 4^ il y a des noyaux épithéliaux qui se montrent profondément enfoncés par un, deux et parfois plusieurs Cytoryçtes, et néanmoins ils ne présentent ni condensation de leur substance, qui montre une structure normale et envoie des cloisons parfois très minces entre un Cytoryçtes et l'autre, ni déplacement, ni autre déformation, à part celle qui est liée à la présence des niches, de telle sorte que les noyaux semblent rongés, creusés, ne correspondant plus aux niches, plutôt que déprimés, comprimés et poussés par les Cytoryçtes. Or, si Ton admettait que les parasites fussent constitués par le Cytoryçtes plus la zone claire qui l'entoure, il serait aisé de comprendre : 1® comment certaines niches des noyaux épithéliaux peuvent être simplement apparentes, c'est-à-dire produites par la superposition des parasites partiellement incolores et des noyaux eux-mêmes, qui pourtant ne doivent paraître ni déplacés, ni altérés, ni déformés dans la portion découverte visible ; 2^ comment les niches, qu'elles soient apparentes ou réelles, doivent correspondre nécessairement quant à leur forme et à leur volume à la zone claire du Cytoryçtes; 3o comment elles peuvent paraître, même quand le Cytoryçtes se trouve éloigné du noyau épithélial.
Enfin, cette hypothèse permettrait de considérer comme des formes parasitaires et d'en rapprocher les Cytoryçtes pourvus d'une zone claire, beaucoup d'autres inclusions cellulaires qu'on rencontrait dans les foyers vacciniques, tels que par exemple :
i^ Les Cytoryçtes entourés par un manteau coloré au lieu de la zone claire.
2o Les Cytoryçtes rayonnes, c'est-à-dire pourvus de rayons colorés qui atteignent la périphérie de la zone claire.
3** Les corps arrondis, complètement incolores, excepté parfois
à la périphérie, et qui autrement sembleraient être des niches abandonnées par leurs Cytoryctes respectifs (fig. 5, a),
i^ Les corps arrondis, faiblement colorés, tantôt privés de granulations chromatiques, tantôt contenant plusieurs granulations chromatiques, qui sont disposées de différentes manières.
5° Plusieurs autres formes que j'ai- déjà indiquées à propos de leur ressemblance avec les inclusions cellulaires rencontrées dans les tumeurs malignes.
En résumé, selon moi, Thypothèse que la zone clafre entourant les Cytoryctes Guarnieri n'est point une niche cytoplasmique ou nucléaire, mais qu'elle fait corps avec les Cytoryctes mêmes, est soutenue par certains faits et permet d'en expliquer d'autres, même avec la théorie parasitaire, tandis qu'autrement ces faits resteraient obscurs et conduiraient à assigner aux Cytoryctes une autre interprétation.
Je dois cependant ajouter tout de suite que cette hypothèse n'exclut pas même la théorie nucléaire, comme je l'ai exposée plus haut, c'est-à-dire que les Cytoryctes soient le produit d'une altération nucléaire, qui serait caractérisée par la tendance d'une partie du noyau à s'isoler sous forme de corpuscules 'endonucléâires puis extranucléaires, qui soient capables de s'accroître et de devenir le centre de formes semblables à des cellules. En effet, même dans ce cas, la zone claire et les Cytoryctes pourraient appartenir à un seul et même corps.
Un autre expédient auquel j'ai eu recours pour préciser la signification des Cytoryctes, se rapporte à la conservation des Cytoryctes dans la glycérine.
Conservation des Cytoryctes dans la glycérine. — Dans le cours de mes expériences j'ai pu confirmer ce qui a été affirmé par plusieurs auteurs, que l'altération vaccinique peut être transplantée d'une cornée à l'autre, d'un animal à l'autre.
D'autre part, on connaît bien la propriété de la lymphe vaccinique ordinaire d'être conservée dans la glycérine.
Or, j'ai voulu étudier si ce qu'on peut appeler virus vaccinique cornéen conservait aussi son activité dans la glycérine et quelles modifications survenaient chez les Cytoryctes conservés de cette manière.
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'A cet effet, j'ai raclé répitbélium des cornées de Lapin au troisième et au quatrième jour de l'inoculation, alors que le contrôle microscopique était positif; j'ai placé le produit du raclage dans de petits tubes stérilisés avec glycérine neutre diluée au tiers, j'ai enduit de paraffine le bouchon de liège et j'ai conservé les tubes dans le réfrigérant, comme on fait avec la lymphe vaccinique ordinaire.
De temps à autre, je prélevai des lambeaux de cette substance, pour en inoculer une partie sur la cornée des Lapins et pour en soumettre une autre partie à l'examen microscopique.
Cette expérience a été répétée plusieurs fois et faite avec une substance conservée jusqu'à 73 jours dans la glycérine.
J'ai vérifié avant tout que le pouvoir de transmissibilité se conserve parfaitement. Quant au sort des Cytoryctes, dans les préparations très nombreuses que j'ai faites, soît incolores, soit colorées avec des solutions très diluées de safiranine, d'hématoxyline de Delafield, ou de picrocarmin Ranvier et Bizzozero, j'ai pu constater que, tandis que certains Cytorjfctes se conservaient tels quels, d'autres se présentaient modifiés de différentes manières, c'est-àdire devenaient tantôt granulés, tantôt vacuolaires, tantôt transformés en un sac vide, etc.
Certaines de ces figures variées peuvent-elles être considérées comme des formes durables d'enkystement ou de sporulation des supposés parasites? J'avoue que, pour le moment, je ne saurais rien répondre. Ce qu'il y a cependant de certain, c'est qu'aussi parmi les noyaux épithéliaux conservés dans la glycérine, on en voit certains qui gardent leur aspect normal, et d'autres qui sont altérés de la même manière que les Cytoryctes.
Conclusion. — Voici maintenant la conclusion que je crois pouvoir tirer de mes études :
Quoique les expédients auxquels j'ai recouru pour tâcher de résoudre la question relative à la nature des corpuscules du vaccin {Cytoryctes vaccinae Guarnieri), ne m'aient pas permis d'atteindre mon but, toutefois ils ont servi à mettre en évidence des faits, permettant d'expliquer comment on est amené ou bien à considérer ces corpuscules comme ayant une origine nucléaire, ou à les
considérer comme des parasites, qui envahissent aussi les noyaux des cellules épithéliales et qui, dans une phase de leur développement, sont constitués par les Cytoryctes^ plus la zone claire qui les entoure.
Toutes les figures appartienneDt à des foyers vaccinaux de répithélium cornéen du Lapin. Les préparations ont été exécutées soit par raclage, soit par coupes, avec fixation au sublimé acéUque et coloration à l'hématoxyline de Delafield. Pour les particularités relatives à la technique des préparations microscopiques, voir mon premier travail, indiqué à la note 1, sur le contrôle du vaccin grâce aux inoculations cornéennes.