PAH
le D' P. B. JOIiY,
Médecin de la marine.
Les Moustiques d'un terme général, car les diverses variétés sont le plus souvent mêlées les unes aux autres, sont des malfaiteurs nocturnes. Le soir, aux Couleurs (1), ils se lèvent par myriades des sols humides, des bois ; émanent des marécages, se dégagent des rizières, quittent la protection des Palétuviers. Ils sortent brusquement de Tombre, ils viennent on ne sait d'où, et comme la brume du crépuscule monte aux soirs d'automne lentement au-dessus de nos champs, ce cuisant brouillard, en ces pays à brusque nuit, s'élève rapidement : il vous couvre les jambes, gagne les mains et les bras, il monte, monte, et comme les aiguilles d'une pluie fine et glacée, d'innombrables et brûlantes piqûres vous criblent la nuque, vous lardent le visage.
Alors vibre à vos oreilles la harpe éolienne la plus harmonieusement terrible qu'on puisse imaginer. Ce sont des centaines et des centaines d'ennemis dont le ziziement ne cesse et qui de toutes parts vous assaillent. Mais les plus redoutables sont les moins bruyants, ce sont les femelles, qui, on le sait, piquent seules, généralement. Souvent, même, elles sont silencieuses à jeun; et lorsqu'elles bruissent, gorgées de sang, leurs vibrations plus lentes ont un son grave facile à distinguer.
Ces observations sont aisées, lorsqu'on se trouve dans une chambre en t«^te h tête avec deux ou trois Moustiques. Mais en plein air, dans la brousse, on ne pense qu'à se défendre. Plus de travaux, plus de collectes, plus de chasse possibles; il faut s'agiter, se protégei*. Lutte atroce auprès de laquelle celle du Lion de la fable n'est qu'un jeu : vmv c'est partout à la fois que l'on est attaqué :
(1) On désigne, dans la marine, sous lo nom de Couleurs, le pavillon national, et l'heure à laquelle on le hisse le matin, et l'amène le soir.