SVR L'N CAS DE PRAMBCESIA OBSERVA EN ALGÉRIE
du Framboisier. Leur consislaoce est mollasse. I£lles sont reliées au pied par un large pédicule, mais demeureDt indépeodaDtes les unes des autres. Sur le bord externe du groupe formé par ces productions papillomateuses, il semble qu'il existe les vestiges d'une autre tumeur, dont on distingue à peine les contours, et qui est le siège d'une ulcération assez étendue en profondeur. Celle-ci
communique avec d'autres ulcérations superlicielles, disposées autour de l'ensemble, mais situées principalement sur le bord externe et vers l'extrémité antérieure du pied. Ces ulcérations sont à quelque dislance des tumeurs. Il ne s'écoule pas de pus; cependant au fond d'une petite ulcération cralériforme nous pouvons eu recueillir une gouttelette.
Le développement de ces tumeurs a été assez rapide, l'affection ne remontant qu'à cinq mois.
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Ce qui frappe encore dans Taspect de la malade c'est une tuméfaction symétrique des deux jambes, s'étendant des orteils jusqu'à 4 centimètres au-dessous de l'extrémité inférieure de la rotule. Un bourrelet profond sépare, en ce point, les parties saines des parties œdématiées. Il s'agit, en eflet, d'un œdème très dur, résistant, où le doigt s'enfonce avec peine à une faible profondeur. La malade déclare qu'elle n'en souffre pas et n'en a jamais souffert, et que depuis sa naissance les caractères n'en ont pas changé. La mensuration montre que la différence des circonférences prises au niveau de l'œdome. et au-dessus, dans les parties saines, est de 4 centimètres environ.
Rien d'anormal dans le système ganglionnaire. Aucun trouble dans les fonctions du cœur et du poumon, ni dans celles du tube digestif. Pas de modilications dans la sensibilité générale, sauf un peu d'hypoesthésie au niveau des tumeurs.
Les urines sont normales.
Sur aucune autre partie du corps, la malade ne présente de production pathologique analogue à celle dont nous constatons l'existence sur le pied gauche; elle ignore si, au moment où est apparue la première tumeur, elle a eu un mouvement de fièvre; cependant, s'il a existé, il a été assez léger pour passer inaperçu. En raison du complexus symptomatique dont nous avons pu rassembler les divers éléments par notre enquête et notre examen clinique, nous pensons immédiatement que l'affection que présente notre malade peut relever ou de la syphilis ou du groupe confus des affections frambœsiformes. Bien que nous ne trouvions, ni dans les antécédents, ni dans l'évolution de la maladie actuelle, aucune trace de syphilis, nous instituons un traitement spécifique (frictions mercurielles et iodure de potassium aux doses de 3 gr. d'abord, puis plus tard de 5 à 10 grammes).
Cette médication fut continuée pendant deux mois, sans que la malade en parut retirer le plus léger bénéfice, aussi, devant l'inefficacité de notre thérapeutique, nous décidons et pratiquons l'abrasion au thermocautère (avril). La cicatrisation s'effectua assez lentement, mais sans complications, et, en juillet, la malade était complètement guérie. Nous avons pu constater récemment (décembre 1900) qu'il n'existe plus qu'une cicatrice violacée au point où siégeaient les tumeurs.
SUR UN CAS l>e FRAMBCeSIA OBSERVE EN ALGERIE 313
Cultures. — Le 5 avril, nous avions excisé aseptiquetneut plusieurs tumeurs, et recueilli du sang, qui nous servit à faire, le même jour, des ensemencements en strie sur trois tubes de gélose.
Le lendemain, les trois tubes (mis à Tétuve à 37*') avaient cultivé et la surface de la gélose était recouverte, au niveau des stries, d'une culture d*un blanc sale, épaisse, légèrement pulpeuse. Toutes les colonies paraissaient appartenir à la môme espèce par leurs divers caractères.
Elles étaient formées par des Microcoques un peu volumineux 1 {JL 5, groupés le plus souvent en amas, mais parfois aussi isolés, ou réunis en Diplocoques. Ils restaient colorés par le Gram.
Elles furent reportées immédiatement sur divers milieux: gélatine, gélose, bouillon de bœuf peptonisé, lait, pomme de terre.
Le bouillon fut troublé rapidement en douze heures; le liquide de culture restant trouble au repos.
Les cultures sur gélatine, en piqûre, abandonnées à la température du laboratoire, (-i- 20), se développèrent très lentement. Jusqu'au troisième jour, rien de perceptible dans le canal creusé dans la gélatine par le fil de platine. A partir de ce moment, quel- (|ues colonies fines, punctiformes, apparurent liquéfiant peu à peu la substance nutritive. Le vingtième jour seulement se produisit, à la partie supérieure du milieu, une cupule de liquéfaction bien nette, de 2 millimètres, contenant un liquide louche, blanchâtre, avec au fond un dépôt blanc sale. Au quatrième mois de la culture, la liquéfaction n'avait atteint que le milieu de la colonne de gélatine.
Sur lait, rien de typique juv«;qu'au quinzième jour, époque à laquelle se produisit la coagulation du milieu en une grosse masse; pas d'odeur.
Sur pomme de terre, culture rapide en 48 heures sous forme d'une colonie blanc sale.
Sur gélose, les colonies avaient les mêmes caractères que sur les premiers tubes ensemencés : (colonies pulpeuses, étalées uniformément, proéminentes) ; en vieillissant les colonies se teintèrent légèrement en jaune.
Les inoculations faites dans la cavité péritonéale et dans le tissu cellulaire sous-cutané du Cobaye et du Lapin restèrent négatives.
Fait à noter, les colonies blanchâtres ou d'un blanc jaunâtre à
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37^\ n'ont jamais pris une coloration jaune pur par la mise en culture à Wo, comme le Bolryocoque de Dor et Poncet. D'ailleurs, l'absence de dépôt jaune dans les parties liquéfiées de la gélatine, celle aussi de toute odeur, dilTérencie encore le microcoque que nous avons isolé, de ce dernier agent pathogène.
Les caractères des cultures, ceux tirés des réactions colorantes, nous permettent de classer notre microcoque dans le groupe des Staphylocoques. En dépit de la grosseur du microcoque (qui est d'un tiers environ plus considérable que celle du Staphylocoque pyogène doré), de son faible pouvoir liquéfiant pour la gélatine, de son innocuité pour les animaux, il nous parait pouvoir être identifié avec le Staphylocoque pyogène doré dont il n'est vraisemblablement qu'une forme, modifiée, d'une façon plus ou moins temporaire, dans ses propriétés biologiques.
Ce Microcoque est-il un commensal banal, vivant dans la frambœsia, ou est-il la cause réellement déterminante de cette affection?
Nous avons, dans les coupes, dont la description suit, retrouvé ce microbe, non seulement dans les parties superficielles, mais encore dans la profondeur de la tumeur, dans Tintérieur des vaisseaux et en dehors; nous Tavons rencontré aussi dans des * centres d'amas infectieux. C'est donc plus qu'un saprophyte vivant à la surface de la tumeur. D'ailleurs, les résultats négatifs obtenus sur les animaux de laboratoire ne sont pas suffisants pour infirmer toute valeur de cause efiiciente à ce microbe, car depuis longtemps les cliniciens ont pu constater que la frambœsia qui est inoculable d'Homme à Homme, est sans effet sur les animaux. Manson (p. 431) signale d'une façon toute particulière ce fait (the lower animais appear not to be susceptible to yaws). W. Prout Ta inoculé sans succès au Singe et à des Oiseaux de basse-cour; ceux-ci étant susceptibles d'après Pierez de présenter une affection très voisine de la frambœsia, sinon identique. Notre Staphylocoque, est-il le même agent que celui que Pierez a trouvé dans la frambœsia et a nommé Micrococcus fmmbœsiœ et qui paraît avoir une étroite parenté avec le Microcoque de Nicholls et Watts? Nous serions assez tentés de l'admettre; cependant, il ne nous est pas possible d'être très affirmatifs pour cette raison que nous n'avons pu lire la thèse de Pierez et que nous ne savons de ce travail que ce qu'en dit Davidson dans son Traité,
SCn UN CAS RE FBAMBCKSIA 08SRHVÉ KN ALGÉIUE :|IS
Coupes. — Les pièces recueillies en vue de l'examen aDatomopathologique ont été fixées au Flemming et à la solution de formol.
Les coupes faites suivant l'axe de la lumeur, perpendiculairement H sa surlace, ont été débitées à des épaisseurs variant de l/7o il 1/50 de millimètre. Elles ont été colorées au Qram, au picrocarminate d'ammoniaque, à la safranine hématoxylique. etc.
L.a masse de la tumeur est formée de tissu fibro-conjonctif surmonté du corps muqueux et des couches épidermiques. Les fibres conjonctives sont enchevêtrées dans divers sens, délimitant des aréoles à grandes mailles, dans lesquelles, autour des vaisseaux, sont en quelques points, disséminés des amas de cellules coojonc-
h'iit. i. ~ Deml-scbemullquo. On y peut vulr : ane ariere sectloonée perpr'ntllculairement k sod graoïl axe, arec un eDdothéllum épaissi et quelques amas microbiens ; de longues âbres coDJonctives eotre lesquelles sont disposôes des «■eltules roDfoncUves embryononires ; ç» et là. quelques «mas microbiens.
lives embryonnaires Ilig. i]. En ces points, un a tout à fait l'aspect du sarcome jeune, et l'on conçoit que certains auteurs aient pu confondre ces deux maladies. Cependant, l'évolution, la constitution anatomique elle-mi^me, quand on l'examine bien attentivement, différencient la framhœsia, affection bénigne, du sarcome, affection grave.
Les cellules conjonctives embryonnaires sont surtout disposées dans les territoires vasculaires, et l'on peut se demander si ce ne sont pas là les éiéinenls que Piérez a pris pour des leucocytes. Cette protifération est franchement léactioonette et due à l'envahissement des vaisseau.\ el du tissu par les Microcoques signalés. En
•Mi) P. BISQLET ET J. CHESPIN
elTet, dans la lumière du vaisseau, dont la couche épithéliale interne est tuméfiée, on trouve des microcoques abondants et prenant le Gram. Autour des vaisseaux et dans leur voisinage immédiat, on rencontre encore le même agent, exactement aux points où âe voient les cellules conjonctives embryonnaires.
Les couches de Malpighi semblent normales; le stratum lucidum a disparu et Tépiderme, sur toute son épaisseur, desquame en longs feuillets.
Diagnostic. — Dans quel groupe nosologique pouvons-nous classer une atfection aussi anormale? Sommes-nous en présence d'une manifestation localisée de la lèpre, de la syphilis ou, au contraire, pouvons-nous rattacher cette lésion à la botryomycose ou à la frambœsia? Enfin existe-t-il une relation de cause à effet entre cette production particulière et l'aflection congénitale présentée par la malade?
Nous avons examiné la question de la lèpre avec beaucoup de soin, (^r la famille de la malade est originaire d'Alicante, province espagnole où Ton rencontre très fréquemment cette maladie. Mais, rien dans les caractères des lésions cutanées, l'évolution générale de Taflection, sa forme bien spéciale, n'autorise une semblable confusion. D'ailleurs c'est en vain que, dans les coupes, nous avons cherché le Bacille de Hansen et les productions cellulaires propres à la lèpre (Leprazellen, Riesenzellen, Plasmazellen).
En ce qui concerne la nature syphilitique des tumeurs étudiées, elles aiïectent une forme beaucoup trop franchement papillomateuse pour pouvoir être identifiées à des productions de la syphilis acquise. Elles diffèrent encore et du chancre induré à localisation extragénitale, et des syphilides papulo-croûteuses et papulo-squameuses signalées par Fournier dans l'hérédo-syphilis, par leur aspect extérieur, leur mode de développement, eniin l'inefTicacité d'un traitement spécifique énergique, très régulièrement suivi. D'ailleurs, la femme P. n'a jamais présenté de manifestations syphilitiques, primitives, secondaires ou héréditaires. Pour toutes ces raisons nous sommes autorisés à éliminer la syphilis.
Avons-nous donc affaire à un cas de cette botryomycose si bien étudiée par Dor et Poncet? Un certain nombre de faits plaident contre cette conception. Le siège (la botryomycose n'ayant pas été signalée au pied), l'absence de grains jaunes dans le liquide puru-