X 7 IX
Il est à remarquer, en outre, que chez le Truchisi un grand nombre de sporanges sont encore clos (fig. 2) ; ceux de la forme Regnieri
FIg. 4-6. — Mucor Regneri : 4, ombelle terminale de sporanges ; mêmes remarques ^ue pour la fig. 1 (les deux dessins 1 et 4 sont faits au même grossissement) ; 5. sporange avant la déhiscence, la partie supérieure de la columelle est arrondie (même grossissement que la flg. i) ; 6, spores (même grossissement que la fig. 3).
sont, au contraire, presque tous ouverts et les columelles qui sont ainsi apparentes ont une teinte notablement plus foncée.
Les résultats de cette comparaison sont, comme nous le voyons, très remarquables, ils indiquent une précocité plus grande chez le second type, qui est en mt^me temps plus grêle et beaucoup plus fortement fructifié.
Il ne faudrait pas croire cependant que ces différences sont d'une
LUCET ET COSTANTÏN
constance absolue. Voici quelques observations qui montrent ce qu^il faut penser à cet égard; elles ont été faites sur des cultures à 35^ sur des milieux solides divers. Mais ces variations s'observent souvent dans une même culture.
Afucor Truchisi.—\Jn sporange non ouvert est à membrane translucide lisse, sans ornements, il est rond et mesure, par exemple, 35 [A de diamètre ; la columelle qui apparaît par transparence mesure 20 {x, le filament a 4 (& de large.
En un autre point, on observe un sporange ouvert^ la columelle
FlR. 7 ù 12. — Muchor Truehisi, Ces six dessins montrent les variations que peut présenter la ramiflcatlon dans cette espèce.
est piriforme brune vers sa base et cette teinte va en s'atténuant sur le pédoncule fructifère jusqu'à une distance de 30 |jl de la columelle; cette columelle mesure ici 23 \l.
Les sporanges précédents avaient des pédoncules fructifères simples mais on peut avoir des pédoncules ramifiés en grappe (fig. 8, 10, 11), en ombelle (fig. 7, 9, 12). L'ombelle se composera, par exemple, de trois pédicelles (fig. 7) : le pédicelle médian est en continuité avec le pédoncule et mesure 58 a de long depuis le
haut de la columelle jusqu'au point de séparation des deux autres pédjcelles; les deux autres pédicelles mesurent (48 \k et 195 fx. Les ray^Nfô latéraux de Tombelle sont très inégaux et les pédicelles latéraux dépassent de beaucoup le pédicelle principal. Les columelles sont ici petites, elles ont 15 \l de diamètre et la largeur du (ilament est 3 fj. 8.
Nous voyons que nous observons ici des sporanges avec columelle de très faible taille, ayant des dimensions même plus petites que dans le M. Regnieri, Ce n'est d'ailleurs pas la plus faible columelle que nous ayons eu l'occasion d'observer : nous en avons rencontré une mesurant, dans un sporange ouvert, 4 (j. à peine et le filament avait 2 (i de diamètre.
Ce rabougrissement n'est d'ailleurs pas spécial au Truchisi; nous le retrouverons dans le Regnieri et il a été signalé par Lindt dans un type très voisin du corymbifer sur lequel nous allons revenir plus- loin, le Mucor ramosus.
La ramification présente également des variations, mais qui demeurent toujours à l'intérieur de certaines limites et qui, dans leur inconstance, offrent cependant une assez grande stabilité.
On verra, par exemple, partir à une faible distance de l'extrémité d'un pédoncule principal, trois pédoncules secondaires à angle droit, tandis que dans le cas précédent ils faisaient un angle de 45<> (fig. 9). Les columelles ici mesurent 19 (jl 35 ; la largeur du filament est 7 [jl.
Dans un autre cas, à une faible distance de l'extrémité d'un pédoncule principal (55 (jl), il part à angle droit un seul pédicelle de 140 {1 de long. Les columelles mesurent 30 u et le filament 7 (a.
Enfin, pour terminer l'examen de ces types, signalons-en un dernier intéressant, dans lequel il naît d'abord à angle droit un pédicelle de premier ordre terminé par un sporange et sur celuilà un pédicelle de deuxième ordre faisant avec le premier un angle de 90© environ (fig. 8). Il n'est pas rare d'ailleurs de voir un pédicelle secondaire naître d'abord à angle droit sur le pédoncule principal, puis s'infléchir et s'orienter presque parallèlement à lui (fig. 10).
La forme de la columelle est ordinairement arrondie en haut, piriforme dans l'ensemble, mais quelquefois elle a plus nettement une forme de toupie. Dans les sporanges non ouverts, on voit sou-
372 LOCET ET C08TANTIN
vent des columeHes régulièrement sphériques dans la partie supé* rieure et la sphère passant insensiblement vers le bas à la forme conique, puis cylindrique du pied. On retrouve ces variations dans le M. Regnieri, La membrane du sporange laisse rarement une trace sur la columelle de sorte qu'on ne distingue plus finalement la limite de la région qui était primitivement incluse. Il nous est arrivé quelquefois d'observer au-dessous d'une portion régulièrement arrondie terminale, une région régulièrement conique sous-jacente. La partie renflée du pédicelle ou pédoncule sporangifère, caractéristique du stirpe corj/mfct/er, s'étend quelquefois sur une assez grande longueur, par exemple 45 (& avec un
diamètre en haut de 19 \t.. Nous avons
? observé quelquefois des anomalies dans
^^^^ la forme de la columelle par transparence H|V dans les sporanges jeunes, les figures 13 \/ et 14 donnent une idée de ces cas sin-
1 guliers.
i Les spores du M. Truchisi méritent
*3 ** d'être signalées car elles sont assez carac-
^^^chuT cis'd^Tiigîpes téristiques malgré une certaine variabimontpent Taspect varié lité. Elles sont assez régulièrement owiqu'oflre souvent la colu- des un peu aUongées(ùg. 3). Ce n'est pas là ™® ®' un caractère constant et absolu, mais
c'est un caractère prédominant. Les dimensions moyennes sont 4 |i de long sur 2 |x 5 de large. Mais ces spores changent entre certaines limites. Il n'est pas rare d'observer des spores plus petites à peu près de même forme (3 [l 75 sur 2 fx 5), mais on en voit quelquefois, quoique plus rarement, d'un peu plus grandes (4|i5 sur 2 (JL 5; 4 fx 5 sur 3). Ce ne sont pas seulement les dimensions qui changent, c'est aussi la forme : on en voit, rarement il est vrai, quelquefois de rondes de 2 fx 5, mais on peut supposer que ce sont des spores ovoïdes qui se présentent par le bout à l'objectif; il n'en est pas toujours ainsi, car nous avons observé des spores rondes de 4 [x de diamotre, dimension supérieure à la largeur de toutes les spores normales.
Mucor Regnieri, — Dans les mêmes conditions de température et de milieu, le Mucor Regnieri présente également des variations aussi
sensibles» parmi lesquelles cependant on parvient cependant à démêler les caractères de l'espèce.
Les columelles d'ordinaire sont fréquemment petites et celles qui mesurent 11 fi 7 avec un filament de 3 (a de diamètre ne sont pas rares. Mais il y a des columelles plus larges de 23 [i. avec un filament de 8 \l. On peut, par contre, en observer de plus grosses de 35 (JL et de dimensions plus élevées qui peuvent se rapprocher beaucoup des plus grosses columelles du Truchisi, mais ceci est plus rare. Les filaments atteignent aussi de grandes dimensions, car nous en avons trouvé de 12 (jl et même de 19 |x 5.
Le mode de ramification nous offre d'abord les mêmes types en grappe (fig. 15, 16 et 18). Le sporange terminal pouvant être plus
FIg. 15 à 18. — Mucor Regnieri. Ces quatre dessina nous montrent les variations de la ramification dans cette espèce.
gros que les sporanges qui terminent les pédicelles latéraux, mais l'inverse pouvant aussi se produire. La longueur de ces pédicelles secondaires peut être plus faible ou plus grande que celle du pédicelle terminal. Souvent il n'y a qu'un pédicelle secondaire (fig. 15) mais il peut y en avoir quelquefois un plus grand nombre (fig. 16 et 18). L'angle qu'ils font avec l'axe principal est aussi inconstant (fig. 19) le plus souvent de 40 à 60<> mais quelquefois 90>. Au lieu d'une grappe on a quelquefois une ombelle (fig. 4 et 17) dont le nombre des rayons est variable, quatre par exemple. Fréquemment les pédicelles font un angle variable avec l'axe principal, mais il peut arriver qu'ils soient à angle droit* On peut observer enfin qu'un axe principal terminé par une ombelle présente un axe secondaire offrant une inflorescence analogue (comme dans la fig. 12).
Nous avons signalé pour le Mucor Truchisi des variations de taille des sporanges sur des pousses différentes, mais elles peuvent quelquefois se produire sur la même pousse comme on peut s'en rendre compte en examinant la figure 20.
La columelle est ovoïde piriforme (fig. 21 et 23) ou quelquefois en toupie, d'une coloration brun clair qui s'étend à une certaine distance sur le pied. La membrane sporangiale lisse et transparente
LUCET ET G06TANTIN
laisse en général (il y a quelquefois des exceptions, comme on le voit sur la figure 24) peu de traces sur le haut du pied.
Les spores sont également variables, mais il y a cependant un caractère de beaucoup prédominant, elles sont rondes le plus ordinairement (fig. 6). Leurs dimensions moyennes sont entre 3 fi. 2 et 3 (1 75; il y en a cependant de plus petites de 2 (i. 5. A côté de ces spores typiques, il y en a en petit nombre d'ovalaires (3 [i. 8 sur 3 ,a;
Flg. 19. ~ Mueor Regnieri. Ramiflcation en grappe où les pédiceUea secondaires font des angles variables avec Taxe principal. La déhlscence a eu lien, les spores sont tombées et 11 ne reste que les columelles cutinisées à Textrémlté des filaments fructifères.
Fig. SO. ~ Mucor Regnieri, A la base d'une ombelle primiUTe.
on voit deux petits sporanges qui sont d'ailleurs ouverts comme les autres.
3 |ii 2 sur 2 ji 9), quelques-unes un peu irrégulières, presque comme si elles étaient légèrement polygonales.
III. — A côté des cultures obtenues dans les conditions optimales de température où les Champignons précédents se développent bien et rapidement, nous avons examiné celles qui s'obtiennent à des températures basses.
Comparons deux cultures abandonnées dans le laboratoire. Le semis a été fait le 2 décembre et l'observation le 7 décembre. En général, les cultures ne réussissent pas aux basses températures, mais le thermomètre est monté pendant cette période à plusieurs reprises au-dessus de âO<>, sans jamais descendre la nuit au-dessous de 10 ou 12^.
Macroscopiquement, les différences ne sont pas très appréciables entre ces cultures, à cause de la lenteur du développement : on n'a que de faibles filaments qui commencent à s'enchevêtrer les uns dans les autres.
Flg. 21 à 24. — Mucar Regnieri. Les deux figures 21 et 23 montrent les changements de forme de colamelle après la chute des spores. — La figure 22 montre un sporange avant la dôhiscence: on voit que le pédicelle est renfié au-dessous du sporange. La figure 24 montre exceptionnellement la persistance de la memhrane du sporange après la mise en liberté des spores.
Microscopiquement les dissemblances sont saillantes. Les pédicelles sporangifères sont encore simples, ce n'est que très accidentellement qu'un rameau se produit.
Voici quelques mesures :
Sporanges non ouverts : Truchisi 70 («.
Regnieri 30 \l Sporanges ou la déhiscence a eu lieu :'Truchi$i 70 \l
Regnieri 38 u.
Largeur des filaments fructifères : Truchisi 14 \l
Regnieri 3 |i. 8 — 6 fx 3.
Dans une autre série de cultures, faites égedement à basses températures non déterminées avec précision puisqu'elles étaient variables mais qui (mt été identiques pour les deux séries de tubes.
376 LUCET ET COSTANTÏX
OQ constate au bout de 17 jours une différeuce extrêmement appréciable entre l'aspect des deux cultures sur carotte.
La culture du Truchisi est tout à fait chétive : le substratum n'a pas été envahi ou irrégulièrement sur un centimètre carré à peine ; le mycélium est à peine développé, il est resté très fin et très délicat comme aux premiers débuts d'une culture, mais les filaments grêles ont presque un centimètre de haut. La culture ne rappelle en rien les tubes bourrés d'une sorte de feutrage cotonneux que l'on obtient en très peu de jours à la température de 30». La culture est blanche et à peine fructifiée.
Les tubes du Regnieri présentent avec les précédents une différence saisissante, car ils ont presque l'aspect normal. Tout le substratum a été couvert du feutrage ordinaire des filaments de sorte qu'il est presque complètement caché. Les fructifications sont extrêmement abondantes et de couleur grise ordinaire. On voit donc que c'est l'aspect normal d'une culture encore jeune.
Il résulte donc manifestement de cette comparaison que le Regnieri réussit bien mieux aux basses températures que le Truchisi,
IV. — La distinction des deux types se confirme par la comparaison des cultures à hautes températures, à 51°-o2o.
Dans une première série d'essais, les cultures sur milieu solide ont été examinées au bout de cinq jours. La différence est bien évidente entre les de^ux séries de tubes.
Le Truchisi a poussé très richement à la partie supérieure du substratum, le mycélium a pris ici un aspect gazonnant, serré tout à fait inusité; tous les tubes de culture sont comparables.
Le Regnieri n'a pas poussé.
. Dans une deuxième série d'essais daus laquelle les tubes ont été maintenus à 53^ pendant une période plus longue de 17 jours, on voit se maintenir les différences.
Tous les tubes de cultures ensemencés avec les spores du Truchisi ont été fertiles. Le milieu s'est desséché à la fin mais le développement a été très notable; le mycélium ne s'est pas étendu sur tout le substratum ; il a formé un mycélium gazonnant de 2 centimètres et il s'est élevé relativement peu; il n'a pas pris sa teinte grise caractéristique.
Dans la moitié des tubes ensemencés avec le Regnieri, le déve-
loppemeat a été nul; sur les autres il y a eu un très faible développement^deux fois moindre que dans la première espèce.
Nous avons répété à maintes reprises à 51^ la culture comparée de ces deux espèces et nous avons constaté que le Mucor Truchùsi y pousse toujours bien, que le Mucor Regnieri y pousse quelquefois mais mal. A 53° le ifucor Truchisi pousse toujours et dans tous les tubes, leMuco" Regnieri pousse dans un nombre variable de tubes et en général dans un nombre inférieur à la moitié, quelquefois dans la proportion de 1 à 5, quelquefois même pas du tout.
Ces deux espèces à SS'^-dG^ ne poussent pas et soumises, pendant quatre jours, à cette température, puis reportées à 31^, nous n'avons pas obtenu de régénération de la culture.
Il est intéressant de constater ici une sensibilité plus accusée du Regnieri au point de vue des hautes températures : non seulement il se distingue ainsi nettement du Truchisi, mais dans le Regnieri lui-même on observe que certaines spores possèdent la propriété de germer à des températures qui ne conviennent plus à la plupart d'entre elles.
Nous retrouvons d'ailleurs, à ces hautes températures SI*', 53«, les ressemblances et ditlérences entre ces deux espèces au point de vue microscopique.
Dans les deux cas, les ressemblances s'accusent par les caractères des pédicelles sporangifères et des sporanges. A ces températures, les pédicelles restent simples aussi bien dans \e Mucor Truchisi que dans le M. Regnieri, La fructification est abondante et eu 5 jours les sporanges sont presque tous ouverts, leur membrane d'abord transparente se dissout rapidement et il ne reste qu'une très légère collerette en haut du pied.
Mucor Truchisi, — Les sporanges clos remplis de spores ont 26 jx. Les columelles mesurent 17 [x de large 19 {x ; elles sontcutinisées de brun clair, ainsi que le haut du pied renflé. Nous avons trouvé des columelles (fig. 25, 26, 27) plus petites, de 10 (x avec un pédicelle fructifère très ténu de 3 jx 75, mais en général il a de 5à 6 [x. — Dans une autre série de cultures, nous avons cependant observé des sporanges plus gros avec des columelles mesurant 37 et 25 u.
Les spores sont encore normalement ov&ides allongées (iig. ^S), le type le plus commun et abondant mesure 5 {x sur 3, 5 {x sur 2,5.
LUCET Et COStANTiN
Mais il y a des spores plus grosses et de forme difiérente, elles sont d*ailleurs moins fréquentes. Nous avons observé des spores rondes de 5(j.5; nous avons rencontré des spores pirif ormes de 1 \l6 sur 4 fi 5, d'autres ovoïdes mais beaucoup plus larges qu'à l'ordinaire de 6 {a 5 sur 4,5; on observe quelquefois mais rarement de légères incurvées.
Mucor Regnieri, — Les sporanges de petite taille (fig. 29 à 30), à pédicelle simple sont également visibles. Nous avons trouvé des sporanges non ouverts de 19 p.; les spores qui s'y forment ne peuvent évidemment pas être bien nombreuses. La columelle est brune après la déhiscence et cette teinte s'étend sur le haut du pied qui
Fig. 25 à 28. — Mucor Truchisi développé k de hautes températures ; 25 et 26, sporanges ouverts, U reste à la columelle une collerette formée par la membrane ; 27, la collerette n'est plus visible ; 28, spore.
Fig. 29 à 31. — Mueor Regnieri développé à de hautes températures ; 29, pédicelle renflé audessous de la columelle ; 30 et 3t, sporanges ouverts contenant encore quelques spores.
est renflé quelquefois un peu irrégulièrement au-dessous du sporange détruit (fig. 29) ; nous avons trouvé^comme dimension de la columelle 10 [x, 17 [i. Les pédicelles fructifères qui portent ces petites fructifications sont évidemment grêles, de 5 à 6 fi et même moins ; nous avons observé cependant un filament stérile de très gros diamètre, 10 «a.
Les spores sont ici rondes (fig. 30 et 31), mais leurs dimensions sont variables : voici quelques mesures, 5 \l qui est un diamètre commun, puis des dimensions plus faibles (3 [x 5 — 3 {i 75 — 4 ,ul o — 4a 75), mais aussi plus fortes quoique assez rarement (5 [xS — 6 [i. 25 — 6 {JL 8) ; on observe quelques spores légèrement ovalaires.
V. — Uinflysnce de l'acidité ou de l'alcalinité du liquide de culture se manifeste d'une manière nette.
CONTRIBUTIONS A l'ÉTUDE DES MUCORlNÉES PATHOGÈNES 379
Les deux types étant cultivés dans un liquide Raulin normal, de réaction acide, acidité qui a été déterminée dans une expérience 3gr29 ooj^^ Qj^ obtient comme récolte :
Truckisi Ok^So
Regnieri U^
Si on alcalinise le liquide Raulin avec du carbonate de soude, de manière que Talcalinité soit représentée par 0srl43, on a une inversion dans la valeur des récoltes :
Truckisi 1«'30
Regnien 0s^86
Dans un autre liquide analogue au liquide Raulin, mais dans lequel on a remplacé le saccharose par du glucose (i) (dont Tacidité était représentée par U^H) on a comme récolte :
Truckisi 4«r20
Regnieri 3«'50
Le même milieu à acidité moindre par addition de bicarbonate de soude (acidité 08^15) on a comme récolte :
Truckisi 4«'40
Regnieri 6«'30
En somme, de Tensembie de ces remarques, il résulte que nous avons là deux Champignons nettement distincts, bien que les caractères qui les séparent soient fondés sur des difiérences légères ; nous n'avons cependant pas le droit de les considérer comme négligeables puisqu'elles sont constantes. Y a-t-il lieu d'envisager ces deux formes comme de simples variétés, ou races bien lixées, ou comme des espèces? Nous avouons que, poumons, cette question n'a pas d'importance, car l'espèce n'a qu'une valeur purement subjective. Les formes que nous avons pu étudier se rattachent, selon nous, au type des petites espèces créées autrefois par Jordan. Il nous
(1) La composition de ce liquide est : Eau, iOOO gr. ; glycose anhydre, 80 gr. • phosphate de potasse, 0 gr. iO; phosphate neutre de soude, Ogr. 10; bicarbonate de soude neutre, 0 gr. 15; carbonate de calcium desséché, 0 gr. (16; sulfate de magnésie, 0 gr. 05; sulfate de zinc, 0 gr. 025; sulfate de fer, 0 gr. 085; tartrate d'ammoniaque, 20 gr.
:m LUCET ET COSTANTIN
parait intéressant d'introduire une pareille notion en médecine : elle est destinée à y jouer un grand rôle, non seulement pour les Champignons pathogènes, mais pour les Bactéries quand les idées transformistes seront parvenues à s*y implanter.
Nous devons ajouter que nous avons rangé nos deux petites espèces dans ce que nous appelons un stirpe, c'est-à-dire quelque chose d'analogue à la grande espèce linnéenne. Le stirpe carymbifer comprend, selon nous, actuellement quatre petites espèces, le corymbifer type de Lichteim qui mériterait d'être qualifié de Lichtheimiy le ramostÂS de Lindt et les deux types Truchisi et Regnxeri qui viennent d'être décrits.
Il est intéressant de remarquer que le Mucor rammu$ de Lindt est une espèce qui n'a pas plus de valeur, nous croyons même qu'elle en a plutôt moins, que nos deux petites espèces. C'est là un point sur lequel nous ne saurions trop insister, car il lait mieux saisir la portée du présent travail.
En 1885, Lichtheim voulut répéter à Berne, au laboratoire de médecine clinique de l'hôpital de cette ville, les recherches faites antérieurement en Alfemagne : il plaça des morceaux de pain à l'étuve, et il obtint encore de nouveau spontanément le Mucor corymbifer et un autre Champignon dont il confia l'étude à Lindt. Nous insistons sur ces détails afin de bien montrer dans quelles conditions le travail entrepris par ce dernier fut réalisé.
Pendant très longtemps, Lindt fut perplexe pour savoir quelle valeur il devait attribuer à la forme qu'il étudiait. Il était frappé de ses ressemblances avec le corymbifer : il observait les mêmes inflorescences typiques, le même caractère très spécial de la columelle renflée au-dessous du sporange. L'aspect des cultures était extrêmement semblable : il crut cependant distinguer dans quelques circonstances que le deuxième Mucor qu'il a finalement appelé t'anwsus était un peu plus nuancé de brun : c'est sur quelques vieilles cultures sur pain qu'il a fait cette remarque ; mais ce caractère était instable.
Les ressemblances étaient donc, on peut dire, complètes, sauf sur un point : la dissemblance résidait dans les dimensions des spores (5 à 6 (jl de long sur 3 de large dans le M. ramosus^ tandis qu'elles ont 2 à 3 p. dans le corymbifer). Ce caractère a persisté
CONTRIBUTIONS A l'ÉTUDE DES MUCORINEES PATHOGÈNES 381
pendant une année'de culture et il s'est maintenu aussi bien dans les cultures jeunes que dans les cultures âgées.
C'est à la suite de cette constatation que Lindt n'hésita pas à élever la forme qu'il observait au rang d'espèce.
Cette dernière plante a été retrouvée, parait il, dans un cas d'otomycose mucorinéenne par Jakowski (1) provenant d'une membrane d'une personne qui, depuis plusieurs semaines, se plaignait de bourdonnements d'oreille et qui vint consulter Modrzejewski, à Varsovie. Les spores avaient bien les dimensions indiquées par Lindt ; le traitement fut long, l'affection ne disparut qu'avec la plus grande difficulté, résultats qui, selon Jakowski, s'accordent avec l'extrême malignité du ramosus pour le Lapin.
Les différences de nos deux Champignons Truchisi et Regnieri avec le carymbifer de Lichteim et le ramosus de Lindt sont surtout frappantes par ce fait que, selon Lichtbeim et Lindt, ils se cultivent à température plus basse, 12 et 15"*. Nous n'avons pas fixé d'une manière bien précise la température minima, à laquelle croissent nos deux espèces, cependant nous n'avons pas observé de développement de nos deux Champignons à la température du laboratoire variant entre 15 à 18<> de 2 heures à 11 heures du soir et 10 à 12° le reste du temps. Les dimensions des spores en outre, comme nous l'avons dit plus haut, dans les deux cas présentent des variations notables.
En somme, nous avons été amenés ainsi à distinguer dans le stirpe corymbifer une série de petites espèces caractérisées par un ensemble de particularités tout à fait stables qui établissent la possibilité d'une suite continue entre des formes extrêmes divergentes. Les différences très légères que nous avons pu signaler dans les températures inférieures et supérieures où la croissance cesse sont très intéressantes; elles semblent indiquer en passant du Miicor Trucliisi (qui supporte bien les hautes températures et mal les basses) au Mucor Regneri (qui végète mieux à de basses
(1) Jakowski, Otomycosis mucohnea (Labor. bactériolog. de TEnfant Jésus de rhôpital de Varsovie). Gazeta lekarska, 18S4, n* 34 (polonais, analysé dans le Centralbiatt fur Bakt.^ V, p. 338, 1889). N'ayant pas vu Toriginal nous ne saurions affirmer que ce travail a été soigneusement fait. Nous remarquons seulement que Jakowski dit que la culture avait une coloration brune, mais le mot gris serait plus exact pour le Jf . ramosus.
Archives de Parasitoiogie, IV, n* 3, 1901. 2.5
382 LUGEt Et GOSTANTlK
températures) un acheminement vers des types qui cesseraient de croître à des températures élevées et qui pourraient peut-être ainsi cesser d'être pathogènes.
Ces résultats nous ont conduit à étudier d'autres types pouvant se rattacher au mémestirpe. C'est ainsi que nous avons été amenés à examiner un autre corymbifer qui avait été rencontré sur une Vache atteinte d'une dermite pustuleuse chronique, d'origine ancienne, tenace mais peu grave, provoquant des démangeaisons. La culture de ce troisième type n'est pas encore terminée, mais tout nous fait supposer jusqulci qu'il se rapproche du Tnichisi.
Il était intéressant de chercher à comparer les Champignons précédents au point de vue pathologique. Voici le résultat de quelques essais.
Mucor Truchisi, — I. -—Un I^pin adulte est inoculé dans les veines avec spores en masse délayées dans de l'eau physiologique, le 11 juillet. 11 meurt dans la nuit du 13 au 14. Le sang est coagulé; le foie et la rate congestionnés, hypertrophiés, sans tubercules apparents. Les reins sont énormes, hypérémiés avec des tratnées plus rouges ou taches ecchymotiques. Les poumons offrent un pointillé hémorragique. Les ganglions mésentériques sont congestionnés, volumineux.
II. — Le 31 mai, un Lapin est inoculé encore dans les veines avec une culture du 23 mai, il meurt le 4 juin. Les caractères de la maladie mycotique* sont les suivants : rate noire, foie congestionné, reins énormes avec traînées blanchâtres ou rouges, aspect général marbré. En coupe, les reins sont congestionnés dans leur partie centrale d'une façon accusée, de coloration presque noire; ganglions mésentériques volumineux.
III. — Le 31 mai, un Lapin est inoculé dans le péritoine, il meurt le 11 juin. On observe quelques petits tubercules blanchâtres superficiels du foie ; les tubercules de l'intestin sont en saillie sur le péritoine, d'autres sur le diaphragme ou le mésentère. Les reins sont énormes, surtout celui de gauche qui est littéralement infiltré en totalité par le Champignon.
Mucor Regnieri. — I. — Un Lapin adulte de même âge que celui de l'expérience n^* 1 précédente est inoculé dans les veines le 11 juillet, il meurt le 14 juillet avec des lésions de même aspect
CONTRIBUTIONS A L^BTUDE DES MUCORINÉES PATHOGENES 383
partout, notamment sur les reins et les ganglions mésentériques.
II et III. — Ces deujc expériences sont faites dans les mêmes conditions exactement avec le Regnieri qu'avec le Truchisi (II et III). Les résultats sont les mêmes.
II serait évidemment difficile, d'après ces résultats, de dire exactement quels sont les caractères différenciels pathologiques de ces deux espèces. Ce qui apparaît surtout ce sont les caractères communs. Les lésions, on peut le dire, sont semblables, elles portent surtout sur les reins (bien plus que sur le foie) et sur les ganglions mésentériques, alors que, dans l'aspergillose, c'est surtout le foie qui est atteint.
Cependant, malgré cela, nous remarquons que les deux Mucorinées sont très virulentes, qu'elles amènent la mort en un temps très court. Ces deux espèces paraissent peut-être cependant moins virulents que le Mucor ramotus. En eQet, d'après Lindt ce Mucor a tué les Lapins en 36 heures (^^^ de liquide d'inoculation) en 50 heures (avec 1««).
Il semblerait, d'après cela, que cette espèce est plus active que le M, Truchisi et le Regnieri, plus énergique également que le M. corymbifer type de Lichtheim. Avec le Mucor ramosus, ce sont également les reins et les ganglions mésentériques qui sont atteints; sur les reins, Lindt a vu à la surface des plaques du Champignon nettement apparentes, la section était très hémorragique, des raies blanches s'observaient dans les papilles de l'écorce; le bassinet était intact ; ce caractère hémorragique se retrouvait pour les ganglions mésentériques. Dans les cas de maladie très aiguë, l'animal mourait avant que le mycélium se soit développé dans le rein; les plaques de Peyer étaient aussi atteintes et aussi hémorragiques. Dans aucun cas, Lindt n'a observé chez le Lapin inoculé avec le ramosus les troubles de la fonction d'équilibre et les mouvements de constriction observés par Lichtheim.
En somme, on voit en Mycologie pathologique comme en Phanérogamie qu'une étude attentive et soutenue des êtres vivants amène à constater que l'espèce n'est qu'une conception abstraite qui n'a de valeur que lorsqu'on ne la creuse pas trop. Quand on se donne cette peine, on arrive à mettre en lumière des caractères ditférentiels infimes dont la fixité surprend beaucoup ceux qui ignorent à quels résultats merveilleux Jordan est arrivé en poursuivant.
384 LUCËT ET COSTANTIN
pendant trente ans, ses études sur la pulvérisation de l'espèce linnéenne Draba venia. Ces résultats contrôlés et étendus par Thuret et Bornet, par de Bary, par Rosen se montrent vrais ici pour les Champignons pathogènes. La connaissance de la variabilité de ces parasites est intéressante, et elle peut contribuer à jeter une certaine clarté sur l'allure variable de certaines maladies.
H. — Rhizomucor parasiticus (1)
Dans les mémoires ayant trait aux Mucorinées pathogènes dont nous avons parlé dans ce qui précède, celui de Fûrbringer comme celui de Paltauf qui sont les plus importants, il est question seulement de la découverte du parasite après la mort ; bien souvent même le Champignon est signalé après l'inclusion des pièces anatomiques dans le compost qui en permet l'étude microscopique, en excluant par cela même la culture de l'espèce nuisible.
On peut, il est vrai, suivre une méthode très différente qui consiste à étudier et à déterminer la nature du parasite avant le décès. On ne saurait trop recommander cette recherche : elle est destinée à fournir ultérieurement les données qui manquent encore à l'heure actuelle sur l'importance relative des Mucorinées et des Aspergillées dans les pseudo-tuberculoses; elle fera probablement découvrir pour les Mucorinées de nouvelles espèces pathogènes qui avaient échappé jusqu'ici à l'attention des observateurs. Elle permettra, en outre, ce qui est le pFus important peut-être, de séparer les pseudo-tuberculeux des tuberculeux véritables.
Coppen Jones (2) en examinant les expectorations des phthisiques à Davos, en 1893, a très fréquemment constaté la présence de Champignons développés autour de fibres élastiques rejetés avec les crachats. 11 est disposé, il est vrai, à les comparer aux filaments de VActinomyces, mais rien ne prouve que cette interprétation soit exacte dans tous les cas. 11 dit qu'il les rencontrait
(1) LccBT et CosTANTiN, Rkizomucor parasiticus, espèce pathogène de l'Uomme. Reçue générale de botanique, XII, p. 81-99, avec une planche, 1900.
(t) CopPBN J0NB8, Ueber einen neuen, bel Tuberkulose h&ufigen Fadenpllz. Cetitralblatt fur Bakter., XIII, p. 697, 1 pi., 1893. — Ueber die Morphologie und systematiscbe Stellung des Tuberkelpllzes und ûber Kolbenbildung bel Actinomycose und Tuberculose. Centralblatt fur Bakt,^ XVII, p. 70, 1895.
dans la proportion de 30 pour cent. Il est vrai qu'il prétend qu'il faut attribuer au Bacille de Koch la propriété de se présenter souvent sous un aspect fungique ; mais nous ne pensons pas que ceci soit rigoureusement établi.
Il est donc du plus haut intérêt de chercher à déterminer la présence des Champignons pathogènes sur le vivant lorsqu'il s'agit de pseudo-tuberculeux chez lesquels le Bacille de Koch n'existe pas.
Une pareille recherche a d'ailleurs été faite pour l'Aspergîllose déjà très anciennement et, dès 1842, Bennett (1) observa VAspergiUui fumigatus dans les crachats d'un malade chez lequel il retrouva la moisissure après la mort dans les cavernes creusées dans les poumons. De telles observations, faites ainsi pendant la vie et confirmées « post mortem », ont d'abord été rares mais elles se sont heureusement multipliées dans ces dernières années.
Remak (2), en 1845, a écrit l'histoire d'un pneumonique dans les crachats duquel il vit des filaments ramifiés, qui étaient évidemment des tubes mycéliens.
Fùrbringer a fait, en 1876, une observation clinique de ce genre très complète suivie d'autopsie. Dans les expectorations du malade, il trouva des filaments de mycélium et des spores et, à la dissection, il constata la présence dans les deux poumons de cavernes et de nodules renfermant le Champignon. Il est vrai qu'il prétendit que le parasite était VAspergiUus niger de Van Tieghem, mais rien ne prouve que sa détermination était exacte et qu'il ne s'agissait pas de ï Aspergillus fumigatus pathogène pour un grand nombre d'animaux, alors que le premier ne l'est pas.
Un autre cas très intéressant a été signalé par Falkenheim (3). La présence du parasite avait été observée sur un malade et il y avait tout lieu de craindre de redoutables conséquences; par bonheur le patient expectora, à un moment, une masse solide composée surtout de filaments mycéliens ; à la suite de cela, il se trou^ complètement guéri.
Depuis cette dernière observation, les exemples de diagnostic d'aspergillose par l'examen des crachats se sont beaucoup multi-
(1) Bennett, Tra/nsi. of the royal Soc, of Edinburgh^ 1892.
(2) Remak, Diagnoatische und pathologische Untersuchungen, 1845.— Signalons une observation analogue de Rother, Charité ÀriHalen., IV, 1877.
(3) Fai^rrnheim, Herliner klin. Wochensch.^ 1882, n® 49.
386 LUCET ET COSTANTIN
plies comme en témoignent les recherches de Olser(l), Popoff (2), Dieulafoy, Chantemesse et Widal (3), Potain (4), L. Renon (5), Gaucher et Sergent (6), Lucet (7), etc.
Personne jusqu'ici, en employant cette méthode, n'avait signalé la présence de Mucorinées, nous allons voir que le cas du Hhizomucor modifie cette situation.
C'est le docteur Lambry de Courtenay (Loiret) qui a observé la malade atteinte du parasite que nous avons étudié et nous ne saurions mieux faire que de rapporter ici fidèlement la note qu'il a bien voulu nous communiquer des observations faites par lui sur cette femme en décembre 1898.
Note de M. le docteur Lambry
(( Madame N-A., 90 ans, mariée, pas d'enfants, malade depuis dix-huit mois, a subi sans succès divers traitements pour une maladie dite d'estomac;
» De taille moyenne, plutôt maigre, peu colorée, physionomie mobile, agitée par un tic des paupières et un spasme des commissures des lèvres, regard fuyant, aspect hystérique ;
)> Régulièrement réglée, sujette au moment de ses époques à des poussées conjestives de la face;
0 Cinquième enfant de père et mère vivants et bien portants, a perdu une sœur mariée, morte à 35 ans de tuberculose à marche rapide, les autres enfants n'ont aucune tare apparente ;
» Pendant Thiver 1889, cette femme est tombée à Teau. il en serait résulté, dit-elle, un long rhume guéri sans aucun traitement;
» De 1889 à 1895 n'a plus jamais toussé ;
» En avril 1895, à la suite d'une violente émotion, Madame N-A. ayant dû accomplir un long trajet, à pied, la nuit, dans la neige, a été prise de vertiges, d'étouflements, de palpitations ;
» Lentement l'appétit a disparu faisant place à un état nauséeux persistant avec sensation de pesanteur à l'épigastre.
» La toux apparaît en juin 1895, le matin seulement, elle est sèche, qiiinteuse, accompagnée d'une expectoration très rare.
(1) Olser, Tramact, ofthe pathol. Soc. of Philad,, 1887.
(2) PopoFF, Un cas de Mycosis aspergillina. Varsovie, 1878.
(3) DiEULAFOT, Chantemesse, Widal, Bulletin médical, p. 748, 1890.
(4) Potain. Union médicale y n» 38, 1891.
(5) L. Renon, Recherches cliniques et expérimentales sur la production des pseudottiberculoses aspergillaires. Paris, 1893 et années suivantes.
(6) Gaucher et Sergent, Bull, de la Soc, des hôpitaux de Paris, p. 512, 1894.
(7) Lucet, De l'Àspergillus fumigatus chez les animaux domestiques, Paris,
CONTRIBUTIONS A l'ÉTUDE DES MUGORINÉBS PATHOGÈNES 387
tt A aucun moment d« sa maladie Madame N A. n*a eu de frissons, de sueurs, nf de ftèrrr.-
» La malade accuse une gène récente en avant, du côté droit de la poitrine, entre la clavicule et le sein ;
» Elle souffre d'une douleur spontanée au niveau du bord spinal de Tomoplate du même côté;
» Elle définit ainsi la gène qu'elle éprouve : C'est un chatouillement continuel, « quelque chose qui m*aiguillonne dedans o, et elle porte la main au-dessus du sein droit;
» Quelques mois plus tard, ces mêmes symptômes s'étendront à la même région du côté gauche ;
0 Pas d'enrouement : le pharynx et Tamygdale droite sont le siège d'une rougeur diffuse peu intense, pas de granulations pharyngées;
» Cette malade n'a jamais eu d'épistaxis ni d'hémoptysie, même à l'époque des congestions menstruelles qui lui causent des bouffées de chaleur à la face. "
» La langue est étalée^ saburrale ; l'appétit capricieux ; les quintes de toux du matin occasionnent des nausées qui ne se reproduisent jamais dans la journée; la dentition est en bon état.
» A la percussion pas de modification appréciable de l'élasticité ni de la sonorité;
» A l'auscultation, à droite, dans le tiers supérieur, l'inspiration est rude, nettement saccadée, divisée en deux temps égaux, l'expiration est à peine perceptible et n'est pas sensiblement prolongée;
» Quelques sibilances se font entendre en avant, quelques râles fins, secs à l'inspiration seulement en arrière, entre l'angle supérieur de l'omoplate et la gouttière vertébrale;
)) Je constate en avant et en arrière, à droite, une pectoriloquie aphone manifeste, elle existe également à gauche mais moins accentuée, et de ce côté ne s'entendent ni râles, ni sibilances.
D Les crachats sont rares, expulsés le matin seulement par quelques quintes de toux qui n'ont lieu ni le jour, ni la nuit; ils sont compacts, très mobiles, faits de muéus dense, peu aérés, et colorés par de petits flots d'un gris bleu pâle. '
» Ces symptômes, rapprochés des antécédents héréditaires, imposent l'idée d'une tuberculisation à marche lente, accompagnée de troubles gastriques chez une névropathe.
» Cependant la toux se manifeste le matin seulement, elle est suivie de l'expulsion de crachats très rares et d'un aspect et de coloration insolites ».
Voulant déterminer la nature de ces expectorations singulières, le D' Lambry en confie l'examen à M. Lucet, en vue d'y rechercher le Bacille de Koch. Les crachats recueillis dans un tube à essai ont un aspect muqueux assez caractéristique sur lequel la
388 LUGET ET GOSTANTIN
malade avait attiré l'attention du médecin. Leur couleur est gris bleuâtre et ils offrent, en outre, des traînées plus grises semblant formées par des amas de très fines granulations réunies en tas.
Les méthodes classiques d'Ehrlich et de Kûhne ne révèlent pas l'existence du Bacille de Koch, mais des globules sphériques pourvus de prolongements s'observent, rappelant ceux qu'on voit dans l'aspergillose. L'examen de nouveaux crachats, fait quelques jours après, met en évidence (par coloration à la thionine phéniquée) la présence : !<> de spores intactes; 2^ de spores en voie de germination; 30 de fragments de mycélium jeune. Des cultures faites en liquide Raulin donnent d'emblée à l'état de pureté le Rhizomucor parasiticus.
La présence de ce Champignon n'était pas accidentelle, car de nouveaux examens faits une première fois huit jours plus tard, une seconde fois trois semaines après, donnèrent le même résultat à l'ensemencement.
« Recueillis fréquemment, continue M. Lambry dans son rapport, parfois en ma présence, dans des tubes stérilisés, bouchés à Fouate, les crachats restant négatifs quant au bacille de Koch, le traitement n*aura plus en vue que la présence du M%u:or toujours très abondant et l'état de neurasthénie. »
Il y avait donc lieu d'essayer de traiter la malade par la méthode de l'arsenic et del'iodure de potassium qui avait été recommandée en pareil contre l'aspergillose [Lucet (1) etRenon (2)]. C'est ce que fit M. le D' Lambry.
a L'iodure de potassium administré au début étant mal toléré, il fallut y renoncer, et le remplacer par diverses préparations arsenicales : granules d'arséniate de soude, d'acide arsénieux, sirop de phosphate de chaux arsénié, liqueur de Fowler; préparations associées aux amers et à Thémoneurol Cognet, jusqu'au retour de Tappétit et au relèvement de l'état général.
(i) Ad. LuccT, De l'ÀspergiUui fumigatus chez les animatuc domestiques, Paris. 1897.
(2) Rénon, Etude sur l'aspergitlose chez les animaux et chez VUomvM, Paris, i897. — Herterich, en 1880, ayant constaté la présence de YAspergillus fum^igatus chez un malade par l'inspection des crachats et Tinspeetlon de la tmchée an miroir, prescrivit des Inhalations d'iode qui amenèrent la guérison {Àertzliehes Intelligenzblatt, 1880).
B Lente au début, l'améliorât ion s'accentua après deux mois de tâtonnements; Tappétit revint, la toux fut moins quinteuse, plus rare, les crachats perdant progressivement leur coloration vert bleuâtre ».
Pendant cette période de traitement, les crachats de cette femme furent examinés un nombre de fois assez considérable, à des intervalles plus ou moins éloignés et l'ensemencement des milieux nutritifs donna des résultats positifs en grand nombre. Quelques essais cependant restèrent infructueux, mais ils furent relativement rares dans les premiers mois du traitement; c'est plus tard seulement qu'ils devinrent plus nombreux et finirent de même par être la règle, à mesure que l'amélioration se manifestait avec plus de netteté dans Tétat de la malade.
<f la malade en décembre, reprend M. Lambry, pesait 49 kilos; elle atteignait 54 kil. 500 en février et 58 kil. en juin ;
0 Elle se remit à Touvrage qu'elle avait abandonné depuis plusieurs années.
» A la fin de juin, je recueillis quelques crachats très teintés de noir. M. A. Lucet n'y trouva que des particules de charbon et de très rares filaments très grêles du Mucor.
» En juillet, l'état de la respiration peut être considéré comme satisfaisant, les bruits anormaux ont entièrement disparu et la pectoriloquie aphone n'est plus perceptible.
» Non seulement la malade suffit aujourd'hui aux soins de sa maison mais elle a repris l'alimentation habituelle de nos campagnes. »
Ayant déjà décrit ailleurs les caractères principaux qui permettent de définir la Moisissure cause de l'affection précédente (1), nous ne mentionnerons ici qu'un certain nombre de faits intéressants de son histoire.
Cultures. — La culture du Rhizomucor est facile. Il pousse dans un très grand nombre de milieux variés et, à ce point de vue, on peut les distinguer en trois groupes d'après leurs qualités nutritives. Ceux où le Rhizomucor se cultive bien; ceux où la récolte est moins abondante; ceux enfin dans lesquels le Champignon pousse mal.
Au premier groupe, appartiennent tous les milieux sucrés,
(1) LuGET et GosTANTiN, Comptcs rendus de rÀcad, des sc.^ 1899 et Revue de botanique, 1900.
d90 LUCET ET GOSTANTIN
neutres ou légèrement alcalins ou acides, ou aucrés et glycérines, ou riches en fécule avec les mêmes réactions. Tquft les bouillonai gélose ou gélatine, glyco-glycérinés, lactoses se comportent de même ainsi que l'eau de malt, l'eau de levure. La pomme de terre I est aussi un milieu riche ainsi que les milieux à la pomme de terre (bouillons, gélose) de même que les bouillons de Choux, d'Asperge, etc.
Dans le second groupe rentrent les bouillons de peptone, les milieux fortement alcalins ou acides.
Dans le dernier groupe, on peut classer tous les sérums coagulés (sérum de sang de Bœuf, de Cheval, de Mouton, de Dindon), le «érum pleurétique de l'Homme, le liquide amniotique; le blanc d'œut; les pommes ou poires à cidre; mais ces derniers milieux deviennent meilleurs si l'on y ajoute un peu de glycose ou de glycérine. Du. reste, il est possible d'obtenir quelques cultures, peu abondantes, il est vrai, mais néanmoins assez développées dans l'eau ordinaire sucrée à 7 % ou glycosée à 5 Vo et glycérinée à 10 V».
Les cultures sur milieux solides s'obtiennent avec plus dJe rapidité que sur les liquides. Dans ceux-ci, les spores tombent souvent dans la profondeur du liquide et donnent naissance à un mycélium immergé dont la croissance est lente; ce mycélium forme des flocons ouatés, très déliés, très légers, et ce n'est que peu à peu que le mycélium gagne la surface où il s'étale en une membrane qui fructifie. Sur milieux solides, la membrane basilaire est rapidement formée et le temps nécessaire à la fructification est plus court.
Cultivé en goutte suspendue, sur platine chauffante à 37^ dans un milieu favorable, on constate au bout de 5 à 6 heures que les spores ensemencées sont devenues le double ou le triple de ce qu'elles étaient. De leur circonférence partent des bourgeons en forme de doigt de gant, en nombre variable. Au bout de 124 heures, les tètes sporifères apparaissent; après 27 ou 30 heures, on voit les spores à l'intérieur, puis la transparence diminue et fait place à une teinte brunâtre due à la cutinisation des sporanges. Ceux-ci sont disposés en grappe corymbifère insérés sur le côté d'un axe principal; ces sporanges secondaires sont en nombre variable de 1 à 5, mais le plus souvent il y eu a deux ou trois sur une tige dressée.
Etudié en masse, le développement sur liquide est le suivant quand il reste des spores à la surface. A37'', la culture apparatt au bout de 12, 15 ou 18 heures, sous forme de petites touffes duveteuses, blanches, à filaments soyeux, s'élevant peu au-dessus du substratum nourricier. Au bout de 24 heures, les tètes sporifères commencent à être bien développées ; aussi dans les parties centrales de chaque touffe la teinte devient bleuâtre. Après 36 heures, la teinte générale de la culture qui a continué à s'accroître est devenue gris de souris. Vers le troisième ou quatrième jour, la nuance de toute la culture est franchement grise et à sa surface, qui est régulière, apparaissent quelques gouttelettes d'un liquide limpide ayant l'aspect de gouttes de rosée. Les jours qui suivent la teinte devient gris roux, les gouttes de rosée augmentent. L'ensemble de la fructification acquiert quelque tendance à s'immerger. Le milieu reste limpide, mais se colore peu à peu en rougeâtre.
Si toutes les spores, par agitation du liquide, étaient tombées au fond du vase, les phénomènes précédents seraient retardés jusqu'à la fructification à la surface du liquide.
La température a une influence sur le développement des cultures. Le Champignon commence à se développer à 22". A cette température, la culture est un peu plus lente à partir, mais elle fournit encore avec un temps un peu plus long un beau développement des appareils fructifères.
A 25o et 26^ le développement est plus rapide et le mycélium plus compact. A SO», les cultures deviennent encore plus faciles, mais c'est vers 38 et 40° qu'elles ont lieu avec vigueur.
A 51*-52o les cultures sur milieux solides prennent des caractères très spéciaux qui permettent de les distinguer aisément des cultures normales ordinaires. Le mycélium reste blanc dans la partie inférieure de la culture, il ne prend une légère teinte grise que dans la région supérieure. C'est là qu'est la fructification, assez abondante. On l'y voit déjà nettement accusée au bout de trois jours et les caractères de coloration sont ceux que nous venons de signaler. Us se maintiennent ainsi indéfiniment.
A une température plus élevée 55-36o, la nuance grise précédente s'atténue de plus en plus et la nuance blanche s'étend au contraire.
392 LUCET ET COSTANTIN
On remarque dans ces cultures à températures élevées (50-5d>), que l'atténuation de la puissance reproductrice est d'abord accompagnée d'un accroissement de la puissance végétative. Dans les tubes ordinaires de culture, le Rhizimiuœr forme un gazon bas, fructifié partout; ici la partie inférieure qui demeure blanche s'accroît beaucoup plus, atteint le verre du tube de culture et forme un lacis de filaments qui tendent à rendre plus difficile )e passage de l'air. C'est encore en partie pour cela que le caractère et l'aspect de la culture change et qu'elle est fructifiée et grise seulement en haut. Ces différences sont intéressantes à constater parce qu'elles s'accordent avec celles que nous avons eu l'occasion de signaler plus haut entre les deux petites espèces de Mucor corymbifer. L'une, le Truchisi^ ayant une puissance végétative plus grande, l'autre, le Regnieri, ayant une puissance de reproduction plus forte. Or nous avons constaté que la variété Truchisi végète à des températures plus hautes que l'autre, ce qui est tout à fait d'accord avec ce que nous avons signalé ici. On est donc tenté de conclure que les hautes températures contribuent à diminuer la puissance reproductrice en accroissant la force du mycélium, et il n^est pas invraisemblable d'admettre que la variété Truchisi a été ainsi adaptée à des températures plus élevées.
De là, on peut être induit à rechercher si le caractère que nous venons de signaler est capable de se fixer avec les générations. Jusqu'ici, en maintenant la température constante pendant un petit nombre de générations, une dizaine, nous ne sommes pas arrivés à constater une fixation des caractères, mais nous ne désespérons pas d'y parvenir.
En maintenant ainsi pendant sept générations les cultures à 53<»- 54*" nous avons vu l'atténuation de la teinte grise aller en progressant. Dans ces cultures, la dessiccation vient d'ailleurs souvent ajouter ses efiets à la température et le mycélium tend à devenir chétif dans ces conditions. On voit alors, fait qui ne se produit jamais sur les milieux ordinaires, que le substratum solide n'est pas envahi à sa partie inférieure. Il arrive aussi que le mycélium se développe par places.
Uaératian large et continue des milieux de culture utilisés est nécessaire pour obtenir une abondante et rapide récolte, ainsi qu'il
CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DES MUC0RINEE8 PATHOGÈNES 393
est facile de s'en rendre compte en répartissant le même milieu nutritif dans deux flacons dont l'un est fermé hermétiquement à l'aide d'un bouchon de caoutchouc et dont l'autre est simplement bouché avec une bourre de coton. La seconde culture est normale tandis que l'autre ne tarde pas à souffrir, à végéter avec une extrême lenteur.
Cependant, on peut obtenir des cultures en faisant le vide au moins partiellement. Mais, dans ce cas, la culture donne surtout du mycélium et quelques rares têtes sporifères chétives, avortées, à peine munies de spores qui souvent même n'apparaissent pas.
Si, dans ces conditions défectueuses, le Rhizomucor se développe mal, il conserve, néanmoins assez longtemps sa vitalité. Une culture dans le vide à 37«, sur liquide Raulin, ayant séjourné à cette température pendant plus d'un mois et ne consistant qu'en un mycélium immergé reprend sa vigueur et pousse abondamment si, au bout de ce temps, on laisse arriver l'air jusqu'à elle.
La nature du milieu influe sur la récolte. Elle est abondante dans les milieux sucrés, légèrement alcalins ou légèrement acides ou bien tout à fait neutres; elle l'est beaucoup moins dans ceux de même nature mais un peu plus fortement acidulés.
Ainsi dans 30^ de liquide Raulin ordinaire, milieu normalement acide, on obtient en li jours, à 37^, lsr20 de récolte humide, alors que dans la même quantité du même milieu légèrement alcalinisé par addition d'un peu de carbonate de soude, on obtient dans le même temps 6c^'20 du produit.
De même, 125 gr. de bouillon neutre de bœuf peptoné, glycosé à 2 o/o et glycérine à 5 Vo a donné à 3T, en 15 jours 21 gr. de récolte, tandis que 250 gr. de liquide Raulin ordinaire fournit à la même température en 23 jours seulement 9 gr. du même produit.
La nature du sucre employé n'est pas indifférente, car si l'on remplace, dans le liquide Raulin, le sucre candi par du glucose, la récolte augmente.
Les faits précédents indiquent l'influence des milieux acides sur les cultures du Rhizomucor, faits qui ne doivent pas étonner, ce Champignon acidiflant la culture, par son développement même, les milieux neutres et alcalins dans lesquels on l'entretient.
Si l'on ensemence du bouillon de bœuf alcalin, peptoné, lactose
394 LUGET Et COStAfiittN
à 2 °/o et touroesolé, ou de la gélose de même nature, ces milieux, sous raction du développement du Champignon perdent leur couleur primitive et virent au rouge.
Dans ces conditions, la culture s'arrête souvent, non par l'épuisement du milieu, mais par suite de sa trop grande acidité. Il est facile de s'en rendre compte en enlevant dans un tel milieu la récolte fournie ; puis, après l'avoir alcalinisé, en le réensemençant et en le remettant à Tétuve. En peu de temps, il donne une nouvelle et abondante récolte.
DÉFINITION BOTANIQUE. — Au poiiit de vue botanique le nouveau Champignon peut être défini ainsi.
Rhizomucor. — Section nouvelle du genre Mucor, caractérisée par l'existence de rhizQïdes irréguliers apparaissant à la base des pédoncules sporangifères, comme dans le genre Rhizoptàs mais beaucoup plus irrégulièrement en ce sens qu'ils manquent fréquemment à la base de certains pédoncules. Celte espèce doit cependant rester dans le genre Mucor parce que les sporanges fructifères sont ramifiés ce qui n'arrive pas dans les espèces de Rhizopus; en outre, comme dans le genre Mucor, la columelle est nettement ovoïde, rétrécie à la base, entourée par une collerette formée par les débris de la membrane sporangiale ; la partie inférieure de la columelle n'est pas une partie renflée du pied comme cela a lieu dans le Rhizopus nigricans et aussi dans le Mucor corymbifer.
Le Rhizomucor parasiticus est une espèce gazonnante, basse, gris de souris, gris de plomb, puis brun fauve grisâtre. Les pédoncules fructifères sont rapidement cutinisés de brun, ils ont de 12 à 14 [j. de large sur 1 à 2 centimètres de long. Ils sont normalement ramifiés en grappe, quelquefois en corymbe surtout vers la partie supérieure sur une longueur qui ne dépasse guère 300 [x de long. Les sporanges sont hérissés de fines aiguilles cristallines peu nombreuses quand ils sont jeunes, rapidement cutinisés de brun; leur diamètre varie entre 80 et 35 (i.. La columelle est ovoïde, ou piriforme, cutinisée, brunâtre, même quand le reste du filament ne l'est pas, elle a de 70 à 30 [a de haut sur 24 à 56 fi. de large. Les pédiceiles latéraux sont semblables mais avec des sporanges plus petits; rarement ils sont une seconde fois ramifiés.
Les spores, ovoides, meaurent 4 \l sur 2 fi5. Possédant une membrane délicate, elles se dépriment parfois, dans certains liquides, de manière à paraître réniformes ; mais ceci est accidentel, et eu fait, elles sont normalement rondes ou légèrement ovales.
Quand on examine à 510-53'' les cultures, on voit que les fila> ments sont le plus souvent simples (très rarement uue fois ramifiés) de 6(iL de diamètre, non cutinisés, sauf tout en haut sou3 la columelle. Voici quelques mesures. Sporange non mûr 27 \k; columelle hauteur 15 fx, largeur 11 (i, souvent entourée i la base d'une collerette. Spores le plus souvent rondes de 2 [x 25, 3 {i 25.
Il y en a quelquefois d'ovalaires (3,25 sur 2,75 — 4,5 sur 3,5) d'autres légèrement anguleuses. La hauteur d'un filament est de 1000 (A ; il y a quelquefois des rhizofdes à la base.
Affinités. — Le Rhizomucor est une forme tout à fait caractérisée qui constitue un type nettement et franchement distinct de toutes les Mucorinées connues comme pathogènes.
Ses températures critiques sont très caractéristiques et il ne se cultive pas aux températures du laboratoire ; ce n*est qu'au-dessus de 20», vers 22^^, qu'il commence à se développer. A ce point de vue, il se rapproche un peu du Mucor pim//u« qui ne se cultive pas à 15"" sans que la température minima à partir de laquelle il commence à croître ait été déterminée avec précision.
.Notre Champignon se distingue nettement du Mucor pmillus qui n'a pas de rhizoides.
Il se rapprocherait à ce point de vue du Mucor rhizopodiforrnis {Rhizopus rhizopodiforrnis Cohn = Rhizopus Cohni Berlese et Toni) mais les pédoncules fructifères de cette espèce restent normalement simples et sont beaucoup plus petits (120 à 125 fx).
Il est cependant une espèce dont la nôtre parait se rapprocher à bien des égards, c'est le Mucor septatus de Bezold. Quand nous avons publié notre travail botanique au commencement de l'année dernière nous n'tivions pu nous procurer des renseignements sur cette espèce (1) : elle ne nous était connue que par les quelques mots qu'en dit Fischer qui déclare qu'elle est très insuffisam-
(1) C'est dans l'ouvrage de Siel)eninann {Schimmelmykosen des menschUchen Ohres) que nous avons pu nous procurer des renseignements sur cette espèce intéressante.
396 LUCET ET COSTANTIN
ment connue. Nous avons pu depuis nous procurer des renseignements sur cette espèce et nous devons la ranger à côté de la nôtre dans le sous genre Rhizomucor, car elle a des rhizoîdes et des pédicelles fructifères ramlQés. Mais trois caractères paraissent la distinguer : la membrane du sporange est lisse ou présente un aspect de mûre, elle n'a pas d'aiguilles cristallines; les sporanges sont plus petits, ont 32 (i, la columelle 27 (jl; en outre, les pédoncules fructifères sont normalement cloisonnés, ce qui ne se présente pas toujours dans notre type.
Ce Champignon trouvé dans l'oreille, dans un cas d'otomycose, n'a malheureusement pu être cultivé. Peut-être notre Champignon et celui de Bezold feraient-ils partie d'un même stirpe, mais le septatus est trop imparfaitement connu pour qu'on puisse se prononcer avec certitude.
Distribution dans la nature. — Les hautes températures auxquelles germent le Rhizomucor^ nous ont conduit à cette conclusion qu'il ne doit se développer que pendant la saison chaude.
Cette espèce n'a été rencontrée jusqu'ici que dans les poumons d'une femme; nous croyons cependant avoir obtenu, en mettant en culture des poussières prélevées sur les poils d'une Vache teigneuse un type très voisin. Le Champignon ainsi récolté présente bien les particularités qui caractérisent le Rhizomuœr : mêmes rhizoîdes apparaissant toujours irrégulièrement à la base d'un certain nombre de filaments, mêmes colorations remarquables. Il offre d'ailleurs des températures critiques semblables, car il pousse assez bien à 51<> et mal à 55»-56'>.
C'est au moins une forme extrêmement voisine du Rhizcmucor parasiticus^ n'en diOérant que par quelques particularités extrêmement légères qui ne peuvent cependant être passées sous silence.
Cultivés sur certains milieux, notamment sur le liquide suivant : Eau, 200 gr.; glucose, 10 gr.; tartrate d'ammoniaque, 2 gr.; phosphate de potasse, 0,75; sulfate de magnésie, 0,50; phosphate bibasique de chaux, 0,10; carbonate de soude, 1 gr. ; le Rhizomucor type est blanc jaunâtre et le second gris loutre. Sur le lait, on remarque aussi quelquefois des différences de teinte. A 55^-56^ le Rhizomiicor type donne un mycélium blanc nuancé très légèrement de gris ; le Rhizomucor de la Vache est entièrement blanc ouaté.
CONTKIBUTIONS A l'ÉTUDE DES MUCORINÉES PATHOGÈNES â^
En liquide Raulin alcalinisé le i»' type donne U^IO de récolte.
2« type donne 28'
En milieu légèrement acide on a le résultat inverse (liquide de la notel, page 379).
1«'^ type donne 6«f30 2p type donne SK'iO
Il semble d'après ceci qu'il y ait des différences appréciables, mais elles ne paraissent pas avoir la constance que nous avons pu signaler pour les petites espèces de corymbifer. Nous croyons avoir une race faiblement distincte du Rhizomucor parasiticus.
Inoculations
Inoculés dans Us veines ou le péritoine, les Lapins succombent rapidement sous l'action du développement intraorganique des spores injectées.
I. — Le 7 janvier 1898, un fort Lapin est inoculé dans une veine de l'oreille avec deux centimètres cubes de bouillon de bœut ordinaire dans lequel sont réparties des spores de Rhizomucor d'origine récente. On le trouve mort le 10 au matin. Le foie est énorme, jaunâtre; la rate a quelque peu augmenté de volume; les reins, fort volumineux, sont littéralement infiltrés de tubercules au centre desquels existe un riche mycélium.
II. — Le 15 janvier 1899^ un Lapin est inoculé de la même façon avec des spores provenant d'une culture du 6 décembre précédent sur gélose glycérinée. Il meurt le 20. Les poumons présentent quelques petits tubercules, blanchâtres, isolés, de la grosseur d'une tête d'épingle; un tubercule est apparent dans la rate qui est hypertrophiée et noire; le foie, volumineux, présente un assez grand nombre de très petits tubercules blancs, nettement délimités ; les ganglions mésentériques, congestionnés sont hypertrophiés; il y a quelques tubercules dans l'épaisseur des parois de l'appendice caecal; les reins^ plus que doublés de grosseur, sont littéralement infiltrés de traînées blanchâtres, larvées; l'urine enfin, contenue dans la vessie, est sanguinolente.
UI. — Le 19 mars 1899, un Lapin reçoit dans une veine de l'oreille un centimètre cube de bouillon contenant une grande
Archives de Partuilologie, IV, q* 3, 1901. 2(i
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quantité de spores provenant d'une cultui'e sur Carotte ayant neuf ours d'âge. Il meurt le 25. Son autopsie révèle des tubercules du foie, peu nombreux, isolés et très petits ; une hypertrophie de la rate sans tubercules apparents; une infiltration des ganglions mésentériques ; de la congestion du gros intestin; des lésions tuberculiformes extrêmement accentuées des reins ; l'urine sanguinolente.
IV. — Une même inoculation faite le 23 novembre 1899, chez un fort Lapin adulte avec un centimètre cube d'eau ordinaire stérilisée contenant en suspension des spores nombreuses provenant d'une culture sur pomme de terre âgée de deux mois, amène la mort en quatre jours (27 novembre). Comme précédemment, les lésions sont surtout accusées dans les deux reins et les ganglions mésentériques. Les autres organes, comme le foie et la rate, sont sont simplement hypertrophiés, mais sans tubercules apparents.
V. — Le même jour, dans les mêmes conditions, et avec la même culture, un autre Lapin est encore inoculé. Il meurt le 2G. Poumons, foie et rate congestionnés. Ganglions mésentériques volumineux; quelques tubercules dans Tépaisseur des parois du gros intestin. Quant aux reins, ils sont volumineux, entièrement infiltrés de lésions accusées.
VI. — Le 11 juillet 190(), on injecte dans une veine de l'oreille d'un I^pin Agé de six mois, un centimètre cube d'eau physiologique contenant en suspension une assez grande quantité de spores d'origine récente. Il meurt dans la nuit du 14 au 15. Le poumon ne montre aucun tubercule. Il en est de même du cœur et de l'intestin. Le foie, très volumineux, jaunâtre, manifestement altéré, ne présente non plus aucun tubercule apparent, ainsi que la rate qui est noire et hypertrophiée. Les ganglions mésentériques sont volumineux, congestionnés. Les reins sont très touchés. Volumineux, possédant des dimensions égales au double au moins de leurs dimensions ordinaires, ils offrent de multiples foyers mycosiques saillants, blanchâtres, disposés en stries et intéressant toute leur épaisseur. La vessie renferme de l'urine sanguinolente. Le sang est coagulé dans le cœur et les gros vaisseaux.
VII. — Le l^^ janvier 1899, on inocule dans le péritoine un Lapin avec deux centimètres cubes de bouillon ordinaire dans
CONTRIBUTIOiNS A l' ÉTUDE DES MUCORINÉES PATHOGÈNES 399
lequel ont été diluées des spores provenant d'une culture jeune. Il meurt le 3. Le foie est hypertrophié, jaunâtre et recouvert par places d'un léger enduit membraneux, grisâtre; la rate, noire, est volumineuse; les reins sont congestionnés et les ganglions intestinaux hypérémiés. Il y a enfin un peu d'exsudat terne, gris, louche, dans la cavité ventrale.
VIII. — Le 23 novembre 1899, une inoculation du même genre est effectuée chez un Lapin de cinq mois. H meurt le !*>' décembre suivant* Le poumon n'offre rien de particulier. La rate est noire, volumineuse. Le foie, décoloré, présente à sa surface quelques fausses membranes jaunâtres, assez épaisses. Les reins sont énormes, congestionnés, granuleux. Le péritoine contient une petite quantité d'exsudat grisâtre.
IX. — Le 31 mai 1900, un Lapin d'un an reçoit dans le péritoine un centimètre cube d'eau physiologique, tenant en suspension des spores provenant d'une culture sur pomme de terre âgée de huit jours. La mort survient le 3 juin. Le sang est coagulé dans le cœur et les gros vaisseaux. Le poumon est congestionné. La rate, noire, est hypertrophiée. Le foie, volumineux, montre quelques rares et petits tubercules et quelques minces fausses membranes grisâtres qui lui sont adhérentes. Les reins, très volumineux, sont marbrés de taches rouges. La vessie contient de l'urine sanguinolente. Le gros tptestin et les ganglions mésentériques sont congestionnés. L'appendice cscal présente deux ou trois petits tubercules jaune blanchâtre. Le péritoine offre de ci, de là, quelques plaques de fausses membranes qui lui adhèrent, et enfin il y a un peu de liquide grisâtre et louche dans la cavité abdominale.
Les Cobayes succombent de même à une inoctUation intra-teineuse ou intra-péritanéale.
I. — Le l»*' janvier 1899, un Cobaye mâle, adulte, inoculé dans le péritoine avec un demi-centimètre cube de bouillon ordinaire tenant en suspension des spores d'une culture âgée de près d'un mois, meurt le 5 avec quelques fausses membranes recouvrant le foie, le péritoine et l'intestin. Le foie, les poumons et les reins sont congestionnés.
IL — Le 7 janvier suivant» la même inoculation faite chez un