LÉSIONS
La répartition des lésions et lewr aspect macroscopique ne varient guère d'un sujet à l'autre pour un même mode d'inoculation, mais cet aspect et cette répartition sont quelque peu différents de ce que Ton observe avec VAspergillus fumigatus.
Avec ce dernier Champignon, dans les inoculations intra-veineuses, les lésions sont, par ordre de fréquence, surtout nombreuses et accusées dans le foie, les reins et le poumon ; tandis que celles que le Rhizomucor détermine siègent notamment dans les reins, les ganglions mésentériques et parfois le gros intestin. Cependant, on en rencontre encore ailleurs, mais elles sont plus rares et plus disséminées.
Tissu MUSCULAIRE. — De loin en loin seulement, on trouve chez les'animaux d'expérience quelques tubercules dans le tissu musculaire. De la grosseur d'une tête d'épingle au maximum, régu
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lièrement sphériques, nettement délimités, à peine saillants, blanchâtres, ils semblent perdus, noyés, échoués par hasard dans réparsseur des muscles où ils siègent, et ceux-ci ne paraissent avoir nullement réagi contre eux. En aucun cas, en eflet, on ne constate trace d'hypérhémie environnante, de congestion de voisinage.
Coeur. — Les tubercules du cœur sont très rares, et leur aspect ne diffère pas de celui qu'ils présentent dans le tissu musculaire.
Poumons. — Fréquemment, le poumon ne présente aucune lésion. D'autres fois, il est simplement congestionné, soit dans toute rétendue d'un lobe, soit par Ilots plus ou moins larges, irrégulièrement répartis. Dans ces conditions, les parties lésées apparaissent noires, compacte^, denses, fermes. Sectionnées, elles montrent qu'il s'agit simplement d'abondantes hémorragies capillaires ayant infiltré le tissu pulmonaire et comblé ses alvéoles* Ces lésions semblent produites par la rupture de quelques capillaires sous l'action de la germination des spores introduites dans leur intérieur qui s'y sont arrêtées et ont altéré leurs parois qui, ensuite, se sont rompues sous la pression sanguine.
Parfois, on rencontre quelques tubercules. Très petits, isolés, ils sont le plus souvent translucides et grisâtres dans leur centre, rarement d'aspect caséeux et blanchâtres. Dans ce dernier cas, ils sont toujours plus volumineux, tout en restant néanmoins relativement petits. Assez fermes et résistants, saillants sous la plèvre, ils sont environnés d'une petite zone circulaire congestionnée, d'une sorte de petite aréole hépatisée, compacte, sur la teinte de laquelle ils tranchent et qui les fait davantage ressortir.
Foie. — Dans nombre de cas, surtout dans les inoculations massives provoquant une mort rapide, le foie ne présente aucun tubercule apparent. Congestionné et de couleur foncée, ou jaunâtre, comme cuit, il est dans ces conditions simplement hypertrophié dans des proportions considérables.
Parfois cependant, même dans ces cas, il présente quelques petits tubercules, tubercules qui sont plus nombreux et plus volumineux lorsque l'affection expérimentale a eu une durée plus longue et a amené la mort plus tard. Irrégulièrement disséminés, ils apparaissent blanchâtres, fermes, sphériques, légèrement en saillie, nettement délimités, tranchant par leur teinte sur le reste
du tissu hépatique et environnés ou non d'une petite zone congestive.
Somme toute, et à rencontre de ce qui se passe dans l'Aspergillose, les lésions macroscopiques que cause le Rhizomucor dans le foie des animaux d'expériences, sont toujours discrètes et peu volumineuses.
Rate. — Il en est de même en ce qui concerne la rate. Il est en effet très rare d'y trouver des tut)ercules apparents et, quand ils existent, ils sont toujours peu nombreux, peu accusés et se montrent bien délimités, saillants et blanchâtres.
Toujours cependant cet organe présente des lésions prononcées. Volumineux, considérablement hypertrophié, il est noir et souvent diffluent.
Reins. — C'est dans les reins que les lésions sont le plus accusées et ces organes semblent être le siège de prédilection des lésions que cause le Rhizomucor dans les inoculations intra-veineuses et même intra péritonéales. Considérablement hypertrophiés, ayant doublé, triplé même de volume, ils apparaissent modifiés considérablement dans leur aspect et leur forme même.
Devenus, en raison de leur accroissement de volume, plus sphériques, ils ont perdu leur teinte et apparaissent blanchâtres, lavés. Littéralement infiltrés de tubercules, ils sont bosselés, irréguliers.
Les lésions elles-mêmes, au lieu de constituer, comme dans l'Aspergillose, des grains saillants à contours réguliers, se montrent sous forme de longues traînées blanches, de un millimètre ou plus de largeur, parcourant l'organe dans le sens des tubes urinifères, saillants, sans adhérence à la séreuse qui les recouvre, d'apparence larvée et ayant quelque peu l'aspect des lésions que cause chez le Lapin, la cysticercose hépatique (1).
Constituées, ainsi que le fait voir l'examen microscopique, par un développement considérable du mycélium du parasite inoculé pénétrant dans toute l'épaisseur du tissu rénal et par l'accumulation de cellules lymphatiques, ces lésions ne sont pas seulement superficielles.
Sur une section du rein, elles apparaissent, en elTet, infiltrant
(1) Fréquemment elles sont entourées d'une zone rou^eâtre, congestionnée, peu étendue et qui contribue encore à donner aux reins un aspect marbré particulier.
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Forgane dans tonte Fépaisseur de sa couche corticale. Dans la partie centrale, dans la couche médullaire, elles sont moins accusées, moins développées. Par contre, celle-ci est congestionnée, noirâtre, quelque peu ramollie.
Vessie. — Dans la majorité des cas, et en raison de la néphrite que cause le Rhizomucor, celle-ci contient une urine sanguinolente, trouble, riche en éléments cellulaires, en albumine et en globules sanguins. De là, sa teinte.
Ganglions mésentériques. — Les ganglions mésentériques sont aussi régulièrement atteints que les reins. Hypertrophiés, doublés de volumes, irréguliers, bosselés, ils présentent de ci, de là, des points hémorragiques plus ou moins larges et qui parfois les envahissent dans la plus grande partie de leur étendue. Le plus souvent, on ne trouve pas dans ces organes de tubercules apparents.
Intestins. — Assez souvent atteints, les lésions siègent surtout dans le gros intestin et l'appendice cœcal. Elles consistent en tubercules de la grosseur d'une tête d'épingle, blanchâtres, saillants, siégeant dans la muqueuse et entourés d'une petite aréole de tissu congestionné, rouge, qui, par contraste, accentue encore leur teinte blanche et les fait mieux ressortir. Ces tubercules siègent dans la muqueuse.
Lorsque les iTioculations ont été intra-péritonéales^ les lésions sont surtout des lésions de péritonite. Le foie, la rate, sont encore hypérémiés, volumineux et le plus souvent sans tubercules. Les reins, également, sont considérablement hypertrophiés, parfois le siège de lésions tuberculiformes, mais alors plus discrètes, moins accusées, moins confluentes et donnant à ces organes un aspect granuleux particulier.
Mais ce qu'on observe surtout, ce sont, d'abord, la présence dans la cavité abdominale d'un liquide louche, terne, grisâtre, riche en leucocytes, ensuite une congestion plus ou moins accusée et étendue du péritoine, et enfin, la présence sur le péritoine et différents organes, le foie notamment, de fausses membranes adhérentes, plus ou moins épaisses, grises ou gris-jaunâtre.
En outre, toujours les ganglions mésentériques sont hypérémiés et hypertrophiés et souvent encore la vessie contient de l'urine sanguinolente.
CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DES MUC0RINÉE8 PATHOGÈNES 407
Examen microscopique -
Sans vouloir entrer pour Tinstant dans des détails circonstanciés sur Tanatomie pathologique intime de toutes ces lésions, il nous parait cependant utile d'en dire quelques mots.
On peut très bien faire une préparation rapide d'une région où l'on soupçonne à l'œil nu la présence du Champignon en dilacérant un fragment de tissu dans du bleu d'aniline; si Ton met ensuite dans l'acide lactique, on peut avoir des filaments nettement teintés de bleu. Ils se présentent ainsi comme des articles noueux, de forme irrégulièrement renflée en certains points en sphère, s'irradiant souvent dans tous les sens. Dans ces conditions de vie difficile et étouffée, le mycélium prend donc un aspect articulé, renflé, bourgeonnant tout à fait caractéristique.
On peut également faire un examen de ces tubercules en coupes.
Cette étude histologique a été pratiquée sommairement sur des pièces recueillies immédiatement ou très peu de temps après la mort, fixées et durcies par l'alcool, enrobées dans la paraffine et colorées soit en masse et par le carmin avant Tenrobage, soit après et par la thionine phéniquée, le Rhizomucor ne prenant pas k Gram.
Toutes consistent essentiellement, et quel que soit Torgane où on les étudie, chez les sujets morts par injection intra-veineuse, d'abord, et au début, dans l'arrêt, dans les capillaires, des spores injectées et comme conséquence, dans la création d'une multitude de petites embolies provoquant l'anémie de certains territoires et en môme temps une stase sanguine et des congestions passives pour d'autres.
Peu après survient une réaction leucocytaire abondante et la formation autour des spores arrêtées dans les plus Ans vaisseaux d'une couronne de lymphocytes cherchant à englober les spores échouées qui, elles-mêmes, commencent à bourgeonner et à envoyer dans différentes directions des prolongements mycéliens en forme de doigt de gant. C'est le début du tubercule mycotique. Celte lésion infime, ce début des altérations est facile à constater dans le foie qui, s'il ne présente pas à Tœil nu de lésions bien évidentes, n'en montre pas moins, au microscope, de très nombreuses et très intéressantes altérations. Là, il est facile de voir, 24 ou 48 heures après l'inoculation, arrêtée dans un vaisseau, une