‹ Archives de parasitologie (volume 2)Chapitre 62 sur 104 · E. LEGRAIN · texte numérisé non relu

E. LEGRAIN

pales, coinmuniquant entre elles, remplies de liquide noirâtre, filant, avec de rares grains formés de Champignon rayonné. Après les ponctions, les parois externes de ces cavités s'affaissent et, avec Taiguille qui sert à faire les ponctions, on reconnaît facilement Texislence d'un certain nombre d'aiguilles osseuses irrégulières. La malade ouvre difficilement la bouche.

En 1898, une fistule cutanée se forme au pôle inférieur de la tumeur, donnant issue à un liquide visqueux, noirâtre; les bords cutanés de la fistule bourgeonnent. Il y a évidemment propagation à la peau : un curettage et quelques injections iodées en ont raison et la guérison de cette fistule se fait par une large chéloîde visible sur la photographie (fig. 2). Incidemment, je ferai remarquer la fréquence de la guérison des accidents cutanés mycosiques par chéloîde. chez les Kabvles.

A la fin de l'année 1900, la malade, que je n'avais pas revue depuis plus d'un an, se présente de nouveau, avec des lésions dont la figure 2 donne une idée. Tout le corps du maxillaire inférieur et sa branche montante gauche sont le siège d'une hypertrophie énorme, formant une tumeur volumineuse proéminente en avant et à gauche. La bouche est presque complètement déplacée et déjetée à droite. En raison du volume de la tumeur, la bouche ne peut plus se fermer; on aperçoit alors, entre les lèvres écartées, une mâchoire énorme, avec trois incisives dont le grand axe est devenu horizontal. Par deux petits orifices situés à la face postérieure de la partie médiane de la tumeur, s'écoule un liquide filant noirâtre. Pas d'ulcération à la surface de la tumeur, qui est uniquement constituée par le maxillaire recouvert d'une muqueuse • un peu violacée. Pas de douleur à la pression sur le corps de la tumeur; la pression permet d'ailleurs de se rendre compte que toute la partie médiane du maxillaire est devenue kystique; il n'existe plus, à ce niveau, qu'une coque demi-molle très dépressible. La mâchoire inférieure ne peut plus exécuter aucun mouvement, quelque limité qu'il soit.

La malade ne peut prendre qu'un peu de nourriture liquide, qu'elle laisse couler en renversant fortement la tète en arrière; ^lle est d'une maigreur squelettique. Pas de retentissement ganglionnaire, pas de réaction fébrile. La malade ne veut suivre aucun traitement, ne veut se soumettre à aucune intervention

SUH UN CAS D^ACTfNOMYGOME POLYKYSTIQUË 413

chirurgicale. Elle meurt en février 1901, d'inanition, après avoir perdu beaucoup de sang par les petits pertuis signalés à la face postérieure de la tumeur. L'autopsie n'a pu être laite.

Cette observation montre que l'actinomycose, même localisée, n'est pas une affection bénigne, puisque la malade, sans généralisation, sans septicémie surajoutée, meurt six ans environ après le début de la maladie, qui n'a jamais été traitée d'une façon régulière, et par conséquent a évolué à peu près librement.

Il est évident qu'aujourd'hui, en France, à la suite des nombreux travaux publiés sur la question, on ne verrait plus un malade arriver au degré monstrueux que le cas de Ducor nous a fait connaître, de nombreux médecins étant passés à côté du diagnostic. De tels faits deviendront extrêmement rares, un traitement régulier intervenant toujours. 11 n'en est pas de même en Algérie, où le fatalisme musulman s'oppose souvent à nos interventions chirurgicales les plus rationnelles et les plus urgentes. Cette observation en fournit la preuve; elle nous montre ce que peut devenir l'actinomycome kystique du maxillaire inférieur abandonné à luimême. Il aboutit à la perte de l'usage de la mâchoire et à la mort par inanition et hémorrbagie.

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d'un

Depuis un quart de siècle, plusieurs nations d'Europe, au premier ranfç desquelles on doit citer la (îrande-Brelagne, la France, l'Allemagne et la Belgique, se sont engagées dans la voie des explorations géographiques et des entreprises coloniales avec une ardeur et une persévérance vraiment remarquables. D'immenses territoires qui, naguère encore, n'avaient jamais été visités par aucun homme de race blanche et étaient la propriété incontestée des indigènes, ont été parcourus en tous sens par les explorateurs, puis incorporés au domaine colonial de diverses puissances européennes. La phase des découvertes géographiques est loin d'être close, mais les conquêtes et les annexions peuvent être considérées comme achevées actuellement, puisqu'il ne reste plus sur la carte du monde une seule région qui ne soit possédée par une nation civilisée.

Par suite d'un tel état de choses, les nations colonisatrices ont assumé des devoirs de toutes sortes, tant envers les indigènes conquis ou protégés qu'à l'égard des colons, des administrateurs ou des soldats européens qui occupent ces pays nouveaux ou les mettent en valeur. Il ne nous appartient pas d'indiquer ici les multiples obligations matérielles et morales, auxquelles nous venons de faire allusion : nous voulons nous borner à exposer simplement le côté médical de ces questions complexes.

On peut poser en principe que l'Européen qui émigré aux colonies n'est, dans l'immense majorité des cas, aucunement préparé à vivre sous les climats tropicaux : il ne sait rien, ou ne

(1) Le présent arlicle est la repruduction d'une brochure que vient de publier rUnion Coloniale française (mal 1901).

CRÉATION A PARIS D^UN INSTltUT DE MEDECIiNE COLONIALE iïîi

sait que trop peu de chose des conditions climatériques, de la constitution du soi, des produits naturels, du genre de vie et de l'alimentation qui lui conviennent, non plus que des maladies qui le menacent et de ce qu'il doit faire pour les éviter. Cette ignorance absolue d'une foule de questions dont l'intérêt est pourtant capital n'est aucunement particulière aux individus sans culture scientifique^ mais elle s'observe presque au même degré chez ceux qui ont une éducation scientifique plus ou moins étendue et même jusque chez les médecins.

Gomment en serait-il autrement? Où donc les médecins ont-ils pu apprendre à connaître les maladies qui sévissent dans les colonies ? Ce qu'on leur enseigne dans nos Facultés ou Écoles, c'est la médecine des pays tempérés, celle de la France en particulier. Loin de moi la pensée de contester le talent et le dévouement des maîtres, non plus que l'ardeur au travail et l'intelligence des élèves ; mais il est certain, et l'expérience journalière le démontre surabondamment, que le médecin d'Europe le plus instruit ne saurait être appelé, sans de longues études préalables, à exercer son art dans les régions tropicales.

Nul n'ignore que les diverses régions du globe ont leurs animaux et leurs plantes caractéristiques : on peut, avec tout autant de raison, affirmer qu'elles ont aussi leurs maladies particulières. Une telle assertion ne surprendra personne, puisqu'on sait maintenant qu'un grand nombre de maladies sont causées par des êtres vivants, animaux ou plantes, qui obéissent aux lois générales de la distribution des êtres à la surface du globe et, par conséquent, occupent chacun une aire de distribution plus ou moins circonscrite. La médecine d'Europe ou des régions tempérées n'est donc point semblable à celle des colonies ou des régions tropicales ; dans la vaste zone occupée par ces dernières, on peut établir encore des subdivisious> dont chacune a ses affections particulières, en d'autres termes, sa médecine spéciale.

Il ressort de tout cela, pour les pays colouisateurs, Tabsolue nécessité d'organiser, soit dans leurs Facultés ou Ecoles, soit en dehors d'elles, renseignement de la médecine coloniale. L'Angleterre, qui possède l'empire colonial le plus vaste du monde, n'a pas méconnu l'importance d'une telle innovation : elle a créé récemment, à Londres et à Liverpool, deux Ecoles de médecine

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tropicale dont le succès a été considérable et qui, malgré leur jeunesse, ont déjà rendu les plus grands services et se sont signalées par d'importantes découverte^ scientifiques. L'Allemagne, ritalie, la Belgique, les Etats-Unis sont entrés aussi dans' cette même voie et ont institué des enseignements coloniaux plus ou moins étendus. La France n'est pas restée en arrière, mais on peut affirmer, et cette opinion est partagée par les personnes les plus compétentes eu la matière, qu'il est urgent de faire mieux encore et de créer à Paris un Institut de médecine coloniale. Les Congrès internationaux de médecine et d'hygiène, réunis à Paris en août dernier, ont d'ailleurs émis à l'unanimité des vœux dans ce sens, qui indiquent clairement à notre pays la voie dans laquelle il doit s'engager, s'il veut maintenir intacte sa vieille réputation scientifique.

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