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MÉDECINS DE LA MARINE ET DES COLONIES

Les oiTiciers du Corps de santé de la marine et des colonies sontils pourvus de l'instruction spéciale (fu'exigenl leurs fonctions ? En indiquant de quelle miinière ils se recrutent et en les suivant pendant tout le cours de leurs éludes, nous donnerons une réponse précise à celte question.

£cole de Bordeaux. — En 1890 a été fondée l'Ecole principale (lu Service de santé de la marine, annexée à la Faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux. Celte Ecole est installée dans un ancien hospice d'aliénés, cours Saint-Jean, près la gare du Midi. Elle reçoit dos élèves qui, après avoir pris dans les Facultés des sciences leur cerliiicat d'études jihysiques, chimiques et natu-

relies, ont passé au moins un an dans l'une des Ecolesannexes de Brest. Rochefort ou Toulon. Dans ces Ecoles, on étudie Tanatoinie et on entre sans concours ; en revanche, on n'est admis à l'Ecole de Bordeaux qu'à la suite d'un concours qui a lieu chaque année eu août et septembre : la limite d'âge est lixée à 25 ans ; un candidat malheureux peut se présenter une seconde fois et même, par faveur, une troisième.

Les élèves de l'Ecole de Bordeaux suivent obligatoirement les cours de la Faculté de médecine et fréquentent les services des hôpitaux civils. En outre, les professeurs de leur Ecole, nommés au concours pour cinq années et ayant pour la plupart le grade de médecin de première classe de la marine, leur fout des répétitions ou conférences portant exclusivement sur la médecine générale, sans aucune spécialisation relative à la médecine des pays chauds.

Parmi ces professeurs, il convient de citer tout particulièrement M. le D^ Le Dantec, médecin principal de la marine, qui enseigne l'histologie et la bactériologie. Il est en outre agrégé à la Faculté de médecine. En raison de cette situation spéciale, il a été maintenu comme professeur ù l'Ecole du Service de santé au-delà des cinq ans réglementaires, mais ses fonctions doivent linir l'an prochain. Comme agrégé, il fait à la Faculté de médecine un cours complémentaire de pathologie exotique, pendant le semestre d'été : les élèves de l'Ecole sont tenus d'y assister, mais les étudiants civils échappent à une semblable obligation et ne prennent qu'en petit nombre le chemin de ce cours, pourtant fait avec une compétence incontestable et un talent auquel tous se plaisent à rendre hommage. Cet enseignement, nous ne saurions trop le faire remarquer, est le seul enseignement de médecine exotique ou coloniale qui soit oilert aux élèves de l'Ecole de Bordeaux pendant tout le cours de leurs études. On ne va pas tarder à saisir toute rinsuflisance d'une pareille organisation.

Les élèves restent trois ans à l'Ecole du Service de »aulé de la marine. Ils en sortent avec le titre de docteur en médecine : il n'y aura plus désormais, et en fait il n'y a déjà plus maintenant, dans le Corps de santé de la marine ou des colonies, de médecins non pourvus du diplôme de docteur. Tous les ti'imestres a lieu un classement, d'après les notes obtenues aux examens subis devant

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la Faculté ou aux examens partiels subis à l'Ecole. A la lin de chaque année, se fait un autre classement. Un classement final a lieu au mois de juillet de la troisième année : on présente alors aux élèves une liste indiquant les postes vacants dans le Service de santé de la marine et dans celui des colonies ; ils optent pour Tun ou l'autre corps, d'après leur rang.

Puis surviennent les vacances. A la rentrée de novembre, commencent les soutenances de thèses : elles doivent être achevées dans les premiers jours de janvier. Alors les jeunes docteurs sont appelés une seconde fois à opter, d'une façon définitive, entre le service de la marine et celui des colonies. Le nombre des places est toujours beaucoup plus grand pour les colonies que pour la marine ; par exemple, une promotion de 47 élèves a été divisée en 28 coloniaux et en 19 marins.

Les élèves qui ont terminé leurs études quittent l'Ecole du 16 au 20 janvier. C'est à cette date que se fait la promotion des officiers.

Jusqu'alors, coloniaux et marins ont fait des études identiques, mais ils vont désormais avoir un sort bien différent.

École de Toalon. — Les marins vont passer six mois à l'Ecole d'application de Toulon, comme les élèves sortant de l'Ecole de santé de Lyon viennent au Val-de-Gràce. Us doivent être rendus à Toulon le l^^ février, date à laquelle commencent les cours. On leur enseigne la clinique, la médecine opératoire, l'administration, etc. Leurs professeurs sont nommés au concours pour cinq ans.

M. le médecin principal Lalfont, ancien élève de l'Institut Pasteur de Paris, fait un excellent cours théorique et pratique de bactériologie. Les leçons durent une heure et se font deux fois par semaine ; les travaux pratiques ont également lieu deux fois par semaine et ne durent aussi qu'une heure, ce qui est très insufiisant, mais les élèves peuvent venir au laboratoire quand bon leur semble.

M. le Médecin principal Millou fait deux fois par semaine un cours théorique de pathologie exotique et d'hygiène navale; il n'a point de service à l'hôpital, mais les élèves ont pourtant l'occasion de voir fréquemment des cas de maladies coloniales, car on observe d'ordinaire dans les salies de l'hôpital principal les diverses formes du paludisme, la dysenterie des pays chauds, l'abcès du foie, la dracontiase, le béribéri, la fièvre bilieuse hématurique, etc.

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Médecins de la marine. — Leur période de stage (iaie, les élèves passent un concours de classement définitif, qui leur servira pour l'avancement futur. De médecins auxiliaires de la marine, ils deviennent alors titulaires avec le grade de médecins de deuxième classe. Ils sont répartis entre les différents ports, qu'ils choisissent suivant leur ordre de classement, puis on les embarque.

Le médecin de marine est attaché spécialement aux troupes maritimes; il a dans ses attributions les bâtiments de la flotte et les hôpitaux maritimes. Quand les troupes partent en colonne ou en expédition, il les accompagne. Tel est le cas actuellement à Madagascar et même en Chine, où les médecins de marine i*eprésentent à peu près la moitié du Service de santé.

MédecinB des colonies. —En quittant l'Ecole de Bordeaux avec son titre de docteur, le jeune médecin des colonies dispose de quelques jours de congé : il attend une désignation qui l'expédie aux colonies, sans avoir passé par aucune Ecole d'application. Il va donc, du jour au lendemain, se trouver en présence de malades atteints d'affections qu'il n'a jamais observées et sur lesquelles il n'a que des notions théoriques trop restreintes. II peut rester sur la côte et se trouver en contact avec des confrères plus âgés, qui le feront profiter de leur expérience; mais il peut aussi être envoyé dans un poste lointain, où il sera isolé, sans livres, trop souvent sans microscope et par conséquent en butte à des diflicultés de tout ordre.

Et pourtant, les attributions du médecin du Corps de santé des colonies sont multiples et d'une importance exceptionnelle. Il reste dans les ports et est chargé des hôpitaux : les marins qui tombent malades sont hospitalisés et soignés par lui seul. 11 a le très important service des arraisonnements, c'est-à-dire la vérification des patentes de santé. 11 doit faire la visite, tant au départ qu'à l'arrivée, de tout navire qui relâche dans son port : il fait donc fonction de médecin sanitaire. Il doit en outre donner ses soins aux fonctionnaires civils et, comme il séjourne assez longtemps dans le pays, il ne manque point de se créer une clientèle civile, qui est souvent une source importante de revenus. A grade égal, son traitement est d'ailleurs plus du double de celui du médecin de la marine.

Archives de Parasilologte, IV, n» 3, 1901. ^.)

Les médecins des colonies sont également de service à Tintérieur, où ils soignent les fonctionnaires. A Tananarive, par exemple, ils sont chargés des hôpitaux, de la direction du Service de santé, du service de Thygiène publique ; ils sont en outre, à l'exclusion de tout marin, professeurs à l'Ecole de médecine; je passe sous silence la clientèle civile qui, dans cette capitale, est réellement importante. Il est juste d'ajouter que, dans la pratique, et bien qu'ils n'aient d'autre rôle que de s'occuper de l'élément civil, les médecins des colonies ne manquent pas de soigner également les troupes et de faire le même service que les médecins de la marine, quand le nombre de ceux-ci est insuffisant.

Nous avons dit que les médecins des colonies sortaient de l'Ecole de Bordeaux. Cela est vrai pour la plupart d'entre eux, mais le corps comprend en réalité des médecins provenant de deux autres sources. Ce sont tout d'abord d'anciens médecins de marine qui, lors de la création du ministère des colonies et du dédoublement du Corps de santé jusqu'alors unique, ont abandonné par option le service de la marine pour entrer à celui des colonies: ils en occupent actuellement les grades élevés. Ce sont ensuite des médecins civils, docteurs depuis un temps plus ou moins long et n'ayant aucune éducation en matière de pathologie coloniale ; jusqu'à ce jour, ils ont toujours été admis sur une simple demande.

Telles étaient la provenance et les attributions des médecins des colonies jusqu'à une époque encore récente. La loi qui a créé l'armée coloniale et rattaché les troupes coloniales au Ministère de la guerre, a modifié considérablement leur situation. Autrefois, bien qu'ils eussent un uniforme, dont ils se paraient d'ailleurs le moins possible, les médecins des colonies n'étaient pas officiers; ils étaient simplement assimilés aux officiers, et cette situation bâtarde était une source incessante de conflits. La loi susdite leur confère la qualité d'officiers et étend notablement leurs attributions : désormais, ils sont affectés aux troupes coloniales, notamment à l'infanterie coloniale (ci-devant infanterie de marine), sans d'ailleurs abandonner aucune des attributions, nous dirions presque aucun des privilèges qui ont été énumérés plus haut.

Tandis que l'astre des médecins des colonies grandit et s'élève, celui des médecins de la marine décline. Ceux-ci, en effet, voient

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leurs fonctions se restreindre dans une large mesure. Ils n'ont plus affaire maintenant qu'aux bâtiments de la flotte et aux hôpitaux maritimes; et encore est-il grandement question de leur enlever quelques-uns de ces hôpitaux, sinon tous.

Par suite de ces nouveaux règlements, le corps actuel des médecins coloniaux est numériquement insuffisant, alors que celui des médecins de la' marine va se trouver un peu trop fort. Quelquesuns de ces derniers vont passer par voie d'option au service colonial, mais on peut prévoir que le nombre des optants sera inférieur à celui des places vacantes. On comblera sans doute les vides soit au moyen de médecins civils, soit au moyen de médecins militaires.

Jusqu'à présent, les fonctionnaires de toutes catégories, les troupes et leurs médecins passaient sans cesse d'une colonie h l'autre : c'était l'instabilité même. Un pareil système, outre qu'il coûtait des sommes considérables en allées et venues parfaitement inutiles, était déplorable au point de vue de la bonne administration ; il rétait encore plus peut-être, en ce que le trop court séjour des médecins dans une colonie déterminée ne leur permettait pas d'en étudier avec une précision suffisante les conditions nosologiques. Maintenant que nous avons une armée coloniale, espérons qu'on en va finir avec ces errements et que certains corps de troupes, avec leurs ofliciers et leurs médecins, vont devenir sédentaires en certaines colonies, comme on semble commencer à Je faire pour les fonctionnaires civils. Tous les intérêts plaident évidemment en faveur de cette innovation; en particulier, les sciences médicales auront beaucoup à y gagner.

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