DU BOULET CHEZ LE CHEVAL
PAR
J. PADBaEt,
Vétérinaire en i" au 19" régiment d'artillerie.
Historique et nature de l'affection. — Cette aflectioD des Équidés est produite par FUaria reticulata (Diesiog) Creplin.
(!) Ce mémoire a obtenu le prix Paugoué de la Société centrale de médecine vétérinaire, en i900. Nous croyons utile de reproduire ici un extrait du rapport de M. le Professeur A. Railliet (a), qui complète utilement notre chapitre d'historique :
« A propos de l'historique, nous signalerons une simple lacune dans les indications de l'auteur. On sait que la découverte du parasite est attribuée par tous les auteurs au D' Rleiweis, de Vienne. Or, on peut lire dans le journal anglais The Veterinarian, de 1838 (b), une communication de Hugh Ferguson relative & des lésions toutes spéciales du tendon perforant. En examinant, dit cet auteur, les portions de l'organe situées dans les gaines synoviales en arrière des articulations carpiennes et métacarpo-phalangiennes, o j'ai, à différentes reprises, trouvé une cavité à dimensions très variables, occupant le corps du tendon. Elle communiquait généralement par une longue fente ou ouverture, avec l'intérieur de la gaine, et contenait une grande quantité de fragments tendineux de diverses longueurs, lesquels, en raison de leur forme et de la façon dont ils étaient pelotonnés ensemble, pouvaient être facilement pris pour des vers )aunes, longs et minces. De fait, comme ]e les faisais voir à un très célèbre vétérinaire et anatomiste français, celui-ci déclara immédiatement et sans hésiter qu'il s'agissait de parasites. » D'après les données que nous possédons aujourd'hui, il apparaîtra sans doute comme très vraisemblable que le vétérinaire français avait raison, et que les vers en question n'étaient autres que les Pilaires réticulées. Ferguson ne cite pas de nom, mais il voulait évidemment parler de Bigot, dont il avait suivi l'enseignenxent à l'École d'Alfort.
n A l'heure actuelle, il convient donc de citer Rigot comme ayant tout au moins entrevu la Filaire des tendons. » (c)
{a) Bulletin de la Société centrale de médecine vétérinmre, p. 557-558, 1900.
{b) Hugh Ferguson, On idiopathic disease of the tandona. The Veterinarian, XI, p. 520, 1838; Recueil vétér., 189i, p. 321.
(c) Il est possible que H. Ferguson ait réellement vu la Filaire réticulée ; mais sa description de la lésion est des plus fantaisistes : le Ver n'est pas )aune, mais blanc ; il ne se trouve pas pelotonné dans une cavité occupant le corps du ligament et il n'est pas possible qu'une telle cavité, en supposant qu'elle existe, puisse communiquer « par une longue fente ou ouverture avec l'intérieur de la gaine. » — Note de Vauteur.
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Ce parasite, découvert en 1840 par Hermann et Bleiweis à Tixistitut vétérinaire de Vienne, a été retrouvé à l'étranger par divers auteurs allemands, autrichiens, italiens et russes. Le professeur Tsbulovski, de TUniversité de Kasan, notamment, en a fait une étude spéciale. Le résultat de ses observations se trouve consigné dans les Notices de l'Institut vétérinaire de Kasan (1884-4888), articles reproduits dans Oesterr. Monatschrift fiir Thierheilkimdey XII, 1888, p. 321.
La Filaire réticulée fut signalée, croyons*nous, pour la première fois en France par M. Railliet, en 1891, sous le nom de Spiroptère réticulé que lui avait donné Diesing. Des élèves de TÉcole d'Alfort trouvèrent, en disséquant, un Ver très fin dans le ligament cervical d'un Cheval, Ver que M. Railliet reconnut être le parasite découvert par Hermann et Bleiweis. Peu de temps après, M. Moussu le retrouva dans les tendons perforé et perforant d'un Cheval sacrifié pour les dissections. Enfin, M. Comte, de l'École de Toulouse, reconnut cette Filaire dans le ligament suspenseur du membre antérieur d'un Cheval traité pour une boiterie de ce membre.
Il résulte de l'étude bibliographique se rapportant à ce parasite que la filariose quUl détermine est relativement peu connue, surtout en France, où les quelques rares cas rapportés sont fort incomplets. Le parasite lui-même est peu connu et son étude zoologique reste encore à faire.
Cependant la Filaire réticulée n'est pas rare chez les Équidés. Nos observations nous portent à croire que la majorité des individus adultes de cette espèce en est atteinte — ceci pour la région de Nîmes, tout au moins. Et, si ces cas de parasitisme n'ont pas été observés plus souvent c'est que l'attention n'était pas, jusqu'à présent, portée sur ce point. Il faut dire également que l'on a rarement l'occasion de pratiquer des autopsies minutieuses jusqu'à faire des coupes daps les ligaments suspenseurs des boulets.
Nous venons de dire que ce parasite avait été trouvé dans le ligament cervical, dans les tendons fléchisseurs du pied et dans le ligament suspenseur du boulet. Diesing l'aurait aussi observé dans répaisseur de la paroi de l'artère collatérale du canon et dans le tissu conjonctif péri tendineux.
Pour notre compte, nous ne l'avons vu dans le ligament suspen-
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seur du boulet, dans le ligament cervical, rarement dans le tissu conjonctif de la région des tendons, ^t, une fois seulement, sur plus de soixante observations, dans Tintérieur d'un tendon, le perforé. Encore dans ce cas, le parasite n'était représenté que par un individu, un mince filament, qui n'avait pas déterminé d'altération apparente du tissu tendineux.
Nous ne saurions, pour le moment, avoir une idée exacte sur le plus ou moins de fréquence de la Pilaire dans le ligament cervical, nos observations n'ayant pas spécialement porté de ce côté (1). Mais dans les membres des Équidés, tout au moins chez le Cheval et le Mulet — nos observations chez l'Ane, quoique positives, étant trop peu nombreuses pour pouvoir donner une complète affirmation — c'est le ligament suspenseur du boulet qui est son habitat de prédilection. La structure de cette corde, comme nous le verrons plus loin, semble expliquer cette préférence.
De même que certains observateurs, nous l'avons quelquefois trouvé dans le tissu conjonctif; mais ces cas n'ont pas été très fréquents (8 à 10 fois sur une soixantaine). Il est alors généralement dans le voisinage immédiat du ligament suspenseur. Une fois, cependant, nous avons trouvé une double nodosité parasitaire accolée au tendon perforant, mais sans que cette corde fût autrement intéressée.
Dans les cas où le Ver a été trouvé au sein du tissu conjonctif, sans communication avec le ligament suspenseur, il était toujours pelotonné sur lui-même ou à travers les fibres conjonctives de façon à former un nodus de la couleur et de la grosseur approximative d'une grosse fève sèche. C'est ce que nous appellerons, pour éviter une périphrase, un nodule parasitaire. Ces nodules sont formés par le corps du Ver, enroulé, pelotonné d'une manière inextricable au travers des faisceaux conjonctifs, par du tissu adénoïde et des cellules adipeuses. Une couche plus ou
(1) Nous pouvons cependant affirmer qull est assez commun dans le ligament cervical des Chevaux sacrifiés à l'abattoir. Il se rencontre particulièrement chez les Chevaux à l'encolure grasse. On peut môme se demander s'il n'existe pas une relation entre Veiicolure penchée et l'invasion du ligament cervical par les Pilaires. Ces Vers s'enkystent dans le tissu conjonctif du ligament où ils semblent provoquer de la stéatose. Une fois morts, ils ne tardent pas à se ealcifier avec le tissu conjonctif qui les entoure, de façon à former des noyaux irréguliers, assez nombreux quelquefois pour envahir toute la corde du ligament.
moins épaisse de lamelles ou de fibres conjonctives enveloppe et limite le tout.
Ce fait de pelotonnement et d'enkystement du parasite au sein du tissu conjonctif semble montrer qu'il se trouve dans un milieu peu favorable, anormal, qui l'oblige à prendre une position d'attente ou de défense. Dans tous les cas, cette situation contraste avec l'activité qu'il montre quand il se trouve dans le ligament suspenseur. Ici, il se meut, perfore, provoque une évolution cellulaire abondante où il puise sa subsistance et les éléments nécessaires à une reproduction prodigieusement féconde. Dans les kystes conjonctifs, au contraire, il reste immobile, ne provoque pas la moindre trace d'inflammation et semble prédestiné à une mort prochaine. A part un ou deux cas, en effet, les nodules conjonctifs que nous avons trouvés ne contenaient plus que* le cadavre du Ver arrivé à un état de dégénérescence calcaire plus ou moins avancée.
C'est cette sorte de neutralité du Ver dans le tissu conjonctif qui explique le peu de douleur qu'il provoque, même lorsqu'il s'enkyste dans le voisinage des trajets nerveux. Du moins, les sujets sur lesquels nous avons trouvé ces sortes de nodules ne nous ont jamais été signalés comme boitant.