OUVERTURE D'UNE SOUSCRIPTION PUBLIQUE
en Yue de la création d*an Institut de Médecine Coloniale à la Faculté de médecine de Paris.
Le manifeste qu'on vient de lire est l'expression autorisée des préoccupations qui résultent, pour tous les bons esprits, de l'extension considérable de notre domaine colonial. Parmi ces préoccupations, la plus importante est sans contredit celle qui concerne l'état sanitaire des colonies et l'amélioration des conditions au milieu desquelles colons, soldats et indigènes sont appelés à vivre.
On n'ignore pas, d'une part que les maladies des pays chauds sont dilférentes de celles d'Europe, et d'autre part que l'enseignement médical, tel qu'il est donné dans nos Facultés ou Ecoles, porte presque exclusivement sur les maladies des pays tempérés.
Entre autres conséquences fâcheuses, un tel état de choses a pour résultat de laisser les médecins d'Europe, civils ou militaires, qui sont appelés à pratiquer aux Colonies, dans une ignorance presqu'absolue des maladies qu'ils y rencontreront.
Il est superflu d'insister sur ce qu'a d'anormal et de da^ngereux
une pareille situation. On ne peut songer à étendre encore les programmes de nos Facultés, en y ajoutant des cours complets d'hygiène et de pathologie tropicales, d'autant plus que manifestement ces cours n'auraient qu'une bien faible utilité pour la grande majorité des étudiants. Le remède est tout autre : il consiste à créer à la Faculté de Médecine de Paris un Institut de médecine COLONIALE, dans lequel, après avoir pris leur grade de docteur, les médecins à destination des colonies viendront puiser l'enseignement qui leur est indispensable.
L'étranger nous a déjà donné l'exemple : Londres et Liverpool possèdent des Écoles de médecine tropicale^ jeunes encore, mais ayant pu déjà s'illustrer par des découvertes de la plus haute importance ; Hambourg possède aussi un Institut de médecine navale et tropicale. Ces établissements sont doués de ressources considérables, qui leur permettent d'entreprendre et de poursuivre avec succès des recherches scientifiques, grâce auxquelles sontacquises des notions nouvelles sur la cause et le traitement des maladies. De telles découvertes, bien que faites dans des laboratoires, ont donc les plus heureuses conséquences en ce qui concerne l'hygiène des colonies.
La France, dont l'empire colonial est si vaste, ne saurait, sans déchoir de son rang scientifique, hésiter plus longtemps à s'engager dans cette voie nouvelle. A cet égard encore, la création d'un Institut de médecine coloniale s'impose donc. Il ne sera pas seulement une École d'application ; il doit être aussi un établissement de haute science, dans les laboratoires duquel les sujets d'élite pourront entreprendre des recherches originales ou achever des investigations personnelles commencées dans les pays chauds.
L'Union Coloniale Française, depuis longtemps pénétrée de l'absolue nécessité de créer à Paris un Institut de médecine coloniale, est heureuse de l'appui qu'elle a trouvé dans les hommes éminents qui ont signé le manifeste ci-dessus. Elle estime que l'opinion publique, déjà saisie à plusieurs reprises de la question, est suffisamment persuadée de son importance et que le moment de l'action est venu. Elle adresse donc un pressant appel à tous ceux qui veulent la prospérité de nos colonies et le bon renom de la science française.
Dans une seçiblable question, les intérêts de tous sont solidaires.
474 CHÉATlOiN A l'AHIS u'UN INSTITUT DE MEDECINE COLONIALE
Les Colonies, qui recevront désormais des médecins plus instruits, verront leur état sanitaire s'améliorer et leur prospérité s'accroitre : elles ne manqueront donc pas d'inscrire à leur budget une subvention annuelle pour TInstitut de médecine coloniale.
Les Conseils généraux des départements français et des colonies, les Municipalités de France et des colonies, les Chambres de commerce, les Compagnies de navigation, les Sociétés industrielles ou agricoles, les Etablissements de crédit, ainsi que les favorisés de la fortune et tous ceux qui ont à cœur la grandeur morale et scientiflque de notre pays voudront aussi, par leur souscription, contribuer à une création si utile.
L'avenir de nos colonies dépend pour une très grande part du succès de cette entreprise. Il s'agit, on le conçoit, d'une question d'intérêt général^ qui ne peut laisser personne indifférent. Aussi, TUnion Coloniale française compte-t-elle sur le concours éclairé et patriotique de la Presse politique et médicale, qui peut tant pour le succès de la souscription.
Un compte spécial, portant le numéro 43330, est ouvert dès maintenant au Comptoir National d'Escompte de Paris, 14, rue Bergère, au nom de I'Institut de médecine coloniale.
C'est à cette adresse que les sommes souscrites devront être versées. Toute souscription, si minime qu'elle soit et d'où qu'elle vienne, sera accueillie avec reconnaissance. Les souscripteurs sont priés d'indiquer s'ils entendent verser une somme une fois pour toutes ou s'ils ont l'intention de donner une cotisation annuelle. Une pareille décision serait particulièrement bien accueillie, puisqu'elle assurerait à l'Institut des ressources permanentes
S&ectios du ProfASSaur Laveran A l'Académie des BoIcDoeB. — La Parasilologie est en fête : le Professeur A. Lavcran vient d'être élu membre de l'Académie des sciences, dans la section de médecine, en remplacement du Professeur Potain {iO mai 1901). Tous les vrais amis de la science applaudiront à cette élection, qui n'est que la juste consécration des découvertes mémorables par lesquelles s'est illustré le plus modeste et le plus laborieux des savants.
LE PROFESSEUR A. LAVERAN MeiienB bb l'acad£iiie dis kiences.
M. A. Laver AN est né le 18 juinltt45. Il commenta ses études médicales à la Faculté de Strasbourg, où II fut interne à l'bApital civil en 1866-1867. Entré dans le Corps de santé militaire, il devint docteur en médecine en 1867 avec une thèse intitulée : Itechtrehes expèrimentaU* sur la riginération des titrfs ; il y exposait des aperçus intéressants pour l'époque sur
les centres Irophiques des nerfs et y consignait le résultat d'ex|)érlences personnelles sur des lopins et des Pigeons.
Agrégé du Val-de-Gràce en 1874, M. Lavbran» après avoir terminé sa période d'enseignement, (ut envoyé en Algérie où il séjourna de 1878 a 1883 et où il se consacra exclusivement à Tétude du paludisme: cette élude devait l'illustrer et lui ouvrir les portes de l'Institut de France.
Nommé professeur à l'Ecole du Val-de-Gràce en 1884, il y occupa brillamment la chaire d'hygiène militaire et de clinique médicale jusqu'en 1894. Il avait été élu membre de l'Académie de médecine en 1893, membre correspondant de l'Académie des sciences en 1895. La Société médicale des hôpitaux de Paris, la Société de biologie, la Société de médecine publique, s'honorent de le compter parmi leurs membres. Il est en outre membre honoraire de l'Académie impériale militaire de médecine de Saint-Pétersbourg, de la Société médicale et chirurgicale de Londres et de la Société Zoologique de France. Ses travaux sur le paludisme lui valurent en 1889 le prix Bréant de l'Institut et la médaille d'or de Cothenius que décerne l'Académie des naturalistes de Halle.
Médecin principal de l'armée, officier de la Légion d'honneur, le professeur Laveran jouissait dans le Corps de santé militaire de la haute autorité à laquelle il avait tous les droits ; il préféra l'abandonner en 1897 et prendre sa retraite, pour se consacrer uniquement aui; études parasitologiques qu'il poursuit actuellement à l'Institut Pasteur, où il est chef de service honoraire.
Son œuvre scientiûque la plus importante est la découverte du parasite du paludisme. Il était chargé d'un service, en 1878, à l'hôpital de B6ne, quand son attention fut attirée par la mélanémie des paludiques. Il examina avec soin les granulations de pigment noir qui abondent dans le foie et les vaisseaux du cerveau et nota dans le sang, à côté des leucocytes mélanifères, des corps sphériques à mouvements amiboldes et des croissants pigmentés qu'il supposa, dès cette épof|ue, être des parasites. En 1880, à Constantine, 11 reconnut les flagelles de ces corps pigmentés, et la découverte constante de ces parasites dans le sang des paludéens, au moment des accès et en dehors de l'action de la quinine, rendit plus solide sa conviction que c'étaient bien là les agents du paludisme.
Il renversa ainsi les travaux de Kelsch et de Tommasi-Crudbli qui, dès 1879, attribuaient le paludisme à une Bactérie. En 188â, un voyage d'études en Italie lui permit de ne plus douter; les palustres de la campagne romaine avaient dans leur sang le même Hématozoaire que ceux d'Algérie. De nombreux savants confirmèrent sa découverte et l'Institut, en 1889, sur un rapport du professeur Bouchard, aujourd'hui son collègue à l'Académie des sciences, lui décernait le prix Bréant. En même temps, pour mieux connattrerhistotre naturelle de l'Hématozoaire, Laveran étudiait les antres Protozoaires analogues et parmi eux les Coccidies. Dès 1894, au Congrès d'hygiène de Budapest, il soutenait scientifiquement la probabilité du rôle de la transmission des parasites par les Moustiques. En 1883,
rAméricain Klng avait déjà émis cette hypothèse sur le rôle des Moustiques dans la Propagation du paludisme, mais sans établir cette idée sur aucune base solide. Depuis deux ou trois ans, Manson, Ross, Grassi et ses collaborateurs ont élabli d*une façon indiscutable la propagation du paludisme par les Moustiques du genre Anophèles, en reconnaissant que Laveran avait suscité leurs recherches.
Outre ses travaux sur le paludisme, qui le mettent au premier rang des savants de notre époque et dont les conséquences en feront un bienfaiteur de rbumanité, M. Laveran a fait de nombreux travaux sur les Hématozoaires endoglobulaires des animaux, sur les Sporozoaires et les Trypanosomes ; il a publié des mémoires sur la lièvre typhoïde abortive (1870), la tuberculose aiguë (1873), a écrit en 1875 un Traité des maladies et épidémies des ai^iéesy fait paraître, en collaboration avec le professeur TeissiER (de Lyon), des Nouveaux éléments de pathologie médicale, qui jouissent parmi lesétudianls d'une popularité méritée, comme le démontre le nombre de leurs éditions successives.
On doit encore à Laveran Tarticle Oreillons du Dictionnaire de Deohambre, Tarticle Maladies épidémiqu£S du Traité de ptithologie générale de Bouchard (1896), ainsi que deux petits volumes écrits en collaboration avec R. Blanchard, Les Hématozoaires de V Homme et des animaux (Bibliothèque Charcot et Debove, i8^).
Hygiéniste de premier ordre comme médecin militaire, il écrivit en 1896 un Traité d* Hygiène militaire où il a condensé son enseignement de dix ans au Val-de-Grâce.
Cette courte énumération suffît largement à légitimer son élection à l'Académie des sciences : il est un des rares médecins de notre époque dont le nom ne sera pas oublié.
Nomination. — A la suite d'un concours qui a pris fin le 19 juin, M. le D' Jules Guiart, chef des travaux pratiques de parasitologie à la Faculté de médecine de Paris et secrétaire de la rédaction des Archives de Parasitologie, a été nommé Agrégé d'histoire naturelle à ladite Faculté.
Archives de Parasitologie, IV, n* 3, 1901. 31
Tons les ouvrages reçus sont annoncés.
Généralités
J. Brault, Hygiène et prophylaxie dans les pays chauds, climatologie des pays chauds et tropicaux, son influence en patliologie. Annales d'hygiène publique et de méd, légale, in-8<> de 14 p., mai 1901.
Protozoaires
KCnstler et GiNESTE, Sur certains globules amiboldes de la cavité générale des Crustacés inférieurs. Procéiverbaiàx de la Soc. linn. de Bordeaux^ in-â" de 3 p., 20 mars 1901.
GiNESTB, Sur les a fil nités zoologiques des genres Pomp^o/yj;ta(Fabre-Doinergue) et Ktmstleria (Delage), parasites de la cavité générale des Géphyriens. Procèsverbaux de la Soc. linn. de Bordeaux, in-8> de 10 p. avec 10 pi., 20 mars 1901.
M. LChe, Ueber den Schrotausschlag der Schweine und das sogenannte a Coccidium fuscum ». Cenlralblalt fiir Bakteriologie, XXIX, p. G93-G93, 1901.
F. Marceau. Note sur le Karyolysus lacer larum, parasite endoglobulaire du sang des Lézards. Archives de Parasiiologie, IV, p. 1^-H2, 1901.
K. MiUHA, Amôbenbefund in der Punctionsflûssigiceit bel Tumoren der Peritonealhôlile. Mitlheiiungen der med. FacuUàt der k, Japanischen Unioersitàt zu Tokio, V, n- 1, ln-4' de 18 p., 1900.
M. Nevbu-Lemairb, Exposé des expériences du professeur B. Grassi sur la prophylaxie du paludisme. Archives de Paranitologie, IV, p. 233-239, 1901.
L. H. Plate, Ueber einen einzelligcn Zellparasiten {Chitonicium simplex) aus der Mantelhôhle von Chltonen. Zoologische Jahrbiicher, Systematik, V, p. 601- H06, Tafel 17, 1901.
R. Ross, Lellers from Borne on the new discoveries in ma/aria. Liverpool, in-i» de 20 p., april30th, 1901.
A. E. Shiplet, On some parasites found in Echinus esculentus L. Quarlerly Journal of m icroscopical science, XLIV, p. 281-290, 1901.
M. SiEDi.ECKi, Contribution à l'étude des changements cellulaires provoqués par les Grégarincs. Archives d'anatomie microscopique, l\, p. 87-100, 1901.
Mésozoaires
M. Caullert et F. Mesnil, Le cycle évolutif des Orthonectldes. C. B. de la Soc. de biol., 18 mai 1901.
Helminthologle en général
0. VON LiNSTow, Helminthen von den Uferndes Nyassa-Sees.ein Beitrag zur Helminthen-Fauna von SCid-Afrika. Jenaische Zeitschrift, XXXV, p. 409 428, Taf. XIII-XIV, 1900.
0. vonLinstow, Beobachtungen an Helminlhen des Senckenbergischen naturbis* torischen Muséums, des Breslauer zoofogischen Instituts und anderen. Archiv ftir mikroskopische Analomie, LVIII, p. 183- i 98, Ta f. VlII-IX, 1901.
Gestodes
0. FuHRMANN, Neue Arten und Gênera von Vogeltaenien . Zoohgischer ^»zetflréT,XXÏV,p. 271-273, 1901.
0. FuHRMANN, Bemerkungen ûber einige neuere Vogelcestoden. Cenlralhlatt fiir Bakteriol.,XXlX, p. 757763, 1901.
J. Gdiart, Parasitologie pratique. Le Ver solitaire. Bulletin des sciences pfuirmacologiqueSf IV, p. 113-117, 1901.
G. Mbssineo, Sul veleno contcnuto in alcune Tenie dell' Uomo. Rassegna internazionale délia medicina moderna^ I, in-S"» de 8 p., 1900.
G. Messineo, SuI veleno contenuto in alcune Tente deirUomo. Alti dell* Àccad, Gioenia di se, nat. in Catania, XIV, in-4* de 36 p., 1900.
H. B. Ward. Cestoda. Wood's Référence Handbook of the médical sciences^ revised édition, II. p. 779-794, 1901.
Trématodes
A. Looss, Nachtrâgliche Bemerkungen zu den Namen der von mir vorgeschlagenen Distomidengattungen. Zoologischer Ànzeiger, XXIII, p. (301-608, 1900.
A. Looss, Natura doceri. Eine Erkiârung und Begrûndung einiger Grundsàtze, welche inich bel meinem a Versucbe einer natûrlichen Gliederung des Genus Distomum Hetzius » geleitet haben. Cenlralhlatt fiir Bakteriologie, XXIX, p. 191 210, 1901.
A. Looss, Ueber einige Distomen der Labriden des Triestcr Halens, Cenlralhlatt fur BakleriologiCy XXÏX, p. 398-442, 1901.
Nématodes
A. Looss, Die Ankylostomafrage. Cenlralhlatt fiir Bakteriologie, XXV, p. 662- 669, 1899.
A. Rizzo, Sul modo dl adeslone dialcuni Nematodi parassiti alla parete intestinale dei Mammiferi. Rendiconti delta R, Àccad. dei titicéfi, p. 309-317, Roma, 1901.
Arthropodes
W. DuBRBuiLH, Pigmentation cutanée causée par \e Demodex folliculorum , Journal de méd. de Bordeaux, no 4, in-8<> de 6 p., 27 Janvier 1901.
A. Scott, Lepeophtheirus and Lernaa, London, in-8'' de 5i p. et 5 pi., 1901.
G. Parona, Nouveau moyen pour combattre et détruire la Moucbe do l'Olivier. Cosmos, 1901.
Bactériologie
Ed. Chaumier, La question de la vaccination, la vaccination à Paris, le vaccin àTAcadémie. Gazette des maladies infantiles, in-8o de 43 p., Paris, 1901.
A. Colomb, Note sur la conjonctivite diplobacillaire de Morax. Revue méd. de la Suisse romande, in-8o de 48 p., n* 12, 1899.
S. VON RAtz, Zwei Fàlle von malignem Oedem bel Pferden. Monasthefte fiir prakt. Thierheilkunde, XI, 1900.
W. Wtman, Beport of the Commission appoifUed by the Secrelary of the Trectsury for the investigation of plague in San-Francisco , Washington, in-8* de 23 p., 1901.
Mycologie
E. BoDiN et C. Lenormand, Note sur la production de caséase par un Strepto- Ihrix parasite. Annales de l'Institut Pasteur, p. 279-288, 190i.
A. Colomb, Un cas rare d'infection cornéenne (Icératomycose aspergillaire). Fondation Rothschild (C/int^ue ophtalmologique à Genève et laboratoire froctériologique du bureau de salubrité, in-S» de 48 p., Genève, 1901.
P. S. DE Magalhâes, Uma novidade de pathologia indigena, um easo autoch- Ihone de « piedra ». Rio-de- Janeiro, in-8« de 48 p , mars 1901.
A. Tavernier et G. Gérard, Un cas de lavus du scrotum. Journal des maladies cutanées et syphilitiques, in-8« de 4 p.. Janvier 1897.