‹ Archives de parasitologie (volume 2)Chapitre 86 sur 104 · LÉSIONS DU FOIE DÉTERMINÉES PAR LA PRÉSENCE DES DOUVES · texte numérisé non relu

LÉSIONS DU FOIE DÉTERMINÉES PAR LA PRÉSENCE DES DOUVES

Puisque je m'étais laissé devancer par un autre observateur, il me semblait donc inutile de publier à mon tour un mémoire sur un sujet désormais défloré, auquel je ne pouvais rien ajouter d'essentiel. Je ne serais certainement pas sorti de cette réserve, si la note de MM. Cornil et Petit ne me donnait l'occasion de préciser certains faits et de rectifier quelques assertions.

Ces deux observateurs parlent, en propres termes, « du remplissage de tous les canaux biliaires interlobulaires par les Distomes à tous leurs degrés de développement, depuis les œufs innombrables jusqu'aux animaux adultes ». Il y a, dans cette formule, une fausse interprétation des faits, qu'il serait fâcheux de laisser se propager, vu l'autorité légitime dont jouissent les publications des deux auteurs susdits.

Les Trématodes ne se rencontrent dans les canaux biliaires de l'Homme ou des Mammifères qu'à l'état de Vers adultes, qui pondent des œufs. Ceux-ci commencent à se segmenter dans l'appareil génital de la Douve, mais ces premières phases du développement sont très lentes et, chez beaucoup d'espèces, Fasciola hepaticay par exemple, ne vont même pas jusqu'à la constitution de l'embryon.

Contrairement à ce que laisse entendre la note de MM. Cornil et Petit, l'embryon est incapable d'éclore, ou du moins de poursuivre et d'achever son évolution dans l'organisme d'un être supérieur, tel que le Bœuf ou l'Homme. Il n'est donc pas exact de dire qu'on puisse jamais voir les Douves, dans les canaux biliaires interlobulaires, a à tous leurs degrés de développement, depuis les œufs innombrables jusqu'aux animaux adultes ».

Leur évolution est bien différente. Les œufs tombent dans l'intestin et sont finalement rejetés au dehors avec les déjections. Si les hasards de la dissémination à travers l'espace les amènent dans l'eau, ils y achèvent leur développement, déjà plus ou moins avancé dans l'organisme de leur hôte, puis mettent en liberté un Miracidium, embryon cilié qui nage dans l'élément liquide à la façon d'un Infusoire. Le Miracidium est condamné à une mort rapide, à moins qu'il n'ait la chance de rencontrer, au hasard de ses déplacements, un Mollusque qui puisse lui donner abri et dans les tissus duquel il puisse poursuivre son évolution. Les chances d'une pareille rencontre sont bien peu nombreuses, et c'est assurément pour parer dans la mesure du possible aux pertes résultant

de la mort de la plupart des Miracidium,lque la Nature a doué les Trématodes d'une fécondité excessive : sur le nombre immense d'œufs pondus par chacun de ces animaux, il en est du moins une petite quantité qui pourront arriver dans Teau des ruisseaux ou des étangs et y donneront naissance chacun à un embryon cilié.

Cette première condition favorable étant réalisée, et Ton voit combien de périls l'entourent, la suite de l'évolution de la Douve n'est nullement certaine. Il est indispensable, avons-nous dit, que l'embryon cilié pénètre dans le corps d'un Mollusque ; mais parmi les Mollusques d'espèce variée qui peuplent nos eaux douces^ tous ne sauraient convenir et jouer avec un égal succès le rôle d'hôtes intermédiaires à l'égard du Trématode. Il existe, au contraire, une spécialisation remarquable : pour s'en tenir aux Douves de nos pays, les seules d'ailleurs dont les métamorphoses compliquées soient actuellement connues, on sait que la grande Douve du foie (Fasciola hepatica), qui se rencontre chez le Mouton, le Bœuf et l'Homme, ne peut parcourir les phases diverses de son développement que dans le corps de la Limnœa truncatula, petit Gastéropode pulmoné qui abonde dans les ruisseaux et les eaux stagnantes de nos prairies ; on pense de même, sans en avoir encore une preuve absolue, que la petite Douve du foie (Dicroccdium lanceatum) va se loger dans le corps du Planorbis marginatus, autre Gastéropode pulmoné, qui vit dans les mêmes lieux que le précédent. Supposez qu'il y ait un chassé-croisé entre les Miracidium de nos deux Douves : aucun d'eux, n'ayant rencontré son hôte approprié, ne pourra se développer.

On conçoit donc que, même quand les œufs ont été entraînés par le vent ou la pluie jusque dans l'eau où vivent les Mollusques, les embryons ciliés aient bien peu de chances de rencontrer l'hôte qui leur convienne et de poursuivre leur développement. Aussi la Nature, pour assurer, malgré tous ces obstacles, la perpétuité de l'espèce, a-t-elle pris un véritable luxe de précautions, dont le Règne animal tout entier ne nous oflre qu'un très petit nombre d'exemples.

Sans entrer dans des détails trop techniques, indiquons rapidement les phases successives que traverse la Douve au cours de son développement.

Le Sporocyste dérive du Miracidium par une simple mue; il est

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