LÉSIONS DU FOIE DÉTERMINÉES PAR LA PRÉSENCE DES DOUVES
déjà logé dans les organes du Mollusque et produit, par un actif phénomène de bourgeonnement interne, un grand nombre de Rédies, qu'il met en liberté par simple déchirure de sa paroi. Chaque Rédie se comporte de même et donne naissance, par bourgeonnement, à une seconde génération de Rédies. II peut se produire ainsi, dans le cours d'une même saison et dans le corps d'un même Mollusque, un certain nombre de générations de Rédies qui dérivent toutes les unes des autres.
Finalement, la dernière de ces générations produit, parce même procédé de bourgeonnement interne, des êtres d'une structure très particulière, auquel on a donné le nom de Cercaires. Chaque Cercaire est finalement destinée à devenir une Douve adulte, par une métamorphose très simple que nous indiquerons tout à l'heure.
Au cours du développement des Trématodes, il se produit donc successivement plusieurs générations agames, qui ont pour résultat essentiel de multiplier dans des proportions considérables le nombre des individus jeunes, si bien que l'œuf de la Douve ne produit pas une Douve unique, mais bien un nombre très élevé de Douves. Les Cestodes nous présentent des phénomènes analogues, bien que morphologiquement beaucoup plus simples : tandis que le Cysticerque ou larve cystique du Taenia solium ne porte qu'une seule tête, d'où dérivera un seul Ténia adulte, le Cœnure ou larve cystique du Tmiia cœnunis porte plusieurs têtes, d'où dériveront tout autant de Ténias, et l'Hydatide ou larve cystique du Tœnia echfnococcus produit intérieurement, par un phénomène de bourgeonnement compliqué, un très grand nombre de têtes, dont chacune est capable de devenir un Ténia adulte.
Pourvues d'une longue queue et douées d'une grande agilité, les Cercaires quittent le corps du Mollusque, nagent dans l'eau, puis finissent par s'enkyster à la surface d'une plante aquatique. Un Mouton ou un Bœuf, qui viennent s'abreuver au ruisseau ou brouter l'herbe qui crott sur ses bords, vont donc pouvoir avaler les Cercaires, soit en déglutissant le Gastéropode qui les héberge encore, soit en buvant l'eau où elles nagent, soit en mangeant l'herbe où elles se sont posées. Le premier de ces procédés est sans doute hors de cause en ce qui concerne l'infestation de l'Homme, du moins par les Douves de nos pays, qui se développent dans des Mollusques non comestibles, mais il nous montre de quelle façon
peuvent nous aborder des Trémsrtodes lofi^és dans les tissus de Mollusques d'eau douce que, dans certaines autres contrées, on aurait rhabitude de manger crus.
Les deux autres provenances du parasite sont valables aussi bien pour THomme que pour les animaux, puisquMl suffit, pour sMnfester, de boire l'eau des étangs ou des ruisseaux, ou de manger les plantes, telles que le Cresson, qui y poussent normalement.
Arrivées dans l'intestin par l'un quelconque de ces trois procédés, les Cercaires remontent par le canal cholédoque jusque dans les canaux biliaires, perdent leurqueueet se transforment ainsi en jeunes Douves. Celles-ci n'ont plus qu'à grandir pour devenir adultes et aptes à pondre des œufs.
Telles sont, d'une façon concise, les métamorphoses que subissent les Douves du foie. On voit donc quMl ne saurait y avoir jamais dans les canaux biliaires que les Douves et Teurs œufs.
Dans aucun cas, les parasites ne sont capables de se multiplier dans le foie : quand il^ s'y rencontrent en nombre excessif, comme cela arrive souvent chez le Mouton pour la petite Douve {Dicrocœlium lanceatum) et chez l'Homme pour la Douve chinoise {OpUithorchis sinensw, leur grand nombre tient uniquement à des infestations répétées, continues, grâce auxquelles ils s'accumulent à eux-mêmes, d'autant plus que certaines observations de Douve hépatique {Fdsciola hepatica) dans l'espèce humaine démontrent que les helminthes de ce groupe sont doués d*une très grande longévité et peuvent rester des mois et des années dans les voies biliaires.
Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que l'organe hépatique ne reste pas indifférent en présence de parasites aussi nombreux, aussi permanents, et qu'il s'établisse, d'une manière lente et progressive, des lésions qui, avec le temps, pourront présenter un caractère d'exceptionnelle gravité.
Ces lésions, Schaper et Katsurada (1) les décrivent de la même
(i) Cet auteur désigne ù tort la Douve chinoise sous le nom de Distomum spathuiatum Leuckart. 1876. Cette dénomination doit être remplacée, pour des raisons de priorité, par celle de Diatomum sinense Cobbold, 1875. J'ai établi, en 1895, le genre Opisthorchis pour les Distomes chez lesquels les testicules sont en arrière de l'appareil génital femelle. Le parasite qui nous occupe rentre dans cette catégorie : son nom délinitif est donc OpUlhorchis sinensis (Cobbold, 1875) B. Blanchard, 1895.
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manière, le premier chez le Bœuf et le Mouton, le second dans l'espèce humaine ; MM. Cornil et Petit ont retrouvé ces mêmes lésions, et les préparations que je présente à l'Académie vont permettre à mes collègues de constater, chez le Mouton et chez THomme, en quoi elles consistent. Ces faits étant connus, j'en donnerai une très brève description.
Si Ton examine un foie de Mouton normal, non parasité, on constate que les lobules sont fusionnés les uns avec les autres, le tissu conjonctif étant ici réduit au minimum. I^s espaces interlobulaires qui, chez d'autres espèces animales, sont marqués par un amas triangulaire de tissu conjonctif, dans lequel rampent d'une part, les branches terminales de la veine porte et, d'autre part, les canalicules.biliaires sortant des lobules, ne sont indiquées ici que parla section de ces vaisseaux ou canaux, à lumière étroite, et autour desquels le tissu conjonctif fait h peu près complètement défaut.
Examinons au contraire une coupe d'un foie de Mouton envahi parla petite Douve (Dicroc(elium lancealnm) : l'aspect est bien différent. Il en est de méme^dans le foie d'Annamite envahi par la Douve chinoise : en sorte qu'on peut réunir en une même description les apparences constatées dans les deux cas.
Les lésions sont de deux sortes : elles portent tout à la fols sur les canaux biliaires et sur le parenchyme hépatique.
Les deux Douves que nous prenons comme types ont sensiblement la même dimension; VOpisthorchU sinensis, qui est le plus volumineux de ces deux Helminthes, a une longueur moyenne de 12 millimètres et une largeur de 3 millimètres. Quand ces Vers pénètrent dans les canaux biliaires, ils en obstruent complètement la lumière; l'obstruction est d'autant plus complète qu'ils sont plus nombreux et qu'ils remontent plus loin vers l'origine des canaux. Le premier résultat d'une telle invasion est donc la stase de la bile et consécutivemeot la dilatation des canaux. Ceux-ci acquièrent des dimensions considérables, en même temps que leur paroi, aussi bien dans sa couche épithéliale que dans sa couche conjonctive, subit de profondes modifications.
On s'accorde pour attribuer ces dernières à des causes purement mécaniques; il est certain que de telles causes jouent un rôle important, mais il nous semble difficile de méconnaître que les Douves ne se comportent pas simplement comme des corps étran-
gers.. En effet, notre collègue M. Railliet a démontré que la grande Douve du foie (Fasciola hepatica) se nourrit de sang, qu'elle puise directement dans les capillaires serpentant dans l'épaisseur des canaux ; on est donc conduit à admettre que les autres Douves, bien que de plus petite taille, ne sont pas sans agir, elles aussi, de la même manière sur la muqueuse des canaux biliaires. Il faut donc altribuer au parasite une large part dans la production des lésions, et cette conception est la seule, pensons-nous, qui rende compte d'une façon satisfaisante des modifications que Ton peut observer.
L'épithélium des canaux biliaires présente tous les signes d'une vive irritation catarrhale ; les mucosités qu'il déverse dans les canaux sont reconnaissables sur les coupes et contribuent encore à Toblilération de ceux-ci. Les glandes subissent une hypertrophie considérable, qui s'accentue progressivement et qui arrive à constituer un adénome très étendu, dont on chercherait vainement un exemple dans d'autres tissus pathologiques. Des canaux biliaires de néoformation se montrent en grand nombre à côté du canal principal, avec lequel ils communiquent du reste ; on peut donc voir sur une même coupe une sorte de nodule qui peut atteindre un diamètre de plusieurs millimètres et dans lequel on trouve côte à côte les sections d'un grand nombre de canaux. Tous ceux-ci présentent d'ailleurs les mêmes lésions, mais le canal principal, autour duquel sont venus se grouper tous les autres, est d'ordinaire le seul qui renferme les parasites. Ces derniers peuvent s'y trouver en nombre copsidérable ; il est des coupes sur lesquelles on voit trois et même jusqu'à quatre et cinq Douves accolées les uuqs aux autres.
La couche conjonctive des canaux biliaires a subi de son côté une prolifération très active. Elle acquiert progressivement une énorme épaisseur : elle refoule devant elle l'épilhélium et contribue ainsi à l'oblitération du canal ; elle refoule, d autre part, et comprime le tissu hépatique, qui va subir secondairement des lésions notables. Ce tissu conjonctif est formé de fibres, au milieu desquelles apparaissent des amas de cellules arrondies qui montrent que la prolifération est encore active ; on y voit également des vaisseaux sanguins qui résultent, sans aucun doute, d'une intensité plus grande de la circulation.
Cette poussée conjonctive, qui se manifeste autour du canalicule