SUR UN CAS DE MYASE HYPODERMIQUE CHEZ L HOMME
Le l«r avril, M. Goupil put obtenir, après de longues hésitations de la part du père, qui craignait qu'on ne conduisit sa fille à Rennes, Tautorisation d'examiner Tenfant et de reconstituer sur elle, à Taide des souvenirs de la famille et en se repérant sur un certain nombre de taches encore visibles (une vingtaine), le trajet eflectué par la larve. Le croquis ci-contre (fig. 1) reproduit le tracé qu'il a pu établir dans ces conditions. De la base du cou (1), le para-
Fig. 1
site s'est dirigé en ligne courbe vers le sein gauche (2), est remonté vers l'épaule gauche (3), est passé de Tépaule gauche à la droite en suivant une ligne sinueuse qui s'abaissait vers le milieu du dos (4), est descendu de l'épaule droite (5) sur la partie supérieure du bras (6), qu'il a marquée de piqûres nombreuses et serrées, a regagné l'épaule (7), s'est porté à la base du cou (8), enfin, à angle presque droit, est venu terminer sa course au-dessous de la nuque (9;. En comptant les sinuosités, la longueur du trajet parcouru peut être évaluée à 64 centimètres environ.
Informé de la trouvaille, M. le Professeur R. Blanchard consentit aimablement à déterminer la larve et reconnut en elle une larve au deuxième stade d'Hypoderma lineata de Villers, avec les caractères résumés par Railliet dans son Traité de Zoologie médicale et agricole (p. 773). Ses dimensions sont inférieures à celles indiquées d'après Curtice dans cet ouvrage, car elle ne mesure que 6^^ de longueur et l'°°'7 de largeur, mais j'ai été prévenu tout d'abord qu'elle avait considérablement diminué de volume à la suite d'un accident : en voulant la reprendre avec l'aiguille, sur le sol où elle remuait, on avait percé son tégument. Le séjour dans Talcool Tavait encore ratatinée.
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Déjà rencontré dans presque toutes les autres contrées de rSurope, Hypoderma lineata de Villers parait n'avoir pas encore été signalé en France. Sa découverte s'y ferait ainsi dans des conditions vi*aiment bien curieuses.
Dans son intéressante revue des Diptères culicoles de l'Homme, Dubreuilh (1), en 1894, n'a pas eu l'occasion de la citer. Les cinq observations qu'il a retenues et résumées de larves de Diptères trouvées dans la peau de l'Homme, dans toute l'Europe centrale, se rapportent à Hypoderma bofm de Geer et à Hypoderma Diana Brauer. Dans aucun de ces cas, les larves n'avaient cheminé sous la peau avant de produire les tumeurs furonculeuses au sommet desquelles elles se faisaient jour à un moment donné.
La manière dont s'est comportée notre larve d'Hypoderma lineaia rappelle bien davantage certains exemples de myase hypodermique relevés dans l'Europe septentrionale, en Irlande, Ecosse, iles Shelland et Norvège. Les cas analysés et groupés par Dubreuilh diffèrent cependant les uns des autres par des détails portant sur la durée et l'importance des troubles causés, sur la longueur du trajet accompli et surtout sur la nature et l'aspect des lésions (tumeurs périodiques, tuméfaction à déplacement continu, Irainée ecchymotique continue). Aucun d'eux n'est d'ailleurs le modèle exact de notre observation. Dans aucun d'eux, le parasite n'a été déterminé avec certitude, et rien, en somme, ne prouve qu'ils aient été tous l'œuvre d'une seule et même espèce de Mouche.
Par conséquent, le hasard nous fournit ici la première observation authentique, au moins en Europe, d'un Hypoderma linecua parasite de l'Homme.
J'ai consigné plus haut le fait que son hôte, se tenait journellement au milieu des Vaches. U vient à l'appui de cette opinion de Schôyen que c'est l'odeur de bonverie qui attire les Hypoderma sur l'Homme, sans toutefois contredire cette hypothèse de Brauer que les adultes ne déposeraient pas directement leurs œufs sur la peau de l'Homme, mais bien sur celle des animaux de leur choix, d'où les larves récemment écloses seraient ensuite transportées accidentellement sur l'Homme.
(1) W. Dubreuilh, Les Diptères cuticoles chez rHomme. Archives de tnédeetne expérimentale et d'anatofnie pathologique, VI, p. 328, 1894.
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On n'est pas encore fixé sur la voie par laquelle les larves des diverses espèces d^Hypoderma parviennent à s'installer sous la peau des Bœufs, des Cerfs et des Chevreuils. On a longtemps admis l'idée très simple qu'au sortir de l'œuf elles pénétreraient directement dans le tissu conjonctif sous-cutané. Actuellement, on tend à supposer (1) qu'elles seraient d'abord ingérées à la façon des larves de Gastrophiles et qu'elles accompliraient une phase parasitaire interne avant de revenir' à la peau. La théorie nouvelle repose sur des observations d'Hinrichsen et de Curlice, qui ont trouvé chez les Bœufs des larves jeunes dllypoderma dans la graisse interposée entre le périoste et la dure-mère spinale et dans les parois de Tœsophage.
En ce qui concerne l'Homme, elle ne parait pas toujours d'accord avec les faits. Joseph (2) ne rapporte-t-il pas le cas d'un Hypodetina Diana attiré par Todeur du sang menstruel et pondant, dans la région vulvaire d'une jeune Silésienne, des œufs d'où sortirent neuf larves qui, sans changer de région, parvinrent au dernier stade larvaire? Dans les autres cas cités d'Hypoderma bovis et d'Hypoderma Diana, les tumeurs, stationnaires, siégeaient soit dans le cuir chevelu (cas de Spring, trois tumeurs ù la fois), soit à la nuque (cas de Joseph, quatre tumeurs confluentes), soit au cou (cas de Barreta et Vôlkel), soit enfin sous Tœil (cas de Vôlkel), en un mot, en des points particulièrement accessibles pour la ponte, par exemple pendant le sommeil. En Norvège, Hoegh a, de même, noté à diverses reprises des tumeurs stationnaires situées à la tète et généralement au cuir chevelu. Les deux cas relatés par Joseph offrent surtout beaucoup d'intérêt, en raison du nombre de larves (neuf dans l'un, quatre dans l'autre) qui, par d'hypothétiques migrations au sortir du tube digestif, se seraient portées toutes précisément au même point, autour de la vulve ou, côte à côte, à la nuque.
Il est remarquable que, dans les cas de larves errant sous la peau observés dans l'Europe septentrionale, comme aussi dans 'celui de YUypoderma lineata de Ploôrmel, ces parasites manifestent une tendance à venir déboucher à la partie supérieure du corps,
(1) Railubt, Loco citaio, p. 769.
(2) Cité par DubrcniU).
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jusqu'à la tête ou à son voisinage. Mais, ici encore, il semble parfois hasardeux, étant donnés les points où elles peuvent faire leur première apparition sous la peau, de prétendre que ces larves ont dû pénétrer dans l'organisme par la bouche. Tel le cas cité par Mac Caïman d'une petite Écossaise de 9 ans, qui a commencé à souffrir au coude gauche. Tel aussi celui rapporté par Whittaker d'une jeune Irlandaise ayant présenté d'abord au niveau de la malléole externe droite une tumeur qui se déplaça graduellement le long de la jambe, de la cuisse et du tronc jusqu'à l'aisselle droite, redescendit au coude droit, remonta vers l'aisselle, atteignit le sein droit et, finalement, le côté droit de la nuque.
L'ancienne manière de [voir semblerait s'accommoder mieux que la nouvelle de ces exemples curieux, car, d'après la théorie récente, il faudrait, pour interpréter les faits, supposer que, grâce précisément à leur faculté locomotive extraordinaire, ces larves auraient commencé par s'égarer bien loin de leur but, dans leur marche à travers les organes profonds, et, dans l'état actuel de nos connaissances, ce serait grefler une hypothèse sur une autre.
Du reste, les observations d'Hinrichsen et de Curtice, qui ont ébranlé les idées anciennes, prouvent peut-être simplement que de jeunes larves d'Hypoderma^ écloses sur le cou ou le long de l'échiné des Bœufs, sont capables de s'engager assez profondément au-dessous du tégument, jusqu'au moment où, plusieurs mois plus tard, elles éprouvent le besoin de venir former tumeur à la surface du corps.