VIII. — Sur l'action pathogène des piqûres d*Argas
L'Acarien qui lait l'objet de cette communication est un animal platf coriace, d'une couleur sombre, ayant le dos creusé de sillons lorsqu'il est à jeun ; une fois gorgé de sang, il s'arrondit et les sillons disparaissent ; leur trace est marquée par de petites lignes pointillées. Comme beaucoup d'Acariens, il replie ses pattes quand on le touche et reste inerte jusqu'au moment où on l'abandonne à lui-même. Son abondance dans les endroits sablonneux et dans les habitations malpropres est absolument inimaginable. Je fis connaissance pour la première fois avec cet Argas à Biocobaba, dans le pays Somali : le sol en était jonché; les indigènes, m'en voyant récolter, commencèrent à discuter sur les effets de sa piqûre.
Les Abyssins le considèrent comme venimeux et l'accusent de donner, plusieurs jours après la piqûre, une fièvre intermittente intense, accompagnée de tremblements et de courbature. Un Mazaî, indigène du Kilimandjaro, alla se loger dans un endroit éloigné pour échapper, disait-il, à la fièvre que donne cet animal, qui est très abondant dans son pays. Les Gallas ont des croyances identiques. Des Missionnaires^ ayant séjourné longtemps dans les pays Gallas, m'ont affirmé avoir eu des fièvres intermittentes environ 8 ou 10 jours après être passés dans un endroit où les Argas les avaient fort incommodés. D'un autre coté, les Somalis, les Soudanais et les Sahouélis de l'escorte m'affirmèrent que les piqûres même répétées de cet animal ne donnent jamais la fièvre, mais fatiguent simplement par des saignées trop fréquentes.
Ne sachant trop que penser de toutes ces opinions divergentes, je résolus de faire quelques expériences. Convaincu par l'étude anatomique de plusieurs Argas que ces animaux ne contenaient, ni dans les glandes salivaires ni sur le tube digestif, de parasites anologues à ceux des Anophèles qui transmettent le paludisme, je me fis piquer sans aucun résultat, d'abord par une série de 7
Argas et quelques jours plus tard par une série de 36 Argas provenant d'un endroit fiévreux.
Pensant alors que TArgas devenait peut-être contagieux après avoir piqué un individu paludique, je fis piquer un Somali atteint de fièvre tierce par une vingtaine d'Argas et j'étudiai tous les jours l'état du sang avalé par ces animaux. Au bout de trois jours, les parasites avaient été complètement détruits. Je me fis piquer par six de ces derniers exemplaires, six jours après. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai encore eu ni fièvre ni Hématozoaires, bien que ces animaux m'aient piqué il y a déjà quinze jours.
Mes expériences me permettent de conclure que, d'une part, les Argas ne donnent pas la fièvre par leur simple piqûre et que, d'autre part, ils sont incapables de transmettre le paludisme, tout au moins la forme tierce. Il est certain que la croyance répandue en Abyssinie et dans d'autres contrées résulte d'une simple coïncidence entre l'existence du paludisme dans une région où se trouvent également des Argas. Cette coïncidence est d'ailleurs fréquente, car les régions sablonneuses qu'affectionnent les Acariens sont généralement sur le bord des vallées boisées et malsaines.
Je lis dans la Pathologie exotique de Le Dantec le passage suivant, relatif à un Acarien venimeux :
« Le British médical Journal a signalé la présence d'un Acarien venimeux dans la possession portugaise de Teté (Afrique). Les symptômes qui suivent généralement la morsure sont une fièvre intense et la dysenterie. Le mal n'est pas mortel en général et sa gravité est en rapport avec le nombre des morsures. Livingstone a mentionné cet hôte incommode, contre lequel on se protège en ne couchant point sur le sol et en faisant baigner les pieds du lit dnns du pétrole. Cet Acarien parait identique à VArgas Satignyi ou du moins s'en rapproche beaucoup, d'après Peacock (Revue scientifique). »
Ce passage me frappe d'autant plus que l'indigène du Kilimandjaro et plusieurs Sahouélis qui étaient allés à Teté m'ont affirmé l'identité de l'Argas de Teté avec celui du pays Somali et d'Abyssinie. Je crois donc que l'assertion du British médical Journal aurait besoin d'être vérifiée à nouveau et je crois qu'il y a eu dans le Zambèze la même erreur d'interprétation qu'en Abyssinie.
D'après les renseignements que j'ai pu obtenir ici, l'extension