‹ Archives de parasitologie (volume 3)Chapitre 75 sur 127 · I. — Le stirpe du Mucor corymbifer · texte numérisé non relu

I. — Le stirpe du Mucor corymbifer

Le Mucor corymbifer a été découvert par Lichtheim (1) en 1882 en abandonnant dans une éiuve à 37^ une décoction gélosée de pain ordinaire. Bien que ce savant ait démontré, par des injections intraveineuses chez un Lapin, que ce Champignon était pathogène et amenait rapidement la mort de l'animal, il n'avait cependant pas cru que l'on pouvait lui attribuer une importance pratique effective puisqu'il n'avait été signalé spontanément chez aucun animal. Diverses observations antérieures pouvaient cependant le conduire à penser que le rôle pathologique des Mucorinées n'était pas négligeable.

Sans insister sur les anciennes observations de Sluyter (2) et de Kûchenmeister (3) qui reposent probablement sur une confusion du Mucor Mucedo avec un Aspergillus, on peut dire que, dès 1876, on possédait deux observations extrêmement intéressantes de mycosis mucorinea.

Elles étaient dues à Fûrbrînger (4) qui vérifia la présence d'un

(1) Lichtheim, Ueber pathogène Mucorineen. Zeitschrift fur klin. Med.» VU, p. 147, 1882.

(2) Slutter, De vegetalibus orgcmismi animali parasitis. Berollni, 1847.

(3) KCcHENMBisTBR, Die in und an dem Korper des lebenden Menschen vorkommenden Parasiten. Leipzig.

(4) FOrbrinoer. Beobachtungen ûber Lungcnmykose bel Menacben. Virchow*» Atchiv, LXVl, p. 330. 1876. — 11 s'agit de deux malades étudiés par Fûrbringer. L'un meurt, à 66 ans, d'un cancer à l'estomac, généralisé à la peau, à la plèvre, au péricarde, au foie, au mésentère, à l'intestin ; à la dissection faite immédiatement après le décès, Fûrbringer trouve dans le poumon des fructlQcations d'un Mucor qu'il appelle Mucedo. Le second malade» âgé de 31 ans quand il entre à l'hôpital.

Mucor qu'il appelait M. Mucedo dans les poumons de deux individus morts à Thôpital. On ne pouvait certes pas affirmer avec certitude que la moisissure était la cause des lésions; il y avait même lieu de penser que la nécrose des tissus avait précédé l'envahissement du Mucor car deux foyers nécrotiques ne contenaient pas de mycélium. Malgré cela un fait était particulièrement frappant dans cette invasion fungique, Tabsence de fétidité, et ce caractère avait particulièrement frappé Fûrbringer. Quand on abandonne à Tair des liquides ou des tissus animaux, on sait que s'il y a putréfaction c'est qu'il n'y a pas de moisissure; les moisissures ne se montrent que lorsque la putréfaction est terminée ou quand elle n'existe pas : Bactéries et Champignons semblent donc s'exclure. Cette remarque importante pouvait tendre à faire admettre que les Mucorinées avaient pu jouer un certain rôle dans les deux cas précédents.

La détermination du Mucor Mucedo qui avait été faite dans ces circonstances était certainement inexacte et, petf après la publication du travail de Lichtheim, Lindt (1) émit l'opinion que l'espèce observée par Fûrbringer devait être \e Mucor corymbifer; la dimension des spores, 4 à 5 (jl sur 5 à 7 [i, ne s'accordait pas avec cette hypothèse ; en fait, c'était là une simple présomption.

Depuis cette époque, en 1885, Paltauf (2) fit une observation beaucoup plus importante qui mérite d'être rappelée avec précision. « Un Homme de 52 ans, dit Dubreuilh (3) dans son analyse très soigneusement faite de ce cas, depuis plusieurs années souffrait de l'estomac, et depuis une semaine vomissait presque tous ses aliments. )) A l'auscultation, a on constate des symptômes de bron-

est très cachectique, avec des symptômes d'ômphysème pulmonaire et d'entérite ; il meurt au bout de quelques jours et Taulopsie, outre les lésions de gastroentérite chronique et des poumons emphysémateux, révèle dans ces derniers organes, et de chaque côté, des infarctus de la grosseur d'une noix, d'un gris jaunâtre, à moitié liquéfiés, mais sans odeur fétide ; derrière l'un d'eux, un nodule d'un mycélium de Champignon présente les mêmes caractères que dans l'observation précédente, les sporanges étaient cependant pius jeunes.

(i) Lindt, Mittheilwigen, ûk)er einlge pathogène ScliimmelpUzc. Arçhiv fur experim, Path. «. Pharmak, XXI, p. 269.

(2) Paltauf, Mycosis mucorinea. Ein Beitrag sur Kenntniss der menschllcfaen Erkrankung. Vircflow's Àrchiv, ai, 1886, p. 543.

(3) Dubreuilh, Des Moisissures parasites de l'Homme et des animaux supérieurs. Archives de méd, expér,, 1891, p. 442.

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chite généralisée, bruits du cœur faibles mais sans altération, épigastre douloureux à la pression, foie augmenté de volume. Dans les jours suivants la lièvre s'allume, le foie augmente encore de volume, il survient de l'ictère, de la diarrhée, du ballonnement, de la tuméfaction de la rate et un état typhoïde accusé. Le malade meurt dans le coma neuf jours après son entrée à l'hôpital. »

L'autopsie du cadavre faite avec le plus grand soin, révèle un abcès au cerveau, des phlegmons au pharynx, des altérations notables des poumons^ des ulcérations de l'intestin grêle, de fausses membranes purulentes dans le grand épiploon, enfin une tumeur dans la rate.

Les tissus inclus dans la celloîdine, colorés à Téosine bématoxylique établissent l'existence d'une mycose généralisée des plus remarquables. Dans les poumons seulement, le Champignon avait fructifié et on y distinguait des sporanges d'unifucor que Paltauf a désigné, sans preuves suffisantes, sous le nom de Mucar corymbifer : les spores avaient 1 [jl 5 à 2 (jl 5, la columelle n'a pas été décrite.

Ce cas était démonstratif d'une mycose généralisée chez l'Homme où la Moisissure paraissait être la cause unique de la maladie ayant causé la mort. 11 est à regretter que des cultures et des inoculations n'aient pas été faites pour contrôler l'observation afin de vérifier expérimentalement qu'il s'agissait d'une Mucorinée pathogène et de préciser la détermination de l'espèce.

A côté de ces deux observations de Fûrbringer et Paltauf, que nous venons de rapporter et qui nous donnent, la première une présomption, la seconde, un argument très sérieux en faveur du rôle nuisible des Mucorinées, nous pouvons signaler des cas bien moins profondément observés mais cependant non négligeables dus à BoUinger, Schûtz, Reinhardt (1).

Le fait signalé en 1895 par Herla (!2) de l'existence d'un Mucor

(1) BeLLiNGER, Ueber Pilzkrankheiten bôherer und oiederer Thiere. ÀerUliches IfUelligenz-Blatt, XXVII, 1880. — Schûtz, Ueber das Eindringe von PUzsporen in die Athmungsweg. Mittkeilwigen aus dem k. Geswidheits Amtes^ II, p. 206. — ZûRN, Krankkeiten des Hausgeflugels, 1882.

(2) Hbrla, Note sur un cas de pneumomycose chez THomme. Bull, de l'Àcad, roy. de méd, de Belgique, (4), IX, p. 1021, 1895. ^ A ces exemples, on pourrait ajouter, mais avec un doute, celui signalé par Ck>hnbeim (Zwei Fâlle von Mykose der Lungen. Virchow*s Archiv, XXXIII, p. 157) que Paltauf a regardé comme se rattachant aux types de « pneumomyeosis mucorinea » ; mais la fructification

dans une pneumomycose humaine généralisée et très bien étudié ^au point de vue anatomique, nous parait très intéressant, mais la représentation du Champignon laisse réellement par trop à désirer.

En somme, toutes ces données montrent l'importance des Mucorinées parasites, mais elles n'établissent aucune que le Mucor corymbifer doive être plus incriminé que les autres espèces pathogènes Mucar ramosus, pusillus, Rhizopus rhizopodiformû et Rhizomucor parasiticus dont nous parlerons plus loin. Il est cependant quelques cas où Ton a déterminé dans ces dernières années avec plus de soin le rôle du Mucor corymbifer.

D'abord, on connaît trois cas au moins d'otomycose où le Mucor corymbifer a été reconnu. Ils ont été observés par Siebenmann (1), par Hûckel (2) et par Graham (3). Il y a tout lieu de penser que les déterminations ont été bien faites, Siebenmann notamment ayant fait une étude soignée au point de vue mycologique des Champignons qui attaquent l'oreille de l'Homme. >^

A ces exemples de maladies incombant au corymbifer, nous pouvons ajouter un fait signalé encore par Siebenmann (4j et tendant à prouver que cette espèce a pu jouer un rôle également néfaste. Mais ce résultat, ajoutons-nous immédiatement, est loin d'être démontré, car la Moisissure n'était pas seule. Il s'agissait d'une femme morte à 49 ans, à l'hôpital^ qui était atteinte d'une maladie invétérée de la bouche et du nez. Il y avait sur l'arrière-chatnbre du nez, près de la gorge, une croûte ronde qui était couverte d'une masse fongique

n'a pas été observée dans ce eas. l\ semble bien qu'il ne s'agit pas pas d'un Àspergillus^ mais c'est une remarque négative qui ne nous renseigne pas exactement sur le parasite.

On connaît d'ailleurs d'autres cas indéterminés de mycose humaine. BostrÔm {Berliner klin, Wochensch. 1886) a relaté deux cas de mycose localisée aux poumons chez deux malades atteints l'un de péritonite tuberculeuse, l'autre de tuberculose pulmonaire. Obhaszov et Petrov {Centralblatt fur Bakt,^ 1890) décrivent dans le poumon, à cété de lésions de l'actlnomycose, un réseau de filaments mycéliens.

(1) Siebenmann, Die Schimmelmykose des Meruschen Ohres. Wiesbaden, 1889.

(2) HCcKEL, Zur Kenntniss der Biologie des Mucor corymbifer, Ziegler und Nauwerk's Beitràge zur path\ ÀnaL und Phys.^ p. 115, 1884.

(3) Grahah, Mucor corymbifer in the oxtemal auditory meatus. Lancet, 11, p. 1379, 1890.

(4) Siebenmann, Ein zweiter Fall von Schimmelmykose des Rachendâches. Monatsbericht fur Ohrenheilkunde, 1889.

Archives de ParasiMpgie, IV, n« 3, 1901. 24

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de deux teintes, Tune gris-verdâtre, l'autre blanche. La partie blanche était uniquement composée du Mucor précédent, mais, sur la partie verdàtre il y avait VAspergillus fundgatus et r.4. nidulans.

On voit donc, en somme, d'après tout ce qui précède, que le rôle pathologique des Mucorinées est loin d'être négligeable. Il est peutêtre beaucoup plus important qu'on ne le soupçonne. Tout ce qui concerne l'histoire de ces |)arasites ne saurait donc laisser le médecin indifférent.

Ayant eu dans ces derniers temps l'occasion de rencontrer deux Mucorinées pathogènes qui nous ont paru intéressantes, nous nous sommes livrés à l'élude attentive de leur histoire et ce sont les résultats de ces recherches que nous voudrions exposer ici.

Nous désignerons les deux petites espèces du stirpe Mucor corymbifer que nous avons eu l'occasion d'étudier sous les noms de Truchisi et Hegnieri, des noms des propriétaires des animaux chez lesquels ces formes ont été découvertes.

I. — La forme Truchisi a été obtenue en mettant en culture des croûtes épidermiques recueillies au niveau des lésions d'un Cheval atteint de teigne d'été causée par le Trichophyton minimum (Le Calvé et U. Malherbe) (1), affection dans laquelle, d'ailleurs, il n'y a aucune raison de croire qu'il jouait un rôle quelconque.

Les caractères extérieurs de cette espèce pathogène sont très spéciaux et elle se reconnaît aisément à l'œil nu. Elle remplit les tubes de culture à peu près complètement d'un feutrage de filaments blanchâtre ou gris très faible qui devient un peu plus accusé dans les cultures âgées sur milieux solides (pomme de terre, navet, etc.); en général le feutrage blanc garde cette teinte partout (si l'on n'a pas affaire à une culture trop ancienne) sauf à la partie supérieure qui devient assez rapidement grise, et cela par conséquent dans la région qui demeure au contact de l'air, la moisissure étant très étouffée dans les autres points par l'excès de puissance végétative.

Si l'on a employé pour le semis des tubes étranglés avec pomme de terre, contenant une certaine quantité d'eau au-dessous de l'étranglement, on ne larde pas à voir le mycélium s'étendre

(1) Archives ae Parftëitoiogte, II, 18*J9.

vers le bas et envahir complètement le compartiment inférieur du tube.

Les caractères extérieurs du Mucor Regnieri ne sont pas moins nets et différents de ceux que nous venons de décrire. Sa puissance végétative est beaucoup plus faible, aussi son mycélium ne remplitil qu'incomplètement les tubes de culture; par contre sa puissance de reproduction est plus grande et il fructifie très abondamment dans toute la longueur du tube, de sorte que la teinte des cultures est très dissemblable de celle que nous avons signalée dans le Mucor Truchisi : elle est très rapidement d'un gris très faiblement nuancé de bleuâtre. La couleur est uniforme parce que l'air peut circuler entre les filaments beaucoup plus lâches. Si Ton cultive sur pomme de terre, en tube étranglé, la faible vigueur végétative se traduit par un fait assez significatif car le mycélium n'envahit pas l'étranglement inférieur.

Ce sont là, semble-t-il, des différences d'aspect assez notables, et, en cultivant des espèces de Mucorinées non pathogènes très variées, bien souvent on n'en a pas de plus grandes. La seconde forme avait été cependant recueillie comme la première sur un Cheval appartenant à une autre écurie et présentant une teigne d*été analogue.

Les différences très frappantes que nous venons de signaler entre les cultures précédentes que nous pouvons qualifier d'adultes se manifestent déjà entre des cultures plus jeunes, par exemple eu comparant des tubes ensemencés sur milieu solide (pomme de terre, navet, etc.) qui ont été placés à 25° pour que le développement soit un peu ralenti. En comparant les Moisissures faiblement développées au bout de trois jours, on remarque que dans cinq tubes de Truchisi le mycélium est très lâche, quoi qu'il soit déjà apparent sur tout le substratum et quoi qu'il soit entièrement blanc, à peine gris en haut. Dans six tubes de Regnieri, sauf de très légères variations, le mycélium est à peine développé au-dessus du milieu solide, mais partout les fructifications sont déjà d'un gris accusé.

II. — Vétude microscopique confirme ces différences d'une manière tout à fait frappante. Examinons deux cultures à 25<> de six jours sur milieu solide (pomme de terre, etc.).

Si nous comparons, par exemple, les deux séries de dessins faits

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