II. — Rhizomucor parasiticus
Dans les mémoires ayant trait aux Mucorinées pathogènes dont nous avons parlé dans ce qui précède, celui de Fûrbringer comme celui de Paltauf qui sont les plus importants, il est question seulement de la découverte du parasite après la mort ; bien souvent même le Champignon est signalé après Tinclusion des pièces anatomiques dans le compost qui en permet Tétude microscopique, en excluant par cela même la culture de l'espèce nuisible.
On peut, il est vrai, suivre une méthode très différente qui consiste à étudier et à déterminer la nature du parasite avant le décès. On ne saurait trop recommander cette recherche : elle est destinée à fournir ultérieurement les données qui manquent encore à rheure actuelle sur l'importance relative des Mucorinées et des Aspergillées dans les pseudo-tuberculoses; elle fera probablement découvrir pour les Mucorinées de nouvelles espèces pathogènes qui avaient échappé jusqu'ici à Taltention des observateurs. Elle permettra, en outre, ce qui est le plus important peut-être, de séparer les pseudo-tuberculeux des tuberculeux véritables.
Coppeii Jones (2) en examinant les expectorations des phthisiques à Davos, en 1893, a très fréquemment constaté la présence de Champignons développés autour de fibres élastiques rejetés avec les crachats. 11 est disposé, il est vrai, à les comparer aux filaments de VActinomyces, mais rien ne prouve que cette interprétation soit exacte dans tous les cas. Il dit qu'il les rencontrait
(1) LucET et CosTANTiN, RHizomucor parasiticus, espèce pathogène de rUomme. Reru£ générale de botanique, XII, p. 81-99» avec une planche, 1900.
{i} CoppBN J0NB8, Ueber elnen neuen, bel Tuberkulose hàufigen FadenpUi . Cefitralblatt fur Bakter., XIII, p. 697, 1 pi., 1S93. — Ueber die Morphologie und systematisclie Stellung des Taberkelpilzes und ùber Kolbenbildung bel AcUnomycose und Tuberculose. Centralblatt fur Bakt,, XVII, p. 70, 1S95.
dans la proportion de 30 pour cent. Il est vrai qu'il prétend qu'il faut attribuer au Bacille de Koch la propriété de se présenter souvent sous un aspect fungique ; mais nous ne pensons pas que ceci soit rigoureusement établi.
Il est donc du plus haut intérêt de chercher à déterminer la présence des Champignons pathogènes sur le vivant lorsqu'il s'agit de pseudo-tuberculeux chez lesquels le Bacille de Koch n'existe pas.
Une pareille recherche a d'ailleurs été faite pour l'Aspergillose déjà très anciennement et, dès 1842, Bennett (1) observa VAspergillus fumigatus dans les crachats d'un malade chez lequel il retrouva la moisissure après la mort dans les cavernes creusées dans les poumons. De telles observations, faites ainsi pendant la vie et confirmées o post mortem », ont d'abord été rares mais elles se sont heureusement multipliées dans ces dernières années.
Remak (2), en 1845, a écrit l'histoire d'un pneumonique dans les crachats duquel il vit des filaments ramifiés, qui étaient évidemment des tubes mycéliens.
Fûrbringer a fait, en 1876, une observation clinique de ce genre très complète suivie d'autopsie. Dans les expectorations du malade, il trouva des filaments de mycélium et des spores et, à la dissection, il constata la présence dans les deux poumons de cavernes et de nodules renfermant le Cjiampignon. Il est vrai qu'il prétendit que le parasite était VAspergillu$ niger de Van Tieghem, mais rien ne prouve que sa détermination était exacte et qu'il ne s'agissait pas de VAspergillus fumigatus pathogène pour un grand nombre d'aqimaux, alors que le premier ne l'est pas.
Un autre cas très intéressant a été signalé par Falkenheim (3). La présence du parasite avait été observée sur un malade et il y avait tout lieu de craindre de redoutables conséquences; par bonheur le patient expectora, à un moment, une masse solide composée surtout de filaments mycéliens ; a la suite de cela, il se trouva complètement guéri.
Depuis cette dernière observation, les exemples de diagnostic d'aspergillose par l'examen des crachats se sont beaucoup multi-
{!) Bennett, Transi, of the royal Soc, of Edinburgh, iBdit. (2) Remak, Diagnostische und pathohgische Untersuchufigen, 1845.— Signalons une observation analogue de Rother, Charité Annalen.^ IV, 1877. |3) Fai^kenheim, Berline r klin. Wochenach.^ 1882, n» 49.
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plies comme en témoignent les recherches de 0l8er(i), Popofl (2), Dieulafoy, Chantemesse et Widal (3), Potain (4), L. Renon (5), Gaucher et Sergent (6), Lucet (7), etc.
Personne jusqu'ici, en employant cette méthode, n'avait signalé la présence de Mucorinées, nous allons voir que le cas du Hhizomucor modifie cette situation.
C'est le docteur Lambry de Courtenay (Loiret) qui a observé la malade atteinte du parasite que nous avons étudié et nous ne saurions mieux faire que de rapporter ici fidèlement la note qu'il a bien voulu nous communiquer des observations faites par lui sur cette femme en décembre 1898.
Note de M. le docteur Lambry
a Madame N-A., 30 ans, mariée, pas d'enfants, malade depuis dix-huit mots, a subi sans succès divers traitements pour une maladie dite d'estomac;
u De taille moyenne, plutôt maigre, peu colorée, physionomie mobile, agitée par un tic des paupières et un spasme des commissures des lèvres, regard fuyant, aspect hystérique ;
» Régulièrement réglée, sujette au moment de ses époques à des poussées conjestives de la face ;
1) Cinquième enfant de père et mère vivants et bien portants, a perdu une sœur mariée, morte à 35 ans de tuberculose à marche rapide, les autres enfants n'ont aucune tare apparente ;
» Pendant l'hiver 1889, cette femme est tombée à Teau, il en serait résulté, dit-elle, un long rhume guéri sans aucun traitement ;
» De 1889 à 1895 n*a plus jamais toussé ;
» En avril 1895, à la suite d'une violente émotion. Madame N-Â. ayant dû accomplir un long trajet, à pied, la nuit, dans la neige, a été prise de vertiges, d'étouflements, de palpitations ;
» Lentement l'appétit a disparu faisant place à un état nauséeux persistant avec sensation de pesanteur à l'épigastre.
» La toux apparaît en juin 189S, le matin seulement, elle est sèche, quinteuse, accompagnée d'une expectoration très rare.
(1) Olser. Tramact, of the pathol. Soc. of Philad., 1887.
(2) PoPOFF, Un cas de Mycosis aspergillina. Varsovie, 1878.
(3) DiEULAFOT, Cbantemksse, Widal, Bulletin médical, p. 748, 1890
(4) Pot AIN, Union médicale, n*» 38, 1891.
(5) L. Renon, Recherches cliniques et expérimentales sur la pioduction des pseudotuberculoses aspergillaires. Paris, 1893 et années suivantes.
(6) Gaucher et Sergent, Bull, de la Soc. des hôpitaux de Paris, p. 51i, 1894.
(7) LucBT, De l'Àspergillus fumigatus chez les animaiLX domestiques. Paris,
COlfTRIBUTIONS A l'ÉTUDE DBS MUCORINÉES PATHOGÈNES 387
» Â aucun moment de sa maladie Madame N-Â. n*a eu de frissons, de sueurs, ni de fièvre.
B La malade accuse une gène récente en avant, du côté droit de la poitrine, entre la clavicule et le sein ;
» Elle souffre d*une douleur spontanée au niveau du bord spinal de' Fomoplate du même côté ;
0 Elle définit ainsi la gène qu'elle éprouve : C'est un chatouillement continuel, « quelque chose qui m*aiguillonne dedans », et elle porte la main au-dessus du sein droit;
» Quelques mois plus tard, ces mêmes symptômes s'étendront à la même région du côté gauche ;
» Pas d'enrouement : le pharynx et Tamygdale droite sont le siège d'une rougeur diffuse peu intense, pas de granulations pharyngées;
» Cette malade n'a jamais eu d'épistaxis ni d'hémoptysie, même à l'époque des congestions menstruelles qui lui causent des bouffées de chaleur à la face.
» La langue est étalée, saburrale; l'appétit capricieux; les quintes de toux du matin occasionnent des nausées qui ne se reproduisent jamais dans la journée; la dentition est en bon état.
» Â la percussion pas de modification appréciable de l'élasticité ni de la sonorité;
» A l'auscultation, à droite, dans le tiers supérieur, l'inspiration est rude, nettement saccadée, divisée en deux temps égaux, l'expiration est à peine perceptible et n*est pas sensiblement prolongée ;
» Quelques sibilances se font entendre en avant, quelques râles fins, secs à l'inspiration seulement en arrière, entre l'angle supérieur de l'omoplate et la gouttière vertébrale;
)) Je constate en avant et en arrière, à droite, une pecloriloquie aphone manifeste, elle existe également à gauche mais moins accentuée, et de ce côté ne s'entendent ni râles, ni sibilances.
B Les crachats sont rares, expulsés le matin seulement par quelques quintes de toux qui n'ont lieu ni le jour, ni la nuit; ils sont compacts, très mobiles, faits de mucus dense, peu aérés, et colorés par de petits flots d'un gris bleu pâle.
» Ces symptômes, rapprochés des antécédents héréditaires, imposent l'idée d'une tuberculisation à marche lente, accompagnée de troubles gastriques chez une névropathe.
0 Cependant la toux se manifeste le matin seulement, elle est suivie de Texpulsion de crachats très rares et d'un aspect et de coloration insolites ».
Voulant déterminer la nature de ces expectorations singulières, le D' Lambry en confie Texaraen à M. Lucet, en vue d'y rechercher le Bacille de Koch. Les crachats recueillis dans un tube à essai ont un aspect muqueux assez caractéristique sur lequel la
388 LUCET ET GOSTANTIN
malade avait attiré l'attention du médecin. Leur CQuleur est gris bleuâtre et ils offrent, en outre, des tratnées plus grises semblant forméjBs par des amas de très fines granulations réunies en tas.
Les méthodes classiques d'Ehrlich et de Kùhne ne révèlent pas l'existence du Bacille de Koch, mais des globules sphériques pourvus de prolongements s'observent, rappelant ceux qu'on voit dans Taspergillose. L'examen de nouveaux crachats, fait quelques jours après, met en évidence (par coloration à la thionine phéniquée) la présence : l^ de spores intactes ; *> de spores en voie de germination ; 30 de fragments de mycélium jeune. Des cultures faites en liquide Raulin donnent d'emblée à l'état de pureté le Rkizomucor parasiticus.
La présence de ce Champignon n'était pas accidentelle, car de nouveaux examens faits une première fois huit jours plus tard, une seconde fois trois semaines après, donnèrent le même résultat à l'ensemencement.
« Recueillis fréquemment, continue M. Lambry dans son rapport, parfois en ma présence, dans des tubes stérilisés, bouchés à l'ouate, les crachats restant négatifs quant au bacille de Kocb, le traitement n*aura plus en vue que la présence du Mucor toujours très abondant et l'état de neurasthénie. x>
11 y avait donc lieu d'essayer de traiter la malade par la méthode de l'arsenic et del'iodure de potassium qui avait été recommandée en pareil contre l'aspergillose [Lucet (1) etRenon (2)]. C'est ce que m M. le D' Lambry.
« L'iodure de potassium administré au début étant mal toléré, il fallut y renoncer, et le remplacer par diverses préparations arsenicales : granules d'arséniate de soude, d'acide arsénieux, sirop de phosphate de chaux arsénié, liqueur de Fowler; préparations associées aux amers et à Thémoneurol Cognet, jusqu'au retour de ]*appétit et au relèvement de l'état général.
(1) Ad. Lucet, De l'Àspergillus fumigatus chez les animaux domestiques, Paris. 1897.
(2) Rénon, Etude sur l'aspergillose chez les animaux et chez l'Homme. Paria, 1897. ~ Herterich, en 1880, ayant constaté la présence de YAspergillw fumigatus chez un malade par l'inspection des crachats et l'inspection de la trachée au miroir, prescrivit des inhalations d'iode qui amenèrent la guérlson {Àertzliches Intelligenzblatt, 1880).
0 Lente au début, l'amélioration s'accentua après deux mois de tâtonnements; Tappétit revint, la toux fut moins quiuteuse, plus rare, les crachats perdant progressivement leur coloration vert bleuâtre ».
Pendant cette période de traitement, les crachats de cette femme furent examinés un nombre de fois assez considérable, à des intervalles plus ou moins éloignés et l'ensemencement des milieux nutritifs donna des résultats positifs en grand nombre. Quelques essais cependant restèrent infructueux, mais ils furent relativement rares dans les premiers mois du traitement ; c'est plus tard seulement qu'ils devinrent plus nombreux et finirent de même par être la règle, à mesure que l'amélioration se manifestait avec plus de netteté dans l'état de la malade.
« I^ malade en décembre, reprend M. Lambry, pesait 49 kilos; elle atteignait 54 kil. 500 en février et 58 kil. en juin ;
» Elle se remit à l'ouvrage qu'elle avait abandonné depuis plusieurs années.
» A la fin de juin, je recueillis quelques crachats très teintés de noir, M. A. Lucet n'y trouva que des particules de charbon et de très rares filaments très grêles du Mucor,
» En juillet, l'état de la respiration peut être considéré comme satisfaisant, les bruits anormaux ont entièrement disparu et la peCtoriloquie aphone n'est plus perceptible.
» Non seulement la malade suffit aujourd'hui aux soins de sa maison mais elle a repris 1,'alimentation habituelle de nos campagnes. »>
Ayant déjà décrit ailleurs les caractères principaux qui permettent de définir la Moisissure cause de l'affection précédente (1), nous ne mentionnerons ici qu'un oertain nombre de faits intéressants de son histoire.
Cultures. — La culture du Rhizomucor est facile. 11 pousse dans un très grand nombre de milieux variés et, à ce point de vue, on peut les distinguer en trois groupes d'après leurs qualités nutritives. Ceux où le Rhizomucor se cultive bien; ceux où la récolte est moins abondante; ceux enfin dans lesquels le Champignon pousse mal.
Au premier groupe, appartiennent tous les milieux sucrés,
(1} LuGET et GosTANTiN, Comptes rendus de VÀcad. des êc.^ 1899 et Revue de botanique, 1900,
d90 LUCET ET COSTANTIK
neutres ou légèrement alcalins ou acides, ou sucrés et glyo&rmés, ou riches en fécule avec les mêmes réactions. Tous les bouillons, gélose ou gélatine, glyco-gjycérinés, lactoses se comportent de même ainsi que Teau de malt, Teau de levure. La pomme de terre est aussi un milieu riche ainsi que les milieux à la pomme de terre (bouillons, gélose) de même que les bouillons de Choux, d'Asperge, etc.
Dans le second groupe rentrent les bouillons de peptone, les milieux fortement alcalins ou acides.
Dans le dernier groupe, on peut classer tous les sérums coagulés (sérum de sang de Bœuf, de Cheval, de Mouton, de Dindon), le sérum pleurétique de THqmme, le liquide amniotique; le blanc d'onif ; les pommes ou poires à cidre; mais ces derniers milieux deviennent meilleurs si Ton y ajoute un peu de glycose ou de gly cérine. Du reste, il est possible d'obtenir quelques cultures, peu abondantes, il est vrai, mais néanmoins assez développées dans r«au ordinaire sucrée à 7 ®/o ou glycosée à 5 Vo et glycérinée à 10 «/o.
Les cultures£ur milieux solides s'obtiennent avec plus de rapidité que sur les liquides. Dans ceux-ci, les spores tombent souvent dans la profondeur du liquide et donnent naissance à un mycélium immergé dont la croissance est lente; ce mycélium forme des flocons ouatés, très déliés, très légers, et ce n'est que peu à peu que le mycélium gagne la surface où il s'étale en une membrane qui fructifie. Sur milieux solides, la membrane basilaire est rapidement formée et le temps nécessaire à la fructification est plus court.
Cultivé en goutte suspendue, sur platine chauflante à 37o, dans un milieu favorable, on constate au bout de 5 à 6 heures que les spores ensemencées sont devenues le double ou le triple de ce qu'elles étaient. De leur circonférence partent des bourgeons en forme de doigt de gant, en nombre variable. Au bout de ti heures, les têtes sporifères apparaissent; après 27 ou 30 heures, on voit les spores à rintérieur, puis la transparence diminue et fait place à une teinte brunâtre due à la cutinisation des sporanges. Ceux-ci sont disposés en grappe corymbifère insérés sur le côté d'un axe principal; ces sporanges secondaires sont en nombre variable de 1 à 5, mais le plus souvent il y en a deux ou trois sur une tige dressée.
CONTRIBUTIONS A l'ÉTUDE DES MUCORINÉES PATHOGÈNES 391
Étudié en masse, le développement sur liquide est le suivant quand il reste des spores à la surface. A S?"", la culture apparaît au bout de 12, 15 ou 18 heures, sous forme de petites touiles duveteuses, blanches, à filaments soyeux, s'élevant peu au-dessus du substratum nourricier. Au bout de 24 heures, les têtes sporifères commencent à être bien développées ; aussi dans les parties centrales de chaque touffe la teinte devient bleuâtre. Après 36 heures, la teinte générale de la culture qui a continué à s'accrottre est devenue gris de souris. Vers le troisième ou quatrième jour, la nuance de toute la culture est franchement grise et à sa surface, qui est régulière, apparaissent quelques gouttelettes d'un liquide limpide ayant l'aspect de gouttes de rosée. Les jours qui suivent la teinte devient gris roux, les gouttes de rosée augmentent. L'ensemble de la fructification acquiert quelque tendance à s'immerger. Le milieu reste limpide, mais se colore peu à peu en rougeâtre.
Si toutes les spores, par agitation du liquide, étaient tombées au fond du vase, les phénomènes précédents seraient retardés jusqu'à la fructification à la surface du liquide.
La température a une influence sur le développement des cultures. Le Champignon commence à se développer à 22"*. A cette température, la culture est un peu plus leute à partir, mais elle fournit encore avec un temps un peu plus long un beau développement des appareils fructifères.
A 25o et 26®, le développement est plus rapide et le mycélium plus compact. A 30^, les cultures deviennent encore plus faciles, mais c'est vers 38 et 40o qu'elles ont lieu avec vigueur.
A 51«-52o les cultures sur milieux solides prennent des caractères très spéciaux qui permettent de les distinguer aisément des cultures normales ordinaires. Le mycélium reste blanc dans la partie inférieure de la culture, il ne prend une légère teint© grise que dans la région supérieure. C'est là qu'est la fructification, assez abondante. On l'y voit déjà nettement accusée au bout de trois jours et les caractères de coloration sont ceux que nous venons de signaler. Ils se maintiennent ainsi indéfiniment.
A une température plus élevée 55-56®, la nuance grise précédente s'atténue de plus en plus et la nuance blanche s'étend au contraire.
392 LUCET ET GOSTANTIN
On remarque dans ces cultures à températures élevées (50-52»), que Tatténuation de la puissance reproductrice est d'abord accompagnée d'un accroissement de la puissance végétative. Dans les tubes ordinaires de culture, le Bhizumucor forme un gazon bas, fructifié partout; ici la partie inférieure qui demeure blanche s'accroît beaucoup plus, atteint le verre du tube de culture et forme un lacis de filaments qui tendent à rendre plus difficile le passage de l'air. C'est encore en partie pour cela que le caractère et l'aspect de la culture change et qu'elle est fructifiée et grise seulement en haut. Ces différences sont intéressantes à constater parce qu'elles s'accordent avec celles que nous avons eu l'occasion de signaler plus haut entre les deux petites espèces de Mucor corymbifer. L'une, le Truchisi, ayant une puissance végétative plus grande, l'autre, le Regnieri, ayant une puissance de reproduction plus forte. Or nous avons constaté que la variété Truchisi végète à des températures plus hautes que l'autre, ce qui est tout à fait d'accord avec ce que nous avons signalé ici. On est donc tenté de conclure que les hautes températures contribuent à diminuer la puissance reproductrice en accroissant la force du mycélium, et il n'est pas invraisemblable d'admettre que la variété Truchisi a été ainsi adaptée à des températures plus élevées.
De là, on peut être induit à rechercher si le caractère que nous venons de signaler est capable de se fixer avec les générations. Jusqu'ici, en maintenant la température constante pendant un petit nombre de générations, une dizaine, nous ne sommes pas arrivés à constater une fixation des caractères, mais nous ne désespérons pas d'y parvenir.
En maintenant ainsi pendant sept générations les cultures à 53o- 54"* nous avons vu l'atténuation de la teinte grise aller en progressant. Dans ces cultures, la dessiccation vient d'ailleurs souvent ajouter ses effets à la température et le mycélium tend à devenir chétif dans ces conditions. On voit alors, fait qui ne se produit jamais sur les milieux ordinaires, que le substratum solide n'est pas envahi à sa partie inférieure. 11 arrive aussi que le mycélium se développe par places.
L'aération large et continue des milieux de culture utilisés est nécessaire pour obtenir une abondante et rapide récolte, ainsi qu'il
CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DES MUCORINÉES PATHOGÈNES '3m
est facile de s'en rendre compte en répartissant le même milieu nutritif dans deux flacons dont l'un est fermé hermétiquement à. l'aide d'un bouchon de caoutchouc et dont l'autre est simplement bouché avec une bourre de coton. La seconde culture est normale tandis que l'autre ne tarde pas à souffrir, à végéter avec une extrême lenteur.
Cependant, on peut obtenir des cultures en faisant le vide au moins partiellement. Mais, dans ce cas, la culture donne surtout du mycélium et quelques rares têtes sporifères chétives, avortées, à peine munies de spores qui souvent même n'apparaissent pas.
Si, dans ces conditions défectueuses, le Rhizomucor se développe mal, il conserve, néanmoins assez longtemps sa vitalité. Une culture dans le vide à 37<>, sur liquide Raulin, ayant séjourné à cette température pendant plus d'un mois et ne consistant qu'en un mycélium immergé reprend sa vigueur et pousse abondamment si, au bout de ce temps, on laisse arriver l'air jusqu'à elle.
La rtature du milieu influe sur la récolte. Elle est abondante dans les milieux sucrés, légèrement alcalins ou légèrement acides ou bien tout à fait neutres; elle l'est beaucoup moins dans ceux de même nature mais un peu plus fortement acidulés.
Ainsi dans iù^^ de liquide Raulin ordinaire, milieu normalement acide, on obtient en 11 jours, à Zl^, Is^SO de récolte humide, alors que dans la même quantité du même milieu légèrement alcalinisé par addition d'un peu de carbonate de soude, on obtient dans le même temps 68^20 du produit.
De même, 125 gr. de bouillon neutre de bœuf peptoné, glycosé à 2 o/o et glycérine à 5 «/o a donné à 37*\ en 15 jours 21 gr. de récolte, tandis que 250 gr. de liquide Raulin ordinaire fournit à la même température en 23 jours seulement 9 gr. du même produit.
La nature du sucre employé n est pas indifférente, car si l'on remplace, dans le liquide Raulin, le sucre candi par du glucose, la récolte augmente.
Les faits précédents indiquent l'influence des milieux acides sur les cultures du Rhizomucor, faits qui ne doivent pas étonner, ce Champignon acidifiant la culture, par son déveFoppement même, les milieux neutres et alcalins dans lesquels on l'entretient.
Si l'on ensemence du bouillon de bœuf alcalin, peptoné, lactose
dS4 LUCET Et COSTANTIN
à 2 ""lo et tournesolé, ou de la gélose de même nature, ces milieux, sous Taction du développement du Champignon perdent leur couleur primitive et virent au rouge.
Dans ces conditions, la culture s'arrête souvent, non par Tépuisement du milieu, mais par suite de sa trop grande acidité. Il est facile de s'en rendre compte en enlevant dans un tel milieu la récolte fournie ; puis, après l'avoir alcalinisé, en le réensemençant et en le remettant à l'étuve. En peu de temps, il donne une nouvelle et abondante récolte.
DÉFINITION BOTANIQUE. — Au point de vue botanique le nouveau Champignon peut être défini ainsi.
Rhizomucor. — Section nouvelle du genre Mucor, caractérisée par l'existence de rhizoïdes irréguliers apparaissant à la base des pédoncules sporangifères, comme dans le genre Rhizopus mais beaucoup plus irrégulièrement en ce sens qu'ils manquent fréquemment à la base de certains pédoncules. Cette espèce doit cependant rester dans le genre Mucor parce que les sporanges fructifères sont ramifiés ce qui n'arrive pas dans les espèces de Rhizopus; en outre, comme dans le genre Mucor^ la columelle est nettement ovoïde, rétrécie à la base, entourée par une collerette formée par les débris de la membrane sporangiale ; la partie infé> rieure de la columelle n'est pas une partie renflée du pied comme cela a lieu dans le RhizopfiS nigricans et aussi dans le Mucor corymbifer.
Le Rhizomucor parasiticus est une espèce gazonnante, basse, gris de souris, gris de plomb, puis brun fauve grisâtre. Les pédoncules fructifères sont rapidement cutinisés de brun, ils ont de 12 à 14 {i de large sur 1 à 2 centimètres de long. Ils sont normalement ramifiés en grappe, quelquefois en corymbe surtout vers la partie supérieure sur une longueur qui ne dépasse guère 300 [l de long. Les sporanges sont hérissés de fines aiguilles cristallines peu nombreuses quand ils sont jeunes, rapidement cutinisés de brun ; leur diamètre varie entre 80 et 35 \l. La columelle est ovoïde, ou piriforme, cutinisée, brunâtre, même quand le reste du filament ne i'est pas, elle a de 70 à 30 [jl de haut sur 24 à 56 fx de large. Les pédicelles latéraux sont semblables mais avec des sporanges plus petits; rarement ils sont une seconde fois ramifiés.
Les spores, ovoïdes, mesurent 4 {i sur 2.\iJL Poaaédaat mre membrane délicate, elles se dépriment parfois, dans certains liquides, de manière à paraître réniformes ; mais ceci est accidentel, et en fait, elles sont normalement rondes ou légèrement ovales.
Quand on examine à 51<>-53° les cultures, on voit que les filaments sont le plus souvent simples (très rarement une fois ramifiés) de 6 (X. de diamètre, non cutinisés, sauf tout en haut sous la columelle. Voici quelques mesures. Sporange non mûr 27 (i ; columelle hauteur 15 fi, largeur 11 («., souvent entourée à la base d'une collerette. Spores le plus souvent rondes de 2 {jl 25, 3 fi. 25.
Il y en a quelquefois d'ovalaires (3,25 sur 2,75 — 4,5 sur 3,5) d'autres légèrement anguleuses. La hauteur d'un filament est de 1000 [a; il y a quelquefois des rhizoldes à la base.
Affinités. — Le Rhizomucor est une forme tout à fait caractérisée qui constitue un type nettement et franchement distinct de toutes les Mucorinées connues comme pathogènes.
Ses températures critiques sont très caractéristiques et il ne se cultive pas aux températures du laboratoire ; ce n'est qu'au-dessus de 20o, vers 22®, qu'il commence à se développer. A ce point de vue, il se rapproche un peu du Mucor pusillus qui ne se cultive pas à 15"* sans que la température minima à partir de laquelle il commence à croître ait été déterminée avec précision.
Notre Champignon se distingue nettement du Mucor pusillus qui n'a pas de rhizoldes.
Il se rapprocherait à ce point de vue du Mucor rhizopodiformis (Rhizopus rhizopodiformis Cohn = Rhizopus Cohni Berlese et Toni) mais les pédoncules fructifères de cette espèce restent normalement simples et sont beaucoup plus petits (120 a 125 \l).
Il est cependant une espèce dont la nôtre parait se rapprocher à bien des égards, c'est le Mucor septatus de Bezold. Quand nous avons publié notre travail botanique au commencement de l'année dernière nous n'avions pu nous procurer des renseignements sur cette espèce (1) : elle ne nous était connue que par les quelques mots qu'en dit Fischer qui déclare qu'elle est très insuRisam-
(1) C'est dans l'ouvrage de Siebenmann [Schimmelmykosen des menschlichen Ohres) que nous avons pu nous procurer des renseignements sur cette espèce intéressante.
:i96 LUCET ET COSTAOTIN
ment connue. Nous avons pu depuis nous procurer des renseignements sur cette espèce et nous devons la ranger à côté de la nôtre dans le sous genre Hhizomucor, car elle a des rhizoides et des pédicelles fructifères ramifiés. Mais trois caractères paraissent la distinguer : la membrane du sporange est lisse ou présente un aspect de mûre, elle n'a pas d'aiguilles cristallines; les sporanges sont plus petits, ont 32 [i, la columelle 27 fi; en outre, les pédoncules fructifères sont normalement cloisonnés, ce qui ne se présente pas toujours dans notre type.
Ce Champignon trouvé dans l'oreille, dans un cas d'otomycose, n'a malheureusement pu être cultivé. Peut-être notre Champignon et celui de Bezold feraient-ils partie d'un même stirpe, mais le septatus est trop imparfaitement connu pour qu'on puisse se prononcer avec certitude.
Distribution dans la nature. — Les hautes températures auxquelles germent le Rhizomucor, nous ont conduit à cette conclusion qu'il ne doit se développer que pendant la saison chaude.
Celte espèce n'a été rencontrée jusqu'ici que dans les poumons d'une femme; nous croyons cependant avoir obtenu, en mettant en culture des poussières prélevées sur les poils d'une Vache teigneuse un type très voisin. Le Champignon ainsi récolté présente bien les particularités qui caractérisent le Rhizomucor : mêmes rhizoîdes apparaissant toujours irrégulièrement à la base d'un certain nombre de filaments, mêmes colorations remarquables* Il offre d'ailleurs des températures critiques semblables, car il pousse assez bien à ol^ et mal à 5a<>-56°.
C'est au moins une forme. extrêmement voisine du RkizomtAcar parasiticuSy n'en différant que par quelques particularités extrêmement légères qui ne peuvent cependant être passées sous silence.
Cultivés sur certains milieux, notamment sur le liquide suivant : Eau, 200 gr.; glucose, 10 gr.; tartrate d'ammoniaque, 2 gr.; phosphate de potasse, 0,75; sulfate de magnésie, 0,50; phosphate bibasique de chaux, 0,10; carbonate de soude, 1 gr. ; le Rhizomucor type est blanc jaunâtre et le second gris loutre. Sur le lait, on remarque aussi quelquefois des différences de teinte. A 55^-56^ le Rhizomucor type donne un mycélium blanc nuancé très légèrement de gris ; le Rhizomucor de la Vache est entièrement blanc ouaté.
En liquide Raulin alcalinisé le i^' type donne UHO de récolte.
2» type donne 2»^
En milieu légèrement acide on a le résultat inverse (liquide de la notel, page 379).*
Iw type donne 6«^30 2» type donne SKrjO
Il semble d'après ceci qu'il y ait des différences appréciables, mais elles ne paraissent pas avoir la constance que nous avons pu signaler pour les petites espèces de corymbifer. Nous croyons avoir une race faiblement distincte du RhizomtAcar parasiticus.
Inoculations
Inoculés dans les veiîies ou le péritoine^ les Lapins succombent rapidement sous l'action du développement intra-organique des spores injectées.
I. — Le 7 janvier 1898, un fort Lapin est iaoculé dans une veine de l'oreille avec deux centimètres cubes de bouillon de bœuf ordinaire dans lequel sont réparties des spores de Hhizomucor d'origine récente. On le trouve mort le 10 au matin. Le foie est énorme, jaunâtre; la rate a quelque peu augmenté de volume; les reins, fort volumineux, sont littéralement infiltrés de tubercules au centre desquels existe un ricbe mycélium.
II. — Le 15 janvier 1899, un Lapin est inoculé de la même façon avec des spores provenant d'une culture du 6 décembre précédent sur gélose glycérinée. Il meurt le 20. Les poumons présentent quelques petits tubercules, blanchâtres, isolés, de la grosseur d'une tôte d'épingle ; un tubercule est apparent dans la rate qui est hypertrophiée et noire; le foie, volumineux, présente un assez grand nombre de très petits tubercules blancs, nettement délimités ; les ganglions mésentériques, congestionnés sont hypertrophiés ; il y a quelques tubercules dans l'épaisseur des parois de l'appendice caecal; les reins^ plus que doublés de grosseur, sont littéralement infiltrés de traînées blanchâtres, larvées; l'urine enfin, contenue dans la vessie, est sanguinolente.
III. — Le 19 mars 1899, un Lapin reçoit dans une veine de l'oreille un centimètre cube de bouillon contenant une grande
ArcMves de Parasiiologie^ IV, o" 3, 1901. ik\
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quantité de spores provenant d'une culture sur Carotte ayant neuf ours d'âge. Il meurt le 25. Son autopsie révèle des tubercules du foie, peu nombreux, isolés et très petits ; une hypertrophie de la rate sans tubercules apparents; une infiltration des ganglions mésentériques ; de la congestion du gros intestin; des lésions tuberculiformes extrêmement accentuées des reins; l'urine sanguinolente.
IV. — Une même inoculation faite le 23 novembre 1899, chez un fort Lapin adulte avec un centimètre cube d'eau ordinaire stérilisée contenant en suspension des s|K)res nombreuses provenant d'une culture sur pomme de terre âgée de deux mois, amène ta mort en quatre jours (27 novembre). Comme précédemment, les lésions sont surtout accusées dans les deux reins et les ganglions mésentériques. Les autres organes, comme le foie et la rate, sont sont simplement hypertrophiés, mais sans tubercules apparents.
V. — Le même jour, dans les mêmes conditions, et avec la même culture, un autre Lapin est encore inoculé. Il meurt le 26. Poumons, foie et rate congestionnés. Ganglions mésentériques volumineux; quelques tubercules dans l'épaisseur des parois du gros intestin. Quant aux reins, ils sont volumineux, entièrement infiltrés de lésions accusées.
VI. — Le il juillet 1900, on injecte dans une veine de l'oreille d'un Lapin Agé de six mois, un centimètre cube d'eau physiologique contenant en suspension une assez grande quantité de spores d'origine récente. Il meurt dans la nuit du 14 au 15. Le poumon ne montre aucun tubercule. 11 en est de même du cœur et de l'intestin. Le foie, très volumineux, jaunâtre, manifestement altéré, ne présente non plus aucun tubercule apparent, ainsi que la rate qui est noire et hypertrophiée. Les ganglions mésentériques sont volumineux, congestionnés. Les reins sont très touchés. Volumineux, possédant des dimensions égales au double au moins de leurs dimensions ordinaires, ils offrent de multiples foyers mycosiques saillants, blanchâtres, disposés en stries et intéressant toute leur épaisseur. La vessie renferme de l'urine sanguinolente. Le sang est coagulé dans le cœur et les gros vaisseaux.
yil. — Le 1" janvier 1899, on inocule dans le péritoine un Lapin avec deux centimètres cubes de bouillon ordinaire dans
CONtRIfiUTIONS A L^ÉTUDE DES MUCORtNEES PATHOGÈNES 399
lequel ont été diluées des spores provenant d'une culture jeune. Il meurt le 3. Le foie est hypertrophié, jaunâtre et recouvert par places d'un léger enduit membraneux, grisâtre; la rate, noire, est volumineuse; les reins sont congestionnés et les ganglions intestinaux hypérémiés. 11 y a enfin un peu d'exsudat terne, gris, louche, dans la cavité ventrale.
VIII. — Le 23 novembre 1899, une inoculation du même genre est effectuée chez un Lapin de cinq mois. Il meurt le l^^^ décembre suivant. Le poumon n'offre rien de particulier. La rate est noire, volumineuse. Le foie, décoloré, présente à sa surface quelques fausses membranes jaunâtres, assez épaisses. Les reins sont énormes, congestionnés, granuleux. Le péritoine contient une petite quantité d'exsudat grisâtre.
IX. — Le 31 mai 1900, un Lapin d'un an reçoit dans le péritoine un centimètre cube d'eau physiologique, tenant en suspension des spores provenant d'une culture sur pomme de terre âgée de huit jours. La mort survient le 3 juin. Le sang est coagulé dans le coeur et les gros vaisseaux. Le poumon est congestionné. La rate, noire, est hypertrophiée. Le foie, volumineux, montre quelques rares et petits tubercules et quelques minces fausses membranes grisâtres qui lui sont adhérentes. Les reins, très volumineux, sont marbrés de taches rouges. La vessie contient de l'urine sanguinolente. Le gros intestin et les ganglions mésentériques sont congestionnés. L'appendice caBcal présente deux ou trois petits tubercules jaune blanchâtre. Le péritoine offre de ci, de là, quelques plaques de fausses membranes qui lui adhèrent, et enfin il y a un peu de liquide grisâtre et louche dans la cavité abdominale.
Les Cobayes succombent de même à une inoculation intra-veineuse ou intra-péritonéak.
I. — Le l«r janvier 1899, un Cobaye mâle, adulte, inoculé dans le péritoine avec un demi-centimètre cube de bouillon ordinaire tenant en suspension des spores d'une culture âgée de près d'un mois, meurt le 5 avec quelques fausses membranes recouvrant le foie, le péritoine et l'intestin. Le foie, les poumons et les reins sont congestionnés.
II. — Le 7 janvier suivant, la même inoculation faite chez un
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autre Cobaye adulte, amène la mort en quatre jours (le 11], avec des lésions semblables.
ni. — Le 13 janvier 1899, on inocule, dans une veine du cou, un vigoureux Cobaye avec un quart de centimètre cube d'eau pbysiologique dans laquelle existent en suspension de nombreuses spores d'une culture sur pomme de terre datant de quelques jours. Il meurt le 18, avec des lésions congestives accusées du poumon, du foie, de la raie et des reins. La vessie renferme de Turine i-ougeàtre.
IV. — Le 30 janvier 1899, une inoculation intraveineuse est pratiquée chez un autre Cobaye. Il meurt le 7 février avec des lésions accusées des reins, caractérisées par l'existence de tubercules nombreux et saillants.
V. — Le 19 mars 1899, on injecte dans le péritoine d'un fort Cobaye, un demi-centimètre cube de bouillon tenant en suspension des spores provenant d'une culture sur carotte datant du 10 mars précédent. La mort survient cinq jours plus tard, soit le 24. Tous les organes abdominaux, congestionnés, présentent quelques fausses membranes minces et grises qui les recouvrent Le péritoine offre quelques marbrures rougeâtres et contient une petite quantité d'exsudat liquide gris, terne.
VI. — Le 23 novembre 1899, un Cobaye femelle est inoculé de même façon avec des spores prélevées sur une culture sur pomme de terre âgée de deux mois. Il meurt le 26, avec des lésions très accusées de péritonite aiguë.
Par contre, le Rhizomucor est sans action chez les mêmes animatuc. Lapins et Cobayes, lorsqu'il est inocule sous la peau.
I. — Le 30 janvier 1899, on inocule dans le tissu conjonctif sous cutané, avec des spores d'une culture récente sur pomme de terre, t/euj* vigoureux Cobayes adultes. Cette inoculation reste sans action même locale.
II. — Le 5 février 1900, deux forts Lapins sont inoculés sous la peau du dos, avec quatre centimètres cubes d'eau physiologique tenant en suspension une énorme quantité de spores prélevées sur une culture jeune sur pomme de terre. Au point d'inoculation, il existe les jours suivants un léger œdème inflammatoire qui ne
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tarde pas à disparaître sans laisser aucune trace. A aucun moment, l'état général n'a été modifié.
Dans les conditions normales, une inoculation intra-trachéale est bien supportée par le Lapin et le Cobaye.
I. — Le 14 mai 1899, à 4 heures du soir, on injecte dans la trachée d'un Lapin cinq centimètres cubes de bouillon contenant abondamment des spores d'une culture sur pomme de terre âgée de douze jours. Cette expérience reste sans résultat.
IL — La même inoculation est pratiquée, le même jour, chez un Cobaye, avec deux centimètres cubes du même mélange. Là encore le résultat est négatif.
// en est de même du reste chez la Poule.
1. — Le 23 novembre 1899, on injecte, dans la trachée d'une Poule de l'année, quatre centimètres cubes de liquide inoffensif tenant en suspension une très grande quantité de spores prélevées dans une culture sur pomme de terre âgée de 8 jours. L'Oiseau, mal en train pendant quelques jours, finit par se rétablir.
Par contre, la Poule nuccomhe à inoculation intra-veineuse,
I. T- Le même jour, avec la même culture, on inocule dans une veine de l'aile, une autre Poule de Tannée encore. Elle succombe le 26 suivant, avec une hypertrophie accusée du foie, de la rate et des reins et quelques petits tubercules apparents.
Le Chien résiste à une inoculation tntra-veineuse,
I. — Le 30 janvier 1899, on inocule un Chien, par injection dans la saphène droite, avec 30 centimètres cubes de bouillon ordinaire dans lequel j'ai dilué une culture entière sur pomme de terre Agée de 8 jours. Sacrifié le 17 février suivant, il ne présente aucune lésion d'aucun organe.
Nous avons signalé plus haut, en étudiant les cultures, un changement d'aspect tout à fait frappant qui se manifeste quand on oblige le Champignon à se développer à une température élevée de 52o-D3^
Si on recultive la variété ainsi obtenue à une température moins élevée on lui voit reprendre ses caractères ordinaires. Il y avait cependant lieu d'essayer de voir si, par des réactions physiolo-
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g^ques, on parviendrait à mettre en évidence un changement dans l'action pathogène comparable, au changement dans l'aspect.
I. — Le 23 novembre 1900, deux Cobayes sont inoculés simultanément dans le péritoine, l'un avec trois centimètres cubes de spores provenant d'une culture à 28*», l'autre avec quatre centimètres cubes d'une culture faite à 52^-53o (6« génération). Huit jours après l'inoculation et à quelques heures seulement d'intervalle les deux Cobayes mouraient. A l'autopsie, on constatait la présence incontestable du Champignon dans le mésentère, dans le foie et les reins pour l'animal inoculé avec le Champignon obtenu à 28''. La dissection de l'animal, mort en même temps, qui avait été inoculé avec les spores de la culture à 62**-53o, révélait des lésions beaucoup moins évidentes; cependant un petit tubercule était manifeste dans le foie. Le tissu recueilli purement et ensemencé sur un tube de Carotte donnait au bout de peu de jours la culture pure du Bhizomucor, Deux autres cultures faites également avec d'autres fragments de tissus paraissant contaminés ont donné des résultats aussi démonstratifs.
11 résulte donc de cette expérience que la chaleur, au moins à 520-53*, même au bout de six générations successives à cette température, n'atténue pas le Rhizomucor,
Ce résultat négatif est d'ailleurs en accord avec ceux qui ont été obtenus autrefois dans les recherches entreprises par Ziegerhorn sur une autre espèce il est vrai, et en opérant par une autre méthode.
Ziegerhorn (1) a suivi deux techniques dans ses expériences. D'abord, il inoculait un Lapin dans la veine jugulaire avec le Mucor rhizopodiformis et il obtenait la mort au bout de trois jours. Le rein, qui était toujours envahi par la moisissure, était coupé en un certain nombre de tranches de 3 millimètres, puis celles-ci placées dans l'eau et maintenues à 63<> pendant 1,2, 3 15 minutes suivant les sections, étaient ensemencées ensuite sur du pain stérilisé qu'il mettait à l'étuve à 31^. Les tranches qui avaient
été soumises à l'action de la température de 63^ pendant 1', 2"
8' donnaient des cultures fertiles; à partir de 9' la culture était
(1) Ziegerhorn, Versuche ûber Abschwàchung pathogener SchimmelpUie. Archiv fur exper. PathoL, XXI, p. 230, 1886.
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Stérile. C'étaient les dernières cultures fertiles qui étaient inoculées à un nouvel animal. Ziegerhorn a encore opéré autrement, en maintenant les tranches du rein contaminé 2 minutes à 60'', 62«, 64<>, 660 76o. A partir de 70o, le pain ensemencé ultérieurement était stérile. On se servait pour l'inoculation des cultures à 680.
Ziegerhorn a, en outre, employé line autre méthode qui consistait, en chauflant journellement la partie supérieure d'un tube à essai ou se trouvait la culture du MucoVy à Tempécher de fructifier sans cependant détruire le mycélium qui restait au fond du liquide sans être brûlé ; au début, on chauffait toutes les 6 à 8 heures ; plus tard, on répétait la chauffe seulement toutes les 12 et finalement toutes les 24 heures. On laissait plus tard fructifier lentement, au bout de 7 semaines. Or ces spores ainsi obtenues ont montré la même malignité.
On voit que la méthode que nous avons suivie, qui est très diSérente, nous a donné des résultats également négatifs. Il y avait cependant lieu d'espérer peut-être un peu plus de cette méthode que de celles de Ziegerhorn, car les actions brusques ébranlent en général beaucoup moins l'hérédité que les actions lentes. Peut-être d'ailleurs, nos expériences n'ont-elles pas été suffisamment pro-