INSTITUT DE MÉDECINE NAVALE ET TROPICALE DE HAMBOURG
En J863, la ville de Hambourg fondait, spécialement à l'usage des marins, un hôpital qui reçut le nom de Seemannskrankenhaus. Malgré le but auquel il était destiné, cet hôpital fut transformé peu à peu en une clinique chirui^icaie et les marins furent disséminés entre les autres hôpitaux de la ville. Cet état de choses dura jusqu'en 1893, date à laquelle le D^ Nocht fut nommé médecin en chef du port, ou, comme nous dirions, chef de la Santé du port de Hambourg.
Une telle dispersion des malades ne pouvait guère favoriser l'étude de l'hygiène navale et des maladies tropicales ; leur réunion dans un même hôpital ou dans un même service devait, au contraire mettre à la disposition des médecins un champ d'études singulièrement favorable. Grâce à ses relations avec toutes les régions chaudes du globe, Hambourg, qui est le siège d'un mouvement maritime extrêmement considérable, présente en efiet constamment dans ses hôpitaux des cas plus ou moins nombreux de malades exotiques. Frappé de ce fait, le D' Nocht s'eflorça de rassembler tous ces malades; en 1895, il obtint qu'une salle de 25 lits serait consacrée exclusivement à la médecine interne des pays tropicaux. La rapidité avec laquelle s'effectuent maintenant les voyages par mer permet l'arrivée jusqu'en Europe d'individus dont la maladie est encore en pleine évolution : aussi la clinique en question est-elle particulièrement intéressante au point de vue qui nous occupe.
Tel est le noyau primitif de VInstitut de médecine navale et tropicale de Hambourg, Cet Institut a été fondé au commencement de l'année 1900. Le 15 janvier, le Sénat de Hambourg en décidait Ja création; le 24 du même mois, la Municipalité de Hambourg déclarait vouloir y participer. Une convention intervenue entre la ville
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libre de Hambourg et le Ministère des colonies de l'empire allemand régla les conditions suivant lesquelles Tlnstitut devait être établi :
I^La ville de Hambourg se charge dç la construction de Tinstttvt de pathologie exotique et d'hygiène navale. Un pavillon spécial, pouvant recevoir 60 malades, sera construit ; il possédera un vaste jardin pour les convalescents; on y emploiera des religieuses et non des infirmières laïques; on n'admettra dans ce pavillon que des malades atteints d'affections tropicales, à l'exclusion des maladies très contagieuses (peste, choléra, variole). Une dépense de 116 000 marks (145 000 francs) est affectée à celte cons truction. Des laboratoires seront installés dans le bâtiment principal du Seemannskrankenhaus ; une somme de 92000 m. (H5 000 fr.) est affectée à leur aménagement intérieur et à l'achat des instruments nécessaires. Une somme annuelle de 25 000 m. (31 250 fr.) est inscrite comme budget annuel de l'Institut.
2" A la tête de Tlnstitut sera placé un médecin en chef, nommé avec l'agrément du Ministère impérial des colonies. Cet emploi sera, autant que possible, confié au médecin en chef du port.
3° A l'Institut seront encore attachés :
(a) Un assistant de clinique et un médecin bénévole ;
(P) Un autre médecin assistant, qui sera chargé de l'enseignement théorique et pratique. La ville de Hambourg s'engage à le loger et à lui donner un traitement suffisant pour lui assurer une situation indépendante :
(y) Un assistant chimiste, capable de faire les recherches et examens intéressant l'hygiène. On le choisira de préférence parmi les pharmaciens ayant exercé dans les régions tropicales; son traitement devra être d'au moins 5000 m. (6250 fr.).
Les laboratoires comprennent une trentaine de places pour les élèves. Le Ministère impérial de la marine s*est réservé dix de ces places et paie à l'Institut une redevance annuelle de 10 000 marks (12 500 fr.) ; il désigne pour les occuper des médecins appartenant soit aux troupes d'occupation des pays de protectorat, soit au Corps de santé des colonies ; tous les médecins à destination des tropiques passeront ainsi à lourde rùle par Tlnstilut. Les autres places sont à la disposition des médecins de la marine de guerre ou de la marine marchande, ainsi qu'à toute autre, personne qui
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désire se perfectionner dans la connaissance de Thygiène et de la pathologie des pays ciiauds.
La durée des cours est variable suivant les catégories d'auditeurs. Pour les médecins sanitaires maritimes, qui disposent de peu de temps, on fait un enseignement rapide de microscopie et de clinique : en huit à dix jours, on leur enseigne Tindispensable relativement à l'examen du san^ des paludiques et au traitement des fièvres. Pour ceux qui peuvent séjourner plus longtempsà l'Institut, on fait des cours portant sur l'hygiène navale, la police sanitaire maritime, les quarantaines, etc. Enfin, un enseignement durant plusieurs mois peut être donné à ceux qui désirent acquérir une connaissance plus approfondie des diverses maladies tropicales, ainsi que des méthodes d*examen microscopique et clinique. La proximité de l'Observatoire permet d'enseigner aux élèves les méthodes utilisées en météorologie; de même encore, on peut leur faire, dans les serres de la ville, des démonstrations sur les plantes des tropiques.
Il esta peine besoin de dire que l'Institut de Hambourg ne reçoit que des docteurs en médecine. On s'eflorce de leur donner des notions suffisamment précises pour qu'ils puissent poursuivre sous les tropiques des recherches scientifiques, tout au moins pour qu'ils puissent rédiger, avec une critique suffisante, des rapports et des observations dont les spécialistes puissent tirer parti.
L'Institut a ouvert ses portes le !•' octobre 1900. Sous l'habile direction du D' Nocht, il va sûrement se développer rapidement. VArchiv fur Schiffs- und Tropen- Hygiène^ qui parait depuis l'année 1897 sous la direction du D' C. Mense, peut être considéré comme son organe officiel.
L'ENSEIGNEMENT ET L*ÉTUDE DE LA MÉDECINE TROPICALE DANS D'AUTRES PAYS ÉTRANGERS
Nous avons décrit longuement les progrès considérables qui ont été accomplis depuis deux ans à Londres, à Liverpool et à Hambourg dans l'étude et l'enseignement de la médecine coloniale. Des créations similaires ont été réalisées d*une façon plus ou moins complète soit dans d'autres villes de la Grande-Bretagne, soit dans d'autres pays. Nous devons aussi les indiquer brièvement.
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l*" Tandis que Tinitiative privée instituait les deux Ecoles anglaises, la Société Royale de Londres, qui représente là-bas notre Académie des sciences, s'entendait avec le Ministère anglais des colonies pour envoyer en Afrique une mission médicale ayant pour programme Tétude des maladies de la zone intertropicale, he D^ C.-W. Daniels, déjà bien connu par de belles études accon3plies à la Guyane anglaise, fut placé à la tête de la mission, avec MM. J.- W.-W. Stephens, S.-R. Christophers et J.-L. Walker pour collaborateurs.
Tout d'abord, M. Daniels s'en alla aux Indes, où le major Ross était encore, pour étudier avec lui les métamorphoses du parasite du paludisme. Avec ses trois compagnons, il se rendit ensuite en Italie, où il étudia successivement dans le laboratoire du professeur Golgi, à Pavie, puis dans celui du professeur Celli, à Rome, la structure et l'évolution du même parasite. Puis la commission d'étude partit pour l'Afrique orientale. MM. Stephens, Christophers et Walker sont déjà revenus en Europe, mais le D^ Daniels compte rester encore deux ou trois années sur la rivière Chiré, dans la région du lac Nyassa et dans toute autre contrée africaine qu'il pourrait lui sembler utile d'explorer au point de vue médical. Il dispose de sommes considérables : la Société Royale lui attribue une somme annuelle de 300 livres (7500 francs) et le Ministère des colonies une somme globale de 2100 livres (52 000 francs) pour toute la durée de son voyage. Il est d'ailleurs entendu que les deux institutions fourniront de nouvelles sommes, si celles-là sont insuffisantes.
Que ne peut-on attendre de recherches poursuivies dans de pareilles conditions, par un homme qui a une longue pratique des tropiques et qui a prouvé déjà sa haute valeur scientifique par d'importantes découvertes ! C'est à lui, en effet, qu'on doit la connaissance de la forme adulte de la Filaria pentanSy pour ne citer que cette observation. Le D' Daniels se propose tout spécialement d'élucider f étiologie de la lièvre bilieuse hémoglobinurique, qui reste encore enveloppée d'obscurité. Il a déjà fait d'importantes observations sur une maladie causée parla piqûre des Tiques, déjà entrevue par Kirk et probablement analogue à la fièvre du Texas.
L'expédition Daniels a d'ailleurs publié déjà trois rapports très importants, qui sont édités par les soins de la Société Royale.
2^ L'Université d'Aberdeen a créé un enseignement de la médecine tropicale et Ta confié au D^ Maconachie, ancien principal du Collège médical de Bombay. Les cours ont commencé le !«' mai 1899.
3*" L'Université d'Edimbourg donne également un cours sur les maladies tropicales. Il consiste en 25 leçons avec démonstrations et exercices pratiques et se fait deux fois par an.
4* L'Université de Liège a confié au professeur Firket une chaire des maladies des pays chauds
5*" L'Université nouvelle de Bruxelles, actuellement en voie de réorganisation, avait créé en 1898 une chaire d'hygiène coloniale dont le titulaire était M. le D^ Georges Treille, Inspecteur général honoraire du Service de santé des colonies françaises.
6** L'Allemagne a déjà chargé le professeur Koch de nombreuses missions : en Egypte et aux Indes, pour étudier le choléra ; dans le sud de l'Afrique, pour étudier la peste bovine ; en Italie, pour y faire des recherches sur le paludisme. Les résultats de chacune de ces missions ont été considérables. Formés à l'école d'un tel maître, les médecins des jeunes colonies allemandes, parmi lesquels il convient de citer en première ligne Plehn, Scheube et Ziemann, nous ont déjà donné de très importants travaux sur les maladies des tropiques. L'extension des colonies allemandes, par l'acquisition récente des Carolines, élargit encore le champ de leurs investigations, au moment où l'Institut de Hambourg leur permet d'acquérir une instruction technique en ces questions capitales.
7^ Le D' J.-H. Kohlbrugge, prival-docent à l'Université d'Utrecht, a inauguré en Hollande l'enseignement des maladies des pays chauds, dans les premiers mois de l'année 1900.
8° L'Italie a contribué dans une très large mesure aux récentes acquisitions de la science, en ce qui concerne les fièvres paludéennes. La Campagne romaine, les environs de Naples et beaucoup d'autres régions de l'Italie méridionale sont, comme on sait, littéralement ravagées par ce fléau. Aussi les moyens de le combattre ont ils toujours été au premier rang des préoccupations des médecins et des savants.
En 1898, il s'est constitué à Rome une Société pour l'étude du paludisme : le premier rapport annuel, siiçné du professeur Celli, a été publié dans les derniers jours de cette môme année; plusieurs autres rapports ont été imprimés depuis lors : tous
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renferment des travaux d'une grande valeur et témoignent d*eiforts considérables.
Avec l'appui pécuniaire et matériel du gouvernement et des Compagnies de chemins de fer, qui ont parfaitement compris Texceptionnelle importance des recherches de cette nature et ont tout mis en œuvre pour en assurer le succès, M. le professeur Grassi, de TUniversité de Rome, a entrepris toute une série d'expériences» en vue d*élucider les nombreuses obscurités dont étaient encore entourées les mœurs des Moustiques et les relations de ces Insectes avec les fièvres intermittentes. D'ingénieuses expériences, dans le détail desquelles il serait trop long d'entrer ici, ont porté sur plus de 100 individus, employés pour la plupart du chemin de fer de Naples à Pœstum ; elles ont duré plusieurs mois, sans cesser un seul instant d'être soumises au contrôle le plus rigoureux. Il en est résulté une démonstration nouvelle et, peut-on dire, absolument définitive de ce fait, que les ÀnopheUi sont les seuls agents de la dissémination des parasites paludiques.
9° Les Etats-Unis ont institué à Johns Uopkins University, à Baltimore, un enseignement de la médecine intertropicale, spécialement destiné à faire connaître les maladies de Cuba, de Porto- Rico et des Philippines.
10"* L'Etat libre du Congo a créé à Léopold ville un laboratoire de pathologie et de physiologie tropicales. Les D^s Van Campenhout et Reding ont quitté la Belgique, vers le milieu de 1899, pour se rendre au Congo, à l'effet d'organiser ce laboratoire, pour la création duquel M°^« la baronne de Hirsch a légué une somme de 50000 francs.
Il"* L'Université de la Havane a créé une chaire de médecine tropicale en faveur de M. le D' J. Guiteras, diplômé de l'Ecole de Londres.