‹ Archives de parasitologie (volume 4)Chapitre 109 sur 169 · DES HÉMATOZOAIRES DES POISSONS · texte numérisé non relu

DES HÉMATOZOAIRES DES POISSONS

La NOTION d'espèce. — La notion d'espèce est difficile à établir avec certitude, et les différents auteurs ne sont pas d'accord à ce sujet. Elle repose sur les caractères tirés des dimensions du corps et du flagelle, de l'étude du noyau, du blépharoplaste et de la distance respective de ces différents organes. L'état plus ou moins granuleux du protoplasma ne donne pas un critérium spécifique, il fournirait plutôt une indication de sexualité (Schaudinn, Léger, Keysselitz)

Koch (1904-1905) admettait que certains Trypanosomes, T. Leunsi, T, Theileri par exemple, qui se distinguent par des caractères constants dans leur morphologie et dans leur virulence, étaient complètement adaptés à leur hôte et devenus des espèces fixes. Il refusait au contraire ce titre aux Trypanosomes du nagana, et du surra, etc. Pour lui, le véritable critérium devra être cherché dans l'évolution.

On distingue cependant couramment, chez les Trypanosomes pathogènes, un grand nombre d'espèces à l'aide de réactions expérimentales chez les animaux, alors même que les caractères morphologiques manquent de netteté.

En ce qui concerne les Trypanosomes des Poissons, Laveran et Mesnil (1904, p. 400) s'expriment ainsi : « Les inoculations d'une espèce à une autre n'ont donné jusqu'ici que des résultats négatifs ce qui justifie la description d'espèces différentes de Trypanosomes pour les différentes espèces de Poissons, alors même que ces parasites ne présentent pas de caractères morphologiques bien distincts. »

La morphologie des Trypanosomes des Téléostéens marins permet, comme nous l'avons vu, de distinguer assez nettement des espèces, à condition de se placer pour tous les Poissons dans des conditions rigoureusement comparables. C'est ce que nous avons fait en décrivant les parasites rencontrés au cours d'infections

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chroniques ou en dehors de toute reproduction active. Ce sont d'ailleurs de tels cas que Ton observe le plus généralement.

Les quelques expériences que j'ai pu faire, se rapportant aux Trypanosomes qui font Tobjet de cette étude ont confirmé les données tirées de la morphologie. En voici les résultats.

Une Anguille de 30 centimètres de long, que des examens avaient montrée indemne de Trypanosomes, reçoit un mélange de sang de Limande riche en T. limandœ.eid^ean physiologique citratée très faible. L'examen du sang, pratiqué à plusieurs reprises pour rechercher le T. limandœ a toujours été négatif dans la suite. Mais l'un des examens montra un T, granulosum var. magna bien mobile chez cette Anguille qui à la suite de 5 ou 6 examens infructueux était considérée comme indemne. Si Ton ne peut conclure de cette expérience que le T. limandœ ne se développe pas chez l'Anguille, elle est au moins très instructive et montre quon ne saurait être trop réservé avant de décréter que le sang d'un Poisson en expérience est exempt de Trypanosomes.

J'ai injecté à trois Congres, sous la peau et dans le péritoine, du sang d'Anguille citrate riche en Trypanosomes, sans résultat. Le sang des Congres de toute taille que j'ai examinés s'est toujours montré dépourvu de parasites,

J'ai essayé aussi de transmettre par inoculation des Trypanosomes variés: T. platessœ, T, callionymi^ T. granulosum, à des Poissons de la région de Luc qui se sont toujours montrés indemnes : les Congres, les Gunelles et les Motelles le résultat a été négatif. Parmi les Poissons injectés quelques-uns sont morts très rapidement dans la journée ou le lendemain. En diminuant la dose de citrate de soude dans la solution, et la quantité de solution ajoutée au sang injecté, ces accidents sont devenus plus rares.

Enfin à des Poissons déjà infestés, CalUonymes et Plies, j ai injecté des Trypanosomes de formes et de dimensions différentes (T, granulosum et T. limandw) que l'examen aurait permis de distinguer facilement en cas de développement.

Tous ces résultats ont été négatifs et sans leur accorder une importance exagérée on peut dire qu'ils plaident en faveur de la spécificité des Trypanosomes des Téléostéens marins pour l'espèce de Poissons chez laquelle ils ont été rencontrés.

Telle n'est pas la conclusion de tous les auteurs pour un groupe

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très voisin de parasites des Poissons d*eau douce : les Trypanoplasmes.

Laveran et Mesnil qui ont créé le genre (1901) ont décrit sous le nom Trypanoplasma Borelli le Trypanoplasme du Rotengle.

M. Plehn (1903) a trouvé et décrit dans le sang de la Carpe, sous le nom de Trypanoplasma cyprini, une espèce qu'elle considère comme nouvelle.

Léger (1904) après avoir rectifié la diagnose morphologique du genre a identifié le Trypanoplasme qu'il a étudié chez le Vairon avec le T. Borelli de Laveran et Mesnil.

Cet auteur a décrit en outre dans le sang du Cobitis barbatulanne espèce nouvelle de ce genre le Trypanoplasma varium.

Brumpt (1903-1906), décrit chez le Cottus gobio le TrypanopUtsma Guemei, et signale que d'après ses observations le Trypanoplasme de la Carpe vit aussi chez la Tanche.

Keysselitz (1906) étudie l'évolution du T, Borreli ramène à cette espèce les Trypanoplasmes du sang des différents Poissons d'eau douce considérés jusqu'ici comme distincts. Pour Keysselitz il serait impossible de voir des différences dans le cycle évolutif.

D'après ses recherches les Trypanoplasmes des Poissons suivants seraient identiques : Perça flimatilis L. — Acerina cemuaL, — Lola tulgaris Cuv. — Barbus fluviatilis Ag. — Cyprinus carpio L. — Carassiusvulgaristiovàm, — TincavulgarisCuv. — Abramis bramxih. — Leuciscus idus, cephalus, erythrophalmus, rutilm L. — Esox lucius L. — Cobitis barbatula L.

Brumpt (1906) a cependant donné une description du Trypmioplasma barbi qu'il a trouvé chez Barbus fluviatilis et du Trypanoplasma abramidis de la Brème.

11 semble résulter de ces travaux, que les Trypanoplasmes connus appartiennent à un petit nombre d'espèces, mais probable ment pas à une seule comme le veut trop exclusivementKeysselitz. Contre cette manière de voir, une observation de Léger me parait très probante; cet auteur di observé le Trypanoplasma varium en abondance chez des Loches, alors que les Vairons péchés au même endroit étaient indemnes.

La notion d'espèce chez les Hémogrégarines devrait pour être certaine se baser sur l'étude du cycle évolutif de ces parasites. Trois d'entre eux sont nettement distincts ce sont ceux de H œmogre-

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garina Simondiy de la Sole, H, bigemina des Blennies el H, qvrodrigemina du Collionyme.

Il est très vraisemblable, que dans les autres cas de même que pour les Trypanosomes, il s'agit d'espèces différentes d'Hématozoaires adaptées à des espèces différentes de Poissons.

Action pathogène. — L'action pathogène si redoutable exercée par certains Trypanosomes des Vertébrés est peu connue chez les Poissons.

Dôflein (1901) a eu l'ocasion d'examiner des Tanches malades présentant des symptômes de somnolence et qui mouraient en grand nombre. Il y avait peut être un rapport entre cette morbidité et la présence de Trypanosomes dans le sang.

Les Trypanoplasmes paraissent plus nocifs.

M. Plehn (1903) fait remarquer que le Trypanoplasma cyprini se trouve parfois dans le sang avec une telle abondance qu'il ne doit pas être indifférent pour son hôte. L'auteur lui attribue un rôle dans l'anémie spéciale à laquelle succombent ces animaux, en présentant comme principales lésions une pâleur très frappante des branchies et des principaux viscères.

Léger (1904) a observé chez les Vairons des symptômes morbides en relation avec la présence de Trypanoplasmes. Ces parasites étaient parfois en quantité innombrable aussi bien dans le sangque dans la lymphe. « Des infections aussi intenses, écrit cet auteur, amènent chez le Poisson une anémie profonde : décoloré et enflé il se tient immobile, refuse toute nourriture et finit par mourir. »

Hofer (1906) paraît disposé à accorder un rôle aux Flagellés du sang des Poissons dans ce qu'il appelle la « Maladie du Sommeil» de la Carpe.

Il suppose que les Trypanosomes exercent sous une forme que Ton ne connaît pas, leur action pathogène car celle-ci coïncide avec une diminution du nombre des parasites qui s'étaient auparavant activement multipliés.

Hofer incrimine aussi les Trypanoplasmes (mais en faisant certaines réserves), des ravages exercés sur les Carpes par une maladie bizarre, vers 1900 et 1902, dans les établissements de pisciculture de l'Est de l'Allemagne.

Les Poissons en proie à cette consomption se tenaient immobi-

les pendant des semaines, reposant sur un côté, là tête et la queue repliées en arc de cercle. Il maigrissaient et mouraient en grand nombre sans présenter d'autres symptômes qu'une immobilité avec asthénie prononcée. On ne'trouva comme parasites, après autopsie minutieuse, que des Trypanoplasmes en petit nombre dans le sang.

Keysselitz (1906) critique l'interprétation des auteurs qui voient dans les Trypanoplasmes des agents de maladie. Les différents symptômes constatés par lui sont: des épanchements séreux, des phénomènes d'anémie avec pâleur des organes (foie et rein), diminution du nombre des globules rouges du sang, augmentation des globules blancs, des embolies capillaires produites parles Flagelés, Trypanoplames en général, et Trypanosomes en petit nombre.

L'action pathogène des Flagellés lui paraît avoir été très exagérée et il lui semble qu'on n'a pas tenu assez compte dans ces observations des conditions de nutrition dans lesquelles se sont trouvés les animaux.

Pour lui, les symptômes de a maladie du sommeil » ne sont pas dus seulement à la présence de Flagellés dans le sang. Ils correspondent plutôt à une cachexie causée par la famine chez les jeunes Carpes. Il a observé trois cas de guérison sous l'influence d'une riche alimentation.

Nous n'avons pas observé chez les Téléostéens marins de symptômes morbides pouvant autoriser à incriminer les Trypanosomes.

L'action morbide que peuvent avoir les Hématozoaires endoglobulaires est bien obscure. Cependant la multiplication des Hémogrégarines dans le sang des Poissons est parfois si intense, qu'elle amène la destruction d'un grand nombre de globules rouges (Sole, Blennie, Callionyme). On peut supposer qu'elle n'est pas sans altérer gravement l'état général de ces animaux. Cependant les Poissons paraissent supporter victorieusement ces assauts comme le prouvent le nombreux cas passés à l'état chronique.

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