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SANGSUES PARASITES DES PALMIPÈDES

Pierre MÉGNIN Membre de l'Acadt^miede Médecine.

Nouïi avons signulé, dans un précédent travail (I), des accidents arrivés à des Oies, causés par des Vers tréinatodes du genre Monostoma. Ce ne sont pas les seuls Vers qui reclierclient les Palmipèdes ; plusieurs espèces de petites Sangsues s'attaquent aussi aux mêmes Oiseaux, soil comme parasites cutanés, soit comme parasiles des

FIg. 1. — Oiupo schémaUquo de lu li

B, U'sopliugc; C, trachôe; D, ct-n ÉpiniiTp; a, Sangsues iliins les eu

C, SanxKiics Unns lu trai-ii6e.

du cou d'un Canard. — A, bouche; K, bulbe; K, cervelet; G, II, moCllo

lusiilcs; 6, Sangsues dans le lurynx;

voies aériennes, et nous avons été témoin d"un remarquable accident de ce genre arrivé à un Canard domestique.

Le l(i décembre 19()i, M. P'aure Adrien, jiitipriétaire à Pons (Charente- Inférieure), nous envoyait un Canard mort, pour en faire

(il ta médecine dex OUeavx. Vin

O; cf. p. I

72 P. MKGNIN

Tautopsie et déterminer les causes de la mort, il joignait à son envoi les renseignements suivants :

Jeune Canard d'un an, maladif, devenu élique et mort subitement. On supposait qu'il ne mangeait pas assez. L*an dernier, il en était déjà mort un dans les mêmes conditions, mais il était plus Agé.

A l'autopsie de ce jeune Canard, nous le trouvâmes 1res maigre, mais il avait tous les organes internes du tronc parfaitement sains. Les poumons seuls présentaient des macules sanguines comme dans le cas d'asphyxie. L'Oiseau, en effet, avait été asphyxié par des parasites se présentant sous forme d'une petite masse noirâtre ijoamelonnée, semblable à un coagulum sanguin arrêté au milieu de la trachée et l'obstruant complètement (fig. 1). Cette petite masse sanguine, extraite de la trachée après l'incision de ce tube, était constituée par la réunion de quatre petits corpuscules arrondis, aplatis, gluants, lisses, difficiles à saisir avec une petite pince anatomique, paraissant complètement inertes; mais, projetés dans un verre d'eau, nous ne fûmes pas peu surpris de les voir se mouvoir lentement, s'étirer, projeter en avant une extrémité conique ou tête, prendre enfin la forme de petites Sangsues piriformes, gorgées de sang (fig. 2, A, B).

Poursuivant nos recherches dans le larynx et les cavités nasales, nous trouvâmes plusieurs autres parasites semblables, fixés dans le pharynx, sur les côtés de la fente laryngée et dans les cavités nasales, entre les cornets. Il y en avait de tout petits, rouge clair ou â peine rosés, fixés depuis ])eu, n'ayant encore que peu ou point sucé. Les petites Sangsues, à jeun ou presque à jeun (f\g. 2, C, D), avaient à peine la forme et la taille d'une toute petite graine de Lin un peu étroite.

Ces parasites sont évidemment la cause de l'épuisement, puis de l'asphyxie du Canard qui les nourrissait; ils appartiennent à une espèce de Sangsues naines, qui nous a présenté les caractères suivants :

Vivantes et à l'état de replétion, au moment où elles venaient de se détacher et placées sur une lame de verre, elles ont pris l'aspect et la forme d'une petite pastille, arrondie, molle, gluante, de couleur rouge noirâtre, mesurant au maximum 11"»™ sur 9, d'une épaisseur centrale de 2'"»» (i\ff, 2, A). Mises dans l'eau,

LSIT»i IIKS l>ALMII'El>l':s

dans) UD petit vene k réavXils, elles s'allongent (fig. i, U], alleigueiit une taille de XS'""', nagent en ondulant ou rampent sur les parois du verre comme le font les grandes Sangsues. Mises dans l'alcool pour être conservées, le corps de ces petites Sangsues s'est contracté, durci, est devenu rigide et, tout en conservant sa forme pirifonne arquée, s'est réduit de dimensions et n'a eu plus que M j) If mm dans sa plus grande longueur et a™") dans sa plus grande largeur (fig. 3). Des sillons transversaux se sont mis en évidence, en dessinant des anneaux principaux, au nombre d'une (juinzaine, entre lesquels se voient des sillons moins profonds, plus visibles et presque seuls apparents dans la partie conique qui constitue l'exlrémité antérieure.

La bouclie est représentée \ar une fossette tout à fait terminale à l'extrémité antérieure, peu profonde et môme souvent eHacée, dépourvue de mAclioires. En dessus et en arrière de la cavité buicile sont huit yeux en deux i m gées parallèles et lon^itudi nales, constitués par des points noirs arrondis (lig J E). A l'extrémité postérieure qui est large et globuleuse existe une ventouse cupuli forme saillante, a bord festonné (fig. 2, F). Le tégument, qui paraissait lisse et gluant fi l'état vivant, ; nu; vu au microscope et surtout sur des sujets k jeun, ses grains sont constitués par de petits galets plats, chitineux, ovales, bruns, ayant souvent l'apparence d'avoir le milieu ci-eux ou percé. Ils sont semés sans aucun ordre et ne forment ni quadrillage ni mosaïque (fig. 4). Nous insistons sur ce dernier détail; en elïet, une espèce très voisine, trouvée aussi sur le Canard a été nommée Hemiclepsis tesxellala(O.F. Mâller) parce q ue, précisément, elle portesur le corps de petits points jaunes disposés en carrés ou en mosaïque (en \rlin lessellata), ce que ne présente pas noire petite Hirudinée. frayant soumise à l'examen de M. le Professeur H. Dlancliard, bien connu

KlR. î.

e montre ferme et gre-

P. MÉGMN

par ses ti-avaux sur ce groupe de Vers, il l'a néanmoins regardée conime devant être rangée dans l'espèce Ilemichpsis Ussellata. C'esl, au inoins à notre avis, une variété granaïa.

Bien que le fait ne soit pas coniniun, ce n'est pas la première fois qu'on rencontre des Sangsues parasites sur des Oiseaux aquatiques.

Dès le XV" siccle, les auteurs d'ouvrages de fauconnerie en signalent des cas :

Jehan de Francières, qui vivait sous Louis XI, dans sou livre de fauconuei'ie (liv, II, chap. 111), dit :« 11 arrive que les Oiseaux, en se baignant en eau croupie, ou coyes, ou (ontaines linionneuses, boivent ou avalent de petiles Sangsues qui s'arrêtent dans la gorge ou les narilles, se gonllent du sang de l'Oiseau qui bien souvent en meurt, si on n'y apporte promptement remède. On reconnaît le mal en voyant la Sangsue se remuer dan.s la gorge, lorsque lOiseau mange, ou se montrer par les narilles. »

(juillaunie Tardif, auteur d'un titre de faukonnerie et du Chien de chasse{Parh, HiKt), parle des Sangsues au gosier; la Sangsue s'agite dans la gorge et quelquefois se montre hors par les narilles. Causes : quand l'Oiseau se baigne en eau coye, une petite Sangsue entre dans la Iwuclie ou les narilles et s'enlle du sang de l'Oiseau.

Divers auteurs .signalent comme remède : mettre sur un charbon quatre nu cinq Punaises vives et (aii'e respirer la fumée à l'Oiseau, de fa(,'ou qu'elle entre es bouche ou nez et les Sangsues tombent. Metlre de la moutarde sur les narilles. Instiller es narilles deux ou trois gouttes de jus de limon.

Les deux notes qui précèdent nous ont été cummuuiquées par M. le Professeur Kailliet, qui les avait remues, il y a quelques années, de M. Moulé.

M. Railliet nous transmet encore la noie suivante :

Kig. 3.

Kudulplii, dans son /^nto:;ooruni St/nopsts-, 1819, page()â.'),cileune observation publiée dans le Jo«niai«'conOTnw/HC de Hiille (il" 3 p 23, ââ janvier 1819). 11 sdgit d une moitdlile des Oies laquente de juillet à octobre et causée p ir de-i baiigsues qu on Irouv iit dans la profondeur de» cavité nasales On en i\u jusque 30 i >Odansune seule tête; contractées elle*; sont de li gio'.seurd ungnin démit; allongées au maximum elles attei gnent jusqu'à 2 pouces ( j2™™)

Rudolphi considère qu il est peu admissible qu'on ait eu alTaiie a des Sangsues et pense devoir plutôt rattacher ces Vers a son Distoma lineare, qui s ittaquerait alors aux Anatinés comme aux Gallinacés. Mais cette maniëie de voir est inacceptable cir des Tré matodes ne se contractent pis à un pareil degré; d'ailleurs ce Disloma Hnearc, qui ne repond à rien de précis, n'a que 1 1 i io""" de longueur. Uiesing [Sijsfema bel minlhum, 1, p. 324) rapporte ces Sangsues au Monosioma mutabile Zeder, idée qu'il a tvideminent empruntée à Uujardin (ci p 647) Dans tous les cas cette opinion n'est guère plus vraisemblable que celledçRudolphi.penseM Railliet

M. Kaillict a encore résume, dans l'article Œil du DklioiiTtaire de Bouley, un cas curieux observé parSmalI (1), vétérinaire anglais.

L'observation a été recueillie en Irlande : les Oies d'une bassecour devenaient toutes aveugles et languissantes; l'une d'elles ayant été sacriliée, on ouvrit le globe oculaire et il sortit un [lelitVer noir, semblable aune jeuue Sangsue; ce Ver était doué d'une

!S ol Geese. The Yeteriitarian, (i], VIII, p. 19,

Vin. *■

p. MKGaMN.

SANCiSl'KS PAKASITKS

grande vivacité et nageait avec aisance dans l'eau. Les symptômes observés sont les suivants : l'œil s*enflamme d'abord, de sorte que la cornée perd sa transparence et devient blanche; puis lorgane augmente peu à peu de volume et arrive ainsi à faire saillie hors de l'orbite, en provoquant une douleur intense. L'aflection ne portait que sur un seul œil. Small ajoute que ces Oies avaient accès dans un ruisseau à fond vaseux, ou existaient de nombreuses Hirudinées.

Dujardin rapporte aussi, d'après Guyon, qu'une autre espèce, trois fois plus petite que la Sangsue de Cheval, se trouve fréquemment sous les paupières et dans les fosses nasales d'un Héron (Ardea virescens) à la Martinique (1).

Le l)"^ VVeltner a montré à la Société des amis de l'histoire naturelle de Berlin, en 1887, que la Glossosiplionia tessellata s'attaque volontiers aux Palmipèdes. Dans une ferme de VVanzenau, près de Strasbourg, une bande d'Oies et de Canards fut presque détruite par cette Sangsue. Les Oiseaux, amaigris et inquiets, portaient, solidement fixés dans l'œsophage, un certain nombre de ces Vers. VVeltner croit que les Sangsues, recherchées comme nourriture par les Palmipèdes, n'avaient pas été dégluties assez vite et s'étaient attachées au passage.

Signalons encore le cas du baron J. de Cuerne (C. R. de la Soc, de biologie, 5 février 1892), qui a récolté des petites Sangsues tombées du corps d'un Canard tué à la chasse, ou recueillies entre les plumes d'un autre Canard tué dans de semblables circonstances. Ces Sangsues étaient, daprrs la détermination de M. R. Blanchard, des (itossosiphonia tessellata ('2),

(1) Article Sangsue du Dictionnaire de (VOrbignijy XI, p, 339, ù la fin du paragraphe consacré ^ VHeniopis.

(2) R. Blanchard, Description de la Glosiiiphonia tessellata. Mémoires de la Soc . Zool.de France, V, p. 56, 1892. — Présence de la Glossiphonia tessellata au Chili. Description complémentaire de cette llirudinée. Actes de la Soc. scientifique du Chili, III, p. t77, 1892.

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