‹ Archives de parasitologie (volume 4)Chapitre 12 sur 169 · TROIS CAS D'UNCINARIOSE EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

TROIS CAS D'UNCINARIOSE EN ALGÉRIE

PAR

Le D' FERRIER

Médecin major de 1" classe, Médeciu-chef de THôpital militaire de Mostaganem.

La multiplicité des travaux récemment publiés sur runcinariose témoigne de l'intérêt qui s'attache à l'étude de cette affection parasitaire. Très répandue dans certaines régions, cette maladie y représente parfois un véritable danger social, méritant d'appeler l'attention, non seulement des médecins et des hygiénistes, mais même des pouvoirs publics.

Lorsqu'on étudie la répartition de l'uncinariose h la surface du globe, on remarque qu'elle se trouve plus spécialement cantonnée dans certaines régions; on l'observe surtout dans les pays miniers et dans la zone tropicale ; mais, fait digne de remarque, à côté de régions notablement contaminées, existent des régions totalement préservées. C'est ainsi que, si l'on considère la distribution de l'uncinariose dans le nord de l'Afrique, on voit que l'Egypte est profondément atteinte, tandis que la Tunisie, l'Algérie et le Maroc paraissent indemnes, tout au moins si l'on s'en rapporte à l'absence de faits relevés par les médecins exerçant dans ces pays.

Ces dernières contrées seraient-elles véritablement réfractaires à l'évolution du parasite? Trois cas que nous venons de constater sembleraient démontrer le contraire. En raison de l'avertissement qu'ils comportent, nous avons jugé utile de les signaler.

Observation I

Le 29 mars 1905, entrait à l'hôpital militaire de Mostaganem le nommé Louis Sampéré, âgé de 15 ans, né à Mostaganem et n'ayant jamais quitté la région. Il se plaignait d'un sentiment de lassitude extrême et d'œdème des membres inférieurs. Comme seulanlécédent, on relevait des fièvres palustres ayant débuté en juillet 1904, ayant tout d'abord nettement présenté le type tierce; depuis septembre, les accès s'étaient espacés, et actuellement ils ne surviennent plus que par intervalles de 3 à 4 semaines, et sous une forme très légère.

78 FERIUER

Les principaux symptômes présentés étaient les suivants : teinte jaune sale des téguments; muqueuses pâles et décolorées; bouffissure de la face; œdème des membres inférieurs, remontant jusqu'à la hauteur des genoux ; rate légèrement hypertrophiée, mesurant 11 centimètres à la percussion et atteignant le rebord des fausses-côtes; foie augmenté de volume, débordant les fausses-côtes d'environ un travers de doigt; souffle systolique très net, à la partie moyenne du cœur et sur le bord gauche du sternum ; pas d'hypertrophie cardiaque. Rien à l'auscultation des poumons; dans les urines, ni albumine, ni sucre, ni pigments biliaires.

Comme syptômes fonctionnels, on relevait une céphalée assez vive et presque constante; un état très marqué de lassitude physique et intellectuelle se manifestant par de l'essoufflement sous l'influence du moindre effort, par la lenteur des réponses; l'aspect indifférent et apathique du malade; en outre, quelques troubles digestifs; appétit très médiocre; assez souvent vomissements; pas de constipation ni de diarrhée; au côté gauche de l'épigastre, près du rebord du foie, existence d'une douleur constante, exagérée par la pression.

L'examen du sang dénotait une anémie extrême avec diminution marquée de la valeur globulaire. En effet, on trouvait :

Nombre des globules rouges t. 060.000

Hémoglobine mesurée avec Thémogloblni mètre de Sahli. . 12 Vo

Valeur globulaire. 0,55

Leucocytes 6.200

Quoique la rate de notre malade fut peu développée, nous inclinions à penser chez lui à un état cachectique d'origine palustre, justiciable du traitement par la quinine, de préférence en injections sous cutanées, de façon à agir plus rapidement, tout en ménageant l'estomac.

Le 2 avril dans la matinée, il se produisit un événement qui nous mit sur la voie du diagnostic. I^ malade eut un vomissement de quelques matières glaireuses, qui nous fut présenté, ainsi qu'à notre aide, M. le médecin major Huber, et dans lequel nous trouvâmes un filament blanchâtre, bifurqué, dont l'aspect nous sembla suffisamment suspect pour que nous l'examinions au microscope.

Il nous fut facile de constater que ce lilament était cçmposé de deux helminthes accouplés, dont le signalement nous parut correspondre assez exactement à celui de l'Uncinairc duodénale. L'un deux mesurait lîî"" de longueur, l'autre à peine lO"' ; le plus petit reiwsait par une extrémité légèrement évasée sur le plus long, à la jonction des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur. L'extrémité caudale du Ver le plus long se terminait en pointe. L'extrémité buccale des deux parasites était un peu renflée en cupule et munie de crochets incurvés (1).

L'examen que nous fîmes des selles du malade ne lit que confirmer

(1) M. le professeur R. Blanchard, auquel nous exprimons nos bien sincères remerciements, a bien voulu examiner ces deux parasites; il leur a trouvé tous les caractères de Vlincinaria ({uodeunlia.

TROIS CAS d'UiNCINABIOSE EN ALGÉRIE 79

nos soupçons sur la uature de ces deux parasites. En effet, elles contenaient un nombre considérable d'œufs (une demi-douzaine environ par champ de microscope), ayant une forme ovoïde, à contour transparent, anhiste, contenant dans leur intérieur le plus souvent deux à quatre biaslomères, mais se trouvant encore assez, fréquemment à un état plus avancé de segmentation. Notre diagnostic se trouvant ainsi orienté dans une direction nouvelle, nous commençons aussitôt le traitement de l'uncinariose.

Le 5 avril, après avoir préparé la veille notre malade par le régime lacté, nous lui donnons sept grammes d'extrait étliéré de fougère màle, et 35 grammes d'huile de ricin ; deux heures après l'absorption du purgatif, se produisit un vomissement qui ne piH nous être montré et qui renfermait, d'après ce qui nous fut rapporté, une certaine quantité de globules huileux, indiquant le rejet d'une partie de Thuile de ricin et peut-être d'une certaine quantité d'extrait de fougère mâle ; le malade n'eut que trois sBlles.

\je 10 avril, notre malade absorbe 4 grammes de thymol avec 35 grammes d'huile de ricin ; il eut cinq à six garde-robes, dans lesquelles on trouva un certain nombre de Vers avec des filaments blanchâtres de même dimension, que l'on reconnut aisément au microscope pour des Vers ayant subi un commencement d'altération sous l'action des sucs digestifs.

Le 13 avril, l'examen microscopique des selles dénote une diminution assez notable des œufs. Cependant, l'état général du malade reste toujours médiocre; l'appétit. fait toujours défaut; vomissements assez fréquents.

Le 14 avril, on donne au malade la médication préconisée par Jorissenne au Congrès international d'hygiène de Bruxelles, comme spécifique de rUncinaire (1). Cette, médication, à laquelle nous nous étions arrêté pour ménager les forces du malade, ne donne pas de résultat.

Le 10 avril, nous trouvons dans les selles autant d'œufs que le 13; le 17 avril, malgré tous nos efforts pour essayer de le faire revenir sur sa détermination, le malade réclame sou exeat. Vers le 10 mai, nous apprenions son décès.

Observation II.

Mise en éveil par ce résultat, que nous avions laissé entrevoir, la famille nous envoya un des cousins du décédé, le nommé Michel Navarro, âgé de 18 ans, exerçant également la profession de jardinier.

Sauf l'œdème des jambes, il présentait le même aspect que le malade précédent au moment de son entrée à l'hôpital : teinte extrêmement pâle et blanc jaunâtre des téguments, décoloration des muqueuses, état de faiblesse extrême rendant tout travail inqwssible, souffle systoli(iue à la base

(1) Soufre, 2gr. ; torpine, 0 gr.oO ; poudre de condurango, 2 gr. Celte dernière substance, qui nous faisait défaut, fut remplacée par une quantitc^ équivalente de poudre de gentiane.

Page 1