‹ Archives de parasitologie (volume 4)Chapitre 29 sur 169 · RÉPARTITION DES TRYPANOSOMES DANS LES ORGANES · texte numérisé non relu

RÉPARTITION DES TRYPANOSOMES DANS LES ORGANES

PAR

Le D^" Paul VAN DURME,

Chargé de cours à ITiiivcrsité de Gand.

(travail du laboratoire de médecine coloniale de l'université)

La pathogénie des trypanosomoses est encore très obscure. Les Trypanosomes sécrètent-ils une toxine? Les recherches entreprises dans cette voie n'ont pas permis de la mettre en évidence. Agissent-ils par action mécanique, en obstruant les petits vaisseaux ou en irritant les tissus à la façon d'un corps étranger? Mais alors, pourquoi, chez le Rat, trouve-ton des quantités énormes de para sites sans que l'animal infecté présente de manifestations appréciables? Questions complexes, auxquelles il ne sera possible de répondre que lorsqu'on aura étudié séparément chacun des éléments qui les constituent.

Au cours de recherches expérimentales faites sur le Lapin avec Trypanosoma Brucei, nous avons pu faire quelques observations, qui , coordonnées avec d'autres ne seront peut-être pas sans valeur pour la solution du problème.

Un fait (|ui frappe dans l'étude de quelques Trypanosomoses, comme la maladie du sommeil, c'est la disproportion qui existe entre la gravité des symptômes et le petit nombre de parasites décelables cliniquement, c'est-à-dire par l'examen du sang ou de certaines humeurs. Bien souvent même, le microscope ne découvre rien et il faut recourir à d'autres méthodes, comme l'inoculation à des animaux réceptifs, pour établir que le sang contient des Trypanosomes. Et cependant, la maladie progresse. Il faut donc admettre, ou bien que ces Trypanosomes peu nombreux sécrètent une toxine très active, ou bien que, sans passer parla circulation sanguine, ils pullulent en certains endroits de l'organisme.

La recherche des Trypanosomes dans les organes est une chose importante. Malheureusement, cet examen semble avoir été

CONTRIBUTION A l'ÉTUDE DES TRYPANOSOMOSES 161

peu pratiqué jusqu*à présent. Dans la littérature que nous avons à notre disposition, nous n'avons trouvé que trois communications se rapportant à cet objet.

Pour établir la relation qui existe entre les corpuscules de Leishinan et les Trypanosomes, Marchand et Ledingham (2) ont été amenés à examiner les organes de Rats naganés, morts depuis plusieurs heures. Ils ont trouvé des Trypanosomes plus ou moins altérés dans la rate, le foie, la moelle osseuse; ils n*ont rien trouvé dans les poumons.

Neporojny et Jakhimov (3) ont étudié les organes d'animaux de laboratoire infectés avec les Trypanosomes du nagana et du mal de Caderas. Le résumé que nous avons sous les yeux ne spécifie pas quels sont les animaux qui ont été employés. Quoi qu'il en soit, les auteurs signalent la présence de Trypanosomes dans les capillaires des poumons, dans les mailles de la peau œdématiée, dans le foie.

Enfin Halberstâdter (4) a examiné des coupes d'organes de Lapins naganés. Il a reconnu le parasite dans des préparations de peau, mais na pu le découvrir dans le foie, la rate, les reins, les poumons, les testicules.

Ces observations sont loin d'être assez complètes pour que l'on puisse en tirer des conclusions générales. Tout d'abord, les constatations faites sur les Rats ne peuvent pas fournir d'indications pour le point spécial que nous avons en vue : rechercher si les Trypanosomes pullulent dans certains organes. En effet, chez ces animaux, les Trypanosomes sont très abondants dans tout le système circulatoire et, comme on ne peut songer à vider complètement un organe du sang qu'il contient, il serait diflicile d'établir ce qui, dans le total des Trypanosomes trouvés, revient en propre à l'organe examiné. Il faut donc avoir recours aux animaux qui, comme le Lapin, ne présentent jamais qu'un petit nombre de parasites dans le sang. La moindre pullulation dans un tissu pourra être ainsi facilement décelée.

Nous avons inoculé à des Lapins le Trypanosoma BruceL Le plus souvent, une émulsion de sang nagané dans une solution de chlorure de sodium à 8,7 0/00 était injectée dans le péritoine; quelquefois nous avons fait l'inoculation à la face ventrale de la cuisse. Quel que fût l'endroit d'inoculation, une élévation de température se Archives de Parasilologie, X, n" 2, 1906. 11

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produisait assez rapidement, quelquefois dès le second jour. Avec rélévation de température coïncidait généralement Tapparilion de Trypanosomes dans le sang, en nombre plus considérable qu'à toute autre période de l'affection. La température présentait une courbe irrégulière, mais généralement supérieure à la température normale. Nous n'avons jamais pu établir de relation entre la hauteur de la courbe thermique et le nombre des parasites dans le sang.

Une des premières manifestationscliniquesest,chezleLapinmâle, le gonflement des testicules et du scrotum. La peau devient chaude et rouge; bientôt seproduit un épanchementséreux. Des ulcérations se forment, s'accentuent ensuite en gangrène et, si on laisse l'affection suivre son cours, une perforation du scrotum avec hémorragie abondante peut terminer le tableau.

Du côté des yeux se produit de la conjonctivite. Une injection, parfois assez intense, des vaisseaux de la conjonctive palpébrale et bulbaire est suivie d'une sécrétion purulente avec tuméfaction des paupières. D'autres fois la conjonctivite paraît rétrocéder sans donner lieu à cette purulence. L'inflammation des conjonctives ne tarde pas à être complétée par de la rhinite. Les narines sont tuméfiées, couvertes de croûtes. L'animal respire de plus en plus difficilement et chaque mouvement respiratoire peut s'accompagner de sifflements. Les oreilles présentent de l'œdème plus ou moins prononcé. Il débute par la base et s'étend progressivement vers les extrémités, accompagné de chaleur et de rougeur de la peau. Quelquefois on remarque également, à la base des oreilles, des plaques dénudées de poils. La transsudation séreuse et la chute des poils peuvent se produire encore a d'autres endroits du corps. Si nous ajoutons que généralement les régions anale et génitale sont le siège d'un œdème, nous aurons, sans vouloir donner un tableau complet, signalé les principaux symptômes que présente le Lapin nagané.

Durant le cours de l'affection, l'animal a légèrement perdu en poids. Cette perte se produit surtout pendant les derniers jours. Le Lapin devient somnolent, il se tient immobile dans un coin de sa cage, les yeux mi clos, la respiration pénible. Malgré tout, l'appétit reste bon. Aussi, constate-t on à l'autopsie un dépôt abondant de graisse, constatation à rapprocher de la lipémie signalée dernièrement par Mayer(5) dans le mal de

caderas des Chiens, ainsi que des observations de Schilling (6) et Stàhelin(7;.

Nos animaux ont été sacrifiés à des stades divers de la maladie. Au début, nous les saignions à blanc, dans le but de vider autant que possible les vaisseaux et d'éliminer ainsi des organes les Trypanosomes circulant dans le sang. Plus tard, nous nous sommes contenté de tuer les animaux par strangulation, au moyen d'un tube en caoutchouc. Les résultats de nos examens ont été les mêmes dans les deux cas : les Trypanosomes ne s'accumulent donc pas dans les vaisseaux de certains organes, comme par exemple la Filnria noctuma dans les capillaires du poumon.

Une fois le Lapin sacrifié, nous extrayions les différents organes (*) et prélevions un petit fragment que nous portions sur un porte-objet. Ce petit fragment était alors dilacéré dans une solution de chlorure de sodium à 8,7 0/00 au moyen de deux pinces fines. L'émulsion ainsi obtenue était recouverte d'un couvre-objet et examinée au microscope. Grâce à leurs mouvements actifs au milieu des débris cellulaires, les Trypanosoines étaient facilement reconnaissables. Nous comptions les parasites aperçus [dans la préparation déplacée au moyen de la platine à chariot, et pour obtenir des chiffres comparables entre eux, nous avions soin de prolonger nos recherches pendant trois minutes.

Dans nos premiers examens, nos investigations ne portaient que sur un petit nombre d'organes. Nous avons été amené à étendre progressivement le champ de nos recherches : nous les avons appliquées systématiquement à un nombre convenable d'animauic et sommes arrivé ainsi à dresser le tableau ci- contre, dont nous croyons pouvoir dégager quelques conclusions.

Classons les organes par catégories.

Tout d'abord le sang. LesTrypanosomes ne sont jamais très nombreux dans le sang pris dans la veine marginale de Toreille. C'est au début de leur apparition dans la circulation qu'ils sont le plus nombreux : une fois, chez le Lapin 12, trois jours après l'inoculation, nous avons compté 17 Tr>'panosoines en trois minutes. Généralement ce nombre ne dépasse pas 3 ou 4. L'apparition des parasites

(*) Nous n'insistons pas actuellomcnt sur l'aspect des organes et leurs caractères anatomo-pathologiqucs. Cette étude pourra faire l'objet d'une autre communication.

p. VAN DUR ME

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